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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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MESSAGER 

DES  SCIENCES  HISTORIQUES 

ou 

ARCHIVES 
DES  ARTS  ET  DE  LA  BIBLIOGRAPHIE 

DE    BELGIQUE. 


LISTE  DES  COLLABORATEURS. 


MM.  Beernaerts,  avocat,  à  Malines. 

R.  Chalon,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à  Bruxelles. 

E.  DE  Barthélémy,  conseiller  général,  à  Cournielon  (France). 

Emile  de  Bokchgrave,  secrétaire  de  légation,  à  Bruxelles. 

L'Abbé  Hyacinthe  De  Bruyn,  à  Bruxelles. 

Chevalier  L.  de  Burbure,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à  Anvers. 

EoM.  De  Busscher,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à  Gand. 

E.  De  Coussemaker,  correspondant  de  l'Institut  de  France,  à  Lille. 

A.  Dejardin,  capitaine  du  génie,  à  Liège, 

Le  Chan.  J.  J.  De  Sjiet,  membre  de  la  Comm.  royale  d'hist.,  à  Gand. 

L.  Devillers,  conservateur  des  Archives  de  l'Etat,  à  Mons. 

A.  Du  Bois,  avocat  et  conseiller  communal,  à  Gand. 

B.  G.  Du  Mortier,  membre  de  la  Chambre  des  Représentants,  à  Tournay. 
J.  Felsenuart,  docteur  en  philosophie  et  lettres,  à  Bruxelles. 

L.  Galesloot,  chef  de  section  aux  Archives  du  royaume,  à  Bruxelles. 

P.  Génard,  archiviste  de  la  ville  d'Anvers. 

H.  Helbig,  bibliographe,  à  Liège. 

H.  IIymans,  attaché  à  la  Bibliothèque  royale,  à  Bruxelles. 

Baron  Kervyn  de  Letteniiove,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à 
Bruxelles. 

L'Abbé  J.  B.  Lavaut,  directeur  des  Sœurs  de  Notre-Dame,  à  Zèle. 

S.  Le  Grand  de  Reulandt,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  d'Archéo- 
logie, à  Anvers. 

Emm.  Neeffs,  docteur  en  sciences  politiques  cl  administratives,  à  Malines. 

F.  NÈVE,  professeur  à  l'Université  de  Louvain. 

Alex.  Pincuart,  chef  de  section  aux  Archives  du  royaume,  à  Bruxelles. 

J.  J.  E.  Proost,  docteur  en  sciences  politiq.  et  administ.,  à  Bruxelles. 

Cii.  Raiilenbeek,  consul  de  Saxe-Weimar,  à  Bruxelles. 

F.  J.  Raymaekers,  chanoine  de  l'abbaye  de  Parc,  près  de  Louvain. 

J.  E.  G.  Roulez,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à  Gand. 

A.  Siret,  membre  de  l'Académie  de  Belgique,  à  S'-Nicolas. 

C.  Van  der  Elst,  à  Roux. 

Edw.  Van  Even,  archiviste  de  la  ville  de  Louvain. 

Le  R.  P.  Waldack,  de  l'ordre  des  Jésuites,  à  Malines. 


MESSAGER 


DIS  SCIICES  HISTORIÇUIS 


ou 


ARCHIVES 

itô  ^rt5  et  it  la  j8tbliograpI)u 

DE  BELGIQUE. 


Recueil  publié  par  le  Baron  Kervyn  de  Tolkaersbeke,  Membre  de  la 
Chambre  des  Représentants;  le  Comte  de  Liiiiocrg-Stirc9I;  Docteur 
en  droit,  et  Monsieur  Ferdinand  Yaivderuaeguen^  Bibliothécaire  de 
l'Université  de  Gand. 

Monsieur  Emile  Varenbergh^  Secrétaire  du  Comité. 


3intéc   1873. 


►S©S<=r-» 


f  GAND , 

IMPRIMERIE  ET  LITHOGRAPHIE  DE  LEONARD  HEBBELYNCK, 
Rnc  des  Baguettes. 


m 


SOUVENIRS  AROHEOLOaiQUES 


DE 


E.A    TII^IiE    DE    GA:VD. 


VI. 

C'ancicn  iîlarcl)é  au  jpobeon. 

Les  poissonniers  de  Gand  n'étaient  pas  aussi  bien  par- 
tagés, sous  certains  rapports,  que  Messieurs  les  bouchers; 
ceux-ci  possédaient  et  possèdent  une  halle,  que  nous  avons 
décrite  dans  le  chapitre  précédent;  ceux-là  n'en  avaient  pas 
et  n'en  ont  point  encore.  Dès  le  commencement  de  l'orga- 
nisation des  corporations  dans  notre  cité,  le  poisson  se 
vendit  en  plein  air,  dans  des  échoppes  ou  baraques  qui 
pouvaient  se  démonter  à  volonté,  ainsi  que  cela  se  pra- 
tique aujourd'hui  :  le  progrès  qui  souffle  partout,  n'a  pas 
jusqu'à  ce  jour  soufflé  par  là,  et  les  choses  en  sont  où  elles 
en  étaient  il  y  a  plusieurs  siècles. 

De  tout  temps,  un  emplacement  spécial  fut  affecté  à 
la  vente  du  poisson;  il  ne  fut  pas  toujours  le  même;  le 
marché  actuel  est  le  troisième,  que  nous  sachions.  Tout 
anciennement  il  se  tenait  près  de  la  rue  aux  Draps,  à 
proximité  de  la  boucherie,  qui  se  trouvait  également  à 
cette  époque  sur  les  bords  du  fossé  appelé  Hoitlleye  (Lys 
au  bois),  entre  la  porte  aux  Tours  ou  de  Thourout  (T/ioii- 
raltanà),  et  le  pont  aux  Pommes. 

Le.  marché  fut  ensuite  transféré  sur  la  place  appelée 

1873.  i 


2  

aujoui'tl'liui  le  Marché  aux  Légumes  ou  aux  Herbes,  qui 
avait  alors  une  loule  autre  physionomie  qu'aujourd'hui;  la 
plupart  (les  maisons  qui  l'entouraient  étaient  construites 
en  bois,  et  la  boucherie  n'existait  pas. 

Dire  la  date  exacte  de  ce  transfert,  serait  chose  à  coup 
sur  impossible;  toutefois  nous  croyons  pouvoir  avancer 
que  ce  fut  avant  que  les  bouchers  quittassent  leur  marché 
pour  venir  s'établir  où  ils  sont  maintenant,  c'est-à-dire, 
vers  le  milieu  du  XIV*  siècle. 

Ce  qui  nous  le  fait  supposer,  e'esl  le  libellé  d'un  acte 
de  l'année  15G6,  où  il  est  question  de  la  vente  d'une  mai- 
son située  sur  l'ancien  Marché  au  poisson,  «  l'huus...  an 
de  oude  vischmerth  metten  quareelen  gevele;  »  il  y  avait 
donc  déjà  un  nouveau  marché  dès  1566  (i),  et  ce  ne  fut 
qu'après  1377  que  les  bouchers  vinrent  occuper  une  loge 
en  bois,  le  long  de  la  rivière  (-2). 

Cet  emplacement  convenait  assez  bien  à  sa  destination; 
il  était  situé  presqu'au  centre  de  l'ancienne  ville,  à  proxi- 
mité de  la  rivière,  fort  large  à  cet  endroit,  et  sutïïsam- 
ment  étendu  pour  permettre  à  tous  les  marchands  d'avoir 
leur  échoppe.  Mais  les  uns  étaient  plus  favorisés  de  la  for- 
lune  que  les  autres,  car  les  places  se  tiraient  au  sort,  et  ils 
obtenaient  une  échoppe  couverte  d'un  toit,  tandis  que  les 
moins  heureux  devaient  se  contenter  d'un  étal  à  ciel  ouvert 
et  seulement  abrité  au  dos  par  une  cloison  en  planches; 
c'était  à  ceux  de  ces  élaux  les  plus  rapprochés  de  la  bou- 
cherie qu'on  vendait  les  morues  sèches  ou  slokvisch. 

La  gravure  jointe  à  cette  notice,  donne  une  reproduc- 
tion fort  fidèle  du  marché  tel  qu'il  était  au  XVII*  siècle. 
C'est  la  copie  d'un  tableau,  haut  de  1™,15  et  large  de 
2", 80,  qui  appartient  à  M.  Ferdinand  Van  der  Haeghen, 


(1)  Confrontez  Diericx,  Mémoires  sur  la  ville  de  Gand,  II,  p.  î>36. 

(2)  Confrontez  notre  notice  sur  la  Boucherie. 


de  Gand;  celle  loile,  donl  nous  ne  connaissons  pas  l'aii- 
leur,  a  élé  exéculée,  selon  toute  probabilité,  dans  la  seconde 
moitié  du  XV!!*^  siècle.  La  vue  est  prise  du  coin  de  la  rue 
Haut-porl;  à  droite,  on  voit  des  maisons,  dont  quelques- 
unes  existent  encore  entre  la  rue  Longue  de  la  Monnaie  et 
le  Pont  du  Comte, 's  Graevenbriujfjhc  (i),  et  qui  étaient  déjà 
bâties  en  pierres  à  celle  époque.  Au  fond,  dans  la  perspec- 
tive, s'élève  le  vieux  donjon  du  Chàleau  des  Comtes;  le 
clocber  est  celui  tie  l'église  capitulaire  de  Sainle-Pharaïlde; 
au  bout  du  marché,  la  grande  Boucherie  avec  son  pignon 
crénelé  et  ses  lucarnes  à  pignon  aussi,  qui  furent  changées 
plus  lard,  lors  de  la  restauration  mal  entendue  qu'on  fit 
au  toit  au  siècle  dernier.  A  gauche  sont  les  maisons  encore 
en  bois,  appartenant  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre,  au  milieu 
desquelles  s'élève  une  tourelle  avec  une  horloge;  nous  en 
parlerons  tantôt.  La  baraque  à  toit  pointu  qui  se  trouve 
presqu'au  milieu  du  tableau,  est  la  maison  de  la  minque, 
het  mijnlmis,  où  l'on  procédait  à  la  vente  à  la  criée;  c'est  là 
que  se  tenait  le  fermier-directeur  de  la  vente,  avec  son  clerc 
ou  secrétaire,  pour  faire  vendre  sous  ses  yeux  (en  flamand 
mijnen)  tout  le  poisson  qui  entrait  en  ville;  car,  d'après 
les  ordonnances  et  règlements,  le  poisson  tant  de  mer  que 
de  rivière,  devait  être  exposé  en  vente  publique,  où  les 
marchands  avaient  le  droit  de  l'acheter,  pour  le  vendre 
ensuite  en  détail  à  leurs  étaux.  Cette  vente  s'appelait 
mijnen,  c'est-à-dire  rendre  mien,  s'assimiler  au  moyen  de 
l'achat. 

Les  quatre  colonnes  qui  s'élevaient  aux  quatre  coins  du 
marché,  et  dont  deux  se  voient  parfaitement  à  droite  et  à 
gauche  sur  la  gravure,  furent  érigées  en  1483,  aux  frais 
du  seigneur  de  Maldegem,  condamné  à  les  faire  exécuter, 


(1)  Le  Pont  du  Comle  fui  fait  en  1518;  il  était  en  pierre  comme  tous  les 
ponts  à  celle  époque  [Memoricboeck  der  slad  Cent). 


_   4  — 

en  forme  d'amende  honorable,  pour  avoir  enfreint  les  pri- 
vilèges des  Gantois;  l'histoire  ne  dit  pas  quelle  était  cette 
infraction.  Chaque  colonne  était  surmontée  d'un  lion,  sou- 
tenant des  armoiries  différentes  :  celles  de  la  maison  de 
Bourgogne,  de  la  maison  d'Autriche,  du  comté  de  Flandre 
et  de  la  ville  de  Gand  (i).  Cela  se  passait  à  l'époque  où  la 
maison  d'Autriche  s'était  déjà  unie  à  celle  de  Bourgogne 
par  le  mariage  de  Maximilien  avec  l'héritière  de  Charles 
le  Téméraire. 

On  trouve  dans  les  comptes  de  la  ville  de  Gand,  aux 
années  1483  et  1484,  qu'on  paya  quatre  escalins  de  gros  à 
un  peintre  du  nom  d'Auguste  de  Brune,  pour  dessiner  le 
modèle  des  lions  qui  devaient  surmonter  les  colonnes,  et  à 
Ghys,  sculpteur,  trois  escalins  six  gros,  pour  le  modèle 
des  couronnes  destinées  aux  lions  (2).  Ces  lions  furent  re- 
peints et  réparés  en  1526  (3).  Les  colonnes  furent  renou- 
velées en  1610,  et  démolies  en  1783;  quant  aux  lions,  ils 
n'existaient  déjà  plus  lorsque  le  peintre  exécuta  le  tableau 


(1)  «  fn  dit  jaer  (1485)  waren  glieslell  de  vier  pylaeren  upde  Visniaert, 
elc  met  een  willen  leeuw  daer  up  sillcnde,  elc  met  eender  bannière  in  de 
clauwe,  som  met  der  wapenen  van  Vranckei-ycke  ende  nieller  wapene  van 
Burgondien,  ende  dose  slellen  in  messuse  min  lieere  van  Maldeghem,  de 
welclie  gheraessureert  hadde  jeghens  de  stede  van  Ghcnl. 

»  Item,  in  dit  jaer  waren  le  Client  ghemaeckt  ende  ghestelt  vier  pylaeren 
up  de  Vismaert;  eickc  Iceu  hadde  een  bannière  met  de  wapenen  :  deen  Oos- 
tenrycke,  dander  Yranckerycke,  onder  de  derdc  Vlaenderen,  de  vierde  dea 
Iceu  van  Ghent.  »  {Memorieboeck  der  sladl  Ghendl).  —  On  voit  que  le  Me' 
morieboeck  commet  ici  une  erreur,  en  parlant  des  armes  de  France. 

(2;  «  Belaell  August  de  Brune,  scildere,  van  ecnen  palroene  oramc  de 
leeuwen  naer  le  makene  voor  de  pylaeren  die  ghestelt  zyn  up  de  Yisch- 
markt,  Il!l  s.  g.  » 

«  Idem,  aen  Gliys  de  beellsnydere,  van  de  patroene  van  eender  croene  te 
makene  voor  up  de  leeuwen  van  voors.  pylaeren,  III  s.  VI  d.  g.  »  {Slads- 
rekeningen,  1485-1484). 

(5)  «  In  dit  jaer  waren  de  leeuwen  en  de  vier  banieren  up  de  vier  pylae- 
ren van  der  VisclMiiaert  verscildert  ende  vernieut  met  diversen  wape- 
nen (Memorieboeck). 


représenlaot  le  Marché,  un  d'eux  alla  pendant  quelque 
temps  surmonter  la  Boucherie  pour  tenir  la  petite  ban- 
nière, dont  la  hampe  se  voit  encore  au  haut  du  pignon,  et 
on  ignore  ce  qu'il  devint  ensuite. 

Quant  à  la  pompe  monumentale  qui  se  trouve  aujour- 
d'hui au  milieu  de  la  place,  elle  est  de  construction  toute 
récente  et  fut  faite  en  1812  par  Van  de  Capelle,  sur  les 
dessius  de  De  Broe,  architecte  de  la  ville;  elle  coula 
8440  francs. 

Nous  croyons  pouvoir  rappeler  ici  un  détail  qui  nous  a 
été  raconté  par  un  témoin  oculaire  du  fait.  Lorsqu'on 
creusa  le  puits  destiné  à  alimenter  celle  pompe,  on  mit 
à  découvert  un  vieux  pan  de  mur,  dans  lequel  était  scellé 
un  anneau;  à  cet  anneau  était  attachée  une  chaîne  de  fer 
à  laquelle  tenaient  les  restes  d'une  proue  de  barque.  Cela 
tendrait  à  prouver  qu'il  y  eut  là  jadis,  à  une  époque  qu'il 
est  impossible  à  déterminer,  un  cours  d'eau  ou  un  canal 
navigable  communiquant  avec  la  rivière. 

Le  Marché  ne  dépendait  pas  tout  entier  de  la  juridiction 
des  Gantois;  quand  le  comte  leur  céda  le  port  de  Gand, 
porltts  Gandensis,  il  ne  put  comprendre  dans  cette  cession 
les  parties  qui  étaient  déjà  tenues  eu  ficf  par  le  seigneur 
de  Wasselein  et  l'abbaye  de  Saint-Pierre.  La  seigneurie  de 
Wasselcin  ne  comprenait  que  la  partie  du  marché  la  plus 
rapprochée  de  la  Boucherie  et  relevait  de  la  cour  féodale  du 
Vieux-Bourg.  Le  seigneur  qui  avait  droit  d'y  exercer  tou- 
tes les  justices,  avait  dressé  sa  potence  contre  la  Boucherie, 
ainsi  que  nous  l'avons  dit  dans  la  notice  précédente.  Phi- 
lippe Bossier,  seigneur  de  Marquette,  qui  le  possédait  au 
siècle  dernier,  aliéna  ses  droits  au  profit  des  Gantois. 

Outre  la  juridiction,  le  seigneur  de  Wasselein  possédait 
un  droit  de  tonlieu,  en  vertu  duquel  il  prélevait  sept  ha- 
rengs sur  tout  chargement  de  ce  poisson  arrivant  au 
marché,  quatre  pains  sur  chaque  centaine  présentée  en 


—  6  — 

vente,  deux  miles  (myten)  par  tonne  (hamen)  de  bière, 
trois  miles  par  lonne  de  bière  de  Hambourg,  quatre  éche- 
veaux,  de  la  catégorie  qui  suit  les  plus  beaux,  sur  chaque 
centaine,  un  denier  parisis  sur  tout  chargement  de  grains, 
huit  deniers  parisis  par  lonne  (vat)  de  plantes  lincloriales, 
sept  deniers  par  pipe  de  miel,  une  mite  par  lonne  de  viande 
salée,  et  douze  deniers  par  lonne  de  plantes  potagères  (i). 

Le  lenancier  du  fief  était  en  outre  chargé  de  la  garde 
des  voleurs  surpris  en  flagrant  délit  et  exposés  au  pilori. 
Ce  pilori,  appelé  sloc  ou  muyte,  élail  une  véritable  cage 
dans  laquelle  on  exposait  le  voleur  avec  les  effets  volés;  il 
y  élail  pendant  trois  jours  sous  la  garde  el  la  responsabilité 
de  celui  qui  tenait  en  fief  la  seigneurie  el  le  lonlieu  de 
VVasselein;  celle  ex|)Osilion  s'appelait  à  Gand  yemnnt  in 
den  sloc  stellen  ter  vischmerth,  meltre  quelqu'un  dans  la 
cage  au  marché  au  Poisson  (2).  Ce  pilori  ne  subsista  là 
que  jusqu'en  1582;  c'est  alors,  le  4  mai,  qu'on  le  trans- 
porta devant  rhôlel-de-ville. 

La  partie  du  Marché  située  enlre  la  rue  Courte  de  la 
Monnaie  el  la  Boucherie,  ainsi  que  les  constructions  qui 
s'y  trouvaient,  dépendaient  du  domaine  de  l'abbaye  de 
Saint-Pierre,  qui  y  exerçait  toutes  les  juridictions.  On  ne 
connaît  pas  l'origine  de  ce  droit  des  moines;  il  élail  du 
reste  fort  ancien. 

Quelques-unes  de  ces  conslruclions,  qui  étaient  en  bois, 
furent  incendiées  en  1424,  d'autres  en  1479,  et  on  airrandit 
le  marché  d'une  partie  du  terrain  qu'elles  occupaient  (3).  Or, 


(1)  Pièce  reproduite  dans  Dienicx,  lUcmoireu  sur  la  ville.  II,  537,  en  note. 

(2j  Le  Memorkboeck  nous  cite  un  exemple  de  celle  exposition  : 

«  In  dit  jaer  (1423)  was  le  Ghent  eene  vrauwe  van  Guwienen,  eens  rid- 
dere  dochlere,  geboren  uul  den  lande  van  Berghen,  in  Dulsland,  wesende 
een  canonesse,  en  zeyde  haer  te  wesene  oulsle  sustere  van  herloghe  Philips, 
graeve  van  Vlaenderen,  ende  was  daer  omme  le  Ghent  op  een  scavaul  ghe- 
slell  drye  dagen  op  de  Vismaerl.  » 

(3)  «  In  dit  jaer  (1479)  berrendel  te  Ghent  up  de  Vismaerl  l'Haenkea  ende 


comme  le  prélat  de  Saiiil-Picrre  ne  se  hâtait  pas  de  les 
relever  et  que  les  magistrats  de  la  ville  eussent  grandement 
désiré  de  les  voir  remises  en  élat,  on  s'avisa  d'un  expédient 
pour  forcer  la  main  aux  moines.  Le  prélat  de  Saint-Pierre 
avait,  à  ce  qu'il  parait,  depuis  bien  des  années,  vendu  et 
fait  vendre  {doen  ventm)  publiquement  du  vin,  en  fraude 
des  droits  d'accise  qui  se  percevaient  au  profil  de  la  ville; 
celle-ci  l'attaqua  sur  ce  terrain,  et  pour  terminer  le  diffé- 
rend à  l'amiable,  il  fut  convenu  que  l'abbaye  paierait  en 
guise  d'indemnité,  la  somme  de  100  livres  de  gros  de 
Flandre,  savoir  :  20  livres  le  12  août  de  l'année  courante 
1481,  et  ainsi  de  même  encore  pendant  quatre  ans;  en 
outre  l'abbaye  s'engage,  dans  cet  accord,  à  rebâtir  les  mai- 
sons qui  lui  appartiennent  sur  le  marché  au  Poisson,  proche 
celle  appelée  Flanelryk,  ainsi  que  la  maison  des  barbiers, 
et  cela  de  la  manière  suivante  :  premièrement,  que  le  fonds 
avec  les  maisons  et  la  seigneurie  que  possède  l'abbaye  lui 
resteront  en  toute  propriété,  de  façon  que  les  officiers  du 
seigneur  abbé  continueront  à  exercer  tous  les  droits  et  juri- 
dictions qu'ils  y  ont  exercé  jusqu'au  jour  de  l'appointemenl; 
le  fonds  susdit  sera  borné  au  moyen  de  grandes  bornes  por- 
tant les  armes  de  l'abbaye,  afin  d'empêcher  toute  difficulté 
ou  conflit  à  l'avenir;  secondement,  que  les  seigneurs  moi- 
nes feront  faire  en  bois  et  bâtir  certaines  maisons  le  long 
du  marché  près  de  la  rue  Courte  de  la  Monnaie,  à  partir 
de  la  maison  des  pâtissiers;  que  l'une  de  ces  maisons  aura 
une  tour  surmontée  d'une  horloge,  placée  aux  frais  de  l'ab- 
baye, seulement  l'entretien  de  l'horloge  restera  aux  frais 
de  la  ville;  il  est  entendu  que  le  long  de  ces  maisons  il 

de  Mcrminne  (ende  l'Verkin),  cndc  dacr  vcrbranJe  iiinc  Pietcr  Vcrrcekcn 
cnde  zyn  wyf,  ende  by  dien  brand  was  de  Vismaerl  vcrmecrdert.  » 

«  II)  diljaci-  (1480)  warcn  de  huiiscn  van  Mynen  Hecre  van  sente  Pielers, 
die  verbrant  warcn  an  de  Vismaerl,  afgbebroken,  bogbinnendc  van  in  de 
Cmic  munie  lot  by  dcn  Viceshuusc.  »  {Mcmorieboeck). 


—  8  — 

sera  établi  une  rue  d'une  largeur  suflisanle  pour  laisser 
passage  à  une  cliarelle  de  meunier.  Moyennant  loul  cela, 
l'abbaye  élait  jugée  quille  envers  la  ville  pour  la  fraude 
commise  el  pouvait  vendre  son  vin,  sans  acquitter  d'accise, 
pendant  les  quatre  années  que  courait  le  paiement  des 
100  livres  de  gros. 

Plus  lard,  au  XVII"  siècle,  on  trouve  ces  maisons  citées 
encore  dans  les  comptes  de  l'abbaye  et  désignées  sous 
d'autres  noms  :  la  Demi-Lune  ou  le  Croissant  (<le  halve 
Maene),  le  Lis  {de  Lelie),  et  vers  la  rue  Courte  de  la  Mon- 
naie {het  Looch)  (le  Trou?),  de  Mereminne,  la  Sirène,  het 
Haentjen,  le  petit  Coq,  et  de  Berrie,  le  Brancard. 

A  la  fin  du  XV^III'=  siècle,  ces  maisons  furent  recon- 
struites sur  un  plan  tout  nouveau,  telles  qu'on  les  voit 
aujourd'hui;  l'administration  communale,  cette  fois  en- 
core, parvint  à  forcer  la  main  aux  moines  de  Saint-Pierre 
pour  cette  dépense,  mais,  en  compensation,  les  autorisa  à 
faire  avancer  leurs  nouvelles  constructions  de  quinze  pieds 
en  avant,  ce  qui  leur  donnait  en  tout  un  accroissement  de 
propriété  d'environ  mille  pieds  carrés.  On  commença  à 
bâtir  ces  maisons  en  1785,  sous  la  direction  de  l'architecte 
Joachim  Colyn,  fils  de  Jean.  Celte  dépense  dispensa  l'ab- 
baye d'en  faire  une  autre  qui  lui  aurait  été  beaucoup 
moins  profitable  :  à  la  même  époque,  le  gouvernement  fil 
un  appel  aux  plus  riches  abbayes  du  pays,  afin  d'oblenir 
des  fonds  pour  la  reconstruction  des  hôlels  et  édifices  de 
la  Place  royale  à  Bruxelles,  et  le  prélat  de  Saint-Pierre  fît 
valoir  comme  excuse,  pour  ne  pas  contribuer  à  ces  frais, 
que  l'abbaye  se  voyait  obligée  de  reconstruire  à  Gand  cinq 
de  ses  maisons  situées  au  Marché  aux  Légumes. 

A  l'angle  du  marché,  près  de  ces  maisons  el  de  la  Bou- 
cherie, s'élevait  une  maisonnette  affectée  au  péage  des 
droits  dus  à  l'abbaye  :  elle  n'a  été  détruite  que  dans  les 
dernières  années  du  XVIII^  siècle. 


-  9  — 

A  l'opposé  de  la  Boucherie,  dans  la  rangée  de  construc- 
tions située  entre  la  rue  Courte  de  la  Monnaie  et  la  rue 
Haut-Port,  se  trouvait  la  maison  des  Poissonniers.  Avant 
celte  époque,  ils  en  avaient  occupé  une  de  l'autre  côté,  le 
long  de  la  rivière,  près  de  la  Boucherie,  mais  elle  fut  in- 
cendiée en  ÎS36  (i). 

Bien  avant  ce  temps,  le  métier  avait  sa  maison  dans  la 
rue  du  Bours,  (Durgstraet),  appelée  aujourd'hui  rue  de  Bru- 
ges; entre  ce  local  et  la  rue  du  Parchemin,  il  y  avait  une 
autre  maison  qui  formait  le  coin;  le  métier  des  pécheurs 
avait  la  sienne  dans  la  même  rue  (2).  Les  poissonniers 
avaient  la  chapelle  de  la  Boucherie  en  commun  avec  les 
bouchers. 

Une  chronique  du  XV'=  siècle,  dans  laquelle  nous  avons 
trouvé  le  détail  des  fêles  données  à  Philippe  le  Bon  lors  de 
son  entrée  à  Gand,  après  la  paix  qui  suivit  la  défaite  des 
Gantois  à  Gavre  (3),  nous  apprend  qu'un  grand  nombre 
de  métiers  eurent  à  cette  épociue  leur  local  au  marché 
au  Poisson  ou  proche  de  là;  nous  citons  ici  un  fragment 
de  cette  chronique,  plutôt  que  de  nous  borner  à  quelques 
indications  : 

«  Le  métier  des  bouchers  illumina  en  même  temps  à  la 
Boucherie,  au  marché  au  Poisson  et  à  l'hôtel  de  Picardie, 
où  il  tenait  ses  réunions 

»  Au  coin  de  la  rue  Courte  de  la  Monnaie,  du  côté  de  la 
Sirène  (de  Metreminne),  les  marchands  de  poisson  illumi- 
nèrent avec  trente-six  torches  aux  cinq  élages;  la  façade 

(1)  «  Den  20  ocl.  (1536)  des  vrindaclis  's  nacJis  icn  clf  uren,  verberrende 
het  visclicoopers  Iiuus  op  de  Vischmaert,  ende  daer  wocnde  daen  inné  Jacob 
Inipins,  fs  Jacobs,  apolecaris;  daer  lacli  t'huus  een  advocaal  van  der  camere 
van  den  rade  ende  spronck  uter  veinstere,  acliter  iip  't  watere  van  der  twee- 
dcr  stagien,  ende  slarf  van  den  sprongbe,  ten  liuuse  van  meesler  Laureyns 
Bybau,  cirugien.  »  (Mevioriebocck). 

(2)  DiERicx,  Mémoires  sur  la  ville,  II,  p.  614. 

(3)  Nous  avons  publié  le  récit  de  ces  fêles  dans  les  Annales  de  la  Société 
des  Beaux-Arts  de  Gand,  1869. 


—  io- 
de la  maison  était  tapissée  de  drap  rouge  aux  armes  du 
prince  et  du  métier. 

»  A  la  Galère  (de  Galeye,  à  Topposile  de  la  Boucherie), 
les  courtiers  illuminèrent  avec  vingt-huit  torches  aux  quatre 
étages,  et  tapissèrent  la  façade  de  drap  noir  aux  armes  du 
prince. 

»  Les  boulangers,  au  coin  de  la  rue  Courte  de  la  Mon- 
naie, trente-et-une  torches  aux  quatre  étages;  la  façade  ta- 
pissée de  drap  noir  aux  armes  du  prince  et  du  métier. 

»  Le  métier  des  constructeurs  de  navires,  à  VEslurgeon, 
au  marché  au  Poisson,  illumina  avec  treize  torches  aux 
trois  étages;  la  façade  était  tapissée  de  drap  noir  aux 
armes  du  métier. 

»  Le  métier  des  tanneurs,  au  Roland,  également  au 
marché  au  Poisson,  plaça  quarante-six  torches  aux  cinq 
étages;  la  façade  était  tapissée  de  drap  noir  aux  armes  du 
métier. 

»  Le  métier  des  orfèvres,  au  marché  au  Poisson,  qua- 
rante-deux torches  aux  quatre  étages;  la  façade  tapissée 
de  drap  noir  aux  armes  du  métier. 

»  Les  fripiers,  au  marché  au  Poisson,  quarante  torches 
aux  quatre  étages;  la  façade  tapissée  de  drap  bleu  avec  le 
blason  du  duc  au  milieu,  et  plus  bas  à  droite,  celui  de  la 
ville,  et  à  gauche,  celui  du  métier. 

»  Les  armuriers,  à  la  Sirène,  au  marché  au  Poisson, 
vingt-deux  torches  aux  trois  étages;  la  façade  tapissée  de 
drap  noir  et  gris  aux  armes  du  métier. 

»  Les  charrons,  au  Petit  Esturgeon,  marché  au  Poisson, 
dix  torches  aux  deux  étages  et,  entre  les  torches,  des  lan- 
ternes de  papier. 

»  Les  potiers  d'étain,  à  l'estaminet  de  Cogghe,  au  marché 
au  Poisson,  treize  torches  aux  trois  étages,  la  façade  tendue 
de  drap  gris  aux  armes  du  métier. 

»  Les  tanneurs  de  cuir,  au  Lys,  marché  au  Poisson, 


—   M    — 

vingt-neuf  torches  aux  quatre  étages;  la  façade  tapissée  de 
drap  noir  aux  arrnes  du  prince,  de  la  ville  et  du  métier.  » 

En  1469,  lors  de  Tentréc  de  Marguerite  d'York,  on 
éleva  sur  le  marché  des  trophées  et  des  figures  allégoriques 
exécutées  par  Boudin. 

Lors  des  exécutions  capitales,  celle  des  maisons  appar- 
tenant à  l'abbaye  de  Saint-Pierre,  appelée  het  Iloofj/mis, 
était  mise  à  la  disposition  des  échevins  de  la  Keure,  qui  se 
tenaient  dans  la  chambre  sous  la  tourelle  donnant  sur  le 
marché;  Tabbaye  reçut  de  ce  chef,  entre  autre  pour  l'an- 
née 1689,  la  somme  de  vingt  escalins  de  gros  ()). 

Lorsque  Charles-Quint,  après  la  révolte  des  Gantois, 
confisqua  tous  les  privilèges  des  corps  de  métiers,  leurs 
archives  et  en  général  tout  ce  qui  rappelait  leur  puissance, 
les  baraques  des  poissonniers  furent  comprises  dans  l'édit, 
et  par  un  décret  impérial  du  20  octobre  1542,  vendues 
pour  la  somme  de  9  livres  \o  escalins  4  deniers  de  gros. 

Par  dérogation  à  l'édit  de  confiscation,  l'empereur,  dans 
un  acte  daté  de  Binche,  le  14  février  1540  (v.  s.),  déclara 
à  la  corporation  des  poissonniers,  qui,  de  même  que  toutes 
les  autres  avait  obtenu  nouveau  règlement,  que  le  métier 
ne  serait  pas  achetable  pour  une  livre  de  gros,  mais  passe- 
rait par  succession  du  père  au  fils,  et  à  défaut  d'hoirs 
mâles,  aux  frères  du  titulaire  inscrit,  pourvu  que  le  nombre 
des  suppôts  ne  dépassât  pas  cent  (2). 

Mais  si  le  marché  au  Poisson,  comme  situation  et  dispo- 
sition était  tout  ce  qu'il  fallait  pour  la  ville  de  Gand,  il  ne 
laissait  pas  de  présenter  un  grand  inconvénient  :  encaissé 
entre  des  constructions  élevées,  il  y  avait  là  un  manque 


(1)«  Bclaeld  den  proprielaris  van  hel  hoogliuis  op  deVisclimarkt  XX  s.  gr., 
ter  cause  dat  scepenen  van  der  Keure  liebhen  gliel)ruykt  de  voorcamcr,  lel- 
kens  als  mea  op  de  voors.  merckt  juslitie  doet,  van  den  jaere  verscliencn 
26  aug.  1689.  »  {Ordonnantien,  costHmcn,  etc.)- 

(2)  Archives  de  la  ville  de  Gand. 


12  

(l'aérage  qui,  pendant  Télé  surtout,  devait  occasionner  de 
mauvaises  odeurs  extrêmement  préjudiciable  à  la  salubrité 
publique.  Les  magistrats  cberchèrenl  donc  un  autre  em- 
placement qui  put,  tout  en  n'étant  pas  éloigné  du  centre  de 
la  cité,  remplir  la  condition  qui  manquait  au  marché; 
en  1688,  ils  achetèrent  à  cet  effet  du  chapitre  de  Sainte- 
Pharaïlde  trois  maisons  du  nombre  de  celles  bâties  un 
siècle  auparavant  aux  frais  de  Jean  Serlippens.  Ce  person- 
nage était  un  bourgeois  de  Gand  qui  profila  des  troubles 
religieux  pour  acquérir  le  terrain  de  l'église  de  Sainte- 
Pharaïlde,  démolie  par  les  calvinistes  :  on  lui  imposa  toute- 
fois la  condition  qu'il  aurait  à  bàlir  sur  cet  emplacement 
neuf  maisons,  dont  on  lui  traça  les  plans;  les  troubles 
furent  apaisés,  les  chanoines  revendiquèrent  la  propriété 
de  la  terrasse  et  eurent  gain  de  cause;  Serlippens  fut  même 
déclaré  non  recevable  dans  sa  demande  en  dommages  et 
intérêts  (i). 

Cet  emplacement  était  une  ancienne  terre  d'alluvion,  qui 
dépendait  du  Château  des  Comtes  et  fut  acquise  en  1269 
par  le  chanoine  Foulques  iMaud;  dès  avant  le  XIII'  siècle 
on  y  voyait  l'école  de  Sainte-Pharaïlde. 

Le  tout  acheté  par  la  ville,  fut  promptement  approprié 
à  l'usage  des  poissonniers;  ils  quittèrent,  deux  ans  après, 
leur  marché  devant  la  Boucherie ,  qui  ne  s'appela  plus 
depuis  que  le  Marché  aux  Légumes  (2). 

En  1689,  on  éleva  la  façade  monumentale  du  Marché  à 
l'angle  de  la  place  Sainte-Pharaïlde;  un  constructeur, 
nommé  Adrien  Van  der  Linden,  l'entreprit  sur  les  plans 
du  sculpteur  Artus  Quellyn.  Le  groupe  du  fronton,  rcpré- 


(1)  Voir  le  jugement  dans  DiEnicx,  Mémoires  sur  la  ville,  II,  528. 

(2j  «  In  IGDO,  den  7  junj',  liebben  de  vischkoopers  Legliinnen  le  slaen 
op  hun  nieuwe  vischmarkl,  welcken  bouw,  naer  dan  3000  pondt  vlacmsch 
ghckost  heefl.  »  Aenteekeningcn  op  de  sladl  Ghcndt,  MS.  de  De  Laval,  2«  par- 
tie, p.  64  (Bibl.  Gand,}. 


—  13  — 

senlanl  Neptune  debout,  le  trident  à  la  main,  sur  son  char 
attelé  de  chevaux  marins,  est  l'œuvre  du  sculpteur  gantois 
Guy  Helderberg;  dans  le  tympan  on  plaça  les  armes  de  la 
ville  entourées  d'une  couronne  de  feuilles  de  chêne;  les 
deux  fleuves,  l'Escaut  et  la  Lys,  qu'on  voit  au-dessus  de 
l'entablement,  ont  été  exécutés  par  Pauli,  d'Anvers;  les 
colonnes  et  les  pilastres  sont  ornés  de  bandes  représentant 
des  glaçons.  Sous  la  république  française,  on  remplaça 
les  armes  de  la  ville  par  les  trois  couleurs  rouge,  blanc 
et  bleu.  En  1812,  le  sieur  Briesbarbe,  sculpteur  et  ancien 
ouvrier  de  l'atelier  de  Van  Poucke,  entreprit  la  restaura- 
tion entière  de  la  façade  pour  la  somme  de  fr.  2144-20. 
Les  dauphins  que  l'on  voit  encore  des  deux  côtés  du  fron- 
ton, sont  de  lui,  bien  qu'on  les  attribue  parfois  à  son 
ancien  maître;  il  réintégra  également  les  armes  de  la  ville 
dans  le  tympan,  en  faisant  disparaître  les  couleurs  fran- 
çaises. Ce  Briesbarbe  se  noya  en  1814  (»).  La  façade  fut 
de  nouveau  restaurée  en  1843. 

Dans  la  nuit  du  4  décembre  dernier  (1872),  un  incendie 
faillit  complètement  détruire  cette  élégante  construction; 
elle  n'est  heureusement  qu'endommagée. 

Dans  une  manière  de  chronique  manuscrite,  concernant 
la  corporation  des  poissonniers  (2),  nous  trouvons  que  ce 
fut  le  1"  juillet  1G90  que  les  échoppes  du  nouveau  marché 
furent  pour  la  première  fois  tirées  au  sort,  et  on  établit  la 
vente  de  la  morue  sèche  (stokvisch)  le  long  de  l'eau,  là  où 
s'étala  depuis  le  poisson  refusé  par  les  juges- arbitres  du 
marché.  Cette  dernière  qualité  était  presque  toujours  enle- 
vée promptement  par  le  menu  peuple,  non  sans  désordre  el 


(1)  Album  Goctgcbuer,  à  la  Bibl.  de  Gaiid. 

(2;  MS.  appartenant  à  M.  Ferd.  Van  der  Haeghen  et  provenant  de  feu 
feu  M.  Goelgebucr,  intilulé  :  Copyeboek  gemaeckl  door  Picler  Cauweryek... 
nopende  de  vrye  neeringe  van  de  vischcoopers. 


—  14  — 

sans  cris,  tellement  que  les  juges  qui  devaient  y  faire  une 
marque,  consistant  dans  une  large  entaille,  en  avaient  à 
peine  le  temps  et  risquaient  souvent  de  se  blesser  ou  de 
blesser  les  autres  :  il  paraît  que  les  soldats  espagnols  étaient 
également  friands  de  celte  denrée  (i). 

Nous  trouvons  dans  le  même  manuscrit  une  note  inti- 
tulée la  cberté  du  poisson,  de  dierle  van  den  visch,  qui 
nous  retrace  certaines  particularités  assez  curieuses  pour 
nous,  qui  ne  vivons  plus  à  une  époque  où  les  subsistances 
sont  à  bon  compte.  Nous  traduisons  : 

«  Le  20  février  1704,  Ch.  Van  Loo  vendit  la  morue 
9  sous  la  livre;  le  saumon  salé  fut  vendu  publiquement 
4  escalins  la  livre. 

»  Pendant  le  carême  de  l'année  1781,  il  ne  parut  pas 
au  marché  plus  de  cinquante  cabilliaux;  un  jour  il  y  en 


(1)  «  Den  1  julius  1690  is  den  ecrstcn  keer  gecavelt  geweesl  in  de  nicuwe 
vischmei'ct,  vvaci' dut  ses  a  seven  stallen  mede  gecavelt  wierden,  daer  jegen- 
wordig  slockvisstallen  slaen,  ende  den  stockvisch  wierl  verkochl  lanckx  de 
pilaren  aen  liet  waler  waer  me  de  verwezcn  viscli  vcrkocht,  wanl  doen  ter 
lyl  en  was  geen  verwesen  merci,  de  waerders  waeren  gehauden  den  visch 
goet  oftc  quaet  te  keuren,  waer  iiyl  daller  groolc  disliorden  quamen  te 
rysen,  wanl  den  afgekeuiden  viscli  wierl  van  hel  kleen  genieente  wegli 
genoraen  ende  oock  wel  onderlusschen  van  treffelycke  persoonen,  soo  dat 
de  waerders  slonden  dickmaels  in  groot  peryckel  van  luin  le  quelsen,  want 
soo  haesl  en  was  hel  more  niel  op  den  viseli  oni  den  selven  le  leeckencn, 
of  liy  wierl  uytd'lianden  gelrocken,  namentlyck  van  de  spaensche  soidaten, 
die  daer  op  geslepen  waeren. 

»  Dan  heeft  de  stadl  doen  niaecken  cenige  bancken  om  wederom  den 
verwesen  visch  lot  gcrief  van  het  gemeenle  te  vercoopen  gejyck  naer  oudc 
gewoonle;  in  de  oude  vischmerl  heefl  men  den  verwesen  visch  verkoclit 
lanckx  henen  hel  vleeschhuys,  beginnende  van  aen  hel  Galgenhuyzeken  lot 
in  de  pensmercl;  die  jegenwordige  huyzckens  eu  wierden  dien  tyl  niel  ge- 
bruyckl  om  pensen  te  vercoopen ,  maer  wierden  verhuurl  soms  om  boyen 
voor  de  groenwaervrouwen,  ende  hel  leste  eynde  was  herberghe  daer  men 
soo  veel  hier  als  brandewyn  vcrkocht;  de  pensvrouwen  slonden  op  dander 
syde  met  kramen,  gelyck  jegenwordigh  de  ellen  vercoopers  syn  op  de  Vry- 
daghmerct,  ende  men  droegt  de  craemen  ofte  Icnten  aile  dagen  in  en  uyl  de 
penscamer  neffens  de  berrie.  » 


M  V 

eut  trois  à  la  minque,  el  ils  furent  vendus  17  florins  la 
pièce;  la  morue  fut  constamment  vendue  CO  flor.  la  tonne. 

»  Le  16  juin  1781 ,  on  vendit  un  homard  13  flor.  1  sou. 

»  Le  27  février  1705,  on  vendit  les  huilres  de  3G  à 
38  escalins  le  huitième  (Jiet  achten  deelken),  où  il  n'y 
avait  pas  plus  de  162  à  164  huitres,  ce  qui  revenait  à 
12  livres  de  gros  courant  la  tonne. 

»  Le  16  mai  1705,  on  acheta  à  Blankenberge  pour 
54  sous  un  homard,  qui  fut  revendu  à  Bruxelles  à  la  min- 
que 11  florins,  et  détaillé,  rapporta  18  florins.  » 

Ce  manuscrit  nous  donne  par  année,  à  dater  de  1686 
jusqu'en  1793,  le  nom  de  tous  les  dignitaires  du  métier. 
Nous  y  trouvons  entre  autres  noms  de  supérieurs,  Triest 
d'Auwegem,  Prévost  de  Baesrode,  Marchai  de  TerGracht, 
van  Schyneghem  de  Couderborgh,  deGruutere,  Anchemant, 
Rodriguez  d'Evora  y  Vega,  de  Crombrugghe  de  Boelaere, 
Balde,  van  der  Ilaeghe  de  Mussain,  de  Ghendl,  Vaernewyk, 
Sleenberghe,  Breughel,  van  der  Laen,  van  derVarent.  Le 
dernier  supérieur  fut  messire  François  Pycke,  en  1793; 
il  l'avait  déjà  été  auparavant;  mais,  nommé  échevin,  il 
avait  été  remplacé  par  de  Moerman  d'Harlebeke. 

D'après  les  peintures  murales  retrouvées  dans  la  cha- 
pelle de  la  LeiKjemeete,  le  costume  de  guerre  des  poisson- 
niers était  une  cotte  rayée  transversalement  de  rouge  el  de 
blanc;  les  chefs  et  le  porte-drapeau  y  ont  le  heaume  à  vi- 
sière, les  suppôts  sont  armés,  les  uns  de  piques,  d'autres 
de  goedendags  et  de  faux.  Leur  bannière  est  de  gueules  au 
poisson  d'argent,  de  même  que  leur  blason;  saint  Patrice 
était  leur  patron. 

Les  archives  de  la  corporation  ne  sont  pas  nombreuses 
el  encore  moins  anciennes;  ce  qui  nous  en  reste  est  déposé 
à  l'hôtel-de-ville  de  Gand,  et  se  compose  d'une  ordonnance 
de  1540  et  des  comptes  depuis  1636  jusqu'à  la  suppres- 
sion du  métier  au  siècle  dernier  :  nous  y  trouvons  entre 


—   16  — 

aulres  dèlails,  que  la  colisalion  des  suppôts  varia  de  20  es- 
calins  de  gros  à  30  et  à  9  florins;  que  le  hcuversten  ou 
supérieur  de  la  corporation,  dignitaire  qui  remplaça  le 
doyen  après  la  concession  Caroline,  recevait  6  livres  de 
gros,  le  sous-bailli  10  livres,  le  premier  juré  2,  le  second 
20  escalins,  le  greffier  2  livres,  le  bedeau  [cnaepe)  2  livres, 
et  comme  extraordinaire,  une  paire  de  souliers  de  8  esca- 
lins (i). 

Une  pièce  manuscrite  de  l'an  1676  {2)  nous  donne  un 
règlement  concernant  les  finances  de  la  corporation;  il  y 
est  dit  que  les  jurés  toucheront  30  escalins  par  suppôt  pour 
le  tirage  au  sort  des  échoppes,  mais  que  sur  cette  somme, 
ils  auront  à  prélever  des  dépenses  dont  ils  doivent  rendre 
compte  en  fin  d'année,  soit  :  les  frais  du  supérieur  {lieuver- 
sten)  et  des  suppôts  pour  le  jour  du  Saint-Sacrement,  16  li- 
vres; la  cire  pour  les  torches,  autant  que  besoin;  aux  halle- 
bardiers,  16  escalins  de  gros,  et  aulres  menues  dépenses. 
Nous  reproduisons  du  reste  la  pièce  plus  loin. 

Nous  donnons  également  le  règlement  de  la  corporation, 
transformé  d'après  les  dispositions  de  la  concession  Caro- 
line et  délivré  par  les  magistrats  de  la  ville.  Entre  aulres 
détails  curieux,  nous  remarquons  qu'à  cette  époque  les  mar- 
souins et  chiens  de  mer  {zeehonden)  se  vendaient  au  marché. 

Nous  ne  possédons  malheureusement  aucun  règlement 
antérieur. 


(1)  Over  de  pensiocnon  : 

Den  Jieere  heuversieii G  p.  gr. 

Den  lieerc  onderbailliu,  1er  cause  van  synen  devoirs  voof 

de  neeringhe  gliedaen 10  p.  gr. 

Den  eerstcn  geswoornen 2  p.  gr. 

Den  Iweeden  geswoornen 20  sch.  gr. 

Den  greffier 2  p.  gr. 

Den  enaepe 2  p.  gr. 

Id.,  paer  schocnen  over  syne  extraordinaire  devoircn    .     .  8  sch.  gr. 

(2)  Orig.,  parchemin,  appartenant  à  M.  Van  der  Uaeghen. 


—  17  — 

La  confrérie  des  pêcheurs  de  rivière  élait  affiliée  à  la 
corporation  des  poissonniers,  elle  élait  placée  sous  l'invo- 
cation des  SS.  Pierre  et  Paul,  et  avait  au  XVIII^  siècle  sa 
chapelle  dans  l'église  de  Saint-Jean;  son  local  ou  maison 
fut  longtemps  rue  de  Bruges,  proche  de  l'ancienne  maison 
des  poissonniers.  Les  archives  de  celle  confrérie  qui  n'avait 
pas  rang  de  métier,  sont  insignifiantes;  elles  reposent  aux 
Archives  de  l'hôlel-de-ville  de  Gand. 

Emile  Varenbergfi. 


l. 


Règlement  geconcipieert  voor  de  vrye  neirynge   van   de 
vischcoopers  deser  stede  van  Ghendl  (1676). 

Alvoren  sullen  de  geswornen  prolileren  voor  het  ordinair 
cavelgeit  lot  dertigh  schellyngen  grooien  ieder  man,  waer 
jeghens  hy  sal  moeten  verschieten  aïs  voigt  ende  t'eynde  synen 
jaere  doen  rekenynge,  bewys  ende  reliqua,  sonder  dat  de  ge- 
swornen sullen  vermogen  le  maecken  eenige  processen  ofie 
doen  eenige  voyasen,  len  sy  met  last  ende  speciael  oiandael 
van  de  neirynge. 

Gelyck  sy  oock  geene  andere  theerrynge  en  sullen  vermoghen 
le  doeue  als  degone  hier  naer  gespecifieert. 

Te  weten,  op  heyiich  Sacramenis  dach  met  de  heiiversten 
ende  ghemeene  supposten xvi  lib.  gr. 

De  jonckheyt  sullen  proffiteren vi    lib.  gr. 

Het  vvars  ende  versieren  van  de  lortsen  sal  betaelt  worden 
soo  veel  als  iselve  by  quitauiie  bevondeu  sal  worden  te  be- 
draghen. 

De  armen  sullen  onderhauden  worden  als  ordinaire. 

2 


—  18  — 

De  conimissaiissen  ter  vercavelynghe  sullen  profliiereii 

XXVI  schel.  gr. 

De  allebardieren xvi  sch.  gr. 

Ten  daghe  van  de  vercavelynghe  sal  by  de  gheswornen  ende 
greffier  moghen  vertheirt  worden xx  sch.  gr* 

Item,  sal  den  gheswornen  vermoghen  te  brynghen  voor  cleene 
niuniteyten  gheduerende  den  gheheelen  jaere.     .     un  lib,  gr. 

Int  kiesen  van  de  gheswornen   tôt     ...     .     m  lib.  gr. 

Van  aile  croisen  van  de  renlen,  sallarissen  van  advocaten 
ende  procureurs  zullen  nioeten  by  eicke  gheswornen  >Yorden 
van  zynen  jaere  ghepurgieert,  sonder  de  toecomende  daermede 
te  moghen  belasten. 

Den  heuversten  sal  proffiteren  voor  synen  dienst  ter  discretie 
van  de  neerynghe,  midts  niet  en  excédera  de  somme  van  zes 
ponden  grooten. 

Den  eersien  gheswornen n  lib.  gr. 

Den  tweeden  gheswornen xxsch.gr. 

I>e  pensioenen  van  de  procureurs  Sinoy  ende  Vander  Crmjcen 
sullen  wesen  eick x  sch.  gr. 

Den  greffier  heeft  voor  pensioen    .  ,  .     .     .     .     ii  lib.  gr. 

Den  cnaepe ,     .     .     ii  lib.  gr. 

Item,  soo  wanneer  eenighe  verzendelynghe  van  andere  steden 
alhier  commcn  sullen  de  gheswornen  hem  vermoghen  te  tracte- 
ren  ende  voor  iheerynghe  telckens  laeten  ghebeuren  tôt  x  sch.  gr. 

Item,  int  stellen  van  de  vinders ii  lib.  gr. 

Item,  int  kiesen  ende  stellen  van  de  siepers  (i),  xx  sch.  gr. 


(1)  Ceux  qui  traînent  le  poisson  dans  les  baquels  pour  de  la  vente  à  la 
criée. 


—  49 


II. 


Ordonnantie  up  tfaict  ende  conduicle  van  der  neerhighe 
van  den  vryen  vischcoopers,  inl  jaer  XF"^  XL/  gheniaect 
by  Mer  Françoys  van  der  Gracht,  riiddere,  heere  van 
Scardau,  hoochbailliu  van  Ghendl,  melfjaders  schepenen 
van  beede  de  hancken,  int  scependom  van  Joncfieere 
Clais  Triest,  fieefe  van  Amveghem,  dheer  Jans  van  den 
Eeclioîite  ende  hueren  ghesellen. 

Alvoren  dat  dheuverste  ende  ghezworne  vander  voornomde 
neeringhe,  naer  di'en  zy  by  scepenen  ghemaect  ende  ghecreert 
zullen  zyn,  ghehondcn  worden  huerlieder  eedt  te  doene  ende 
hooghelic  te  zweerene  onder  andere  dat  zy  de  kueren  ende 
statuten  byder  K.  Ma' gheordonneert  in  february  XV''  XL  lest- 
leeden,  np  tfaict,  ghifle  ende  pollicie  der  zelver  neeringhe  ende 
voorts  de  poincten  ende  articlen  hiernaer  verclaerdt,  naer  in- 
houdt  der  zelver  vvel  ende  sceerpelic  onderhouden  ende  doen 
onderhouden  zullen  np  peine,  indien  zy  bevonden  worden  ter 
contrarie  ghedaen  thebbene  ofte  laten  gheschiene  zonder  zulx 
ter  kennesse  van  scepenen  over  te  bryngliene,  zelve  arbiirairlic 
daeraf  in  exemple  van  anderen  ghepiiniert  te  wordene. 

Item,  dat  de  voornomde  henverste  ende  ghezworne  zullen 
pooghen  te  apoinctierne  ende  te  wetene  die  differenten  ende 
zaken  die  onder  snpposten  vanden  voornomden  neeringhe  zul- 
len moghen  overcommen.  Ende  zy  de  zelve  niet  apoinctieren 
en  consten,  zullen  danof  rapport  doene  die  vander  wet  verbalic 
of  by  ghescrifte,  de  welcke  zullen  daerinne  sommierlic  voirsien 
zo  zy  bevinden  zullen  daer  toebehoerende  zonder  dat  de  voir- 
seide  henverste  ofte  ghezworne  hemlieden  breedre  zullen  mo- 
ghen onderwinden  van  eenich  bericht  of  judicatucre  te  doene 
up  correctie. 

Item,  dat  de  ghezworne  ende  warderers  der  zelver  neeringhe 
die  ooc  by  scepenen  ghecreert  zullen  worden,  zullen  ghehouden 
zyn  aile  vischdaghen  up  huerlieder  eedt  wel  ende  sceerpelic 
te  visitcrene  ende  wardcrene  allerhande  visch  alhier  ter  vente 


—  20  — 

commende  alzo  wel  zeevisch  als  andere  omme  tzelve  alzo  ghe- 
wardeert  izynder  plaetsen  vertocht  ofte  gheworpen  te  werdene 
alzo  dat  behoiren  zal. 

Item,  dat  elc  vry  vischcoopere  zal  ghehouden  zyn  up  zynen 
stal  te  stane  die  hem  by  loie  ghevallen  zal  zyn,  zonder  mcer 
ofte  op  yemantz  anderen  stal  te  moghen  stane,  ten  waere  dat 
zynen  visch  beneden  den  staken  ghewyst  waere,  ofte  dat  hy 
alleenelic  eene  paye  cochte  beneden  den  vier  ponden  van  thien 
grooien  fpondt,  up  de  boele  van  twintich  grooten. 

Item,  dat  elc  vischcoopere  zyne  neeringhe  alleene  doen  zal 
zonder  met  yemande  te  suerene,  colluderene  of  mede  te  dee- 
lene,  maer  zal  zyne  neeringhe  doen  ende  zynen  visch  venten 
tzynen  propren  proffyte  alleene,  zonder  eeneghe  fraude,  be- 
droch  of  argelist  ende  danof  eedt  doen  tallen  tyden  als  hy  by 
den  heuverste  ende  ghezwornen  ofte  vvardeerers  verzocht  zal 
werden,  al  up  correctie  van  scepenen. 

Item,  dat  negheen  vischcoopere  hem  en  vervoirdere  te  loo- 
ghene  ofte  lovene  eeneghen  zeevisch  eer  hy  ghewardeert  es,  up 
de  verbuerte  van  den  vische  ten  proffyte  van  den  ghemeenen 
aermen  ende  voorts  up  de  boete  van  iij  s.  gr. 

Item,  zo  wat  vry  viscoopere  hem  doet  cavelen  omme  nee- 
ringhe te  doene  ende  zynen  stal  ledich  laet  staen,  die  zal  ghe- 
corrigeert  zyn  ter  discretie  van  scepenen,  die  zelve  daerinne 
voirsien  en  van  de  stallen  ledich  staende  disponeren  zullen. 

Item,  werdt  elc  vischcoopere  ghehouden  zynen  visch  te  ver- 
cooopene  biunen  den  zelven  daghe  dat  hy  inné  ghebrocht 
werdt,  zonder  dien  af  te  stellene  ende  latene  onder  weghe  waer 
dat  zy,  up  de  verbuerte  van  den  vissche  ten  proffyte  vanden 
aermen  ende  up  de  boete  van  dry  ponden  parisissen  als  boven, 
uutghesteken  tonnevisch,  ghezauiene  visch  of  duervaerende 
goet. 

Item,  voorts  dat  elc  eene  cupe  ofte  mande  hebbe  onder  zyn 
banck,  omme  de  vuylichede  daerinne  te  wurpene,  up  de  boete 
van  XX  grooten. 

Item,  dat  niemant  en  vercoope  eeneghen  ghesautenen  tonne- 
visch naer  sent  Jansmesse,  dan  den  ghuenen  die  naer  sent 
Jansmesse  ghevanghen  wordt,   up  de  boete  van  dry   ponden 


—  21  — 

parisis  entle  verbuerle  van  de  vissche  len  proffyte  als  boven. 

Item,  dai  elc  vischcoopere  zal  moghen  coopen  den  vromden 
mans  visch,  in  plaetse  weder  hy  visch  heeft  van  der  zee  of 
negheenen,  wel  verstaende  dat  niemant  van  den  voirs.  visch- 
coopers  die  visch  heeft  van  der  zee  en  zal  moghen  de  eersten 
coop  insteken,  uutghesteken  helft,  zalmen,  meerswyn,  zeehondt 
en  stucr  alzo  verre  nochtans  als  zy  van  ghelycken  vissche  up 
dien  dach  niet  en  hebben  van  der  zee  ende  andersins  uiet, 
up  boete  van  xx  grooten. 

Item,  zo  en  mach  oock  de  weerdt  noch  de  cicrcq  den  eersten 
coop  in  plaelsen  met  te  coopene  alwaere  ooc  by  alzo  dat  zy 
gheenen  visch  vander  zee  en  hadden,  up  ooc  de  boete  van 
twintich  grooten  ende  voorts  den  visch  wederomme  in  de  mine 
ghebrocht  te  werdene. 

Item,  dat  niemandt  hem  en  vervoirdere  le  stane  in  plaetsen 
dan  de  ghezworne,  de  weerdt,  de  clercq,  de*  voirvindere,  de 
pachtere,  de  sturtere,  up  de  boete  van  vyf  grooten. 

Item,  dat  niemant  en  trecke  noch  en  neme  van  svremde  mans 
vissche  in  plaetsen,  maer  staet  de  coopman  daerby,  zo  mach  hy 
gheven  van  zynen  goede  dat  hem  belieft. 

Item,  dat  ikindt  niet  coope  des  vaders  visch  en  plaetse,  noch 
de  vader  des  kindts  visch,  noch  de  broedere  des  broeders  visch, 
up  de  boete  van  dry  ponden  parisis. 

Item,  dat  niemant  en  coope  noch  en  vercoope  visch  omme 
voorts  le  vercoopene,  meesler  noch  cnape,  of  ten  waere  om 
uuter  stede  te  zendene,  up  gelyckc  boete  van  dry  ponden  par. 

Item,  dat  ooc  gheen  vischcoopere  of  cnape  negheenen  visch 
coopen  en  zal  beneden  jeghens  de  mandedraghers  omme  voorts 
te  vercopene,  insghelycxs  up  de  boete  van  iij  pond.  par. 

Item,  dat  aile  de  supposten  van  der  voirseyde  neeringhe 
zuUen  ghehouden  zyn  de  voorgaende  poincien  ende  articlen 
wel  ende  ghetrauwelic  tonderhoudene,  up  de  voirseyde  boeten 
ende  correciien,  mitgaders  den  heuverslen  ende  ghezwornen 
in  aile  zaken  der  neeringhe  aengaende  onderdanich  te  zyne, 
doende  ende  latende  tghuendt  dat  hemlieden  byd.  zelven  heu- 
verslen ende  ghezwornen  bevolen  ofte  verboden  werdt. 

Item,  de  voirseyde  ghezwornen  zullcn  ghehouden  zyn  omme 


22  

te  ganc  cnde  bezouck  te  doene  alloninie  ende  allytz  alst  hem- 
lieden  goet  ende  oirbeerlic  dyncken  zal,  omme  te  weiene  offer 
yeinant  es  die  de  voornoinde  poincien  ende  ariiclen  oft  eenigh 
van  dien  nyet  en  onderhoudt,  ofte  eenich  sins  daerieghens  me- 
suzeert  ende  dat  zonder  belet  of  werdezech  van  yemande. 

[tein,  indien  yemant  de  voirseide  boeten  ende  verbuerten 
niet  en  voldede  ofte  betaelde,  ofte  anderssins  den  bevele  ofte 
verbode  van  de  heuverste  ofte  ghezworne  nyet  en  obedierde,  in 
dien  ghevalle  zullen  de  voirseyde  heuverste  ende  ghezworne  up 
huerlieder  eedt  ende  arbitraire  correctie  ghehouden  zyn  danof 
lerstont  scepenen  te  adverterene,  omme  danof  recht  ende  cor- 
rectie  ghedaeu  te  zyne  naer  de  gheleghentheyt  van  der  zake. 

Item,  dat  aile  de  voirscrevenen  boeten  zullen  gheint  vvorden 
by  den  cnape  van  der  voirseide  neeringhe,  de  welcke  ghehou- 
den werdt  danof  note  ende  bouck  te  houdene,  zo  van  ghelycken 
ooc  note  ende  contrerolle  de  ghezwornen  hauden  zullen,  welcke 
beede  voorts  ghehouden  worden  ten  daghe  van  der  rekeninghe 
huerlieder  note  ende  contrerolle  over  te  brynghene,  omme 
daeruute  tsamen  de  zelve  rekeninghe  ghedaen  te  zyne. 

Item,  dat  aile  de  zelve  boeten  nyet  excederende  de  dry 
ponden  par.,  ten  daghe  van  der  rekeninghe  zullen  ghedeelt 
ende  ghedistribueert  worden  in  dryen,  te  wetene  :  den  heere 
een  derde,  den  aermen  cen  ander  derde,  ende  tderde  derden 
ten  proffyte  van  der  voirseyder  neeringhe,  ende  de  ghone  exce- 
derende zullen  hem  deelen  voeghende  der  ordonnancie  van 
der  K.  M. 

Item,  dat  dhaude  heuverste  ende  ghezwovne  aile  jaere  thuer- 
lieder  afscheedene,  présent  den  heere  schepen  ende  den  heu- 
verste ende  ghezworne  die  alsdan  nieuwe  ghecreert  zyn,  zullen 
ghehouden  vvorden  van  al  huerlieder  onlfanghe  binnen  huerl. 
jaerschaere  rekeninghe,  bewys  ende  reliqua  te  doene,  alzo  wel 
van  boete,  verbuerten,  neerincghelde,  als  allcn  anderen  ver- 
vallen  der  zelver  neeringhe  concernerende. 

Item,  ende  de  zelve  rekeninghe  aldus  ghedaen  zynde,  zullen 
de  voirseide  aude  heuverste  ende  ghezworne  met  ooc  de  cnape 
der  voirseide  neeringhe  alsdan  by  scepenen  van  huerlieder 
dienst,  diligentie  ende  aerbeit,  ghesallarieert  ende  ghcrecom- 


—  25  — 

penseért  worden,  naer  dat  hemlieden  scepenen  up  den  zclven 
huerlieder  dienst  ende  aerbeit  regard  nemende  goet  ende  redelic 
dincken  zal. 

Teu  laetsten,  schepenen  ter  welvaert  ende  verlichtinghe  van 
den  ghenieenen  insetenen  dezer  sfede  ende  omme  ander  niercke- 
licke  redenen  huerlieden  daerioe  moverende,  verbieden  expres- 
selic  den  heuverste  ende  ghezwornen  dcr  voirseide  eenich 
impost  ofte  ommezettinghe  up  de  supposten  der  zelver  nee- 
ringhe  le  doene,  te  wat  redene,  coleur  ofte  oirzake  dat  zyn 
nioghe,  ten  zy  by  expresse  voorgaenden  laste  ende  ordonnantie, 
up  peine  van  dies  in  exemple  van  anderen  grootelicx  ghecor- 
rigeert  te  wordene. 

Ende  aile  de  voornomde  poincten  ende  articlen,  ende  elc 
byzonder  by  manière  van  provisien  ende  vorme  van  preuve 
tonderhoudene  ende  achtervolghene  totter  tyt  dat  by  heere  ende 
wet  anders  in  voirzien  wcrdt,  ghemerct  dat  zy  tmeerdercn, 
minderen  ende  veranderen  thevenderwaeris  reserveren,  indien 
zy  tzelve  by  experientie  oirbuerlicker  vinden. 

Meu  ordonneert  van  heere  ende  wet  weghe  dat  niemant  van 
den  vischcooperc  hem  en  vervoirdere  te  lotene  of  cavelen,  ten 
zy  dat  hy  alvoren  verclare  dat  hy  den  meesten  deel  van  den 
jaere  de  neeriughe  exerceren  ende  doen  zal  zonder  fraude  oft 
arghelist,  ende  zo  verre  yemandt  ghelot  zynde  zyne  stal  ledich 
laet  staen  zonder  dien  zelve  te  beslane,  scepenen  zullen  daerof 
disponeren  ende  boven  dien  zal  verbueren  de  boete  van  thien 
pon.  par, 

Ende  de  ghone  niet  ghecavelt  zynde  in  den  manieren  als 
voren  die  binnen  den  jaere  zullen  willen  neeringhe  doen,  zul- 
len dat  vermoghen  te  doene  up  de  stallen  die  ledich  staen  ter 
dispositie  van  scepenen. 

Actum  int  coUegie  ende  ghepubliert  voor  tvercavelen  van  de 
vischcoopers  up  den  vasten  avond  vicr  en  veertich. 


—  24  — 


fa  (Commune  belge 


DU    mOYEX    AGE. 


SI. 

PÉRIODE    DE    CROISSANCE. 

«Je  ne  sais  qui  profite  de  celte  victoire,  »  disait  Philippe 
le  Bon,  à  propos  de  la  bataille  de  Gavre  en  14S3;  «  pour 
»  moi,  vous  voyez  ce  qui  j'y  perds,  ce  sont  mes  sujets.  » 
Ce  qui  devait  en  profiter,  c'était  d'abord  le  principe  cen- 
tralisateur qui  venait  d'écraser  la  puissance  militaire  de  la 
commune  dans  la  Flandre,  comme  huit  ans  plus  tôt,  le 
même  prince  l'avait  escamotée  en  Brabant(i);  comme  Jean 
sans  Peur,  son  père,  aidant  son  beau-frère,  le  Bavarois  Jean 
sans  Pitié,  avait  étouffé  dans  le  sang  à  Othée,  en  1 408,  «  ces 
gens  de  Liège,  propres  seulement  à  manifactures  et  mar- 
chandises. » 

D'où  ces  agglomérations  de  bourgeois  avaient-elles  obtenu 
ce  pouvoir  qui  les  rendait  capables  de  résister  à  la  cou- 
ronne? comment  les  communes  s'élaient-elles  constituées 
et  établies  chez  nous?  Un  aperçu  sur  les  diverses  mentions 
de  faits  y  relatifs,  que  l'histoire  nous  a  successivement  lé- 
gués, nous  dévoile  qu'elles  ont  été  les  produits  d'éléments 
divers. 


(1)  En  1445,  par  la  suppression  de  la  Keure  de  1421,  à  Bruxelles,  devenu 
résidence  du  Duc. 


—  25  — 

Avant  que  l'on  eût  consulté  les  précieux  litres  de  nos 
archives  nationales,  et  qu'on  les  eût  comparé  aux  docu- 
ments étrangers,  une  opinion  prévalait  sur  l'origine  des 
communes,  c'était  de  rapporter  cette  origine  aux  institu- 
tions romaines.  Il  est  vrai  que  depuis  la  Renaissance,  la 
langue  officielle  s'était  emparée  des  locutions  usitées  dans 
ces  institutions  :  le  collège  fut  nommé  seuatus;  le  large- 
conseil,  popidus;  les  bourgmestres  furent  traités  de  con- 
siiles,  et  l'officier,  ministère  public  (amman,  schout,  etc.), 
de  praelor.  Les  quatre  célèbres  initiales  S.  P.  Q.  R.  figu- 
rèrent bientôt  comme  inscriptions  communales,  moyennant 
appropriation  de  la  dernière  lettre.  Si  le  consul  romain 
était  accompagné  de  douze  licteurs,  nos  premiers  bourg- 
mestres l'étaient  d'autant  de  hallebardiers;  l'officier  se  con- 
tentait de  six  et  plus  tard  de  quatre. 

Tongres  et  Tournai,  les  deux  seules  villes  de  notre  ter- 
ritoire dont  l'existence  remonte  à  l'époque  romaine,  ne 
présentent  qu'à  peine  des  dispositions  légales  de  cette 
source,  dans  leur  organisation  communale  (j).  A  part 
Cologne,  que  sa  qualité  de  colonie  romaine  avait  dotée  de 
dispositions  spéciales,  l'histoire,  par  la  plume  de  Tacite 
seul,  ne  signale  le  fait  de  l'organisation  municipale  ro- 
maine dans  la  Germanie  inférieure  que  pour  une  localité, 
qu'on  croit  reconnaître  dans  Groningue  :  car  là,  les  attri- 
butions des  divers  magistrats  et  treize  articles  de  la  cou- 
tume reproduisent  littéralement  les  lois  romaines  (2). 

Mais  l'organisation  municipale  seule  n'est  pas  la  com- 

(1)  Sous  l'Empire,  ces  villes  étant  régies  par  le  droit  romain  et  des  cou- 
tumes locales;  leurs  habitants  ne  pouvaient  acquérir  que  la  propriété  pré- 
torienne. Cologne,  qui  seule  dans  le  Nord  jouissait  de  la  propriété  Quiritaire, 
n'avait  pas  la  faculté  d'invoquer  des  coutumes  locales.  —  Gérard,  //«  Icllre 
SUT  VHistoire  de  Belgique,  p,  44.  —  Schayes,  La  Belgique  et  les  Pays- 
Bas,  etc.,  T.  II,  pp.  1  et  24. 

(2)  Tacite,  Ann.,  lib.  XI,  §  19,  a»  48.  —  Menso  Alting,  Germ.  infer.,  vox  : 
Corbulenis  Munimentum,  p.  48,  et  pars  altéra,  p.  74. 


—  26  — 

mune  :  tous  les  membres  de  celle-ci  sont  tenus  de  s'aider, 
de  se  secourir,  de  se  défendre  entre  eux,  outre  la  défense 
commune  qui  leur  incombe;  la  commune  possède  un  pou- 
voir délibérant  et  un  pouvoir  exécutif;  sa  population  est 
donc  représentée  dans  son  gouvernement,  qui  exerce  son 
action  sur  tout  le  périmètre  de  la  juridiction.  Il  importe 
donc  de  recbercher  en  quel  temps  cet  étal  de  choses  s'est 
produit  dans  l'histoire. 

Les  époques  de  l'admission  des  députés  des  habitants  de 
toute  une  ville  dans  l'administration  urbaine,  en  Belgique 
et  en  Italie,  se  rapprochent  tellement  que  l'on  doute  du 
pays  qui  en  prit  l'iniative.  En  Italie,  la  date  la  plus  an- 
cienne est  l'an  1182,  indiqué  par  les  archives  de  Modène, 
Mais  Muratori  remarque  que  la  Belgique  cite  une  date  an- 
térieure pour  l'organisation  de  la  commune  de  Bruges, 
qu'elle  porte  à  l'an  1000.  Il  ajoute  qu'en  conséquence,  «  il 
»  donnerait  la  préférence  à  la  Belgique,  s'il  n'était  prouvé 
»  que  celle-ci  a  copié  en  tout  l'Italie  (i).  »  Nous  répondrons 
à  cela  que  les  rapports  réguliers  de  la  Flandre  avec  l'Italie 
ne  remontent  qu'à  l'an  H26  (2);  qu'en  conséquence,  il  n'y 
a  pas  imitation  en  ceci,  mais  développement  naturel  de 
législations  analogues,  comme  celui  des  lois  lombardes, 
saliques  et  saxonnes,  qui  renfermaient  les  principes  de  la 
constitution  communale. 

La  nation  franke  était  composée  de  propriétaires  fon- 
ciers, ingenui,  hommes  libres,  et  nobles,  nobiles;  et  de 
locataires  ruraux,  manants,  laeti.  Dix  alleuds  (0)  consti- 
tuaient un  marking  ou  hameau;  cent  alleuds  formaient  le 
gebuerte,  mille  alleuds  formaient  le  gau,  pagus  ou  cau- 


(1)  Antlq.  niedii  jEvi.  Disscrlalio  XXX. 

(2)  Warnkoenic,  La  Flandre  et  ses  institutions,  t.  Il,  p.  194.. 

(3)  Quelques  auleurs  pensent  que  l'alleud  est  identique  à  la  manse,  et 
comprenait  douze  bonniers.  Nous  douions  de  celle  uniformité  de  conte- 
nance. Cfr.  MoKE,  La  Belgique  ancienne,  p.  463. 


—  27  — 

ton  (i).  Trois  fois  l'an  un  plaid  général,  Gauding,  était 
tenu  sous  la  présidence  du  Graaf  ou  Grafion,  magistral 
électif,  mais  dont  le  mandai  semble  avoir  été  viager.  Dans 
les  plaids,  il  était  assisté  de  magistrats  au  nombre  de  sept 
ou  de  douze,  nommés  Rachenborfjen  (garants  de  la  ven- 
geance des  lois),  el  ces  magistrats,  élus  par  les  hommes 
libres,  jugeaient  les  causes  personnelles  el  réelles  (2).  Sou- 
vent ils  étaient  assistés,  ou  comptaient  parmi  eux  un 
Zeijrjer  ou  diseur  de  la  loi,  Sagibaro,  qui  devait  indiquer 
les  textes  propres  à  la  cause  (3).  Le  Graaf  ne  faisait  que 
présider  ce  tribunal,  il  n'opinait  point;  mais  en  sa  qualité 
de  chef  civil  el  militaire,  il  soignait  l'exécution  de  la 
sentence. 

Dans  chaque  canton,  les  ingenui  possédaient  une  insti- 
tution destinée  spécialement  à  la  défense  commune,  c'était 
la  ghilde  ou  fraternité  d'armes.  «  Leurs  banquets  étaient 
tumultueux  comme  ceux  des  Germains  de  Tacite,  »  dit 
Kervyn.  Armés  de  scharmsaxes  ou  de  massues,  les  frères 
d'armes  faisaient  circuler  à  la  ronde  de  larges  coupes, 
qu'ils  nommaient  mmne,  nom  parfois  appliqué  à  leurs 
assemblées  elles-mêmes.  On  vidait  la  première  coupe  en 
l'honneur  de  VVoden,  pour  obtenir  la  victoire.  Tous  les 
convives  s'engageaient  par  serment,  les  uns  vis-à-vis  des 
autres,  en  se  promettant  un  mutuel  appui  (4).  G'était 
dans  ces  ghildes  que  les  chefs  d'entreprises  guerrières 
trouvaient  les  aventuriers  s'engageant  envers  eux  pour  une 
expédition  déterminée  el  constituant  leur  Trust;  ils  étaient 


(1)  A.  H.,  Pa7i  Gcrmane,  p.  19,  el  Moke,  La  Belgique  ancienne,  p.  21. 

(2)  Gérard,  //e  lettre  sur  l'Histoire  de  Belgique,  p.  55. 

(ô)  Warnkoemig,  Histoire  des  Carolingiens,  p.  39.  —  Dans  la  suite,  les 
fonctions  de  ravocal-pensionnaire  répondaient  à  celles  du  Zegger  (Erwarto), 
Grim,  et  celles  de  l'écoutète  ou  de  l'amman,  aux  alliibulions  du  Graaf. 

(4)  Kervyn,  Histoire  de  Flandre,  t.  I,  p.  112,  d'après  Mallet,  Introd.  à 
l'Hist.  du  Danemnrh,  t.  1,  pp.  123,  288,  289. 


—  28  — 

alors  nommés  Antriistioiis.  La  gliilde  avait  un  lieu  spécial 
de  réunion,  où  ses  membres,  par  des  concours  et  des 
luîtes,  développaient  leur  adresse  dans  les  exercices  mili- 
taires. On  croit  que  Jodoigne,  Geldenaken,  nommée  en 
latin  Geldonia  (i),  fut  un  de  ces  endroits  de  réunions. 

A  l'époque  primitive,  sous  l'influence  des  croyances 
païennes,  un  des  Ases,  divinités  du  Wallialla,  était  spé- 
cialement invoqué  par  les  ghildes  comme  protecteur.  C'était 
ou  Vali,  fils  de  Woden  et  de  Rinda,  «  sans  égal  pour  lancer 
des  traits,  »  ou  Uller,  Wuller,  l'habile  archer,  dont  «  l'arc 
est  l'aquilon  et  la  grêle  les  flèches  (2),  »  ou  Tyr,  le  dieu 
des  combats. 

Les  manants,  laeti,  ne  faisaient  point  partie  de  la 
ghilde.  Bien  qu'ils  possédassent  la  jouissance  complète  du 
droit  civil,  ils  n'avaient  point  de  droits  politiques. 

L'administration  proprement  dite  d'un  pagus  n'agissait 
que  sur  bien  peu  d'objets  :  l'entretien  des  voies  publiques, 
des  cours  d'eau  et  des  ponts,  flgurent  dans  nos  plus  anciens 
litres,  comme  soumis  à  la  surveillance  publique  (3),  Toute 
cette  constitution,  sortie  de  la  nature  des  choses,  était  trop 
afl"ranchie  d'une  direction  centrale  supérieure  (4),  pour  que 
celle-ci,  à  mesure  qu'elle  se  développait,  ne  songeât  pas  à 
la  transformer  à  son  avantage.  La  sanction  païenne  des 


(1)  PuTEANiis  nomme  Geldonia,  les  lieux  d'assemblée  des  serments  ou 
gliildes.  Bruxelles,  Septen.,  p.  Ti,  chap.  III.  —  Moke,  La  Belgique  ancienne, 
p.  268  et  369.  Le  nom  de  Gelder  aurait  la  même  oi'igine,  ainsi  que  lodion, 
nommé  en  latin  également  Geldonia. 

(2)  IIalbertsma,  Overysselsche  Almanak,  1841,  cité  par  Buddincii,  Saint- 
Martin.  —  Mallet,  Edda,  p.  137.  —  Cfr.  Maliet,  Introduction,  p.  289.  — 
Lacurne  Sainl-Pnlaye,  Mémoire  «uic.  Chevalerie,  t.  I,  p.  279.  —  A.  H.,  Pan 
Germane,  p.  18. 

(3)  Cette  branche  de  l'administration  devint  dans  la  suite  la  chambre  de 
Ihonlieu.  Cfr.  Mann,  Histoire  de  Bruxelles,  t.  Il,  p.  74.  —  Moke,  loc.  cit., 
pag.  271. 

(4)  Mallet,  Introduction,  t.  I,  p.  138.  —  GÉnino,  Ih  lettre,  p.  59  et  60 


—  29  — 

t 

ghildes  fui  allaquée  et  proscrite  par  l'Eglise  (i),  et  l'action 
de  celle  institution  demeura  invisible  dans  l'histoire,  jus- 
qu'à l'instant  où  des  formes  chrétiennes  eurent  remplacé 
les  mythes  païens.  Dès  l'an  779,  un  capilulaire  allribuail 
à  la  couronne  seule  le  droit  d'engager  des  Antrustions  (2), 
cl  en  803,  Charlemagne,  devenu  empereur,  modifia  radi- 
calement la  constitution  cantonale.  L'accroissement  de  la 
population  justifie  la  division  des  anciens  cantons  et  l'élé- 
vation au  même  rang  des  nouveaux  districts;  mais  désor- 
mais, le  Graaf,  cornes,  est  nommé  par  le  roi;  les  Rachen- 
borgen  sont  remplacés  par  des  Scabini,  échevins,  nommés 
de  la  même  manière,  mais  parmi  des  candidats  élus  en 
nombre  double  ou  triple;  enfin,  la  royauté  n'a  rien  omis 
de  ce  qui  pouvait  en  tout  lieu  accroître  sa  puissance.  On 
se  demande,  en  présence  de  la  guerre  contre  les  Saxons, 
chez  lesquels  celte  organisation  fonctionnait  dans  ses  prin- 
cipes primitifs,  si  là  n'était  pas  un  des  motifs  permanents 
de  celle  guerre  acharnée.  L'exemple  d'un  pays  voisin  qui 
n'était  pas  sans  influence,  contrariait  les  aspirations  de  la 
royauté.  Aussi  lorsque  Charlemagne  eût  enfin  conquis  la 
Saxe,  en  dénatura-t-il  complètement  les  institutions.  Peut- 
être  les  aggressious  des  Normands  sur  notre  sol,  où  elles 
trouvèrent  des  adhérends,  étaient-elles  le  résultat  des  re- 
vendications du  droit  coutumier  contre  les  lois  capilulaires 
récentes  (3)? 


(1)  Warnkoesig  et  Gérard,  Hisl  des  Carlovingiens,  l.  F,  p.  221,  noie;  for- 
mule de  Tabjuration. 

(2)  «  De  truste  facienda  nemo  praesumat.  >■  Balcz.,  t.  I",  p.  445,  —  Voir 
aussi  le  capilulaire  de  789,  qui  proscrit  la  Ghilde.  Wilda,  p.  37,  cité  par 
A.  A.  De  Ceuleneer.  —  «  De  sacramenlis  pro  gildonia  invicem  conjuranlibus, 
ul  nemo  facere  praesumat.  Alio  vero  modo  de  eorum  eleemosyuis,  aul  de  in- 
cendio,  aul  de  naufragio,  quamvis  convenientiara  facianl,  nemo  in  hoc  jurare 
praesumat.  »  Baluz.,  I,  p   198. 

(3)  Le  premier  est  nommé  Aasdom  (règne  des  Ases,  les  dieux  des  ancêtres); 
le  second  Schepmdom,  échevinage,  ce  qu'avaient  organisé  les  Capilulaires. 


—  30  — 

Une  Iransforniatiou  nouvelle  se  préparait  une  quaran- 
taine d'années  après  la  défaite  des  Normands  dans  les 
plaines  de  Louvain,  et  ce  à  l'intervention  des  influences 
saxonnes.  Le  duc  Henri  fut  élu,  en  919,  à  la  couronne 
royale  d'Allemagne,  alors  ravagée  par  les  Slaves  et  tribu- 
taire des  Hongrois.  Ce  Henri,  surnommé  VOiseleitr,  afîran- 
chit  son  royaume  et  publia  des  ordonnances  qui  donnèrent 
une  vie  nouvelle  à  la  Germanie,  l^n  926,  il  fut  appelé  au 
trône  de  Lotharingie,  et  les  mesures  qu'il  prit  pour  guérir 
les  plaies  que  la  guerre  et  l'anarchie  infligeaient  à  ses 
deux  royaumes,  donnèrent  un  berceau  au  futur  édifice 
communal.  Il  fit  entourer  de  remparts  et  de  fossés  les 
principaux  bourgs,  il  y  appela  le  dixième  de  la  population 
des  cantons  avoisinants,  y  fil  construire  des  magasins  ou 
halles  destinés  à  abriter  le  tiers  des  récoltes  de  la  banlieue 
et  y  établit  les  cours  de  justice.  Le  privilège  exclusif  d'exer- 
cer certains  métiers  fut  réservé  à  ces  citadins,  à  l'exclusion 
des  villageois,  en  même  temps  que  l'accès  des  magistra- 
tures leur  fut  ouvert.  Il  institua,  en  outre,  des  sociétés 
d'exercés  militaires,  des  concours  d'adresse  et  des  tournois, 
tout  en  déclarant  l'ancienne  ghilde  désormais  dissoute  (i). 
En  outre,  il  dota  plusieurs  localités  de  marchés  périodiques. 
«  Au  moyen  de  ces  règlements,  Henri  I"  procura  aux  ha- 
bitants des  villes,  dit  Jean  De  Muller  (a),  la  sécurité  dont 
ils  avaient  besoin  pour  se  livrer  à  leur  industrie.  » 
Trois  causes   principales  concoururent  à  la  formation 


(1)  Cfr.  A.  A.  De  Ceulener.  Recherches  sur  l'origine  des  com7nuHes,  c.  II, 
§  3,  dans  les  Annales  de  l'Académie  d'Archéologie,  t.  VII,  p.  161.  —  Voyez 
aussi  pp.  liS  el  148  de  ce  remarquable  travail. 

(2)  Histoire  universelle,  liv.  XIV,  ch.  19,  t.  Il,  p.  221.  —  Cfr.  GÉRinD, 
Ylle  lettre  sur  l'histoire  de  Belgique  dans  le  t.  XIV,  Revue  Irimesl.,  p.  248. 
«  Les  traditions  italiennes  appellent  l'empereur  Olhou  I^r  le  fondateur  de  la 
liberté  des  villes.  »  Niebueir,  Hist.  romaine,  t.  I,  p.  512  (Olhon  l^r  était  fils  de 
Henri  VOiscleur), 


—  51   — 

des  communautés  entre  les  habitants  de  ces  villes;  la 
première  était  matérielle;  savoir  :  l'agglomération  des  de- 
meures particulières  dans  l'enceinte  des  remparts,  dont 
l'entretien  et  la  défense  incombaient  aux  habitants.  De  là, 
la  nécessité  de  l'armement  et  la  reprise  des  fraternités 
d'armes,  Ghildes  ou  Serments ,  sous  la  protection,  non 
plus  d'un  Ase  :  Tyr,  Vali  ou  Woller,  mais  d'un  saint  : 
saint  Michel  (i),  saint  Georges  ou  saint  Sébastien.  La  se- 
conde cause  fut  l'existence  de  l'église  du  bourg,  qui  est 
un  centre  de  réunions  périodiques;  et  enfin,  la  troisième 
cause  est  le  tribunal  commun  créé  dans  le  sein  de  la  com- 
munauté. 

Ainsi,  l'ancienne  cour  échevinale  du  comté,  restreinte 
peu  à  peu  par  l'organisation  féodale  du  plat-pays,  où, 
jusques  là,  elle  n'avait  point  de  lieu  fixe  pour  ses  sessions, 
finit  par  élire  domicile  dans  le  sein  des  villes  murées  (2), 
bien  que  longtemps  encore  elle  allât  y  siéger  en  plein 
air  (3).  Ces  premiers  poorters  ou  bourgeois  étaient  des 
iwjenui  qui,  tout  en  accueillant  les  manants  inlra-muros, 
ne  leur  accordèrent  aucune  part  dans  les  fonctions  publi- 
ques, tant  qu'ils  n'eurent  aucune  propriété,  tout  comme 
il  en  avait  été  dans  l'ancien  pagus.  Tous  ces  habitants  se 
livraient  à  l'industrie,  au  commerce  et  aux  métiers,  et  les 


(1)  Une  ghiUle  combatlil  les  Sarrasins  en  Italie;  elle  était  formée  princi- 
palemenl  de  Frisons,  et  la  légende  raconte  qu'elle  avait  reçu  de  Cliarlemagne 
un  étendard  avec  l'image  de  saint  Michel.  —  Le  corps  de  son  chef  Magnus 
Fortema  est  inhumé  k  Rome  dans  l'église  de  Saint-Michel  {Ece.  S^'-Michaeli 
in  Sassia).  —  Baronii  Martyrol.  du  4  septm.,  cité  par  ITamconius,  p.  56  (Cette 
sépulture  eut  lieu  vers  l'an  847).  —  Cfr.  ALTl^c,  Notilia  Gcrm.  Inf.,  II,  p.  74, 
1163.  —  De  Setne,  lieschryving  van  nieuw  Rome,  p.  -336. 

(2)  VVarnkoenig,  la  Flandre  el  ses  Inslitulions,  t.  II,  p.  212  et  218  passim. 

(3)  «  Onder  den  blaeuwen  Ilemel.  »  —  Cfr.  Peppe,  Précis  de  la  Constitution 
brabançonne,  p.  10  et  11.  —  D.  Buddingh,  Hel  Boeiregt,  p.  54.  Ra-inc  ou 
Raad-inc  était  le  champ  où  la  cour  siégeait  auparavant,  p.  22.  Un  capitulaire 
de  Charlemagne  prescrivait  aux  audiences  un  lieu  fixe,  Hlallum. 


—  32  — 

Iradilions  ne  manqueDt  pas  pour  la  conOrmalion  de  cet 
élal  de  choses  (i).  Si  nos  ingenui  se  Grent  plus  lard  nonfi- 
mer  patriciens  et  peu  après  obtinrent  des  titres  seigneu- 
riaux, il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  pour  eux  l'exercice 
du  commerce  et  des  arts  n'était  point  une  dérogation. 
L'histoire  du  marchand  Samo,  mort  roi  des  Slaves,  l'éta- 
blit. En  outre,  dès  les  temps  anciens,  certaines  industries 
étaient  très-considérées  chez  les  Germains.  Il  suffit  d'in- 
diquer la  métallurgie  comme  elle  se  présente  dans  d'anciens 
poèmes  (2),  et  le  fait  que  chez  les  Bourguignons  la  nation 
entière  exerçait  la  charpenterie  (3). 

II  ne  serait  pas  impossible  qu'en  fondant  Eenham,  en 
980,  Godefroid  le  Captif  ail  eu  en  vue  l'applicalion  des 
règlements  de  Henri  I";  mais  celle  ville  naissante  n'eut 
qu'une  existence  éphémère  d'environ  cinquante  ans.  Les 
règlements  préindiqués,  conséquence  de  l'élection  d'un 
prince  de  Saxe  à  la  couronne,  expriment  une  revendication 
des  droits  déniés  par  les  capitulaires  carlovingiens,  et  l'on 
voit  l'élection  reparaître  sur  tous  les  points.  Les  mêmes 
aspirations,  favorisées  par  la  prospérité  qui  naît  du  travail, 
trouvèrent  satisfaction  en  Flandre  d'abord  (4);  et,  selon  la 
tradition  historique,  leurs  effets  furent  confirmés  par  le 
comle  Baudouin  Belle-Barbe,  en  l'an  1000.  La  commune 


(1)  Warnkoenig,  lib.  cil.,  p.  181.  —  A  Bruxelles,  cinq  moulins  mus  par  la 
Senne  el  la  colline  nommée  Molenberg,  révèlent  que  la  meunerie  fui  l'in- 
duslrie  primitive  de  cette  ville.  La  tradition  place  à  l'année  950  Texislence 
des  éponymes  des  sept  tribus  d'ingenui  (Mann,  p.  10).  Gand  et  Bruges  passent 
pour  avoir  un  éclievinage  à  la  même  époque.  Warnuoenig,  lib.  cit.,  p.  232 
el  233. 

(2j  Cfr.  Veland  le  Forgeron  el  Edda,  fable  VII,  édition  Mallet. 

(3)  SocRATES,  lib.  Vil,  cap.  30,  cité  par  Scipion  Dupleix.  —  Voir  aussi 
More,  La  Belgique  ancienne,  p.  133,  citant  de  oude  Friesche  wetlen,  I,  2. 

(i)  Les  règlements  des  rois  de  Lotharingie  n'avaient  pas  force  de  loi  en 
Flandre;  mais  dans  ce  comté,  relevant  de  la  France,  l'élément  saxon  libre 
s'était  développé  pars»  propre  énergie. 


—  33  — 

de  Bruges  est  dès  lors  organisée.  Elle  élail  formée  au 
moyen  d'un  conseil  composé  de  treize  imjenui  el  de  treize 
personnes  des  métiers.  Cinq  des  premiers  remplissaient  les 
fonctions  d'cclievins,  el  les  membres  des  métiers  étaient 
élus  par  leurs  corporations.  Les  quatre  grands  métiers 
en  fournissaient  quatre,  les  petits  métiers  deux;  les  bou- 
chers, les  poissonniers,  les  boulangers,  les  courtiers,  le 
marleau,  le  cuir  et  Vaigiiille  nommaient  chacun  un  repré- 
sentant, dont  les  fondions  étaient  annuelles  (i).  La  tannerie 
appartient  à  la  première  industrie  de  la  Flandre,  et  Bruges 
se  distingua  de  bonne  heure  par  ses  produits.  Mais  cette 
ville  n'avait  pas  tardé  à  introduire  la  fabrication  des  étoffes 
de  laine  et  de  toile,  à  laquelle  l'Artois  el  le  pays  gallican 
se  livraient  depuis  des  siècles  (2). 

Pendant  le  XI«  siècle,  l'organisation  communale  s'étendit 
en  Flandre  (3)  sur  les  bases  préindiquées,  et  avec  l'obliga- 
tion du  service  militaire,  hdrban,  borné  régulièrement  à 
la  défense  du  pays  et  des  droits  de  souveraineté  du  prince. 
Ingenui  et  laeli  urbains  devaient  ce  service,  dont  le  com- 
mandement était  confié  au  Burggrave  ou  châtelain  (4). 

Au  début  du  siècle  suivant,  la  noblesse  féodale,  alléchée 
par  l'exemple  des  immunités  dont,  en  d'autres  pays,  jouis- 
saient ses  pairs,  s'ingénia  à  contrarier  les  tendances  de  la 
bourgeoisie.  La  croisade,  en  l'entrainant  au  travers  des 
pays  du  sud,  lui  fit  connaître  des  moyens  d'oppression 
lucrative,  mais  jusques  là  ignorés  d'elle.  Les  deux  comtes, 
Robert,  puis  Baudouin  à  la  Hache,  en  1112,  prirent  des 


(1)  D.  N.  F.  R  ,  Chronycke  van  Vlaenderen,  t.  I,  p.  63. 
(2)5Warnkoenig,  lib.  cit.,  II,  p.  161. 

(3)  GrammonI,  1068.  —  Berg-Saint-Winok,  1072.  —  Bailleul,  1093  — 
Furnes,  1109. 

(4)  Warnkoenic,  ibid-,  p.  155  el  255.  —  Cfr.  Sir  Walter  Scott,  la  Saiul- 
Valenlin,  chap.  IV.  —  Mann,  Hist.  de  Bruxelles,  p.  24.  Voyez  aussi  :  Ordon- 
nantic  op  de  Dorgcrbjcke  Wavhle  der  Stadl  Drusset,  1708. 

3 


34 


disposilions  à  cet  égard;  Baudouin  fut  le  premier,  dit 
Meyerus,  «  qui  osa  opposer  le  frein  des  lois  à  la  tyrannie 
des  nobles  (i).  »  Ceux-ci  étaient  les  membres  de  celte  no- 
blesse guerrière  qui  habitait  ses  donjons;  les  nobles  des 
villes  au  contraire,  représentés  dans  le  conseil  communal, 
étaient  généralement  dévoués  aux  intérêts  de  leur  cité.  Aussi 
Warnkœnig  fait-il  la  remarque  «  que  la  rivalité  entre  les 
»  nobles  et  les  riches  d'une  part,  et  la  basse  classe  de  l'autre 
»  ne  fut  jamais  aussi  prononcée  dans  la  Flandre  que  dans 
»  le  Brabant.  Cette  différence,  ajoute-t-il,  entre  deux  pays 
n  voisins  habités  par  la  même  race,  s'explique  par  la  circon- 
»  stance  que  la  noblesse  flamande  s'occupait  elle-même  de 
»  haut  commerce  et  d'industrie,  et  que  les  commerçants  et  in- 
»  dustriels  enrichis  faisaient  cause  commune  avec  elle  (2).  » 
Il  paraît  en  outre  que  peu  à  peu  la  noblesse  féodale 
du  Brabant  avait  usurpé  des  droits  sur  les  manants  et 
même  sur  les  hommes  libres;  ou  elle  les  citait  devant  ses 
tribunaux,  ou  le  noble,  qui  était  revêtu  de  l'office  d'écou- 
tète,  jugeait  arbitrairement  en  sa  qualité  de  noble  et  non 
comme  fonctionnaire  du  prince  (3).  C'est  en  conséquence 
que  les  plus  anciennes  chartes  communales  de  cette  pro- 
vince stipulent  la  garantie  donnée  aux  bourgeois,  de  n'être 
justiciables  que  de  leurs  juges  naturels,  les  échevins,  et  ce 
«  comme  par  le  passé  (4).  » 

Ces  records,  keiiren  ou  koren  en  dialecte  brabançon, 
appartiennent  tous  au  XI^  siècle;  ils  ne  sont  pas  des  titres 
de  création,  ni  d'institutions  nouvelles,  mais  la  confirma- 
lion  des  droits  et  des  lois  qui  existaient  (s).  La  prospérité 


(1)  Exemples,  les  exécutions  alUibuées  à  Baudouin  à  la  Hache.  —  Lib.  cil  , 
p.  167. 

(2)  Lib.  cit.,  p.  242. 

(3)  Des  Roches, /^/)i7oMcs,  II,  p.  124. 

(4)  Kore  de  Vilvorde  en  1192.  —  Keuren  vient  de  goedkeurcn,  approuver, 
se  mettre  d'accord.  —  Record  de  Liège,  en  1198.  —  Tirlemonl,  1168. 

(3)  J.  Yan  Praet,  Origine  des  cotnmunes,  p.  73, 


35 


iiiduslrielle,  raccroissemcnt  des  capitaux  devaient  amener 
nos  communes  à  leur  plein  épanouissement.  Aussi  voyons- 
nous  que  nos  villes  les  plus  puissantes  :  Ypres,  Bruges, 
Gand  et  Louvain,  renfermaient  une  branche  spéciale  d'in- 
dustrie qui  ne  larda  pas  à  primer  toutes  autres  :  c'était  la 
draperie,  à  laquelle  étaient  reliés  les  tisserands,  les  ton- 
deurs, les  foulons,  les  teinturiers,  etc.,  et  subsidiairement 
toutes  les  autres  professions.  Les  drapiers  eurent  de  bonne 
heure  leur  conseil  spécial  à  leur  halle  (Laeken- halle),  et 
ce  conseil,  représenté  dans  celui  de  la  commune,  y  exerça 
souvent  une  influence  prépondérante  (i).  Les  draps  belges 
étaient  connus  au  loin,  la  demande  à  l'étranger  en  était 
considérable,  et  l'on  s'explique  qu'à  diverses  périodes  la 
main-d'œuvre  se  trouva  insuffisante.  Là  fut  l'un  des  motifs 
qui  portèrent  nos  princes  à  statuer  que  tout  serf,  de  quel- 
que seigneurie  que  ce  fût,  qui  eût  habité  un  territoire 
communal  an  et  jour,  était  désormais  affranchi  et  pourvu 
de  tous  les  droits  civils  (2). 

Les  chefs  des  corporations  de  métiers  acquirent  pro- 
gressivement de  l'importance  dans  la  cité.  Une  corporation 
renfermait  des  maîtres,  des  ouvriers  et  des  apprentis.  S'il 
y  eut  des  périodes  où  la  main-d'œuvre  était  rare,  il  y  en 
eut  aussi  où  l'offre  des  apprentis  dépassait  les  besoins 
qu'en  avaient  les  maîtres.  Et  l'on  s'explique  qu'après 
l'avoir  utilisé  gratuitement,  le  maître  ait  fini  par  se  faire 
payer  l'apprentissage  pour  l'accueillir  à  son  service,  en 
attendant  qu'il  abandonna  à  l'ouvrier  tout  ou  partie  de 
cette  indemnité.  L'apprenti  exercé  devenait  ouvrier,  et 
celui-ci,  unissant  son  expérience  aux  conseils  du  patron, 
baes,  pouvait  parvenir  à  la  maîtrise  après  examen  préa- 


(1)  J.  Peppe,  Lib.  cit.,  p.  40. 

(2)  En  1132,  selon  Ghewiet,  pari.  I,  lit,  2,  §  56.  Droit  belgiqne,  cilé  par 
Peppe,  p.  37.  —  Voir  aussi  Lcx  salica,  tit.  47  el  48. 


—  56  — 

lable  devant  la  corporation  (i).  Mais  des  crises,  résultat 
inévitable  des  guerres  et  des  épidémies,  si  nombreuses  dans 
ces  siècles,  durent  porter  des  perturbations  profondes  dans 
les  relations  de  ces  classes.  L'une  des  premières  que  nous 
devons  constater,  c'est  la  capilalion  mise  par  les  maîtres 
sur  leurs  suppôts,  ouvriers  et  apprentis.  Car  lorsque  le 
prince  dut  intervenir  pour  rétablir  l'ordre,  troublé  par  les 
dissensions  des  ingenui  et  des  gens  de  métiers,  ce  fut  un 
des  premiers  abus  qu'il  supprima  (2). 

Pour  la  Flandre,  des  guerres  désavantageuses  contre  la 
France,  parfois  une  indemnité  à  compter  au  roi,  eurent 
pour  conséquence  des  frais  à  amortir  au  moyen  d'impôts; 
en  Brabant,  outre  les  guerres,  la  prodigalité  du  prince  au 
détriment  du  domaine,  en  faveur  des  ordres  monasti- 
ques (3),  eurent  un  résultat  analogue.  Partout  donc  on 
imposa  des  contributions  pour  faire  face  aux  dépenses,  et 
tout  le  fardeau  des  impôts  pesa  sur  les  gens  de  métiers, 
qui,  de  même  que  les  nobles,  portaient  les  armes  en  cas 
de  guerre.  Joignez  à  cela  que  les  nobles  et  notables  n'im- 
posaient aucune  retenue  à  leur  dédain  sarcastique  envers 
le  peuple,  qui,  de  son  côté,  y  répondait  par  l'aversion 
suscitée  par  l'envie,  et  l'on  comprendra  que  le  moment 
était  proche  où  les  gens  des  métiers  voudraient  tous  avoir 
un  droit  égal  à  s'immiscer  dans  le  gouvernement  de  la 
ville.  Ils  y  parvinrent  à  la  fin,  et  obtinrent  en  outre  qu'au 


(1)  Comme  à  défaut  de  dispositions  spéciales  dans  le  droit  salique,  on  re- 
courait au  droit  romain,  dès  le  XII«  siècle,  les  Ghiides  des  métiers  puisèrent 
également  dans  la  jurisprudence  romaine  certaines  dispositions  pour  s'orga- 
niser. Cfr.  MoKE,  Des  corps  de  méliers  dans  te  monde  romain,  Revue  trimes- 
trielle, XXXIX,  p.  109. 

(2)  Cfr.  le  placard  de  Jean  II,  cité  par  MA^N,  Hist.  de  Bruxelles,  p.  43.  Le 
fait  a  servi  longtemps  de  base  au  salaire  du  maître  travaillant  pour  un  tiers. 
Son  état  basait  son  salaire  sur  un  tantième  du  montant  des  journées  de  ses 
suppôts. 

(3)  Peppe,  m.  cil.,  p.  109. 


—  37   — 

lieu  d'un  bourgmestre,  il  y  en  aurait  deux,  dont  un  choisi 
parmi  les  membres  des  corporations  de  métiers.  Comme  il 
ne  suffisait  pas  d'avoir  obtenu,  mais  qu'il  fallait  s'assurer 
la  conservation  de  ce  privilège,  les  métiers,  que  les  patri- 
ciens écartaient  des  Serments  (Ghilde),  gardèrent  leurs 
armes  et  se  formèrent  en  compagnies  par  quartiers  (wy- 
ken)  (i).  De  là,  des  dissensions  continuelles  entre  patriciens 
et  plébéiens,  et  même  parfois  des  métiers  entre  eux,  comme 
il  en  fut  des  marchands  de  bestiaux  et  des  bouchers  en 
Frise  (2),  à  moins  qu'un  ennemi  étranger  ne  vînt  menacer 
la  patrie.  Alors,  plébéiens  et  patriciens,  Velkoopers  ou 
Schieringers,  n'avaient  plus  qu'un  cri  et  un  drapeau  (3). 
Ce  fut  en  vain  toutefois,  car  un  étranger,  un  prince  fran- 
çais, Philippe  de  Bourgogne,  anéantit  la  puissance  mili- 
taire de  la  commune,  comme  nous  l'avons  dit,  événement 
qui  date  du  23  juillet  14b3,  deux  mois  après  que  le  der- 
nier reflet  de  l'empire  romain  mourait  à  Constantinople 
devant  Mahomet  II,  six  mois  avant  que  fût  formée  l'alliance 
des  communes  affranchies  de  la  vieille  Prusse  (4). 


PÉRIODE    DE    DÉCROISSEMENT. 

Si  chez  nous,  comme  en  Angleterre  et  en  Ecosse,  le 
système  des  communes  fut  un  résultat  naturel  des  instincts 
germaniques,  il  n'en  était  pas  de  même  dans  le  nord  de 
la  France.  Là,  il  n'y  eut  de  triomphe  pour  la  commune 


(1)  Voir  Ordonnantie  voor  de  Borgherlycke  waehle,  elc.  Bruxelles,  1700. 

(2)  Pour  l'origine  de  la  lulle,  voyez  Jean-François    Lepetit,  Eygenllycke 
Beschryvingh  der  vrye  nederlandschc  provineien,  p.  226. 

(3)  Id.  ibid.,  Hamconii  Frisia,  p.  4-0. 

(4)  29  Mai  1433. 
(3)  6  Février  1454. 


—  38  — 

qu'à  la  suite  de  conjurations  et  à  l'intervention  de  la  cou- 
ronne, moyennant  salaire  (i).  La  condition  des  personnes 
dans  les  villes  de  Laon,  Beauveais,  Noyon,  Saint-Quen- 
tin, etc.,  les  avait  groupées  dans  des  proportions  différen- 
tes de  ce  qu'elles  étaient  ici.  L'autorité  seigneuriale  y  était 
exercée  par  un  évéque;  il  n'y  avait  d'autres  nobles  que  la 
chevalerie  guerrière  résidant  dans  le  plat-pays,  le  surplus 
se  composait  de  manants,  de  serfs  et  d'esclaves  (2),  tous 
éléments  plus  propres  à  produire  une  jacquerie  (5)  qu'une 
institution  communale.  Là,  les  évéques  se  liguèrent  pour 
s'opposer  à  ce  que  la  commune  s'organisât  dans  leur  rési- 
dence (4);  ici  le  clergé  séculier,  fonctionnant  dans  les  villes, 
paraît  s'être  abstenu  d'intervenir,  au  moins  dans  nos  pro- 
vinces laïques.  Aussi  fut-ce  à  la  suite  et  à  l'exemple  de 
l'opposition,  que  les  Cambrésiens,  soutenus  du  comte  de 
Flandre,  rencontrèrent  dans  leur  évêque,  et  de  leur  prise 
d'armes  qui  en  fut  la  conséquence,  que  les  villes  de  France 
prénommées  firent  leurs  conjurations  (s).  Nos  princes 
étaient  plus  éclairés  que  la  plupart  des  princes  du  nord  de 
la  France;  ils  avaient  laissé  subsister  les  vestiges  de  l'an- 
cienne liberté  germanique  dans  les  lieux  où  ils  s'étaient 
conservés,  et  les  avaient  communiqués  aux  bourgs  et  vil- 
lages devenus  assez  importants  pour  jouir  de  cette  fran- 
chise (e).  C'est  ainsi  que  nos  grandes  communes,  Ypres, 
Bruges,  Gand,  Louvain  et  Liège,  atteignirent  une  telle  im- 
portance, que  des  auteurs  attribuent   à  chacune  de  ces 

(i)  A.  TiiiEnnv,  Lettre  XV,  p.  137. 

(2)  Cfr.  Testament  de  saint  Rémi,  dans  Flodoard,  Hist.  Reînensis  Eccl., 
lib.  I,  c.  18. 

(3)  Cfr.  A.  Thierry,  Le/<re  A'F///,  p.  167. — Comparez  en  outre  A.  Borcnet, 
Histoire  des  Belges  de  la  fin  du  XV1I!<'  siècle,  t.  II.  p.  147  et  153,  et  les  notes 
qui  les  souscrivent. 

(4)  Hist.  Remens.  Metrop.,  p.  SI 8,  cité  par  A.  Thierry,  Lettre  XXI f,  p.  234. 

(5)  A.  Thierry,  Lettres  XVI  et  XXII. 

(6)  War>koemc,  La  Flandre  et  ses  institutions,  t.  Il,  p.  216  et  271  passim. 


—  39  — 

villes  une  population  de  200,000  habitants,  chiffre  exagéré 
sans  doute,  mais  dont  l'exagération  même  dénoie  l'impor- 
tance relative  de  ces  communes.  En  somme,  un  publiciste 
moderne  a  eu  raison  d'écrire  qu'on  peut  déOnir  notre  an- 
cienne commune:  «  La  famille  germanique  associée  pour 
la  défense,  en  attendant  qu'elle  soit  affranchie  par  le  tra- 
vail («).  » 

Bien  que  militairement  vaincue  par  les  ducs  de  Bour- 
gogne, la  bourgeoisie  s'illustra  encore  dans  les  combats 
pendant  un  demi-siècle  (2).  Mais  les  règlements  de  Charles- 
Quint  tracèrent  bientôt  des  limites  rigoureuses  aux  attri- 
butions communales,  tant  sous  le  rapport  administratif  que 
judiciaire  (3).  D'une  autre  pari,  les  crises  successives 
avaient  amené  les  maîtres  des  corporations  de  métiers  à 
s'attribuer  le  monopole  de  leur  art,  en  fixant  pour  chacune 
des  villes,  le  nombre  de  maîtres  de  chaque  profession;  me- 
sure inique  et  funeste  qui  ne  pouvait  produire  que  de 
fâcheux  résultats. 

Pendant  la  révoluliou  contre  l'Espagne,  la  commune  fil 
apport  à  la  cause  nationale  de  ce  qui  lui  restait  d'éner- 
gie (4),  mais  en  général  son  action  n'est  plus  que  secon- 
daire; ce  sont  les  États  généraux  qui  ont  pris  la  haute 
direction,  bien  que  par  les  députés  des  villes,  les  com- 
munes pussent  encore  faire  entendre  leurs  voix  dans  leur 
sein.  Mais  lorsque  l'Espagne  triompha,  et  que  la  couronne 
convoqua  les  États  pour  leur  faire  enregistrer  l'acte  de 
cession  du  pays  eu  faveur  d'Albert  et  d'Isabelle,  la  pré- 
sence des  villes  ne  fut  point  exigée,  conformément  sans 


(1)  L   Hymaks,  llist  popul.  de  Belgique,  p   58.  —  Voir  aussi  de  p.  37  à  67. 

(2)  Par  exemple,  Bruges,  Gand  et  Liège. 

(3)  Règlement  de  1510  et  placard  du  20  novembre  1549,  touchant  les  fiefs 
confisqués. 

(4)  Ypres,  Bruges,  Le   Franc,   Gand,  Anvers   et  Bruxelles,  adhérèrent  à 
l'union  d'Ulrccht  (1576  et  1385). 


—  40   — 

cloute  à  ce  que  Ricliardol  répondit  aux  délégués  des  États 
qui  réclamaient  des  sessions  régulières,  «  qu'ils  seront  con- 
»  voqués  plus  souvent  qu'ils  ne  désirent,  en  tant  qu'il  faudra 
I)  mettre  les  mains  à  la  bourse  (j).  » 

Tout  esprit  militaire  était  éteint  depuis  longtemps  dans 
la  bourgeoisie  (2),  bien  que  les  armes  à  feu  leur  promis- 
sent plus  d'égalité  dans  le  combat.  Des  dispositions  plus 
effectives  avaient  été  prises  par  l'autorité  supérieure;  des 
citadelles  commandaient  désormais  Gand,  et  Anvers,  dont 
la  commune,  grandie  la  dernière,  s'immortalisa  par  le  mé- 
morable siège  qu'elle  soutint  en  1584  pour  la  cause  de  la 
nation  entière.  Ypres,  Bruges  et  Louvain,  depuis  longtemps 
en  décadence,  étaient  rentrées  dans  le  sommeil.  Bruxelles 
et  Liège,  toutes  deux  résidences  du  pouvoir  exécutif,  en 
contact  journalier  avec  ses  fonctionnaires,  eurent  seules 
encore  un  rôle  à  remplir. 

Le  principe  centralisateur  s'était  allié  à  l'absolutisme, 
el  quand  la  lutte  entre  lui  et  l'esprit  moderne  toucherait 
à  son  terme,  la  commune  antique  devait  s'évanouir.  Le 
Bavarois  Jean  sans  Pitié  avait  infligé  un  premier  échec  à 
la  bourgeoisie  de  Liège,  le  Bavarois  JMaximilien-Heuri, 
l'ami  du  cardinal  Mazarin,  donna  le  coup  de  grâce  à  ses 
libertés.  Après  avoir  décrété  la  construction  d'une  citadelle 
et  fait  exécuter  Renardi  el  Macors,  il  promulgua  son  règle- 
ment de  1684,  qui  supprimait  les  métiers  (3).  En  même 
temps  l'absolutisme  espagnol  s'attaquait  aux  privilèges  des 
Brabançons.  Le  règlement  de  1619,  qui  déjà  avait  écourté 
les  droits  des  métiers  de  Bruxelles,  leur  conservait  encore 
296  membres  dans  le  conseil  communal;  il  fut  refondu 


(!)  Clr.  A.  BoRGNET,  Philippe  II  et  la  Belgique,  p.  192  el  218. 

(2)  Cfr.  Procès  van  G.  van  Egmond,  Veruieiring  deszelfs,  art.  21. 

(3)  TiiÉOD.  Jdste,  Hist.  de  Belgique,  p.  492. 


_  41   — 

pour  ne  leur  en  laisser  que  48  (i).  Ces  dispositions,  long- 
temps rejelées,  furent  imposées  à  la  fin,  et  le  refus  de  les 
accueillir  coûta  la  tète  à  F.  Agneessens. 

Rien  ne  fut  d'abord  changé  à  la  tendance  oppressive  de 
l'autorité,  la  branche  allemande  de  la  maison  d'Autriche 
suivant  les  traces  de  celle  d'Espagne.  Les  documents  de 
l'époque  sont  explicites  à  cet  égard  :  ils  déclarent  que  le 
souverain  doit  supprimer  la  représentation  des  métiers, 
les  désarmer,  ainsi  que  les  serments  ou  fraternités  d'armes, 
el  brider  les  villes  par  les  citadelles  (2).  On  n'osa  pas  agir 
dans  ce  sens,  mais  l'autorité  supérieure  ne  cessa  d'empiéter 
sur  les  privilèges,  et  de  restreindre  peu  à  peu  l'autorité 
judiciaire  de  la  commune  (3),  pour  aboutir  au  système 
régulier  que  Joseph  II  essaya  d'introduire,  lorsqu'il  eut 
la  maladresse  de  supprimer  la  représentation  du  Tiers- 
Etat  et  ainsi  suscita  une  révolution.  Pendant  celle-ci,  l'an- 
cienne commune  put  se  donner  des  airs  de  ce  qu'elle  avait 
été  jadis,  mais  ce  fut  tout.  Bientôt  l'occupation  française 
fit  table  rase  de  toute  noire  organisation  communale.  La 
nation  conquérante  nous  imposa  le  système  organique  que 
Seyes  avait  fait  agréer  en  France:  le  pouvoir  central  insti- 
tuait le  Département,  qui  à  son  tour  instituait  les  Munici- 
palités. C'était  la  marche  inverse  de  celle  qu'avaient  suivie 
nos  ancêtres.  La  commune  donc  fit  place  à  la  muniàpalUé, 
le  premier  bourgmestre  au  maire,  les  échevins  aux  adjoints, 
el  les  quelques  conseillers  municipaux  figurèrent  à  la  place 
des  ci-devant  Larges-Conseils.  Quant  à  la  moindre  autorité 


(Ij  L'étal  noble  avait  subi  aussi  des  restrictions.  De  Paepe,  Traite  de  la 
Joyeuse-Entrée,  ^  17,  p.  51.  —  P.  F.  VenHULST,  Précis  des  troubles  de  1719, 
p.  7,  placard  de  1700. 

(2)  P.  F.  Veriiulst,  l.  c,  p.  A8.  Correspondance  de  Prié  avec  Eugène  de 
Savoye. 

(3)  Cfr.  De  Pappe,  Traité  de  la  Joyeuse-Entrée,  f  116,  p.  161,  el  S  l.'il, 
p.  196, 

4 


—  4-2  — 

judiciaire,  il  n'en  fut  plus  question  (i).  Aussi  l'écharpe  aux 
couleurs  nationales  devint-elle  Tinsigne  de  roflicier  muni- 
cipal, au  lieu  de  la  chaîne  d'or  et  de  la  robe  (tabbuerl), 
costume  officiel  de  nos  bourgmestres,  comme  il  l'est  encore 
en  Grande-Bretagne.  En  1  804,  l'Empire  lui  substitua,  pour 
les  maires,  l'habit  de  cour  coupé  sur  le  patron  de  celui 
des  chambellans,  vêtement  d'apparat  conservé  jusqu'au- 
jourd'hui, bien  que  les  noms  de  Bourgmestres  et  Échevins 
nous  soient  revenus  en  1814  (a).  Désormais  les  libertés 
communales  furent  appliquées  au  pays  entier,  et  inscrites 
dans  les  constitutions  politiques;  et  depuis  1850,  les  com- 
munes urbaines  ne  sont  pas  organisées  d'une  manière  diffé- 
rente de  celles  des  campagnes. 

Il  nous  reste  donc  peu  de  traits  de  cette  commune  belge 
du  moyen  âge,  que  les  atteintes  de  l'étranger  ont  successi- 
vement dénaturée.  Dans  des  conditions  d'indépendance 
nationale,  elle  se  serait  transformée  selon  les  exigences  du 
siècle,  sans  perdre  aucun  de  ses  éléments,  comme  il  en  est 
des  communes  d'Angleterre  et  d'Ecosse.  La  comparaison 
des  œuvres  actuelles  de  celles-là  et  des  nôtres  peut  seule 
nous  mettre  à  même  de  déclarer  que  nous  ayons  progressé 
en  décidant  que  nos  administrations  communales  urbaines 
ne  sont  pas  majeures,  et  que  leur  minorité  perpétuelle  les 
condamne  à  rester  sous  la  tutelle  de  l'autorité  centrale,  en 
vue  de  l'intérêt  général  de  la  nation  belge. 

C.  Van  der  Elst. 


(1)  Cfr.  rordoiinance  consulaire  du  18  prairial  an  VIM,  cilée  par  Dulaure, 
Y,  p.  221. 

1.1)  Nos  Serqents  Diendcrs)  sont  devenus  huissiers;  nos  archers  et  prévôts, 
des  gendarmes  à  pied  el  gendarmes  à  cheval?  la  couleur  française  a  forte- 
ment déteint  sur  la  nôtre. 


—  A7>  — 


LE  LUXEMBOURG  BELGE 

ET  SON  ETHflOGRAPHIE 
SOUS    LA    DOMlINATIOIsr    RO]yEA.T]SrE;. 


VI. 

Vestiges  de  Rome  dans  le  Luxeiuboiirg  belge. 

Sommaire  :  Coup-d"œil   rélrospeclif.  —  Y  a-t-il  clans  le  Luxembourg  assez 
de  vestiges  romains  dénotant  son  importance  politique  aux  yeux  de  Rome? 

—  Témoignages  de  Tacite.  —  Importance  stratégique  des  Ardennes.  — 
Trêves,  monnaies  et  médailles.  —  Le  Titelberg  à  propos  de  Titus.  —  Les 
Matres  et  Matronae,  Riairae,  Deae  Nelialenniae,  Viradelhi  Matronis  con- 
trustei.  —  Les  trois  Vierges  d'Ulflingen  et  les  trois  Maries,  prés  de 
Bastogne.  —  La  Déesse  Diane  :  Deanae  nemorensi,  Dianae  Ardennae, 
Arduinnae.  —  Ardoinne.  Camulo.  Jovi.  Mercurio.  Hcrculi.  —  Essai  de 
palingénésie  de  la  vie  romaine  à  Orolaunum.  —  Monuments  épigrapliiques 
dans  le  Luxembourg  et  principalement  à  Arlon.  —  Gerouville,  Etalle  et 
Durbuy.  —  Valenlinien  à  Nassogne  en  352.  —  Bastogne  en  1568,  dans 
Messire  Ludovico  Guicciardini.  —  Le  dieu  Sinquatus.  —  Vestiges  de  con- 
structions romaines  à  Heblon.  —  Habay-la-VieilIc,  Marjeroy,  .Majerou  ou 
Majeroux  (Virton).  —  Haute  antiquité  d'Orolaunum  vicus.  —  Néron.  — 
La  carte  de  Pculinger.  —  Rapport  à  l'Académie  royale  sur  les  fouilles 
faites  à  Arlon,  en  1834.  —  Amberloux  (Amberloup),  le  Rùtli  des  Trévires. 

—  Induliomar,  le  prédécesseur  de  Waltlier  P'urst,  de  Seliiller.  —  Rome 
dans  les  Alpes  ardennaises.  —  Une  colonie  romaine  à  Hatrival  —  Pierre- 
Ernest,  comte  de  Slansfeld. 

Quatre  siècles  et  plus  virent  le  Luxembourg  belge,  avec 
ses  clients  des  Trévires,  briller  à  un  haut  rang  dans  l'en- 
semble des  pays  conquis  par  Tépée  de  Rome.  Nous  avons 
vu,  sous  un  coup-d'œil  général,  le  réseau  de  voies  romaines 
parcourant  les  Ardennes  et  reliant  celte  contrée  au  monde 
romain,  preuve  manifeste  de  l'importance  que  les  emne- 


—  44  — 

reurs  ont  atlachée  à  la  possession  de  celte  contrée.  C'est 
encore  sur  ce  territoire  des  Trévires  que  la  maîtresse  de 
Tunivcrs  a  pu  chercher  une  solution  à  l'un  des  plus  grands 
problèmes  de  sa  politique  :  l'assimilation  des  races  au  type 
romain  par  l'introduction  de  la  langue  et  des  mœurs  de 
Rome.  Les  guerres  continuelles,  le  va  et  vient  des  peuples 
germaniques,  leurs  incursions  souvent  irrésistibles,  les  ré- 
voltes causées  par  le  souflle  national  de  l'indépendance 
qui  les  animait,  tout  cela  a  résisté  aux  plus  habiles  cal- 
culs. Rome  vaincue  a  laissé  face  à  face  sur  le  sol  du 
Luxembourg  deux  races  distinctes  ;  les  Germains  et  les 
Gaulois  romanisés.  Nous  les  avons  examinés  à  la  lumière 
des  données  fournies  par  les  anciens.  Nous  avons  tâché  de 
reconstruire  l'idée  que  les  anciens  se  faisaient  eux-mêmes 
de  ces  peuples,  sans  que  nous  ayons  dépassé  les  limites 
que  nous  nous  sommes  tracées  de  la  domination  romaine. 
Cette  période  présente  un  troisième  côté  très-intéressant, 
entièrement  du  ressort  de  l'archéologie.  On  se  demande, 
en  effet,  s'il  y.  a  dans  le  Luxembourg  assez  de  vestiges  ma- 
tériels de  la  domination  romaine,  pour  permettre  d'affirmer 
que  réellement  cette  province  comptait  pour  beaucoup  aux 
yeux  de  Rome.  Indépendamment  des  riches  matériaux 
archéologiques  recueillis  dans  la  province  et  qui  répondent 
amplement  à  cette  question,  on  y  peut  satisfaire  par  des 
considérations  qui  semblent  découler  des  événement  inscrits 
dans  l'histoire. 

Par  la  conquête  de  la  Gaule  et  de  la  Belgique,  Rome 
aggravait  ses  principes  d'invasion  de  tout  le  poids  des 
querelles  séculaires  entre  Gaulois  et  Germains.  Désor- 
mais Rome  a  les  yeux  fixés  sur  le  Rhin.  Son  attitude  est 
un  héritage  qu'elle  a  ramassé  dans  le  sang  des  Gaulois, 
versé  sur  mille  champs  de  bataille.  Tacite  nous  apprend  (i) 

(1)  Aimai.,  Ub.  IV,  S. 


—  43  — 

que  la  principale  force  de  Rome  élail  sur  le  Rhin,  d'où 
elle  contenait  également  les  Germains  et  les  Gaulois,  et 
que  celle  force  se  composait  de  huit  légions.  11  dit  en- 
core que  L.  Domitius,  qui  fut  Tépoux  de  la  jeune  Anlouia, 
fille  d'Octavie,  passa  TElhe  et  pénétra  dans  la  Germanie 
plus  avant  qu'aucun  de  ses  prédécesseurs  et  reçut  pour 
ce  succès  les  ornements  du  triomphe  (i);  que  Claude  em- 
pêcha si  bien  toute  entreprise  nouvelle  contre  la  Germanie, 
qu'il  fît  ramener  les  garnisons  en-deçà  du  Rhin  (2).  L'his- 
torien ajoute  qu'Auguste  avait  cru  qu'un  poste  tiendrait 
la  Germanie  assiégée  et  immobile,  et  qu'il  n'avait  pas 
prévu  des  temps  assez  malheureux  pour  que  des  barbares 
eux-mêmes  vinssent  assaillir  les  légions  de  Rome  (5).  L'an 
69  de  Jésus-Chrisl,  les  Gaules  (4)  se  refusèrent  aux  tributs 
et  aux  levées;  une  sécheresse  inouie  dans  le  climat  de  la 
Germanie  ferma  le  Rhin  à  la  navigation.  On  fut  obligé 
de  distribuer  des  postes  sur  toute  la  rive  du  Rhin,  pour 
empêcher  les  Germains  de  passer  le  fleuve  à  gué  (s).  Lors- 
que Civilis  prit  les  armes  contre  les  Romains,  la  seizième 
légion  avec  ses  auxiliaires  reçut  Torde  de  passer  de  Nové- 
sium  (Neuss)  dans  la  colonie  de  Trêves,  et  les  légions, 
sans  changer  de  roule,  allèrent  camper  sous  les  murs  de 
cette  ville.  Cerialis,  l'antagoniste  de  Civi'lis,  exprime  bien 
la  politique  de  Rome  dans  le  discours  qu'il  tint  aux  Tré- 
vires  et  aux  Lingous  :  a  Le  monde  sait,  dit-il,  quels  com- 
bats il  nous  fallait  soutenir  contre  les  Cimbres  et  les  Teu- 


(1)  Tac,  Annal  ,  lib.  IV,  4i. 

(2)  Ibid.,  lib.  XI,  19. 

(3)  Tac,  Hisl.,  lib.  IV,  2  3. 

(4.)  Pour  bien  comprendre  la  politique  de  Rome,  il  ne  faut  pas  perdre  de 
vue  que,  lorsque  César  revint  triomphant  dans  la  capitale  du  monde,  le 
Rhin  figura  parmi  les  trophées  de  ses  campagnes,  et  ce  fut  le  signal  des 
prétentions  qne  Rome,  depuis  cette  époque,  ne  cessa  d'avoir  sur  la  domina- 
tion de  ce  fleuve. 

(5)  Tac,  Hisl.,Uh.  IV,  24. 


—  46  — 

tons,  combien  de  travaux  coûtèrent  à  nos  armées  les 
guerres  germaniques  et  comment  elles  se  terminèrent.  Et 
si  nous  gardons  les  barrières  du  Rhin,  ce  nesl  pas  sans 
doute  pour  protéger  l'Italie;  cest  pour  empêcher  ciii'nn 
nouvel  Arioviste  ne  vienne  régner  sur  les  Gaules  (i).  »  Oui, 
depuis  les  conquêtes  de  César,  les  barrières  du  Rhin  préoc- 
cupèrent sans  cesse  ceux  qui  à  Rome  avaient  souci  du 
sort  de  l'empire.  Mais  cette  fois,  l'esprit  d'indépen- 
dance et  la  noble  opiniâtreté  des  Germains  brisèrent  la 
volonté  des  Romains  (2).  Ceux-ci  ne  firent  jamais  que  guer- 


{\)T\c.,  Hisl.,  IV,  73.  —  La  grande  émigration  des  nations  germaniques 
inflige  à  l'assertion  de  Cérialis  —  ce  n'est  pas  pour  proléger  l'Italie  —  un 
cruel  démenti.  Il  est  assez  curieux  de  voir  que  le  nom  de  Secundinus,  célèbre 
par  les  monuments  égiprapliiques  d'Igel  et  d'Arlon,  se  rencontre  également 
à  Novesium,  sur  une  statuette  de  bronze  destinée  à  consacrer  un  souvenir  à 
Mithra,  dont  le  culte  était  Iris-répandu,  pense-t-on,  sur  les  bords  du  Rhin. 
Voici  linscripiion  : 

DEC   INVTO 

MITHIR 

SECVNDINUS 

DAT. 

Lu  statuette  représente  un  jeune  homme  tenant  un  bouclier  avec  un  ser- 
pent. Les  monnaies  trouvées  dans  les  environs  de  Bingen  (Bingium  de  Tacite, 
Hist.,  IV,  7)  concourent  aussi  à  noire  Ihèse.  Ces  monnaies  appartiennent  à 
toutes  les  époques  de>la  domination  romaine.  Ce  lieu  reliait  les  communi- 
cations de  Trêves  et  de  Maycnce.  De  toutes  les  forteresses  du  Rhin,  cette 
dernière  fut  la  plus  renommée.  Cette  ville  romaine  fut  démantelée  en  406 
par  des  AIcmanes,  après  avoir  eu  à  supporter  sous  Constance  II,  les  dépré- 
dations de  ces  peuples.  Yoy.  Mémoire  sur  les  élablissemenls  romains,  etc.,  par 
M    Risc,  p.  59,  etc. 

(2)  Voy.  mémoire  sur  les  élablissemenls  romains  du  lihin  et  du  Danube,  par 
Max.  Ring,  t.  II,  p.  314,  où  on  lit  ce  remarquable  passage  :  «  Toute  la  con- 
trée, depuis  le  Rhin  jusqu'à  l'Elbe,  occupée  par  les  légions,  sous  les  ordres 
d'un  proconsul,  ne  forma  point  cependant  une  province,  dans  le  sens  que  ce 
mot  comporte,  quoique,  géographiquement  parlant,  elle  en  fit  une.  Car,  il 
fallait  toujours,  pour  qu'un  pays  conquis  fut  regardé  comme  une  province, 
que  le  Sénat  sanctionnât  par  un  décret  la  première  institution  de  la  part  du 
général  qui  en  avait  fait  la  conquête,  à  moins  qu'avant  la  conquête  même, 
il  n'eut  chargé  le  général  de  cet  acte.  Or,  c'est  ce  qui  n'avait  pas  eu  lieu 
pour  telle  partie  de  la  Germanie,  où,   en  efl'ct,  le   pays  ne  fut  jamais  que 


—  il  — 

royer  et  tlévasler  au-delà  du  Rhin.  Ils  n'y  laissèrent  pas, 
comme  ailleurs,  des  traces  de  leur  passage  gravées  pour 
ainsi  dire  dans  Tàme  des  peuples;  car,  après  quatre  siècles 
d'expéditions,  de  marches  et  de  contre-marches,  le  Germain 
reparait  intact  aux  frontières  de  la  patrie;  il  les  franchit 
sans  que  son  état  psychologique  ait  subi  la  moindre  altéra- 
lion  depuis  César  et  Tacite.  Le  microcosme  germanique 
envahit  de  ses  flots  l'empire  et  le  domina  en  régénérant  les 
nations. 

Dès  le  premier  siècle  de  notre  ère,  il  devint  manifeste 
que  Rome  échouerait  dans  ses  tentatives  d'assimilation. 
En  face  de  cet  élat  de  choses,  elle  fut  forcée  de  modifier 
sur  les  bords  du  Rhin  sa  politique  d'invasion.  Elle  ne  fil 
plus  que  conserver  ses  conquêtes.  Il  allait  du  salut  de  ses 
possessions  septentrionales  de  protéger  la  Belgique  contre 
les  excursions  des  Germains  et  d'obliger  par  conséquent 
ceux-ci  à  respecter  les  frontières  naturelles  du  Rhin. 

Ce  fleuve  devint  donc  la  grande  ligne  de  défense  dans 
le  nord  de  l'Empire,  et  sur  ce  grand  développement  stra- 
tégique trois  points  surtout  attirèrent  de  ce  côlé-ci  l'atten- 
lîon  de  ses  généraux  :  Mayence,  Trêves  et  Cologne.  Or, 
Trêves  et  le  territoire  de  ses  clients  vient  comme  s'em- 
bosser  entre  Cologne  et  Mayence;  ils  sont  comme  un  coin 
dans  le  chêne  emblématique  de  la  Germanie.  Assise  aux 


iiiililaircmenl  occupé,  où  jamais  les  Romains  ne  fondèrenl  ni  ville  ni  colonie, 
cl  où  aussi,  par  conséquent,  jamais  le  régime  romain  ne  fui  établi.  C'est, 
au  conlraire,  pour  avoir  inlcmpeslivemenl  lenlé  de  l'introduire,  que  Varus 
fil  perdre  à  Rome  toul  le  fruil  de  ses  victoires,  cl  qu'à  la  voix  d'Hermann, 
qui,  au  nom  de  la  liberté  cl  de  la  pairie,  sul  réveiller  le  courage  de  ses  con- 
citoyens et  les  soulever  contre  la  tyrannie,  toul  ce  que  les  Romains  avaient 
préparé  pour  l'œuvre  civilisatrice  fui  anéanti.  Après  le  combat  de  Teuto- 
bourg  et  le  massacre  des  légions,  tous  les  pays  du  Nord  recouvrèrent  leur 
indépendance,  sans  que  les  guerres  subséquentes,  qui,  momentanément, 
promenèrent  les  armes  romaines  dans  toute  la  contrée,  pussent  de  nouveau 
y  aflirmcr  le  pouvoir  impéral.  » 


—  48  — 

bords  de  la  Moselle  qui  va  mêler  ses  ondes  aux  flols  du 
Rliii»,  la  cilé  des  Trévires  est  l'avanl-garde  de  Rome  à 
rexlrémilé  de  la  Gaule,  qu'il  faut  fortifier  comme  une  tète 
de  pont  contre  la  Germanie  (i). 

En  effet,  Trêves,  situé  à  vingt-quatre  lieues  en  amont 
de  Coblence,  pouvait  recevoir  les  plus  grandes  armées  ro- 
maines; les  rivières  peuvent  facilement  les  alimenter, 
surtout  par  les  denrées  alimentaires  dé  la  Lorraine  et  les 
vignobles  qui  l'environnent  en  abondance  de  toute  part, 
depuis  les  premiers  siècles  de  l'ère  vulgaire. 

Cette  ville,  qui  devint  au  IV''  siècle  l'une  des  capitales 
de  l'empire  d'Occident,  fut  très-populeuse  par  la  réunion 
des  armées  et  des  administrations;  elle  devait  avoir  autour 
d'elle,  dans  un  rayon  d'autant  plus  étendu  que  le  pays  est 
Irès-entrecoupé  par  les  aspérités  des  montagnes,  une  grande 
quantité  d'autres  agglomérations  d'habitants.  De  là  provient 
la  multitude  de  monuments  romains  que  l'on  découvre  dans 
la  province  de  Luxembourg;  ils  sont  pour  la  plupart  de  la 
période  du  Bas-Empire,  où  le  projet  de  la  ligne  de  l'Elbe 
fut  pour  toujours  abandonné  et  remplacé  par  celui  de  la 
ligne  du  Rhin,  et  surtout  du  temps  des  Conslanlins  et  des 
Valentins,  qui  séjournèrent  longtemps  à  Trêves.  Il  fallait 
aussi  qu'il  y  eût  plusieurs  routes  militaires  pour  assurer 
les  communications;  de  là  les  restes  nombreux  de  ces  grands 
chemins,  dont  une  partie  est  encore  praticable  dans  les  états 
belges  et  les  états  prussiens.  Mais  la  plupart  des  anciens 
auteurs,  dit  J.  Schneemann  (Dus  rômisclie  Trier,  etc., 
p.  S7),  qui  ont  traité  de  l'histoire  et  des  antiquités  de 
Trêves,  n'ont  pas  osé  réduire  à  leur  juste  valeur  les  ex- 
pressions exagérées  des  panégyristes  et  des  poêles,  qui 
sont  à  peu  près  la  seule  source  de  la  période  de  splendeur 


(t)  Voy.  MAncuAL,  dans  les  Bulletins  de  l'Académie  royale  des  sciences  et 
belles-lettres  de  Bruxelles,  année  1858,  l.  V,  p.  339. 


—  40  — 

de  noire  ville,  ou  bien  entraînés  par  celle  opinion  que  loul 
doit  être  pris  au  pied  de  la  lettre,  ils  onl  dans  leur  crédu- 
lité fait  des  paraphrases  el  des  coninienlaires,  recherché 
partout  des  passages  justificatifs  d'un  pareil  langage.  Aussi 
loul  ce  qui  avait  un  aspect  des  plus  mauvais  el  des  plus 
grossiers,  loul  ce  qui  avait  une  valeur  au  point  de  vue  des 
antiquités  el  de  l'histoire,  ils  le  trouvèrent  d'une  beauté 
hors  ligne,  tandis  que  le  critique  sans  plan  préconçu  doit 
avouer  que  tout  ce  qui  a  élé  exécuté  en  pierre,  jusqu'aux 
ornements  des  portes  el  des  fenêtres,  reste  en  arrière  des 
prétentions  les  plus  modestes. 

Aux  ornements  de  toute  espèce,  y  compris  ceux  des 
colonnes  el  des  chapiteaux  qu'on  remarque  dans  les  con- 
structions de  luxe  à  Trêves,  il  ne  semble  pas,  à  considérer 
la  perfection  technique  el  la  grande  habilité  d'exécution, 
qu'on  ail  employé  des  maçons  el  des  artistes  indigènes, 
mais  des  étrangers  el  probablement  des  Grecs.  Les  statues 
en  marbre  qui  ornent  ces  édifices,  si  nous  les  jugeons  d'a- 
près le  torse  des  Amazones,  proviennent  de  la  Grèce,  et  le 
marbre  aussi  est  un  produit  de  celte  contrée.  Au  contraire, 
les  figures  en  bronze  et  les  pierres  taillées  ont  été  confec- 
tionnées à  Trêves,  ou  du  moins  le  plus  grand  nombre 
sont  des  monuments  de  la  décadence  de  l'art.  Les  figures 
en  relief,  qu'on  remarque  aux  autels,  ne  sont  pas  satis- 
faisantes non  plus,  en  général,  à  cause  de  leur  dessin  in- 
correct el  de  leur  exécution  défectueuse.  Les  festons  et  les 
guirlandes  sont  mieux  conçus  et  mieux  exécutés. 

Mais  il  faut  ajouter  que  les  côtés  unis  de  ces  monu- 
ments sont  très-négligés.  Ils  sont  à  peine  grossièrement 
travaillés  au  marteau,  loin  d'être  polis.  D'un  autre  côté, 
les  inscriptions,  relativement  à  la  forme  el  au  creux  des 
lettres,  comme  aussi  l'orthographe  el  le  style,  laissent  peu 
à  désirer. 

Quant  aux  écrivains  auxquels  il  a  élé  fail  allusion,  ils 


—  50  — 

crurent  qu'il  fallait  donner  à  la  ville  un  périmètre  conforme 
à  sa  grandeur  et  à  sa  magnificence  évanouies.  Rarement, 
il  est  vrai,  ils  osèrent  reculer  la  limite  septentrionale,  bien 
que  dans  cette  direction  encore,  ils  surent  combler  les  vides 
en  y  plaçant  un  champ  de  Mars,  un  Capitole,  un  temple 
d'Apollon  et  un  palais  impérial,  mais  ils  se  rabattirent  sur 
les  limites  méridionales  qu'ils  étendirent.  Brower  et  Mas- 
senius  les  avancèrent  jusqu'au  pont  de  Conz,  Wiltheim 
jusqu'au  delà  de  iMedard,  Wyttenbach  jusque  y  compris  le 
plateau  de  Sainte-Croix.  Hontheim,  en  tout  plus  circon- 
spect, les  place  à  l'endroit  où  près  de  Lovvenbriick  cessait 
la  juridiction  de  la  ville.  En  opposition  avec  les  écrivains 
précédents,  Neller  pense  que  la  ville  romaine  avait  été 
beaucoup  plus  petite  que  celle  de  nos  jours.  Helzrodt  lui 
accorde  la  même  étendue  qu'aujourd'hui.  Voilà  bien  des 
opinions  sans  plus  amples  preuves  à  l'appui,  ce  sont  de 
pures  hypothèses,  comme  appelle  ses  propres  points  de  vue 
M.  Muller,  le  conseiller  de  la  cour  d'appel,  homme  plein 
de  sens  et  de  mérite.  Les  tombeaux  découverts  au  sud  et 
au  nord  prouvent  qu'il  faut  chercher  ces  bornes  entre  les 
maisons  situées  au  nord  de  Saint-Mathias  et  la  porte  des 
Romains.  iM.  Schmidt  est  parti  de  ces  données  ()Our  aller 
à  la  découverte  du  mur  d'enceinte  même. 

En  sa  qualité  de  colonie  romaine.  Trêves  fut  non  seule- 
ment le  foyer  de  la  civilisation  dans  le  Luxembourg,  le 
centre  de  la  langue,  des  mœurs  et  des  institutions  de 
Rome;  mais  cette  cité  devint  aussi  une  ville  industrielle  et 
commerçante  de  premier  ordre,  depuis  que  différents  em- 
pereurs et  préfets  y  fixèrent  leur  séjour  pour  un  temps 
plus  ou  moins  long.  La  Basilique  si  spacieuse  est  une 
preuve  de  sa  splendeur,  ainsi  que  les  nombreuses  routes 
aboutissant  aux  bords  d'une  rivière  navigable  et  dirigées 
dans  tous  les  sens.  Ces  voies  de  communication  n'ont  pas 
été  toutes  ouvertes  par  précautions  et  mesures  stratégiques. 


—  51   — 

Elles  avaient  aussi  en  vue  les  inlérèls  commerciaux.  La 
Notitia  Dign.  met  en  relief  trois  ateliers  (officinaé)  en  acti- 
vité à  Trêves  pour  le  compte  de  rÉlal.  Dans  l'un,  on  fa- 
briquait des  boucliers  et  des  macbines  de  guerre  {balUslae), 
dans  le  second,  des  élolïes  précieuses  damassées,  et  dans 
le  troisième,  des  étoffes  riches  et  des  draps. 

La  Notitia  fait  aussi  mention  d'un  thesauri  ou  établis- 
sement des  finances  de  l'Etat  (i). 

On  pense  qu'il  y  a  eu  à  Trêves  au  moins  deux  ateliers 
de  monnaie,  parce  qu'au  TR  sont  quelquefois  jointes  les 
lettres  A,  B,  ou  les  nombres  I,  H.  Jusqu'à  l'époque  de 
Constance  III,  il  est  sorti  de  ces  monnaies  impériales  d'im- 
menses quantités  de  pièces  en  or  et  en  bronze;  celles  en 
argent  sont  proportionnellement  en  plus  petit  nombre  (2). 

Le  camp  de  Labienus  {In  confinio  Trevirorum)  a  été 
transféré  par  Bormann  {Beitrag  zur  Geschichle  der  Ar- 
dennen,  p.  9  et  suiv.),  à  Caselsley,  situé  sur  la  rive  droite 
de  l'Our,  vers  le  territoire  de  Huperdingen  et  Marnacb,  à 
peu  près  entre  Dahnen  et  Dasbourg.  De  cet  endroit  jus- 
qu'à Trêves,  il  n'y  a  pas  de  terrain  fortifié  par  la  nature, 
capable  de  contenir  des  troupes  en  si  grand  nombre  que 
celles  qui  étaient  confiées  au  commandement  de  Labienus. 
Du  haut  de  ce  roc,  Labienus  put  attendre  impassible  le 
dénouement  du  drame.  Indutiomar  avait  pris  position 
probablement  en  face  des  Romains  sur  le  Caschelt. 

L'Our  est  guéable,  à  peu  d'exceptions  près,  par  tous  les 
temps.  Si  l'opinion  de  Bormann  est  la  réalité,  elle  confir- 

(1)  Voy.  Notitia  dign.  omnim  laiii  civilium  quam  militarium  per  Gallias(e\lti 
a  été  rédigée  sous  Valenlinien  III  (423-454.)  :  Triberorum  Scularia;  Tribero- 
l'iim  Balislaria;  praeposilus  Thesaurorum  Triberorum;  rrocuralor  Monelae 
Triberorum;  Procuralor  Gynaccii  Triberorum  Belgicac  primae;  pracpositus 
Brambaricariorum  sive  Argenlariorum  Triberorum.  La  place  assignée  à 
Trêves  dans  la  Notilia  csl  une  preuve  palpable  du  rang  éminent  que  celte 
cilé  occupait  dans  Tcmpire. 

(2)  Voy.  G.  SciiNEEMANN,  DasTociH.  Trier  und  die  UmgegcnU,  elc, 


5^2 


nierait  les  préoccupations  des  Romains  dès  le  début  de 
leur  conquête,  et  leur  connaissance  du  pays  et  de  ses  res- 
sources stratégiques.  Au  reste,  à  la  campagne  de  César 
contre  les  Nerviens,  les  Trévires  comptaient  déjà  parmi 
les  troupes  auxiliaires  de  l'envahisseur.  Ils  étaient  effecti- 
vement venus  à  son  secours,  mais  voyant  que  les  Romains 
pliaient  devant  les  cohortes  du  vaillant.  Boduognat,  ils  re- 
broussèrent chemin  et  allèrent  annoncer  à  leur  cité  la  dé- 
faite des  Romains.  Ils  eussent  été  d'un  grand  secours  à 
César,  qui  nous  ap|)rend  lui-même  que  les  Trévires  jouis- 
saient parmi  les  Gaulois  d'une  réputation  peu  ordinaire  de 
bravoure  (i). 

Les  légions  que  César  fil  stationner  dans  les  Ardennes, 
suffirent  sans  doute  à  y  maintenir  l'ordre  et  le  prestige  de 
Rome  aussi  longtemps  que  le  dictateur  tint  les  rênes  de  la 
république.  Mais  sa  mort  amena  un  changement  com|  let. 
Après  le  triomphe  d'Auguste  sur  les  meurtriers  de  son  père 
adoplif  et  la  défaite  du  parti  de  Pompée,  les  Germains 
Iransrhénans  firent  irruption  dans  les  Ardennes  et  (entèrent 
d'arracher  cette  conquête  aux  aigles  romaines.  Mais  la 
ligne  du  Rhin  était  trop  étendue,  trop  vaste  pour  être  mise 
à  l'abri  des  incursions  des  Germains;  d'ailleurs,  dans  les 
solitudes  des  Ardennes  même,  des  dangers  pouvaient  sur- 
gir de  toute  part  contre  la  domination  de  Rome.  Comment 
faire  disparaître  cette  situation?  En  rattachant  les  popula- 
tions de  ces  contrées  à  la  maîtresse  du  monde  par  les  liens 
solides  et  puissants  de  l'intérêt,  qui  ne  pouvait  trouver 
satisfaction  que  dans  le  régime  des  colonies.  En  colonisant 
les  Ardennes,  Rome  tint  en  bride  les  populations  vaincues 
et  les  intéressa  fortement  à  son  sort. 

D'après  Wiltheim,  une  voie  romaine  partant  d'Arlon 


(I)  Caes.,  B.  g.  II,   24  :  Quibus  omnibus   rébus  permoti  equiles  Treviri 
quorum  inlcr  Gallos  virlutis  opinio  est  singularis . 


—  53  — 

aurait  abouti  à  Namur,  en  passant  par  Scliockweiier, 
Wisembach,  Senonchamps,  Mande  Saint-Elienne,  Give- 
roule  et  Marche.  C'est  une  preuve  en  quelque  sorte  mani- 
feste que  les  Romains  cherchèrent  à  relier  au  reste  du 
pays  les  parties  les  plus  incultes.  Il  n'y  a  pas  lieu  d'en 
douter,  lorsqu'on  considère  les  découvertes  que  les  fouilles 
ont  mises  au  jour  récemment  dans  des  endroits  obscurs, 
à  Durbuy,  Freux,  Wiompont,  Habaye-la-Neuve,  au  terri- 
toire de  Breuvanne,  à  la  roule  de  Saint-Hubert,  à  Marte- 
lange,  Werpin,  Holton,  Chautemelle,  Aniier,  Gerouville,  à 
Saint-Mard,  section  de  Vieux-Virlon  (Majeroux)  (i). 

Les  quatre  relais  de  poste  sur  la  roule  de  Trêves  à 
Rheims,  Andethanna,  Orolaunum,  Slabulum,  Epoissus, 
Slabuluin,  Etalle,  seul  porle  un  nom  romain,  les  autres, 
Anwen,  Arlon,  Ivoi,  sont  celliques,  d'après  un  grand 
nombre  d'auteurs.  On  pourrait  conclure  de  ces  élymologies, 
si  elles  étaient  constatées,  que  les  Romains  ont  utilisé  ou 
perfectionné  ce  qu'ils  ont  trouvé  à  l'état  d'ébauche.  Quant 
à  Elalle,  Berthold  dit  :  «  Estalle,  ville  et  chef-lieu  d'une 
prévôté,  est  située  sur  la  Semois,  à  trois  lieues  d'Arlon.  Il 
y  a  dans  le  bois  voisin  quelques  figures  et  statues  eu  demi- 
relief;  et  on  voit  à  une  demi-lieue  de  là  des  restes  d'un 
campement  romain,  où  l'on  a  trouvé  quantité  de  mé- 
dailles (2).  » 

Voilà  qui  explique  la  dispersion  sur  le  territoire  du 
Luxembourg  de  tant  de  débris  de  constructions  romaines, 
de  forts,  de  temples,  de  statues,  etc.  Si  l'on  excepte  les 
terres  classiques  de  l'Italie  et  de  la  Grèce,  sur  aucun  point 
du  prodigieux  empire,  la  puissance  de  Rome  ne  s'est  révélée 
avec  plus  d'éclat.  Précédemment  déjà,  nous  avons  vu  que 


(1)  Voy.  Annales  de  la  Sociélé  pour  la  conservalion  des  Monuments  liislo- 
riques  et  œuvres  d'arl  dans  la  province  de  Luxembourg  (1852). 

(2)  Voy.  Hisl.  Lux.,  vol.  VI,  p.  274. 


54 


sur  le  territoire  des  Trévires,  comme,  du  reste,  dans  les 
Gaules,  les  Romains  se  sont  ingéniés,  non  sans  luttes  opi- 
niâtres, à  absorber  les  éléments  étrangers,  belges,  germains, 
gaulois  ou  celtiques,  pour  les  ramener  à  un  foyer  unique 
placé  à  Rome,  à  la  disposition  des  maîlres  du  monde, 
comme  le  prisme  au  pbysicien,  qui  tour  à  tour  crée  et  sup- 
prime, selon  les  caprices,  la  magie  du  spectre  solaire.  Par 
une  constance  qui  l'honore  et  une  énergie  fatale  aux  natio- 
nalités, Rome  substituait  partout,  à  moins  d'obslacles  in- 
vincibles, aux  traditions,  à  l'esprit  national  des  peuples, 
ses  propres  usages,  ses  mœurs,  ses  arts  et  sa  science. 
Nous  savons  qu'elle  les  façonnait  à  ses  camps  et  à  sa 
stratégie,  qu'elle  les  éblouissait  du  prestige  de  sa  langue, 
en  un  mot,  que  c'est  à  tout  romaniser  que  sa  politique 
veillait  avec  la  plus  grande  vigilance. 

Rien  ne  doit  donc  étonner  que  le  Luxembourg,  où  la 
domination  romaine  s'était  si  fortement  implantée,  soit 
aussi  l'un  des  contrées  de  la  Belgique  oîi  elle  ait  laissé  le 
plus  de  vestiges  de  son  passage.  Les  antiquités  romaines 
sont  comme  une  auréole  dans  l'histoire  du  Luxembourg  en 
particulier  et  de  la  Belgique  en  général. 

Nous  emprunterons  pour  guide  dans  cette  exploration 
archéologique  tous  ceux  qui  ont  parcouru  spécialement  ce 
vaste  champ,  en  nous  souvenant  de  quels  désastres  le 
Luxembourg  a  été  le  théâtre  dans  la  période  de  la  grande 
migration  des  peuples  germaniques.  «  Si  Trêves  fut  si  mal- 
»  traitée,  dit  Bertholet  (i),  on  peut  juger  du  triste  sort  des 
»  villes  et  des  bourgs  de  sa  dépendance,  et  par  conséquent 
»à  quelle  désolation  les  Pémaniens,  les  Cérisiens,  les 
»  Segniens  et  les  autres  peuples  dn  Luxembourg  ne  furenl- 

(I)  Ilisl.  du  Luxembourg,  elc,  t.  I",  p.  254.  L'auteur  de  ce  passage  fait 
alidsioii  an  quatrième  ravage  de  Trêves,  vei'S  416  après  J.-C.  et  après  lequel 
cette  ville  ne  récupéra  plus  son  ancienne  splendeur.  Voy.  Salvianus,  de  div. 
f^ub.  I,  G. 


—  55  — 

«ils  pas  exposés?  Quoique  les  liislorieiis  n'en  parlent  pas, 
»  il  est  cependant  permis  de  juger  de  leurs  calamités  par 
»  celle  de  la  capitale.  » 

La  monnaie  et  les  médailles  sont  souvent  les  témoins 
les  plus  nombreux  d'une  ancienne  splendeur  ou  d'un  dé- 
sastre éclatant.  Ce  sont  eux  aussi  qui  excitent  d'abord  l'at- 
tention parmi  les  vestiges  de  Rome  dans  le  Luxembourg. 

Les  objets  les  plus  remarquables  de  l'Institut  archéo- 
logique d'Arlon,  sont  :  1°  une  collection  de  trente-deux 
statuettes  en  bronze,  trouvées  dans  le  territoire  de  l'ancien 
Luxembourg;  2"  environ  cinquante  pierres  tombales  et 
autres  monuments  de  l'époque  romaine.  La  série  des  mé- 
dailles romaines  est  également  digne  d'attention  (i);  elle 
comprend  environ  11,500,  dont: 

Or 14 

Argent 644 

Billon 251 

Grand  bronze  .   .   .  294 

Moyen  bronze  .   .   .  786 

Petit  bronze.   .   .   .  9500 

Le  tableau  où  on  trouve  ces  richesses  archéologiques 
classées  et  inventoriées,  les  fait  remonter  à  Claude  et  re- 
descend à  Théodose  I  et  à  Arcadius,  c'est-à-dire  de  l'an  41 
à  408  après  Jésus-Christ.  Les  localités  du  Luxembourg 
belge  qui  ont  recelé  longtemps  des  trésors  de  ce  genre, 
sont:  ArIon,\Varnach,  Saint-Mard,  Habay-la-vieille,  Fra- 
lin  (S"=-!Marie),  Gerouville,  iMajerou  (Saint-Mard),  Elalle, 


(1)  Voy.  Th.  Juste,  Bulletin  des  Comviissions  royales,  8«  année,  n"'  9  cl  10, 
p.  387.  —  On  connaît  ce  mol  île  l'ambassadeur  belge,  à  Berlin  :  «  Le  sol  (ilu 
Luxembourg),  au  lieu  de  cailloux,  semble  produire  des  monnaies  à  l'effigie 
des  Césars.  »  Voy.  pour  les  monnaies  trouvées  j"!  Arlon,  depuis  Néron  jusqu'à 
Valens  :  Iiislilut.  ArchéoL,  l.  VII,  1872,  p.  9G.  Ces  monnaies  furent  dccou- 
vertes  en  1851,  1863,  18G4  et  186G. 


—  56  — 

Welliîi  el  Houffalize,  aux  exlrcmilés  de  la  province  (i). 

De  nombreuses  collections,  formées  il  y  a  des  siècles, 
niellent  en  relief  raclivilé  de  la  vie  romaine  dans  le  Luxem- 
bourg {2).  L'usure  du  temps,  malheureusement,  les  a  en 
partie  dissipées.  Mais  ce  qui  en  reste,  el  ce  que  les  con- 
stantes recherches  des  modernes  archéologues  ont  pu 
recueillir  dans  ce  genre,  affirment  la  vitalité  de  la  domi- 
nation romaine  de  ce  côté  de  la  Belgique. 

Dans  la  galerie  numismatique  dont  nous  avons  parlé, 
passe  tout  le  monde  romain  avec  ses  alternatives  de  gloire, 


(I)  Voir  le  rapport  général  sur  les  opérations  de  la  Société  pour  la  con- 
servation (les  monuments  historiques  el  des  œuvres  d'art  dans  la  province 
de  Luxembourg,   1847-1848  et  18i8-49;   1849-50,  1850-51. 

(2j  Voir  le  rapport  de  M.  Prat  à  propos  de  la  création  de  la  Société  archéo- 
logique d'Arlon  :  Annales  de  la  Société,  etc.,  1849-1830  et  1830-1851, 
p.  103,  où  M.  Pral  ajoute  :  La  plus  importante,  sous  tous  les  rapports,  est 
celle  de  M.  de  la  Fontaine,  ancien  gouverneur  civil  du  Grand-Duché.  Après 
celle-ci,  on  peut  citer  celle  de  M.  Motte,  notaire  à  Luxembourg,  mais  qui  est 
restreinte  aux  monnaies. 

M.  Jlaus,  bourgmestre  à  Saint-Mard,  a  rassemblé  des  monnaies,  des  objets 
de  toute  sorte,  trouvés  sur  le  territoire  de  celte  commune,  à  Majerou, 
ancienne  ville  romaine. 

Vous  aussi,  très-honorable  collègue  (M.  Geubel,  juge  d'instruction  à 
Marche,  en  juillet  1852),  vous  avez  votre  collection  d'antiquités  que  vos 
recherches  ont  augmentées  successivement.  Ce  sont  autant  de  preuves  à 
l'appui  de  vos  notices  sur  nos  antiquités  luxembourgeoises. 

M.  Warlemonl,  inspecteur  de  lenregistremenl,  possède  également  une 
collection  intéressante  de  numismatique  el  d'archéologie,  recueillie  dans  la 
province. 

Un  honorable  fonctionnaire,  numismate  distingué,  M.  Guiolh,  ingénieur 
en  chef,  directeur  des  ponts  et  chaussées  à  Anvers,  qui  habitait  le  Luxem- 
bourg, il  y  a  quelques  années,  a  réuni  el  emporté  de  nombreuses  et  de  belles 
choses  des  temps  anciens  trouvées  dans  noire  pays. 

11  existe,  on  le  croit,  dans  le  Luxembourg,  taul  allemand  que  wallon, 
d'autres  collections  privées  moins  importantes,  mais  ignorées. 

Sans  doute,  il  faut  applaudir  aux  efforts  de  quelques  savants,  de  quelques 
amateurs  qui  se  dévouent  à  sauver  de  la  destruction  les  débris  de  la  civili- 
sation antique  el  y  consacrent  leur  temps  cl  une  partie  de  leur  fortune.  Mais 
même  conservées  ainsi,  que  des  choses  perdues  pour  les  études  archéolo- 
giques et  namismaliques  ! 


--  57  — 

de  décadence  et  presque  toujours  souillé  de  crimes.  Au 
seuil  de  l'Empire,  se  présente  Auguste  avec  des  glorieux 
souvenirs  et  les  sinistres  débuts  d'Octave.  Tibère  et  Néron, 
qui  le  pressent  de  près,  font  frissonner  l'bumanilé  outra- 
gée. Cette  monnaie,  cette  effigie,  c'est  celle  de  Vespasien. 
L'Orient  frémit  sous  son  règne,  et  le  Juif  indocile  prépare 
à  Titus  des  triomphes  éclatants.  A  ce  nom  de  Titus,  l'hu- 
manité respire;  elle  oublie  les  convulsions  de  la  nature  et 
tout  un  peuple  noyé  dans  des  flots  de  sang.  Une  tradition 
populaire  place  cet  empereur  dans  le  Luxembourg  (i)  au 
moment  où  il  reçoit  l'ordre  de  passer  en  Orient  pour 
dompter  la  Judée.  L'an  69  de  Jésus-Christ,  ainsi  le  veut 
le  peuple,  Titus  qui  campait  à  l'endroit  où  est  le  Tilel- 
berg  (2),  dans  le  pays  des  Trévires,  reçut  des  dépêches  de 


(1)  BcRTiiOLET,  Histoire  ecclcsiaslique  et  civile  du  diuhé  de  Luxembourg  et 
comté  de  Chiny,  dil  lui-même,  1.  I,  p.  429  :  «  Celiri  (le  camp)  du  moiil  Tillel- 
berg  n'est  pas  moins  fameux,  il  prend  son  nom  de  l'empereur  Telricus,  qui 
y  a  campé  et  non  de  Titus,  comme  on  le  débite  par  une  ignorance  populaire. 
Les  vestiges  des  murs  e(  d'autres  forts  y  subsistent  encore;  et  on  y  a  trouvé 
des  médailles  de  Tibère,  de  Caligula,  de  Trajan,  de  Gallien,  de  Victorin,  de 
Posthume,  de  Telricus,  de  Conslanlin-le-Grand,  de  Constant,  de  Constance. 
Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus  rare,  sont  les  restes  d'un  mausolée  superbe,  orné  de 
divers  festons  et  appuyé  de  grosses  colonnes,  dont  les  chapiteaux  étaient 
d'un  ouvrage  dorique.  »  Notons  en  passant  que  l'histoire  de  Bertholel  est 
de  1741. 

Titus  suivit  Vespasien  en  Bretagne,  en  qualité  de  tribun  des  soldats,  dans 
la  même  légion  dont  son  père  était  légat.  Cette  expédition  eut  lieu  sous 
Claude.  Titus  mourut  l'an  de  Rome  834,  qui  correspond  à  l'an  81  de 
notre  ère. 

(2)  Le  Titelberg  est  une  montagne  escarpée  de  la  vallée  de  la  Chiers.  De 
son  sommet  s'étend  la  vue  sur  Aubange,  à  2  1/2  lieues  d'Arlon.  —  Voyez 
dans  les  publications  pour  la  recherche  et  la  conservation  des  monuments 
historiques  dans  le  Grand-Duché  de  Luxembourg,  année  1862,  t.  XVIII, 
p.  102,  un  intéressant  travail  qui  porte  ce  titre  :  Sechs  roemische  Bildsteine 
aus  der  Gegend  des  Tilelbcrges  von  jt^of.  Joh.  Ep!gli>'6.  —  Voy.  llirénaire 
du  Luxembourg  Germanique  ou  Voyage  historique  et  pittoresque  dans  le 
Grand-Duché,  par  le  chev.  I'Evêque  de  l\  Basse  MotiCRiE,  1844,  p.  103. 
Feiler,  dans  son  Itinéraire,  dit  :  «  J'ai  cru  longtemps,  contre  l'opinion  de 
Bertholel,  qu'on  devait  attribuer  ce  camp  à  Titus,  d'après  le  nom  de  Titelberg 

5 


—  58  — 

V^espasien.  Quelques  instants  après,  tout  le  camp  s'ébranle. 
Les  soldais  décident  de  laisser  dans  ces  climats  un  souvenir 
de  leur  long  séjour  et  s'empressent  à  l'envi  de  transporter 
du  haut  de  la  montagne  assez  de  terre  pour  former  un  ter- 
tre commémoralif.  Puis,  ils  se  mettent  en  route  avec  le 
pressentiment  que  les  Dieux  de  l'empire  leur  ont  confié  une 
mission  de  vengeance.  Telle  est  la  légende;  elle  s'appuie 
sans  doute  sur  le" bruit  répandu  dans  le  monde  romain  que 
l'Orient  serait  le  théâtre  d'événements  prodigieux. 

Tacite  lui-même  s'en  fait  l'écho  (i).  Il  affirme  que  la 
plupart  des  Juifs  avaient  foi  à  une  prédiction  contenue  dans 
les  anciens  livres  de  leurs  prêtres,  d'après  laquelle  l'Orient 
primerait  et  que  la  Judée  donnerait  des  maîtres  à  l'univers. 
L'historien  romain,  instruit  par  les  événements,  applique 
ces  paroles  mystérieuses  à  Vespasien  et  à  Titus.  Après  ce 
dernier,  apparaissent  les  sinistres  figures  de  Domitien  el 
de  Caracalla,  puis  on  voit  défiler  Trajan,  les  deux  Tétri- 
cus  (2),  Tacite,  se  glorifiant  dans  la  pourpre  de  descendre 
du  grand  écrivain  qui  porte  si  bien  le  sceptre  de  l'histoire. 
Ensuite,  se  présente  une  foule  d'empereurs  qui  se  croisent 


el  Vopinion  publique.  Mais  j'ai  revu  ce  camp  en  1799,  et  le  loul  bien  consi- 
déré, il  n'est  rien  qui  ne  parle  pour  Tétricus,  qui  fil  la  guerre  dans  celte 
contrée,  où  Tilus  ne  la  fil  jamais.  »  Voy.  Notice  sur  le  Tctlelberg,  par  A.  Ga- 
LESLOOT,  dans  la  Province  du  Drabanl  avant  Pinvasion  des  Romains,  etc. 

(1)  Tac,  Uisl.,  lib.  V,  XIII  :  «  Pluribus  persuasio  inerat  anliquis  sacer- 
dolum  lilleris  conlincri  eo  ipso  tempore  fore  ut  valescerel  Oriens  profec- 
tique  Judaea  rerum  potirenlur  quae  ambages  Vespasianum  ac  Tilum  prae- 
dixeranl.  » 

Au  surplus,  qui  ne  se  rappelle  ces  beaux  vers  : 

Ullima  Cuniaei  venit  jam  carminis  actas, 
Magnus  ab  integro  saeclorum  nascilur  ordo 

(ViRc,  ^n.  cet.,  IV,  i). 

(2)  Télricns  régna  sur  la  Gaule  el  l'Espagne  de  2C7  à  273.  C'est  en  267 
qu'il  fui  investi  de  la  pourpre  impériale  à  Bordeaux.  Il  maintint  l'ordre  en 
Espagne  et  dans  la  Gaule.  Sous  son  règne,  les  barbares  furent  repoussés 
des  frontières  du  Rhin.  Tétricus,  son  fils  et  Zénobie  ornèrent  le  fameux 
triomphe  d'Aurélien.  il  acheva  sa  vie  dans  un  âge  très-avancé. 


—  59  — 

et  se  heurlenl  sur  le  ihéàlre  éphémère  de  leur  règne.  C'est 
une  longue  série  de  héros,  de  bienfaiteurs  de  l'humanilé  et 
de  monstres  à  face  humaine,  qui  se  liaient,  qui  se  préci- 
pitent vers  une  ère  nouvelle.  En  dépit  de  Dioclélien,  qui 
les  domine  de  toute  la  hauteur  de  son  génie,  ils  cèdent  au 
christianisme  et  laissent  une  proie  aux  barbares  qui  démo- 
lissent à  jamais  l'édifice  séculaire  et  imposant  de  la  poli- 
tique, de  la  sagesse  et  de  la  raison  humaines.  Nous  sommes 
à  l'époque  de  Constantin  et  l'empire  va  faire  naufrage  sous 
Arcadius;  ses  tristes  épaves  deviendront  comme  les  jouets 
des  barbares.  La  série  numismatique  cesse,  laissant  parler 
les  choses,  qui  ont  aussi  leurs  pleurs  et  leur  éloquence. 
Dans  l'Eifel  et  le  Luxembourg  se  rencontrent  en  grande 
quantité  des  divinités  en  argile  plastique  blanche  et  rouge. 
La  chevelure  de  ces  déités  est  arrangée  d'une  manière  bi- 
zarre :  elles  sont  couvertes  d'un  voile  et  elles  sont  en  partie 
sans  attribut,  en  partie  dans  l'allilude  de  personnes  assi- 
ses, un  petit  animal  aux  pieds,  des  fruits  aux  genoux  et 
portant  la  corne  d'abondance  (i).  Quelques-unes  peuvent 
être  prises  pour  Cérès,  la  déesse  de  l'agriculture,  qu'on 
représente  quelquefois  avec  un  petit  veau  entre  les  bras. 
D'autres  sont  peut-être  des  génies  topiques,  auxquels  on  a 
donné  le  nom  de  Maires,  du  nom  germano-belge  de  matra, 
maira  (2),  Junones,  Matronae.  On  les  représente  au  nombre 
de  trois,  avec  des  fruits  ou  des  corbeilles  de  fruits  sur  les 
genoux  et  tenant  également  la  corne  d'abondance  (3).  Au 
reste,  deux  inscriptions  existent  pour  attester  que  le  culte 
des  Matronae  était  observé  chez  les  Trévires,  ainsi  que 
deux  figures  en  pierre  qu'on  peut  voir  à  Trêves  (4). 

(I)  MiiLLER,  Denkmdier  der  allen  Kulist,  Ij,  1,  n"  90. 

(2;  V.  Florencourt,  Beilràge,  elc,  p.  48. 

(3)  Calalog.  des  Koningl.  rhcin  Muséums,  nos  ]23^  129,  132. 

(4j  HoMTiiEiM,  Prodr.,  p.  190  et  Calalog.  des  K.  rhein  3tuseums,  n»  116.  — 
Voyez  :  Das  romische  Trier  und  die  Umgegend  nach  dcn  Ergebnissen  der 
bisherigen  Funde,  von  Sciineemann,  1832. 


—  ce  — 

Dans  le  Luxembourg,  qui  empruntait  naturellement  à  la 
métropole  ses  mœurs,  ses  usages  et  son  culte,  Mercure 
devait  avoir  beaucoup  d'adorateurs,  à  s'en  rapporter  aux 
nombreuses  statues  de  cette  divinité  et  aux  inscriptions  que 
l'on  signale  dans  la  circonscription  de  la  métropole  trévi- 
rienne  (i).  César  lui-même  s'étonna  déjà  des  nombreuses 
figures  de  Mercure  qu'il  vil  dans  la  Gaule,  et  qui  n'était 
probablement  qu'une  divinité  nationale,  ayant  beaucoup  de 
ressemblance  avec  le  dieu  des  Grecs  et  des  Romains  (2). 

Le  grand  nombre  d'autel  consacrés  à  Hercule,  dont  cinq 
sont  indiqués  par  Wiltbeim,  découverts  au  milieu  des  Tré- 
vires,  permet  de  conclure  à  l'existence  d'un  culte  particu- 
lier de  ce  dieu  au  sein  de  ce  peuple  (5).  Selon  Tacite,  les 
Germains  adorèrent  Hercule  ou  une  divinité  analogue, 
conforme  aux  conceptions  religieuses  de  Rome  (4).  Cette 
assertion  de  l'historien  est  corroborée  par  la  découverte  de 
trois  autels  sans  inscription,  qui  sont  déposés  au  Musée 
des  antiquités  de  Bade  (5).  Ce  culte  aurait  été  propagé, 
comme  on  le  conjecture,  par  les  Germains,  aurait  franchi 
leurs  frontières  et  pénétré  jusque  dans  les  populations 
belgo-celliques.  Dans  la  suite,  ce  culte  parait  avoir  pris 
plus  d'extension  chez  les  Trévires,  soit  qu'ils  eussent  voulu 
de  cette  manière  donner  à  Maximilien  Hercule  un  té- 
moignage de  dévouement,  ou  qu'ils  eussent  manifesté  par 
des  statues  en  l'honneur  d'Hercule  leurs  sentiments  de 
reconnaissance  pour  l'empereur  qui  les  préserva,  en  286, 
des  ruines  et  des  désastres  de  la  guerre  des  Bagaudes  (e). 

(1)  Voy.  ScnNEEMANN,  (las  rocmisclie  Trier,  etc.,  pp.  23  et  24. 

(2)  B.  G.,  VI,  17  :  «  Deiiin  maxime  Meieurium  coluiil  :  liujiis  suiil  plui'ima 
simulacra.  » 

(3)  Voy.    SCU^EEMANN. 

(i)TACiT.,  Germ  ,  IX. 

(5)  Voy.  ScHNEEMANN. 

(G)  Claud.  Ma.mertin,  Pancgyricus  in  Maxim.  Iferculiiim.  —  Voy.  Auneiius 
Victor,  de  Caes.,  cap.  XXXIX,  17,  18,  19. 


—  Gl  — 

Sur  ces  autels,  Hercule  n'apparaît  jamais  seul,  mais  ac- 
compagné d'une  autre  divinité.  Tantôt  on  le  voit  à  côté  de 
Cérès  {ara  de  Messerich),  de  Diane  (i),  de  Minerve,  de  Ju- 
non,  de  Mercure,  tantôt  avec  Jupiter  et  ses  frères,  Apollon 
et  Mercure  {-2),  tantôt  avec  Minerve  et  Junon  (5),  tantôt  avec 
Jupiter,  Junon  et  Mars  (4). 

Pour  en  revenir  au  culte  des  Matronae,  nous  emprun- 
terons le  passage  à  un  auteur  qui  s'est  beaucoup  occupé 
des  Germains  pour  le  public  français  : 

«  Toutes  les  villes,  dit-il,  et  jusqu'aux  moindres  bour- 
gades, avaient  leurs  déesses  locales,  qu'elles  nommaient 
leurs  mères  (Matronae)  et  qu'on  représentait  ordinaire- 
ment au  nombre  de  trois,  avec  une  quenouille,  des  fruits 
et  des  fleurs  (5).  Ces  personnages  mystérieux  présidaient 
à  la  destinée  des  peuples  et  rappelaient  à  la  fois  les  trois 


({)  WiLTUEIM,  no  7. 

(2)  IbicL,  iio  8i>-. 

(3)  Ibid.,  nos  176-179. 

(4)  Voy.  Lerscu,  Cenlralniiiscuin,  IIF,  H6. 

D'après  les  diicouverlcs,  en  petit  nombre,  failes  sur  le  territoire  tics 
Trévires,  dans  le  domaine  des  antiquités  gauloises,  il  est  permis  de  eroire 
que  les  mœurs  gauloises  se  sont  conservées  parmi  les  Trévires  dans  la 
mesure  de  leur  comptabilité  avec  les  lois  romaines,  et  le  culte  des  divinités 
gauloises  a  été  modifié  par  celui  des  Romains  cl  des  Grecs.  Ces  autels  el  les 
pierres  votives  mises  au  jour  prouvent  qu'à  côté  de  Vénus,  de  Jupiter, 
d'Apollon,  d'Esculape,  de  Diane,  on  honorait  égniement  Epona,  Sirona  et 
Rosmerta.  Voy.  Chassot  de  Florencourt  :  Beilriige  zur  Kunde  aller  Gôtler- 
verthrung  im  belgischen  Gallien,  etc.,  Trier,  1842. 

(5)  Voy.  Lerscu,  Ccnlralnmseum  Rhcinlacndischcr  Inschriflcn,  où  l'on 
trouve  : 

MATRIBVS 

TREVERIS 

T.   PATERNVS 

CORNICVLAR 

LEG.  LEO. 

XXX.   VV.   L,  M. 

Pour  l'explicalion  du  terme  eorniculaircs,  voy.  Tite  Live,  I,  X,  c.  4-4,  et 
SoÉTONE,  j»  Domil.,  17. 


—  62  — 

Parques  de  l'Italie,  les  trois  Fées  des  Celtes  et  les  trois 
Nornes  de  l'Edda.  Dans  les  colonies  romaines  de  la  Bel- 
gique, on  rencontre  Uludana,  la  Vesta  des  Scandinaves, 
la  déesse  du  foyer  domestique;  l'autre  Nehallenia,  une  de 
ces  fîleuses  divines  que  les  Germains  se  figuraient  parcou- 
rant les  campagnes  et  répandant  les  émanations  salutaires 
qui  font  croître  la  laine  des  brebis  et  le  blé  des  sillons  (i). 

Le  culte  de  la  Nehalennia  a  laissé  des  traces  à  Arlon,  à 
Gcromont  et  à  Saint-Hubert  (2). 

La  Dea  Hludana,  qui  est  citée  dans  une  inscription  mise 
au  jour  près  de  Birten,  au  Bas-Rhin,  et  conservée  au  Musée 
de  Bonn,  est  assimilée  par  Thorlacius  (3)  à  la  IILôdhyades 
pays  septentrionaux.  Le  monument  épigraphique  de  Birten 
est  ainsi  conçu  : 

DEAE    HLUDANAE    SACRUM   G.  TIBERIUS  YERUS. 

Un  autre  savant  explique  ce  nom  par  Siiddlingen,  qui  est 
dans  le  voisinage  de  Birten;  mais  cette  opinion  n'est  fondée 
que  sur  une  ressemblance  qui  est  peut-être  fortuite  (4).  — 
D'autres  pensent  que  Hludana  est  la  même  déesse  que  l'Herta 
ou  l'Edda  des  peuples  du  Nord  (s). 

On  peut  rapprocher  de  ce  monument  épigraphique 
l'inscription  votive  découverte,  en  juillet  1870,  à  Hoey- 
laerl,  dans  le  Brabanl.  Elle  a  été  déterminée  de  la  façon 
suivante  : 

MATRONIS 

CANTRVSÏEI 

HIABVS.  G.   A' 

PIAIVS    PAC 

ATVS  PRO  SE  ET 

SVIS  L.  M. 

(1)  Voy.  OzANAJi,  p.  33S. 

(2)  Publications  de  Luxembourg,  l.  XV,  année  1859,  p.  185. 

(3)  Antiq.  bor.  spcc,  III,  Hafn.,  1782. 

(4)  ScuREiBER,  Die  Fcen  in  Europa,  p.  63. 

(b)  MuNTER,  Gcschichte  der  Einfûhrung  des  Chvislenthums  in  Danemark, 
d.  31,  et  voy.  aussi  l'écrit  du  docteur  Tuolacius,  de  Copenhague,  sur  cette 
divinité. 


—  63  — 

(Matronis  Canirusteihiabus,  Caius  Appianns  Pacuhis 
pro  se  et  suis  volum  solvit  liibens  merito). 

Les  Matronae,  souvent  au  nombre  de  trois,  étaient  donc 
des  divinités  topiques.  On  connaît  dans  le  Luxembourg  les 
Trois  Vierges  d'CIflingen  (près  llouffalize)  (i),  et  le  culte 
des  Trois  Maries,  près  de  Bastogne.  On  peut  se  demander 
si  les  Matronae  Canlnisleihiae  (2)  ne  sont  pas  des  divinités 
formant  cortège  à  la  déesse  Viradèlhe,  et  si  ces  déilés  du 
Condroz  ne  sont  pas  analogues  à  celles  que  les  inscrip- 
tions révèlent  en  Zélandc,  à  Cologne,  à  Bonn,  à  Aix-la- 
Chapelle? 

Partout  dans  les  possessions  romaines  d'outre-Rhin, 
nous  trouvons  ces  génies  mystérieux,  cités  sous  les  noms 
de  Deae  Matres,  de  Matrac,  de  Mairae,  de  Matronae,  de 


(1)  WiTTHEIM,    p.   48. 

(2)  Voy.  Bulletin  des  Commissions,  etc.,  9<=  année,  p.  374  :  rapport  adressé 
ù  M.  le  Minisire  de  l'Inlérieiir,  sur  une  inscription  trouvée  à  Hocylarl,  Bra- 
banl,  et  les  intéressants  détails,  p.  578  et  suiv.;  Sleiver,  Codex,  etc.,  III, 
p.  134,  nos  2010  el  2011;  Bertiiolet,  Hist.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  284  et  suiv.. 
Ire  dissertation;  plusieurs  inscriptions  rappelant  les  matronae,  et  où  il  fait 
cette  remarque,  sous  l'inspiration  de  Wiltheim  :  «  Les  noms  propres  de 
Hamanehis,  Romanehis,  Rumachis,  Seccannthis,  Arsacis,  Dritlis  et  Gahiabus, 
qu'on  lit  sur  ces  eippcs,  désignent  les  villes  et  les  pays,  d'où  les  Matrones, 
en  l'honneur  desquelles  on  les  élevait,  étaient  originaires.  Il  y  a  des  écri- 
vains qui  prétendent  qu'on  les  révérait  comme  des  divinités  et  qu'elles  figu- 
raient le  culte  qu'on  rendait  à  Diane,  déesse  propre  de  l'Ardenne.  Quoi 
qu'il  en  soit,  on  trouve  plusieurs  de  leurs  monuments  dans  le  Luxembourg, 
mais  surtout  dans  l'Eyfel.  Le  terme  de  Matronae,  selon  quelques  antiquai- 
res, est  le  même  que  MAIRAE,  qu'on  a  converti  par  l'altération  de  deux 
syllabes  en  MARIAE.  Ils  veulent  le  prouver  par  cette  inscription  :  IN'  H. 
D.  D.  //  DEABYS  MAIR  (abus).  //  IVLIVS  REGVLVS.  //  MILES  LEGIOMS  VI  // 
ANTONINIANAE.  ABSARIVS//  EX.  VO.  PRO.  SE.  ET.  SVIS.  //V.  S.  L.  M. 

»  De  là  ceux  qui  sont  de  celte  opinion  prélendenl  qu'à  Uiflingen,  village  de 
la  seigneurie  de  Clervaux,  il  y  avait  un  monument  dressé  en  l'Iionnenr  de 
trois  Matrones,  connues  sous  le  nom  de  MAIRAE,  mais  qu'on  a  changé  en- 
suite en  MARIAE,  d'où  il  lui  est  venu  le  nom  de  trois  Vierges,  qu'il  relient 
encore  aujourd'hui  (scilicel  :  1743).  Cependant  d'autres  altribuenl  le  chan- 
gement avec  plus  de  vraisemblance  aux  trois  saintes  Vierges  :  Foi,  Espé- 
rance, Charité,  qu'on  y  honore.  » 


—  64  — 

Campestres,  et  aussi  sous  ceux  de  Dominae,  de  Janones, 
de  Nymphae,  de  Herae,  de  Sutevae,  de  Siilfae,  présidant, 
selon  ces  noms  difl'érents  et  leurs  attributs,  aux  moissons, 
aux  troupeaux,  aux  forêts,  à  l'éducation  et  aux  deslins  des 
hommes  et  aux  animaux.  Leur  influence  bienfaitrice  s'é- 
tendait tantôt  sur  toute  une  contrée,  comme  celle  des  ma- 
trones des  Pannoniens,  des  Dalmates,  des  Gaules,  invoquées 
dans  ces  différentes  régions,  où  des  inscriptions  nous  les 
font  connaître,  tantôt  sur  le  rayon  d'une  simple  commune, 
d'une  forêt,  d'un  hameau.  Alors,  déesses  locales,  elles  pre- 
naient les  noms  de  ces  localités  mêmes;  comme  telles  nous 
apparaissent  les  Matronae  Gabiae  Awnenaienae,  Malvisiae, 
Etraienae,  Altiaenae,  Treverae  et  Nehiafienae ;  sous  ces 
deux  derniers  noms,  elles  se  sont  présentées  à  nous  à 
Xanlen  et  à  Neidenslein. 

Au  XVIl^  siècle  (1647),  on  découvrit  dans  l'Ile  de  Wal- 
cheren  un  grand  nombre  d'autels  consacrés  à  Nehalenuia. 
Un  de  ces  petits  monuments,  conservé  au  Musée  royal 
d'antiquités,  présente  celte  inscription  : 

DEAE  NEHA 

LENNIAE 

T.  CALVISIUS 

SECVIS'DINVS 

OB...  ACTVS. 

Il  est  d'autant  plus  remarquable  qu'il  transmet  à  la  mé- 
moire le  nom  d'un  Secundinus,  immortalisé  par  le  tombeau 
fastueux  d'Igel.  Bien  que  le  culte  de  cette  déesse  fut  ré- 
pandu parmi  les  tribus  germaniques,  enlre  autres  parmi 
les  Frisons,  elle  u'a  pourtant  pas  le  caractère  d'une  divi- 
nité chère  aux  Germains,  elle  appartient  plutôt  aux  Celtes. 
Celte  opinion  est  fondée  sur  le  grand  nombre  de  pierres 
qu'on  rencontre  dans  les  provinces  rhénanes  et  qui  sont 
consacrées  aux  Nehis  ou  Nehabiis.  Des  écrivains  dérivent 
ce  nom  du  celle  néza  ou  néa,  qui  signifie  filer.  D'après 


—  65  — 

celle  élymologie,  Nehalennia  serait  la  fileuse.  Une  aulre 
dérivation,  celle  du  Wekhe  néo,  ciel,  nevawl,  céleste,  est 
plus  conforme  aux  attributs  qui  la  caractérisent.  Ce  serait 
alors  une  espèce  de  déesse  céleste,  fécondant  la  terre  et 
envoyant  aux  navigateurs  des  vents  favorables  (i). 

Une  inscription  des  plus  importantes  pour  l'histoire  des 
Condruses  provient  de  Birrens,  en  Ecosse.  Elle  est  ainsi 
conçue  : 

DEAE  VIRADE 

THI  PAGVS  CON 

DRVSTIS  MILl 

IN  COH  II  TVN 

GRO  SVB  SIYO 

AVSPICE  PR 

AEFE 

{Deae  Viradethi,  pagiis  Condrustis  Mililantes  in  Cohorte 
II  Timgrorum  sub  Sitvio  Aiispke  praefecto).  ' 

Cette  inscription  a  cela  de  remarquable  qu'elle  nous  fait 
connaître  pour  la  première  fois  le  nom  d'une  déesse,  pro- 
bablement la  protectrice  du  pagus  Condustris,  qui  est  notre 
Condroz,  comme  Diane  est  la  déesse  des  Ardennes  (2). 

En  Allemagne,  on  s'est  efforcé  de  constater,  non  sans 
succès,  l'identité  de  la  Dea  Viradethis  avec  une  déesse 
Virodeihis,  dont  le  souvenir  est  conservé  par  une  inscrip- 
tion du  musée  de  Darmstadt.  Dès  lors  il  deviendrait  évident 
que  les  Condruses,  clients  des  Trévires,  conservaient  dans 
leur  nouvelle  patrie  le  culte  des  divinités  topiques  qu'ils 
observaient  avant  leur  émigration  au-delà  du  Rhin.  Elle 


(1)  Voy.  Geschichle  tmd  System  der  alldeulschen  Religion  von  Wiliielm 
MULLER,  1844. 

(2)  Voy.  Stuart,  Caledonia  romanae,  a  descriptive  accounl  of  ihe  roman 
antiquilies  of  Scolland,  p.  128,  pi.  Il,  fig.  2,  et  JK  H.  Sciiuermans,  Inscrip- 
tions belges  à  l'étranger,  dans  le  Dullclin  des  Commissions  royales  d'Art  et 
d'Archéologie,  7e  année,  p.  147. 


—  66  — 

trahit  aussi  leur  affinité  ethnographique  avec  les  popula- 
tions transrhénanes  (i). 

Bien  des  vestiges  du  cuite  de  Diane  se  trouvent  encore 
dans  les  Ardennes,  comme  autels,  statues,  inscriptions.  Le 
Musée  des  antiquités  à  Trêves  conserve  le  torse  d'une  Diane 
colossale,  dont  le  travail  a  dû  être  magnifique  (2). 

Dans  Muratori,  il  y  a  aussi  une  inscription,  dont  Tépi- 
thète  JNemorensis  pourrait  hien  avoir  quelque  rapport  avec 
la  Diane  des  Ardennes.  Elle  est  conçue  en  ces  termes  (3)  : 

DEANAE 

NEMORENSI 

SAC. 

M.  ACILIVS  PRISCVS 

EGRILIVS 

FLAVIANVS. 

Voici  d'autres  variantes  de  cette  célèbre  inscription  con- 
sacrée au  souvenir  du  culte  de  Diane  dans  les  Ardennes  : 


(1)  Voy.  Bcitràge  zur  vcrglcichendcn  Sprachforschung  auf  dem  Gebiel  dcr 
arischcn  und  slawisrhen  Spraclicn,  lierausgcgeben  von  A.  Kuhn  und  A.  Schlei- 
criER;  M.  Becker,  dans  les  Jahrbûcher  des  Vereins  von  Allherthumsfreunden 
im  Rhcinlande,  XLIV-XLV,  1868,  p.  5G;  H.  ScHUEnwAîiS,  Bulletin  des  Com- 
missions royales,  7<=  année,  p,  362. 

(2)  ScHOEPFLiN,  Als.  illiislr.,  cité  par  Wyttenbach  dans  Ersch  cl  Gruber, 
dit  :  «  Diana  Arduenna  quoque  cognomen  habuil  ab  Arduenna  quippe,  ccle- 
bri  Sylva  inler  Moscllani  el  Mossam.  »  ~  Das  Denkmal  der  Diana  ini  Kanlon 
Ecblernach,  Département  der  Waldungen,  beschrieben  und  bcurllieilt  von 
M.  F.  J.  MuLLER,  «Trier,  1807. 

(3)  Muratori,  Novus  thésaurus  inscriplionum,  t.  F'-t,  p.  36. 

Dans  la  Vila  S.  Rcmacli  ep.  Trajecl.,  c.  12,  il  "y  a  un  passage  qui  per- 
mettrait de  conclure  non  seulement  que  le  cuite  de  Diane  était  partout 
répandu  dans  les  Ardennes,  sous  diverses  appellalions,  mais  que  le  christia- 
nisme même  n'était  pas  parvenu  à  l'extirper  jusqu'à  ses  racines,  dès  les 
premiers  jours  de  son  triomphe  sur  les  idoles  de  Rome  :  «  Warchinnam 
rivulum  accedit  (il  s'agit  d'un  événement  dont  la  forêt  des  Ardennes  était  le 
théâtre);  invenit  illic  ccrla  indicia,  loca  illa  quondam  idololatriae  fuisse 
niancipata.  Erant  illic  lapides  Dianac  et  id  genus  portenlosis  nominibus  in- 
scripti  vel  effigies  corura  habentes;  fontes  etiam,  hominum  quideni  usibus 
apti  sed  gentilismi  crroribus  polluli  alquc  ob  id  cliamnum  daemonuni 
infestationi  obnoxii.  » 


—  67  — 

D.  M. 

Quinlus  Corsius  Q.  Filius 

Cl.  Aulianus  sacerdos 

Dianae  Arduinae 

fecit  sibi  et  heredibus  suis 

infr.  p.  XII.  in  agro 

p.  XV.  IV  id.  oclob. 

Imp.  Caes.  FL.  Domiliano 

VIII.  et  C.  Valerio  Mar 

cellino  coss.  (i). 

D'après  un  manuscrit  de  VVilllieim,  conservé  à  la  Bi- 
bliothèque royale  de  Bruxelles  : 

D.  M.  Q.  CAECUS.  Q.  F.  CLAUD.  ATILIANUS  SACERDOS 

DIAME  ARDENNAE  FECIT  SIBI  ET  SVIS  HEREDIBVS 

M.  in  FR.  P.  XII.  in  A.  G.  R,  P.  XV.  QVARTA. 

Encore  une  autre  : 

IJIP.  CAES.  FL.  DOMITIANO  OCTAVVM  ET  VALERIO 
MESSALINO  COSS  (2). 

La  Diane  des  Ardennes  a  inspiré  à  Lelewel  (3)  un  sa- 
vant article  qui  trouve  sa  place  ici  :  «  Sur  le  même  sol  (des 
Rémois)  et  spécialement  sur  celui  des  Trevères  dans  l'éten- 
due des  Ardennes  opaques,  on  exhume  en  abondance  le 
petit  bronze  inscrit  ARDA.  Il  offre  avec  cette  épigraphique 
une  empreinte  variée,  dont  une  offre  un  coursier  apparenté 
à  la  race  armorikaine  ou  belge,  et  son  chef  est  orné  de 
deux  bandes  ou  tresses  qui  descendent  du  sommet  de  la 
télé. 


(1)  Voy.  Jahrbûchcr  des  Vcreins  von  Aller (humsfrcuden  im  Rheinlande, 
vol.  L  et  Ll  (Bonn,  1871),  p.  199-251,  Tarliclc  Horae  Delgicae,  du  Dr  Kraus. 

(2)  Voy.  Bulletin  des  Commissions  royales  d'art  et  d'archéologie,  vol.  X, 
p.  47,  ainsi  que  Gruter,  Dom  Martin,  Brower  et  Wiltueim,  p.  40,  de  Tédit. 
Neven. 

(3)  Voy.  Eludes  numismatiqucs  et  archéologiques,  par  JoAcimi  Lelewel, 
Bruxelles,  1841,  p.  271. 


—  68  — 

»  Il  semblerait,  dans  toutes  monnaies  dont  nous  faisons 
l'énumération,  que  cette  tresse  ou  bandeau  est  un  habille- 
ment national,  particulier  à  la  localité. 

»  Nous  avons  remarqué  en  son  lieu,  qu'en  Asie,  chez  les 
Gallo-Grecs,  une  vénération  singulière  pour  la  déesse 
Artemis  ou  Diane,  s'était  établie  de  bonne  heure  dans 
certaines  familles  gauloises,  qui  remplissaient  les  fonctions 
de  la  prêtrise.  Artemis  était,  par  excellence,  adorée  à 
Massilia,  d'où  son  culte  pouvait  pénétrer  dans  les  Gaules. 
La  monnaie  gauloise,  copiant  une  foule  d'objets  hétéro- 
gènes, réunit  dans  son  coin  assez  anciennement  avec  la 
tête  d'Apollon  le  cerf  d'Artemis;  elle  contrefaisait  même 
les  têtes  de  la  déesse.  Grand  nombre  de  pièces  en  bronze, 
frappées  ou  coulées,  qui  sont  déterrées  dans  l'espace  des 
anciennes  ramifications  des  sombres  Ardennes,  sont  em- 
preintes de  la  tête,  quoique  monstrueusement  défigurées, 
mais  conservant  les  contours  de  l'imitation  de  la  tête  de 
Diane-Artemis,  déesse  de  la  chasse,  présidant  nuit  et  jour 
à  la  course  de  la  lune.  Le  bronze  bigate  des  Rémois,  dans 
les  derniers  moments  de  l'existence  de  la  monnaie  gauloise 
et  celui  d'Ossuticos  Ratumacos,  semblent  représenter  la 
course  de  celte  déesse.  » 

On  trouve  dans  les  limites  des  Ardennes  des  inscriptions 
lapidaires  de  temps  postérieurs,  qui  invoquent  la  déesse 
Diane  (i).  Dans  le  nombre,  on  en  connaît  une  qui  fut  érigée 
par  le  fils  de  Quintus,  Quintus  Caesius  Claudius  Atilianus, 
prêtre  de  Diana  Arduinna,  en  82  de  l'ère  chrétienne, 
cent  ans  après  la  cessation  de  la  monnaie  gauloise  (2).  Or, 
à  cette  époque,  Diane  était  une  divinité  topique  dans  le 
pays  des  Ardennes.  Deux  générations  plus  tard,  Marcus 
Quartinius,  fils  de  Marc,  citoyen  sabin  rémois,  construisit 


(1)  Bertholet,  Ilisl.  de  Lux.,  t.  I,  p.  430;  Heylen,  p.  477, 

(2)  Voy.  Gruter,  p.  40. 


—  G9  — 

au-delà  du  Rhin,  en  Germanie,  un  monument  en  Tlion- 
neur  de  cinq  divinités  :  Ardoïnna,  Camul,  Jovis,  Mercure 
et  Hercule  (i).  On  peut  en  conclure  qu'à  cette  époque  les 
Rémois  avaient  de  la  vénération  pour  la  divinité  topique 
des  Ardennes,  que  les  cantons  boiseux  des  Ardennes  in- 
voquaient Diane  comme  divinité  de  prédilection,  à  laquelle 
on  donne  rôpitlièle  Arduenna,  Ardoïnna,  Ardanna.  L'épo- 
que où  cette  qualification  fut  inventée  n'est  pas  déterminée, 
mais  il  est  évident  que  la  monnaie  inscrite  ARDA  n'a  rien 
qui  puisse  se  relater  à  la  Diane.  La  lèle  avec  ses  tresses  y 
est  masculine,  et  même  elle  est  remplacée  sur  certaines 
pièces  de  cette  famille  par  une  tête  barbue,  et  l'inscription 
ARDA  ne  signale  aucune  divinité  topique,  mais  bien  le 
nom  du  pays  dans  lequel  la  monnaie  fut  fabriquée,  le  pays 
des  Ardennes  (2). 

De  la  main  gauche  elle  tient  son  arc,  porte  la  toge  et  la 
stola  par  exception.  Cela  pourrait  être  un  fragment  de 
pierre  sépulcrale  transportée  d'un  endroit  voisin;  il  en 
est  de  même  d'une  table  sépulcrale,  pierre  immense,  aux 
quatre  côtés  de  laquelle  on  voit  le  culte  voué  à  Diane, 


(1)  Gruter.  —  Monument  trouvé  à  Reinlelen  sur  Wesel,  en  Wesiphalic.  — 
On  sait  que  Wesel  doit  son  origine  aux  Romains.  Voy.  Lelewfi,  p.  357. 

(2)  Ce  que  Leiewcl  dit  d'Arda  ne  peut  être  que  l'expression  de  la  réalité 
et  vient  à  l'appui  des  déductions  que  nous  avons  faites,  eh.  Il,  en  traitant 
de  l'origine  du  mot  d'Arclenne,  à  laquelle  nous  ont  amené  des  données 
empruntées  à  la  science  géologique.  Tab.  IV,  fig.  25,  il  y  a  une  monnaie  en 
bronze,  assez  bien  dessinée,  qui  porte  l'inscription  ;  Gvrmanus  Indulillil.  Elle 
date  de  54  avant  J.-C.  Ou  pense  généralement  qu'elle  rappelle  le  prince 
trévir  Indutiomar,  dont  le  nom  est  gaulois.  Il  vaut  mieux  ranger  Indulillil 
parmi  les  princes  germains  sous  la  protection  des  Trévires,  qui  dominaient 
aux  bords  de  la  Meuse,  d'autant  plus  que  ces  pièces,  très-rares  dans  la  cir- 
conscripliou  trévire,  sont  abondantes,  d'après  Leiewel,  dans  le  Luxembourg. 
Quant  aux  monnaies  avec  l'inscription  AHIRTIV%S,  découvertes  en  grand 
nombre  dans  le  Luxembourg  et  dans  le  pays  des  Rémois,  il  est  aussi  naturel 
ou  rationnel  de  les  faire  remonter  au  consul  Aulus  Hirlius  (43  avant 
J.-C),  qu'aux  anciens  Trévires.  —  Voy.  Inscriflions  bcl.jes  à  l'élranger  de 
M.  ScuuERMANS,  l.  X  du  Bulletin,  etc.,  p.  48. 


—  70  — 

renlèvement  de  Proserpine,  reufanlemeiil  de  Latone  et  la 
prêtresse  dWpollon  prédisant  derrière  le  trépied.  En  men- 
tionnant la  Diane  de  Bolendorf,  dont  nous  avons  déjà  parlé, 
un  auteur  bien  connu  ajoute  :  «  Bien  des  gens  donnent  à 
cette  Diane  l'épillièle  de  Seplimontia  ou  de  Heptenacria, 
parce  que  le  bourg  d'Echternach,  entouré  de  sept  collines, 
en  grec,  ett?  âxpwv,  aurait  tiré  son  nom  de  cette  position 
géographique  et,  grâce  à  une  mélathèse  vicieuse,  adoptée 
par  la  foule.  Les  annales  de  Dinant,  publiés  à  Liège  en 
1601  et  qui  renferment,  outre  la  description  de  Dînant, 
la  vie  de  saint  Perpetu,  citent  une  Diane  des  Ardennes, 
honorée  dans  l'endroit  où  se  trouve  actuellement  Dinant 
et  apportée  aux  conûns  des  Ardennes  par  des  Belges 
comme  une  dépouille  de  Rome,  qu'ils  détruisirent  sous  la 
conduite  de  Brennus.  Hariger,  qui  est  un  ancien  écri- 
vain, rappelle  le  souvenir  d'une  Diane  de  Malmédy  et 
d'autres  pierres  que  le  paganisme  stupide  consacrait  à 
Diane  et  à  d'autres  divinités  monstrueuses  dans  cette  par- 
lie  des  Ardennes,  où  le  roi  Sigebert  éleva,  en  652,  un 
monastère  splendide  qui  dériva  son  nom  de  Malmunda- 
rium  (Malmédy),  de  la  circonstance  que  ce  lieu  a  été 
purifié  (a  malo  mundato).  A  Trêves,  près  de  Saint-JVIathias, 
on  voit  aussi  une  antique  idole  de  Diane,  qui  rendit  autre- 
fois des  oracles,  mais  qui  se  tut  à  l'arrivée  de  saint  Eu- 
chaire.  Une  inscription,  qui  ne  remonte  pas  bien  haut, 
consacre  le  souvenir  de  ce  fait.  Mais  le  plus  célèbre  des 
monuments  de  ce  genre  laissés  par  les  Romains,  c'est  la 
Diana  Ardoina  et  Arduina.  On  peut  consulter  à  cet  effet 
Ortelius,  p.  2,  Theatri  in  Gall.  Strabonis,  où  il  cite  la 
pierre  mise  au  jour,  via  Decia  Salaria  (i)  ad  Septcm  Bal- 
neas,  et  dont  l'inscription  est  celle-ci  : 


(1)  Voy.  WiLTiiEiM,  L.  R.,  édil.  Neven,   p.  40  cl  Disscrl.,  copiée  dans  les 
papiers  d'A.  Willlieitn,   ccrile  en  1635,  publiée  dans  le  comptc-icndu  des 


—  71    — 

DEANAE   ARDUINNAE 

FECIT  ET  SUIS  HAERED. 

IN  FR.  P.  XII  IN  AGR.   P.  XV 

IV  ID.  OCTO, 

LMP.  CAES.  PL.  DOMITIANO  VIII 

ETC.  VALERIO  MESSALINO  COS. 

On  la  trouve  encore  plus  complètement  comme  suit  : 

DIS.  MANIBVS  II  Q.  CAESIVS.  Q.   F.  CLAVD  l\ 

ATILIANVS.  SACERDOS  ||  DEANAE. 

ARDVINNAE  ||  FECIT.   SIBI.  ET.   SVIS. 

HERED   (1  INFR.   P.   XII.   IN.   AGR.   P.   XV.   || 

Mil.   ID.  OCT.   Il  I.MP.  CAES.   FLAVIO  DOMITIANO  VIII.  || 

ET.   C.  VALERIO.  MESSALINO.  COS. 

(Diis  Manibus  Quintus  Caesius  Quinti  filius  Claudia 
tribu  Atilianus,  sacenlos  Dianae  Arduinnae,  fecît  sibi  et 
suis  heredibus.  In  fronte  pedes  XII,  in  agro  pedes  XV. 
IV  Idus  Oclobris,  Imperatore  Caesare  Flavio  Domiliano 
VIII  et  Caio  Valerio  Messalino  consulibus)  (i). 

séances  de  la  Commission  royale  d'histoire,  elc,  t.  VII,  1844,  pp.  331,  352. 
—  GncTER,  314,  3.  —  Bulletin  des  Commissions  royales  d'art  et  d'Archéologie, 
tom.  X,  Farlicle  plein  d'érudition  de  M,  Schuermans,  Inscriptions  belges  à 
Vélranger,  p.  47,  où  il  invoque  contre  M.  le  D^  Kraus  les  monuments  épi- 
graphiques  publiés  en  Belgique.  Voy.  Mémoire  sur  les  établissements  romains 
du  Rhin  et  du  Danube,  par  Max.  Ring,  p.  81,  ou  l'auteur  dit  ;  «  Le  paga- 
nisme symbolisait  la  nature  entière;  les  fleuves,  les  montagnes,  tout  avait 
son  génie  particulier.  La  chaîne  des  Vosges  eut  le  sien,  auquel  on  sacrifia  et 
qui,  comme  Diane,  au  sein  de  l'Abnoba,  comme  le  dieu  Pennus,  dans  les 
Alpes  penniques,  comme  la  déesse  Ardoinna,  dans  les  Ardennes,  y  était 
invoqué  sous  le  nom  de  Vosegus.  » 

(1)  Voir  sur  les  critiques  soulevées  sur  l'authenticité  de  cette  inscription, 
M.  ScncERMANS ,  Bulletin  des  Co7nmissions  royales,  etc.,  t.  X,  Inscriptions 
belges  à  rétranger,  p.  47.  Elle  provient  d'ailleurs  de  Pirro  Ligorio,  dont 
les  épigraphistes  modernes  n'acceptent  plus  les  inscriptions  qui  remontent 
ù  ce  faussaire,  sans  les  soumettre  au  plus  rigoureux  examen.  Borghesi 
s'exprime  ainsi  sur  son  compte  :  «  Les  Allemands,  auxquels  nous  devons  tant 
de  reconnaissance  pour  les  services  rendus  par  eux  à  la  philologie  grecque 
et  latine,  ne  se  doutent  pas  de  ces  écueils  cachés  {les  monuments  apocryphes 
dus  à  Ligorio),  ont  été  plus  d'une  fois  y  faire  naufrage,  et,  croyant  corriger 
le  texte  de  quelqu'un  de  ces  classiques  si  doctement  illustrés  par  eux,  l'ont 
corrompu  davantage  en  suivant  ce  guide  infidèle.  » 


L'inscription  que  Gruler  nous  a  conservée,  se  présente 
ainsi  : 

DIS.  MANIBVS. 

Q.  CAESIVS.  Q.  F.  CLAUD. 

ATITILIANVS.   SACERDOS. 

DEANAE.  ARDVINNAE. 

FECIT.  SIBI.  ET  SUIS.   IIERED. 

IN.  FR.   P.  XII.  IF.   AGR.  P.  XV. 

III.   ID.   OCT. 

IMP.  CAES.   FLAVIO.  DOMITIANO.  VIII. 

ET.  G.  VALERIO.   WESSALINO,  COS.  ('). 

Selon  toute  probabilité,  ce  Q.  Ciaudius  Caesius  Atilianus 
a  fait  une  campagne  en  Belgique,  où  il  s'est  initié  au  culte 
de  la  Diane  des  Ardennes,  et  en  est  devenu  dans  sa  patrie, 
à  son  retour  à  Rome,  le  prêtre  et  le  propagateur  (2). 

Le  savant  danois  Olaus  Kellermann  (3),  après  avoir 
lui-même  examiné  l'inscription  rapportée  par  Zell,  prétend 
qu'on  n'y  doit  pas  lire  Ardoinne  et  Camulo,  mais  Salurno 
et  Marti.  Il  ne  resterait  donc  que  deux  monuments  épigra- 
pbiques  se  rapportant  à  la  Dea  ou  Diana  Arduinna  :  celui 
de  Grey  et  l'inscription  donnée  par  Gruter  (4). 

A  Gey  (Giirzenicb,  près  de  Diiren),  on  a  découvert 
en  1860  un  monument  des  plus  importants  pour  l'histoire 
de  la  forêt  des  Ardennes.  C'est  une  pierre  consacrée  à  la 
déesse  Arduinna.  Elle  porte  cette  inscription  : 

DEAE.   ARDBI 

NÎVAE.  T.   IVLI 

VS.  AEQVALIS 

S.   L.   M. 


(1)  Ce  monument  épigraphique  a  clé  trouvé  à  Rome,  «  via  decia  salaria 
ad  seplem  Balneas.  »  Voy.  Jani  Gruteri,  Corpus  inscriptiomim,  etc.  Amster- 
dami,  1707,  p.  314,  n"  3. 

(2)  WiLTUEiM,  p.  40  et  41. 

(5)  Mort  en  1835.  Il  a  fait  faire  d'immenses  progrès  à  Tépigrapliie  militaire. 
(4)  Voy.  Die  Dea  Arduinna,  par  M.  le  prof.  Braun,  dans  les  Jahrbûcher 
des  Vcreins  von  Allerihamsfreunden  im  [iheinlandc,  1860-GI,  p.  G3. 


—  75  — 

Cesl-à-dire  :  Deae  Arduinnae  Titus  Juliiis  Aeqiialis  solvit 
libens  merito.  Dans  les  inscriptions  lalines,  B  remplace 
fréquemment  V.  On  trouve  bivum  pour  rigiim,  birgo  pour 
virgo.  Le  monument  que  nous  examinons,  nous  met  en 
présence  de  la  déesse  Ârduinna,  qui  ne  laisse  pas  d'être 
connue.  Gruter  (i)  donne  une  inscription,  comme  nous  sa- 
vons déjà,  sur  laquelle  Diana  porte  la  qualification  ou  le 
surnom  à' Arduinna.  Zell  cite  une  pierre  votive  de  Rome (2), 
dédiée  à  Ardoinnae,  Camulo,  Jovi,  etc.,  et  où,  au-dessous 
du  nom  d'Ardoinnae,  figure  l'image  de  Diane.  Orelli  re- 
marque à  ce  propos  que  le  terme  Ardoinna  (3)  pourrait 
bien  être  emprunté  à  la  langue  des  Sabins,  selon  le  sen- 
timent de  Ligorio,  mais,  à  son  avis,  ce  serait  plutôt  une 
expression  gauloise  (4). 

On  se  demande  si  la  Dea  Arduinua  de  ce  monument  et 
la  Diana  Arduinna  ne  sont  qu'une  même  divinité.  Il  y  a  eu 

(1)  Les  consonnes  de  même  ordre  ou  correspondant  au  même  organe, 
comme  les  labiales  B,  P,  V,  dans  les  mots  :  silbanus.  bacca  (pour  vacca), 
berbcces  {verveca),  bixil  [vixit),  et  réciproquement  :  veue  (bcne),  incompara- 
vilis,  accrvus  (acerbus),  vasis  {hasts},  Damovius.  De  même  on  trouve  P  pour 
B  dans  :  upstinere,  opservari,  opsequens,  optinere,  pleps.  Les  lettres  D  et  T 
se  confondent  très-fréquemment  ainsi:  at,  item,  aput,  set,  aliiit,  quoi  {quod}, 
al  fines,  dans  les  documents  publics  qui  remontent  à  Tépoque  impériale. 
D'un  autre  coté,  on  rencontre  dans  un  sens  oppose  :  adque,  qnodannis.  La 
lettre  K  remplacée  dans  les  inscriptions,  non  seulement  quand  il  s'agit  d'a- 
bréviations usuelles,  comme  :  calumnia,  colcndac,  capul,  Caeso;  mais  aussi 
dans  les  mots  :  kandidatus,  karissimiis,  arkarhts,  volkanus,  kos,  sakrum, 
Merkurialia.  La  lettre  P  est  pour  PH  dans  :  Slepanus.  On  emploie  aussi  F 
pour  PH  :  Dafne,  triumfare.  Remarquer  la  confusion  de  C  et  Q  dans  :  con- 
dam,  rectiie,  acua,  qura,  qulina,  Daqus,  mequm.  Au  lieu  de  X,  on  rencontre 
rarement  CS  :  lucserunt;  au  lieu  C  on  voit  X  :  Luxilius;  au  lieu  X  un  S  : 
praelestatus,  sesccnties.  et  même  SS  :  conflisset  [conflixisset],  bissil- {vixil).  La 
lettre  R  est  quelquefois  transposée  :  Porculo,  Crapo,  porci,  tarvi,  pour  : 
Procidus,  Carpus,  proci,  lauri. 

(2)  P.  514,  n"  5,  40,  9. 
(3)N'>  1960. 

(4)  SEtDEN,  De  diis  Syris  synlagma.  II,  c.  2,  p.  159,  dit  :  «  Nemorensis 
item  Diana  et  Diana  Arduinna  uli  olim  Albunia  dea  a  cognomine  luci  indige- 
labantur.  » 

6 


T-i  — 


une  Diana  Abnoba  el  une  Diana  de  la  forêt  Noire;  de  même 
que  la  première  n'exclut  pas  la  seconde,  de  même  aussi 
la  Dea  Arduinna  peut  très-bien  exister  à  côté  de  la  Diana 
Arduinna  (i). 

Une  autre  inscription,  également  en  riionncur  de  la 
Diane  des  Ardennes  a  été  trouvé  m  aedibus  Cololianis,  à 
Rome  (2).  Elle  est  aussi  conçue  : 

ARDOINNE.   CAMULO.  JOVI.   MERCURIO.  HERCVLI, 

M.  QVARTINIVS,  M.  F.  CIVES.  SABIISUS.  REMUS. 
MILES.  COH.  VII.  PR.  ANTONINIANAE.  P.  V.  V.  L.  S. 

Sous  ARDOINNE  est  représentée  Diane,  dans  son  cos- 
tume ordinaire,  avec  Tare  et  le  carquois.  Sous  Camulo,  on 
voit  le  dieu  .Mars  armé  de  sa  lance  et  casque  en  tête.  Jupiter 
tient  la  lance  et  la  foudre,  et  Mercure  le  caducée.  Dans  la 
main  gauche.  Hercule  a  les  pommes  des  Hespérides,  à  ses 
pieds  sont  les  dépouilles  d'un  lion  et  la  tête  d'un  taureau. 

Selon  Wiltheim  {3),  il  y  avait  à  Rome  ou  quelque  part 


(1)  Oreiii,  Inscrip,  latin,  amplissima  coUeclio,  %  36,  n»  i960,  dit  :  «  Lio- 
gorius  videliir  voccm  Ardiiinnam  exislimasse  Sabinam  quod  ei  posila 
inscriplio  a  cive  Sabino;  potius  quia  idem  et  civis  Rennis  fuit,  Gallicani 
vocem  Iiabeara;  nota  Arduenna  sylva  Galliae  (Hagenbuch).  » 

(2)  Grdteb,  p.  XL. 

(3)  Lucilib.  romanum,  p.  41.  —  Pour  ne  rien  laisser  ignorer  au  lecteur 
de  cette  inscription  célèbre,  on  doit  consulter  M.  Schuermars,  dans  le  Bulletin 
des  Commissions  royales,  etc.,  t.  X,  Inscripl.  belges  à  l'étranger,  p.  46,  où 
l'aulcur  dit  :  «  Il  fallait  une  certaine  dose  de  complaisance  pour  lire  Ardoinnae 
et  voir  sous  ce  nom  Vimage  de  Diane  avec  Pare  el  le  carquois,  car  Fa- 
bretli  [Inscriplionnm  antiiiuorum  expiicalio,  elc,  à  la  fin  du  vol.,  p.  1,  des 
emendationesquaedam  Grulerianae),  certifie  que  la  preraièrcdes  cinq  divinités 
était  Saturne  avec  la  faux,  d'où  la  conclusion  que  la  correction  SATVRNO, 
MARTI,  doit  comprendre  le  nom  ARDOINNE  et  non  pas  seulement  porter  sur 
CAMVLO,  comme  les  auteurs  récents  cités  plus  haut  l'ont  cru.  Celte  inscrip- 
tion doit  donc  être  retranchée  de  l'actif  des  inscriptions  belges.  »  Cela  serait 
péremploire  si  l'opinion  si  tranchante  de  Fabretti,  postérieure  au  témoignage 
de  témoins  oculaires  qui,  de  leur  côté  affirment  avoir  vu  le  monument,  repo- 
sait sur  autre  chose  que  sur  une  simple  assertion  inviduelle;  à  cet  égard,  il 
suffit  de  citer  la  note  de  M.  Schuermans  lui-même  :  «  Smetics,  Inscripl,  anliq.. 


—  75  - 

dans  la  Gaule-BcIgique  un  culle  spécial  en  l'honneur  de 
la  Diana  Arduenna,  fondé  probablement  vers  l'an  123, 
qui  est  à  peu  près  la  date  d'une  nouvelle  lulle  acharnée 
entre  les  Romains,  les  Bataves  et  les  Trévires. 

31.  Quarlinius  ayant  fait  une  expédition  en  Belgique, 
aurait  accompli  seulement  à  Rome  les  vœux  qu'il  avait 
formés  et  comme  il  était  Rhémois  d'origine,  il  se  souvint 
de  VArdoinne,  dans  le  voisinage  de  sa  patrie,  et  de  Diane, 
la  divinité  protectrice  de  cette  contrée. 

Le  Mars  Camulus  n'est  pas  une  divinité  sabine  ni  sam- 
nite,  comme  Fiedier  l'a  prétendu.  C'est  une  divinité  gau- 
loise. Une  inscription  déjà  mise  en  lumière  sert  d'appui  à 
l'assertion  d'Orelli.  D'après  ce  monument  épigraphique, 
des  citoyens  rémois  auraient  élevé  un  temple  à  Mars 
Camulus  pour  la  conservation  des  jours  de  l'empereur 
Tibère  (i),  en  reconnaissance  vraisemblablement  de  la 
protection  qu'ils  ont  reçue  de  ce  prince  pendant  la  durée 
de  la  guerre.  Dans  l'opinion  de  Vulpius,  Camulus  est  le 
Dieu  de  la  guerre  chez  les  habitants  de  la  Grande-Bretagne, 
comme  Hesus,  Heus,  Heess,  Hies,  celui  des  Gaulois  (t). 

On  lit  à  ce  sujet  l'appréciation  suivante  dans  Mont- 
faucon  :  «  Le  monument  qui  suit  est  très-remarquable;  il 


228  :  «  ego  ipse  haec  vidi  excripsique  (Diana  more  suc  succinctu  cum  areu  et 
pharetra).  »  Smelius  éW\i  à  Rome  de  1343  à  1551.  Gudius,  29,  9  :  «  vidimus 
in  aedibus  Angeli  Colotlii  staluam  hujus  Dianae  armalae  areu  et  faretra  cui 
insculpla  eral  nomen  Arduinna,  ut  eral  in  alia  Marlis  Camuli...  »  Voir  aussi 
le  dessin  donné  par  de  Montfaucon,  I,  cit.  Avant  Gudius  (1633-1689),  Phil. 
de  Winghe  (mort  en  1392)  avait  dépeint  le  même  monument  qu'il  a  dessiné 
entre  les  pp.  20  à  25  d'un  de  ses  manuscrits  (n»»  17872-17873),  à  la  Biblio- 
thèque royale  de  Bruxelles  :  Diane  y  est  représentée  avec  l'arc  et  le  carquois 
sous  le  nom  ARDOINNE.  Or,  l'antiquaire  italien  Raphaël  Fabrelli  n'a  donné 
au  public  les  trésors  découverts  à  Rome  que  plus  lard,  au  17»  siècle. 

(1)  Voici  celte  inscription  :  Marli  Camulo  sacrum  pro  Sainte  Teberi  Claudi 
Caesaris  Aug.  Germanici  imp.  cives  remi  qui  teraplum  constituent»;.  Voy. 
Orelli,  §  56,  Numina  peregritia,  n°  1977,  et  Gruter,  36,  12. 

(2)  Handwoerterbnch  der  Mijthologie  der  Dculschcn,  1827,  pp.  104,  177 


—  76  — 

conlient  cinq  figures.  Celle  du  milieu  est  Jupiter,  qui  lient 
de  la  main  droite  une  pique,  et  de  la  gauche,  la  foudre.  A 
son  côté  droit  est  Mars  avec  le  thorax,  sans  casque,  tenant 
de  la  droite  une  pique,  et  s'appuyant  sur  son  bouclier  de  la 
gauche,  avec  l'inscription  Camulo,  qui  était  apparemment 
le  nom  de  Mars  dans  le  pays  où  l'inscription  a  été  trouvée. 
Macrobe,  dans  les  Saturnales,  dit,  après  Stalius  et  Calli- 
maque,  que  les  Toscans  appelaient  Mercure  Camille.  Ce  qui 
approche  assez  de  Camulus;  mais  celui-ci  a  la  figure  de 
Mars,  et  Mercure  se  trouve  de  l'autre  côté,  avec  son  pro- 
pre nom  Mercure.  D'autres  croient  que  ce  Camulus  est 
Sancus,  dieu  des  Sabins,  que  l'on  prenait  autrefois  pour 
Hercule  dans  la  Sabine.  Cela  ne  peut  pas  avoir  lieu  ici,  où 
Hercule  se  voit  avec  la  massue,  et  le  nom  Hercule  sur  la 
tète.  Cette  confusion  se  trouve  souvent  dans  la  mythologie. 
A  la  droite  de  Camulus  ou  Mars,  est  Diane  la  Chasse- 
resse, qui  lient  la  main  droite  sur  son  carquois,  et  l'arc  de 
la  gauche,  avec  l'inscription,  ARDVINNE,  nom  inconnu 
ailleurs.  A  la  gauche  de  Jupiter  est  Mercure,  avec  tous  ses 
symboles,  la  bourse,  le  pétase,  le  caducée,  les  ailerons  aux 
pieds.  A  la  gauche  de  Mercure,  que  l'inscription  désigne 
aussi  MERCVRIO,   est  Hercule,  tenant  de  sa  droite  sa 
massue,  sur  le  bras  gauche  les  dépouilles  du  lion,  et  sur 
le  plat  de  la  main  gauche,  un  vase;  il  a  sur  la  télé  l'in- 
scription HERCVLI.   Cette  pierre  est  un  vœu  du  pays 
des  Sabins  {Hoc  anaglyphurn  votum  est  Marcî  Quartînii 
ex  regione  Sabinontm). 

Le  culte  dont  Diane  a  été  l'objet  dans  le  Luxembourg 


(1)  Voy.  Vantiquilè  expliquée  cl  reprénenléc  en  figures,  t.  I<"",  p.  4-9, 
WDCCXIX  el  la  belle  planche  (XVII)  qui  se  rapporte  à  la  dcscriplion  cilée 
ci-dessus.  —  Page  150  du  nicmc  volume,  en  parlant  des  noms  donnés  à 
Diane,  l'auteur  que  nous  citons  dil  :  ARDVINNE  ou  ARDOINNA,  nom  que  lui 
donnaient  les  Sabins  (Arduinna  nul  Ardoinna  quo  nomine  a  Sabinis  appel- 
latur). 


—  77  — 

romain  paraît  avoir  été  généralement  reçu  dans  ce  pays. 
Après  avoir  refuté  l'élyniologie  de  Pols-Bergen,  fausse- 
ment dérivé  du  culte  d'Apollon,  Barlels  s'attache  au  con- 
traire à  restituer  à  Bollendorf  l'honneur  d'avoir  été  le  siège 
des  honneurs  divins  que  les  habitants  de  cette  contrée  ren- 
daient au  dieu  du  jour,  au  brillant  Apollon. 

A  cet  égard,  l'abbé  d'Echternach  (i)  n'élève  point  le 
moindre  doute.  L'autel  magnifique  consacré  à  ce  Dieu,  sa 
statue  qu'on  admirait  dans  le  forêt  voisine  de  Bollendorf, 
décorée  de  ses  attributs  et  dont  il  restait  un  grand  nombre 
de  débris  du  temps  de  Barlels,  tout  cela  lui  montre  à  l'évi- 
dence que  le  culte  de  Phébus  avait  pris  beaucoup  d'exten- 
sion et  que,  primitivement,  la  petite  bourgade  portait  le 
nom  d'Apollendorf  qui  est  devenu  Bollendorf  par  altération. 

En  1399,  dans  une  promenade  qu'il  fit  avec  le  curé  de 
l'endroit,  Bartels  eut  la  bonne  fortune  de  trouver  dans  la 
Sure  une  grosse  pierre  qui  portail  cette  inscription  : 

M.  D. 

MARCIANIE  V[CTORINAE  COIVGI  DE  FVNC. 

TAE  TITIVS  SECVNDVS  CONIVNX  EIVS  SECUN 

DVS  VRSIO  FILIVS  EOROM  SIBI  VIVI  FECERVM. 

Plus  bas,  entre  Bollendorf  et  Echlcrnach,  sur  un  roc 
de  forme  carrée,  Bartels  avait  déjà  lu  celte  célèbre  inscrip- 
tion : 

DEAE  DIANAE  QVINTIVS  POSTVMIVS  POTENSIVS. 

Trouvée  dans  un  endroit  des  plus  pittoresques,  elle  est 
une  preuve  que  Diane  y  fut  autrefois  honorée. 

Toutefois  cette  précieuse  inscription  n'a  pas  eu  la  bonne 
fortune  d'être  transcrite  avec  l'exactitude  qu'elle  mérite. 
D'après  un  nouvel  et  minutieux  examen,  elle  doit  être  lue 
de  celte  façon  : 

(1)  De  Dits  gcntilium.  Colonia,  1606,  pp.  ôG,  57. 


—  78  — 

TtEM.  UWTiJE 

Q.  POSTVMIVS. 

POTENS.  V.  S.  (1). 

Quant  à  Potens  (-2),  on  connaît  plusieurs  potiers  qui  ont 
porté  ce  nom.  Il  nous  a  été  conservé  sur  deux  sigles  flgu- 
lins,  trouvés  l'un  à  Wimpfen  et  l'autre  dans  l'Allier.  Le 
Postumius  Potens,  s'il  est  un  potier,  aurait  donc  posé  ce 
monument  en  reconnaissance  du  succès  qu'il  a  eu  dans 
les  Ardeunes,  placées  sous  le  haut  patronage  de  Diane. 

Enfin,  nous  possédons  encore  une  inscription  due  à 
Ligorio,  et  par  cela  même  suspecte  : 

DIANNAE.  ARDVINNAE  [/  BEBIANAE. 

INV  //  M.  BEBIVS  M.  F.  CLVS  //  SABINVS 

EQ.  PVBL  //  D.  D. 

Environs  de  Rome  (3). 

(Dianae  Arduinnae  Bebianae  Inv...  Marciis  Bebim 
Marci  filius  Clustumina  tribu  Sabinus,  equo  piiblico  hono- 
ratus,  dono  dédit). 

Consacrons  aussi  un  souvenir  aux  divinités  des  Fagncs 
par  ces  deux  inscriptions  : 

GENIO  FAGNE  NE  LYDA. 

Rome  (4),  et 

MATER  VILLAE  FAGNAE. 

Rome  (b). 

(f)  Voy.  Publications,  etc.,  de  Luxembourg,  t.  IX,  année  1853,  p.  68,  dans 
Die  noch  vorhandenen  Romcrsleine  des  Luxemburger  Landes;  Berthoiet,  t.  I, 
p.  430,  écrit  Posthumius  par  une  H  après  T;  M.  Borman,  Gesch.  der  A. 

Baersgu,  licschreibung  der  Reg.,  1849,  p.  292. 

SiEiPiER,  Cod.  Inscripl.  rom.  Danub.  et  Hheni,  I1I«  p.,  l"  cahier,  1834. 

MoNTFAUCON,  Suppl.  à  fantiq.  expL,  t.  I*"",  p.  111. 

(2)  Voyez  Steiner,  1,  73;  Tadot,  72. 

(5)  Marq.  Gddius,  Antiquae  dcscriptioncs,  etc.,  29,  9. 

(4)  Gruter,  1073,  12;  de  Montfaucon,  L'antiquité  expl.,  I,  pi.  ce. 

(3)  Ibid.,  1073,  13.  —  Voir  M.  Scuuermans,  Bulletin  des  Cotnmissions 
royales,  etc.,  t.  X,  Inscriptions  belges  à  l'étranger,  p.  50.  —  Dans  un  passage 
de  ce  remarquable  travail  :  Vile  des  6a;at)t's(Insula  Batavorum)  du  D.  Blddinch, 


—  79  — 

Elles  rappellent  les  traces  d'un  culte  local,  dont  Rome 
respectait  le  souvenir. 

Wiltheim  résume  ainsi  ce  qu'il  sait  du  culte  de  Diane  : 
«  On  ne  doit  pas  révoquer  en  doute  que  le  culte  de  celte 
déesse  n'ait  été  principalement  en  honneur  dans  la  partie 
la  plus  dense  de  l'antique  forêt  des  Ardennes,  qui  s'étend 
depuis  le  centre  des  Trévires  jusqu'à  la  Meuse  (Caes.,  V,  3; 
c'est-à-dire  jusqu'au  territoire  des  Rèmes,  inithim  Remo- 
rum).  Les  Arlonais,  d'accord  avec  Guichardin,  disent  que 
leur  ville  iïOrlawmm,  comme  elle  est  désignée  dans  l'iti- 
néraire d'Antonin,  dans  les  anciennes  chartes  du  comté  de 
Luxembourg,  la  chronique  d'Alherique  qui  finit  en  1241, 
et  le  Synchronosde  l'archevêque  Egilberi,  s'intitulait  autre- 
fois «autel  de  la  lune,  »  qualilicalion  prise  d'une  idole  de 
la  lune  ou  de  Diane  (ce  qui  revient  au  même),  adorée  dans 
cet  endroit.  A  Messancy,  entre  Arlon  et  Tentobourg  (au- 
jourd'hui Vittalbourg),  il  y  a  encore  une  grande  statue  de 
Diane,  intacte  depuis  la  ceinture  jusqu'aux  pieds.  Elle  est 
du  marbre  le  plus  beau.  Actuellement  elle  est  transformée 
en  baptistère,  dont  le  côté  droit  laisse  voir  Diane  en  chasse- 
resse, accompagnée  d'un  chien  de  chasse,  et  le  côté  gauche, 
le  soleil  ou  Osyris,  près  duquel  se  tient  une  figure  ailée, 
comme  on  en  voit  sur  les  pièces  numismatiques  de  Golz. 
Au  milieu  apparaît  Hercule,  armé  de  sa  massue  et  cou- 
vert de  dépouilles,  qui  lui  donnent  un  air  terrible  :  toute 


traduit  du  munuscrit  néerlandais  par  M.  Van  der  Elst,  on  remarque  celte 
phrase,  qui  pourrait  s'appliquer  aussi  Lien  aux  Fagnes  qu'à  la  partie  de  la 
Hollande  dont  traite  l'auteur,  et  donner  un  sens  aux  inscriptions  ci-dessus  : 
«  Les  conditions  aquatiques  de  l'île,  représentées  par  les  conceptions  des 
Romains  sous  l'aspect  d'une  jeune  Vierge  ou  d'un  Génie  suv^issanl  du  sein  des 
flots,  comme  le  montre  le  monument  de  Dodewero,  se  dénoncent,  en  outre, 
de  tous  parts  à  d'autres  point  de  vue  :  Lâcha,  Mar,  Moor,  Gor,  Galle,  Pocl, 
Broelc  (Brucli),  Vcen  et  toutes  les  dénominations  en  afllnité  avec  ces  nïots.  » 
On  sait  qu'on  aime  à  dériver  Fagnes  de  Veen,  tourbière. 


—  80  — 

la  slaliie  a  un  cachet  de  la  plus  grande  élégance.  Si  je  ne 
fais  erreur,  à  Luxembourg,  au  palais  de  Mansfeld,  il  y  a 
aussi  une  Diane,  laillée  dans  une  pierre  d'un  blanc  jau- 
nâtre. » 

«  Le  Mel\s^o\\ {comitalus  Meligowensis)  tire  son  nom,  dit 
Willheim  (i),  de  Metiacum,  comme  on  le  pense,  qui  se 
trouve  dans  le  voisinage.  Cette  localité,  que  nous  appelons 
aujourd'hui  Metzich  (Metzig),  est  remarquable  pour  ses 
nombreux  restes  d'antiquités  romaines  et  les  élégantes  sta- 
tues des  dieux  du  paganisme  qu'on  y  a  découvertes,  statues 
de  Mercure,  de  Minerve,  du  Soleil,  d'Apollon,  de  Diane, 
d'Hercule.  Ces  œuvres  et  d'autres  encore,  dues  à  l'art 
antique,  sont  incrustées  dans  les  murs  de  l'église  et  d'un 
autre  édifice  religieux  qui  surgit  au  milieu  du  village.  » 
D'après  lui,  les  Romains  avaient  autrefois  des  retranche- 
ments sur  cette  partie  de  la  colline  où  l'église  fait  face  à  la 
rivière. 

J.  Felsenhart. 
{Pour  être  continué). 


(1)  Voy.  Dissertation  copiée  dans  les  papiers  d'Alex.  Wiltheim,  écrite  en 
1635  et  publiée  dans  le  compte-rendu  des  séances  de  la  Commission  royale 
il'hisl.,  etc.,  t.  VII,  18i4,  p.  522. 


81  — 


HISTOIRE 

DES   RELATIONS    POLITIQUES 

ENTRE    LA    FLANDRE    ET   l' ANGLETERRE, 
AU    MOYEN    AGE. 


CHAPITRE  XVII. 

(1384-U04). 

Philippe  le  Hardi.  Richard  II. 

Henri  IV. 

La  défaite  de  Roosebeke  fut  pour  la  Flandre  le  point  de 
départ  d'un  nouvel  étal  de  choses;  les  libertés  communales 
y  reçurent  le  coup  mortel. 

On  voit,  il  est  vrai,  la  commune  se  débattre  encore  pen- 
dant quelque  temps  pour  échapper  aux  étreintes  du  pouvoir 
absolu,  mais  ces  efforts  ne  sont  plus  que  les  convulsions 
d'un  agonisant. 

Les  relations  diplomatiques  de  notre  comté  avec  l'Angle- 
terre perdent  par  conséquent  beaucoup  de  leur  intérêt 
pendant  la  période  où  nous  entrons.  Ce  n'est  plus  la  poli- 
tique de  la  Flandre  qui  domine  les  événements,  mais  celle 
du  prince,  qui  se  tourne,  selon  les  nécessités  de  son  ambi- 
tion, tantôt  vers  l'Anglais,  dont  il  se  méfie,  tantôt  vers  la 
France,  où  jl  convoite  la  suprématie.  Aussi  verrons-nous 
à  chaque  pas  le  pays  assister  indifférent  aux  projets  et  aux 
querelles  du  prince,  comme  celui-ci  reste  étranger  aux  aspi- 


—  82  — 

rations  et  aux  besoins  du  pays.  De  là  une  double  action 
politique,  dont  Técheveau  emmêlé  est  parfois  difficile  à 
débrouiller;  il  faut  éviter  que  les  fils  ne  s'échappent  de  nos 
mains,  savoir  laisser  tomber  ceux  qui  sont  étrangers  à  notre 
sujet  et  retenir  soigneusement  ceux  qui  s'y  rattachent. 

Les  troubles  de  Gand  sont,  pour  la  Flandre  du  moyen 
âge,  le  dernier  épisode  de  l'épopée  communale,  qui  se  ter- 
mine par  la  renonciation  des  Flamands  à  l'alliance  anglaise. 

Cette  renonciation  forcée  fut  pour  le  comté  un  adieu  à 
l'indépendance.  En  repoussant  un  appui  qui  n'était  plus 
que  moral,  la  Flandre  abandonna  le  principe  sur  lequel 
étaient  basés  les  privilèges  de  son  commerce  et  de  son 
industrie,  sur  lequel  reposait  cette  liberté  de  transactions 
qui  avait  fait  la  richesse  du  pays,  et  avait  été  le  fondement 
de  la  puissance  des  bonnes  villes. 

Qu'importait  au  duc  de  Bourgogne  la  prospérité  des 
cités  de  la  Flandre?  Pourvu  qu'il  fût  le  maître,  qu'il  n'y 
eût  dans  ses  états  qu'une  seule  tète  pensante,  la  sienne, 
qu'un  bras  agissant,  le  sien,  cela  lui  suffisait.  Lui  seul 
prétendait  agir,  et  mettre  seul  en  mouvement  les  rouages 
de  la  politique. 

Les  villes,  dont  l'industrie  n'était  pas  protégée,  à  l'action 
industrielle  desquelles  on  mettait  un  grand  nombre  d'en- 
traves, de  peur  que  cette  action  ne  fût  un  ombrage  pour 
le  pouvoir,  virent  leur  prestige  s'évanouir  peu  à  peu,  en 
même  temps  que  leur  richesse. 

Pour  écraser  les  communes,  Louis  de  Maie  avait  com- 
mencé par  les  proscriptions,  et  les  Bourguignons  avec 
d'autres  principes  arrivèrent  au  but  qu'il  s'était  vainement 
efforcé  d'atteindre.  Tout  pouvoir  fut  confisqué  à  leur  profit. 

Les  Anglais  profitèrent  de  toutes  ces  prohibitions  pour 
monopoliser  chez  eux  une  autre  espèce  de  pouvoir,  celui 
du  commerce  et  de  l'industrie,  dont  nos  dépouilles  formè- 
rent le  plus  bel  appoint. 


—  85  — 

Dès  les  premières  années  de  l'époque  bourguignonne, 
la  Flandre  n'est  plus  à  elle-même,  ses  destinées  se  con- 
fondent avec  celles  des  autres  possessions  de  la  puissante 
maison  de  Bourgogne,  dont  l'éclat  royal  voile  si  bien  la 
décadence  de  la  nation. 

Plus  tard,  l'histoire  de  notre  riche  contrée  se  confon- 
dra dans  celle  de  l'Europe,  quand  viendra  le  règne  de 
ce  souverain  sur  les  terres  duquel  le  soleil  ne  se  cou- 
chait jamais. 

Après  la  mort  de  Louis  de  Maie,  la  guerre  continua 
entre  son  successeur  et  ceux  de  Gand;  un  rapprochement 
entre  les  partis  était  difficile;  leurs  intérêts  étaient  trop 
opposés  :  l'intérêt  politique  guidait  le  prince,  l'intérêt  ma- 
tériel était  le  mobile  de  la  commune. 

La  prise  d'Audenarde,  en  violation  de  la  trêve  de  Lelin- 
ghem  par  un  des  officiers  du  duc,  n'aida  pas  peu  à  main- 
tenir l'effervescence  dans  les  esprits. 

L'Angleterre  qui  voyait  d'un  mauvais  œil  les  tentatives 
du  duc  pour  ramener  la  Flandre  sous  l'obéissance  de  la 
France,  et  craignait  de  voir  trop  tôt  ses  anciens  alliés  lui 
échapper,  proflla  de  ces  dispositions,  et  envoya,  au  mois 
de  mai  1584,  vers  les  bonnes  villes,  le  duc  de  Lancastre 
et  le  comte  de  Buckingam  pour  traiter  avec  elles  «  de  toute 
espèce  de  paix  et  alliance  qu'elles  voudraient  faire  ou  re- 
nouveler avec  la  couronne  d'Angleterre  (i).  » 

Là-dessus  les  Gantais,  croyant  pouvoir  compter  sur 
l'assistance  des  Anglais  dans  leurs  démêlés  avec  leur  sou- 
verain, se  livrèrent  à  une  manifestation  aussi  violente 
qu'intempestive.  Le  18  juillet  ils  arborent  publiquement 
l'étendard  de  l'Angleterre  sur  la  place  du  marché  :  les 
Leliaerls  prennent  aussitôt  les  armes  et  veulent  le  renver- 


(1)  RYMEn,  édil.  holl.,  t.  111,  part.  III,  p.  166. 


—   84  — 

ser,  mais  les  principaux  d'entre  eux  sont  arrêtés  et  mis  en 
prison;  le  sire  d'Herzele,  entre  autres,  est  condamné  par 
les  magistrats  et  décapité. 

L'Angleterre  accueillit  avec  joie  la  nouvelle  de  celte 
démonstration.  Afin  de  témoigner  par  une  déclaration  for- 
melle et  publique  que  le  gouvernement  de  Richard  II  ne 
reconnaissait  pas  le  nouveau  seigneur  de  la  Flandre,  et 
considérait  son  avènement  comme  une  usurpation,  les 
conseillers  du  jeune  roi  nommèrent  le  18  novembre,  re- 
waert  du  comté  de  Flandre,  un  chevalier  anglais  du  nom 
de  Jean  Bourchier  (i). 

«  Attendu,  est-il  dit  dans  le  diplôme  qui  contient  cette 
nomination,  que  notre  pays  de  Flandre,  qui  est  soumis  à 
notre  suzeraineté  et  ressortit  des  droits  de  notre  couronne 
et  royaume  de  France,  si  célèbre  autrefois  par  le  nombre 
des  bonnes  villes  et  par  sa  population  noble  ou  autre, 
par  le  décès  de  notre  cher  cousin  Louis  de  Namur,  comte 
de  Flandre,  se  trouve  dépourvu  de  tout  gouvernement 
régulier. 

»  Attendu  qu'il  nous  paraît  évident  qu'après  ce  décès, 
l'héritier  du  comte  ne  s'est  pas  présenté  pour  nous  prêter 
hommage  du  chef  de  son  héritage,  comme  à  son  droiturier 
suzerain  et  seigneur. 

«Considérant  les  désordres,  guerres  et  destructions 
journalières  auxquelles  le  comté  est  en  proie,  et  spéciale- 
ment la  guerre  et  destruction  à  laquelle  est  en  butte  notre 
chère  ville  de  Gand,  voulant  porter  remède  à  tous  ces 
maux,  avons  nommé  Jean  Bourchier,  rewaert  de  notre 
pays  de  Flandre  et  spécialement  de  ladite  ville  de  Gand, 
en  vertu  de  notre  autorité  suzeraine  de  prince  et  seigneur, 
l'autorisant  à  recevoir  foi  et  hommage  féodal,  et  à  exercer 
tout  pouvoir  en  notre  nom,  jusqu'à  ce  que  l'héritier  du 

(1)  Rymer,  édit.  holl,,  t.  III,  part.  III,  p.  17i. 


—  85  — 

comté  nous  ail  prèle  l'hommage  légal  comme  à  son  seigneur 
suzerain.  » 

Un  autre  diplôme  de  la  même  date  enjoignait  à  tout 
fonctionnaire  du  royaume  d'Angleterre,  à  tous  les  sujets 
anglais  et  à  tous  les  amis  de  prêter  aide,  secours  et  assis- 
tance au  rewaert  comme  au  roi  lui-même  (i). 

Comme  corollaire  à  la  déclaration  par  laquelle  l'Angle- 
terre ne  reconnaissait  pas  la  souveraineté  du  duc  de  Bour- 
gogne sur  la  Flandre,  le  conseil  du  roi  publia  le  \  6  décembre 
un  édit,  enjoignant  au  rewaert  de  défendre  le  cours  des 
monnaies  frappées  par  Philippe  le  Hardi,  qui  se  disait 
comte  de  Flandre  (2). 

Le  rewaert  anglais  n'arriva  qu'au  commencement  de 
janvier  1585  (n.  s.);  il  était  accompagné  de  mille  archers 
anglais  et  d'une  petite  troupe  d'hommes  d'armes,  et  établit 
son  quartier  général  à  Gand,  dont  les  sympathies  pour 
l'Angleterre  étaient  le  mieux  connues. 

Par  une  convention  conclue  à  Boulogne-sur-Mer  le 
14  septembre  précédent  (3)  la  trêve  de  Lelinghem  avait  été 
prorogée  jusqu'au  1"  mai  :  aussitôt  que  ce  terme  fut 
écoulé,  le  duc  se  prépara  avec  l'aide  des  forces  de  la 
France  à  faire  une  descente  en  Angleterre.  Malheureuse- 
ment pour  lui,  il  avait  compté  sans  les  Gantois  commandés 
par  Ackerman,  auxquels  s'était  joint  Jean  Bourchier,  le 
rewaert,  avec  ses  hommes  d'armes  et  ses  archers  anglais. 

Ils  s'étaient  emparés  de  Damme  où  l'armée  des  Français 
et  des  Bourguignons  alla  les  assiéger.  Ackerman  et  les 
siens  espéraient  tenir  bon  jusqu'à  l'arrivée  des  troupes 
que  l'Angleterre  avait  promises  :  le  parlement  de  West- 
minster avait  même  volé  une  somme  de  dix  mille  marcs  (4) 


(1)  RïMER,  édit.  holl.,  t.  III,  part.  III,  p.  17i. 

(2)  RVMER,  iJ.,  id.,  id.,         id. 

(3)  Rymer,  id.,  id.,  id.,         id. 

(4)  Le  marc  valait  environ  55  francs  80  centimes  de  notre  monnaie. 


—  86  — 

pour  venir  en  aide  aux  communes  flamandes,  mais  un 
ministre  anglais,  Michel  de  la  Pôle,  qui  Irahissait  secrète- 
ment le  parti  de  son  maître,  détourna  celte  somme  à  son 
profit,  et  expédia  vers  une  autre  destination  les  hommes 
d'armes  destinés  à  secourir  la  Flandre. 

Après  avoir,  avec  quinze  cents  hommes,  soutenu  un 
siège  de  vingt  jours,  contre  cent  mille  ennemis,  Acker- 
man,  se  voyant  à  bout  de  ressources,  opéra  pendant  la 
nuit  sa  retraite  vers  Gand,  à  Iravei'S  les  lignes  françaises. 

Cela  se  passait  dans  la  nuit  du  22  août  :  un  mois  plus 
tard,  le  20  septembre,  les  Anglais  capturèrent  en  mer 
deux  amiraux  français  qui  se  rendaient  à  l'Ecluse  avec 
de  nouveaux  renforts  pour  l'armée  de  Charles  VI.  Wal- 
singham  raconte  qu'un  des  navires  dont  ils  se  rendirent 
maîtres  était  tellement  grand  qu'il  pouvait  porter  cinq 
mille  personnes  :  ses  dimensions  ne  permirent  pas  de  le 
faire  entrer  dans  le  port  de  Calais,  et  il  fallut  l'envoyer  à 
Sandwich. 

Si  la  lutte  héroïque  des  Gantois  ne  put  empêcher  la 
Flandre  d'être  dévastée  par  l'armée  française,  du  moins 
elle  sauva  l'Angleterre  d'une  invasion,  qui,  dans  les  cir- 
constances où  se  trouvait  ce  pays,  aurait  pu  avoir  des 
suites  désastreuses  pour  la  monarchie  de  Richard  II. 

Cet  événement  même  ne  suffit  pas  pour  rappeler  au 
gouvernement  anglais  ses  promesses  de  secours.  Dans  ces 
conjonctures,  abandonnés  par  leur  allié  le  plus  puissant, 
les  Gantois  se  virent  obligés,  au  mois  d'octobre,  de  faire 
des  ouvertures  de  paix  au  duc  de  Bourgogne.  Après  d'assez 
longs  pourparlers,  elles  furent  favorablement  accueillies. 

Jean  Bourchier  en  informa  immédiatement  le  conseil 
du  roi,  qui  alors  seulement  prit  l'alarme  à  l'idée  que  la 
Flandre  allait  lui  échapper.  Il  fut  immédiatement  ordonné 
à  Guillaume  Draylon  et  à  Hugues  Spencer,  de  rassembler 
une  troupe  considérable  d'hommes  d'armes  et  de  se  diriger 


—  87  — 

vers  Gaiid  avec  des  navires  préparcs  en  liàle  dans  les  porls 
de  Douvres  et  de  Sandwich  (i). 

Mais  la  coupable  négligence  du  gouvernement  anglais 
avait  porté  ses  fruits;  celte  tardive  réparation  n'arriva  pas 
à  temps.  Les  ordres  donnes  n'avaient  pas  encore  reçu  leur 
exécution,  lorsque  la  nouvelle  arriva  que  la  paix  était  faite 
entre  le  prince  et  ses  sujets  :  l'alliance  était  désormais 
rompue  entre  la  Flandre  et  l'Angleterre. 

Le  18  décembre  le  traité  avait  été  conclu  à  Tournai,  et 
trois  jours  après  publié  dans  tout  le  comté. 

Le  20,  les  troupes  qui  devaient  se  porter  au  secours  des 
Gantois,  devenues  inutiles  de  ce  côlé,  reçurent  une  autre 
destination,  «  parce  que,  par  certaine  cause,  est-il  dit  dans 
l'acte,  le  voyage  qu'elles  devaient  faire  à  Gand  n'a  pas 
lieu.  »  L'Angleterre  avait  honte  d'avouer  sa  négligence,  et 
de  s'imputer  la  faute  de  cet  échec  fait  à  sa  politique. 

Il  ne  lui  manquait  plus  que  de  joindre  l'insulte  à  l'in- 
curie :  elle,  dont  les  intérêts  étaient  les  mêmes  que  ceux 
de  la  Flandre  dans  cette  question,  elle  qui  avait  méconnu 
l'attachement  et  le  dévouement  de  son  alliée,  qui  perdait 
par  sa  faute  son  plus  ferme  appui  politique  sur  le  conti- 
nent, et  le  meilleur  débouché  pour  ses  produits,  laissa  un 
de  ses  historiens  les  plus  recommandables,  écrire,  sans 
qu'aucune  voix  s'élevât  pour  le  contredire  :  «  Que  les  Fla- 
mands, selon  la  coutume  de  leur  nation,  s'étaient  montrés 
fort  légers,  et  avaient  prouvé  qu'il  leur  était  impossible 
d'être  longtemps  fidèles  à  leurs  engagements  {•>).  »  Tels 
furent  les  adieux  de  l'Angleterre  à  la  Flandre. 

En  vertu  du  traité,  Gand,  ainsi  que  toutes  les  villes  et 
communes  de  Flandre  qui  avaient  suivi  son  parti,  virent 
leurs  privilèges  maintenus  et  confirmés  :  les  Gantois  pri- 


(1)  Rymer,  édil.  holl.,  t.  III,  pari.  III,  p.  189. 

(2)  Walsikcium,  p.  3S0. 


—  88  — 

sonniers  furent  mis  en  liberté,  les  sentences  de  confisca- 
tion furent  rappelées  et  la  liberté  de  circulation  accordée 
au  commerce.  A  ces  conditions,  les  bourgeois  de  Gand 
renoncèrent  à  toutes  alliances,  serments,  obligations  et 
bommages  qu'eux  ou  aucuns  d'eux  avaient  faits  au  roi 
d'Angleterre,  jurant  d'obéir  désormais  au  roi  de  France, 
au  duc  et  à  la  duchesse  de  Bourgogne  comme  à  leurs  droi- 
turiers  seigneurs  et  dame  (i). 

Jean  Bourcbier,  dont  la  mission  n'avait  dès  lors  plus  de 
raison  d'être,  reprit  avec  sa  troupe  le  chemin  de  son  pays  : 
les  magistrats  de  Gand  lui  témoignèrent  leur  reconnais- 
sance pour  le  secours  qu'il  leur  avait  prêté  et  le  zèle  dont 
il  avait  fait  preuve.  Il  alla  s'embarquer  à  Calais,  et  l'un 
des  capitaines  des  Gantois,  les  plus  opposés  au  duc  de 
Bourgogne  et  les  plus  fidèles  à  l'Angleterre,  Pierre  Vanden 
Bossche,  partit  avec  lui.  Ce  hardi  patriote  qui  n'avait  pas 
foi  dans  les  promesses  de  pardon  du  nouveau  souverain 
de  Flandre,  fut  accueilli  avec  empressement  par  Richard  II 
et  le  duc  de  Lancastre;  il  obtint  dans  sa  patrie  d'adop- 
tion une  pension  de  cent  marcs  sur  l'étape  des  laines  de 
Londres  (2). 

Après  avoir  rétabli  la  paix  en  Flandre,  le  duc  reprit  de 
nouveau,  en  1386,  son  projet  d'expédition  contre  l'An- 
gleterre :  le  roi  de  France  fît  un  appel  à  tous  ses  vassaux; 
on  arma  des  navires  sur  toute  la  côte  de  l'Océan,  depuis 
Cadix  jusqu'en  Prusse.  Les  marins  de  Zierikzee  s'oppo- 
sèrent vainement  à  ce  qu'on  employât  des  vaisseaux  hol- 
landais. Dans  le  courant  de  l'été,  toute  l'armée  se  rendit 
à  l'Ecluse  pour  s'y  embarquer;  jamais,  sans  doute,  arme- 
ment plus  formidable  ne  menaça  le  trône  de  Guillaume  le 
Conquérant. 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Gand;  Willenboek,  fol.  157.  —  Archives  de  la 
ville  de  Bruges,  Gheelitwenbock,  fol.  S. 

(2)  Kervyn.  llist.  de  Flandre,  t.  IV,  p.  48.  —  Froissart,  t.  Il,  p.  240. 


—  89  — 

La  Graiide-Brelagne  fut  en  émoi;  mais  les  lenteurs 
calculées  du  duc  de  Berry,  sans  lequel  le  roi  Charles  VI 
ne  voulait  pas  partir,  lui  permirent  de  se  remettre  de  sa 
première  frayeur;  les  vaisseaux  anglais  vinrent  bientôt 
croiser  dans  la  mer  du  Nord,  arrêtant  et  capturant  le  plus 
possible  de  bâtiments  français.  La  mauvaise  saison  qui 
s'approchait  et  la  prise  d'une  grande  partie  de  sa  flotte 
découragèrent  Charles  VI,  qui  retourna  dans  son  royaume 
sans  que  son  immense  expédition  eût  servi  à  autre  chose 
qu'à  piller  le  pays  par  où  ses  troupes  avaient  passé. 

Le  mécontentement  des  Flamands  était  tel,  que  s'il  faut 
en  croire  un  écrivain  anglais  (i),  les  députés  des  com- 
munes se  rendirent  à  Calais,  ofl'rant  de  conclure  une  nou- 
velle alliance  avec  l'Angleterre  afin  d'expulser  tous  les 
Français. 

Mais  si  les  anciennes  sympathies  tentaient  encore  de  se 
faire  jour  dans  l'esprit  des  bonnes  gens  de  Flandre,  le 
duc  n'en  persistait  pas  moins  dans  ses  rancunes;  le  15  jan- 
vier 1387  (n.  st.),  il  publia  un  mandement  daté  de  Paris, 
dans  lequel  tout  en  accordant  le  libre  commerce  et  l'entrée 
des  ports  de  Flandre  aux  marchands  de  toutes  les  nations, 
il  défend  expressément  d'y  laisser  pénétrer  les  Anglais  ou 
de  leur  acheter  n'importe  quelle  marchandise. Voici  cette 
pièce  : 

«Philippe,  filz  de  roy  de  France,  Duc  de  Bourgoigne, 
Conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  Palatin  sire 
de  Salins,  Conte  de  Rethel  et  seigneur  de  Malines.  A  nos 
bien  amez  l'amiral  de  Flandres,  le  Bailli  de  l'eaue  et  à  touz 
noz  autres  justiciers  et  officiers  de  notre  pays  de  Flandres 
ou  à  leurs  licuxtenans,  salut.  Savoir  vous  faisons  que  à  la 
humble  supplication  des  bonnes  gens  communaulment  de 
notre  dit  pays  de  Flandres,  et  pour  icelli  notre  pays  qui 

(!)  Knyguton,  elle  par  Kervyn,  t.  IV,  p.  GO. 


—  90  — 

longuement  a  esté  en  gi-and  désolation  remettre  sur  et  en 
bon  estât,  affîn  aussi  que  marchandise  y  puisse  mieux  et 
plus  plainement  avoir  son  cours,  au  bien  et  prouffit  de 
nous  et  des  bonnes  gens  de  notre  pays  dessus  dit,  Nous 
voulons  et  par  ces  présentes,  avons  ottroié  et  oltroions  que 
tous  bons  marchans  et  maistres  de  neifs,  de  quelconques 
nations  qu'ilz  soient,  et  leurs  familliers,  valiez  et  mesniez, 
exeplez  Engles,  leurs  subgiez  et  ceulx  qui  tiennent  leur 
partie,  puissent  paisiblement  venir,  entrer,  arriver  et  desan- 
dre  à  tous  leurs  neifs  et  marchandises  en  notre  dit  pays, 
et  y  marchander,  vendre,  acheter,  demourer,  besoignier, 
rechargier  et  retourner  senz  empeschemenl  ou  destourbier 
de  vous  ou  d'aucuns  autres  noz  gens  et  subgiez,  parainsi 
que  lesdiz  marchans  et  maistres  de  neifs  n'amainent 
avecqnes  eulx  ne  en  leurs  vassaulx  marchandises  ou  den- 
rées qui  soient  aux  Engles,  ne  à  ceulx  qui  par  nous  sont 
excepté,  comme  dit  est.  Si  vous  mandons  et  à  chacun  de 
vous  que  de  notre  présent  ollroy  laissiez,  faites  et  souffriez 
lesdiz  marchans  et  maistres  de  neifs,  ensemble  leur  diz  fa- 
milliers, valles  et  mcsnies,  paisiblement  joir  et  user  par  la 
manière  dessus  dicte,  senz  eulx  ou  aucun  d'eulx  en  corps 
ou  en  biens  empeschier,  molester  ou  travailler  au  con- 
traire. Donné  à  Paris  le  quinzime  jour  de  janvier  l'an  de 
grâce  mil  ccc  qualrevins  et  six  (1587  n.  s.). 

»  Par  Monsieur  le  Duc  prcsens  vous  et  plusieurs  autres 
du  conseil, 

»  (Signé)  :  Gherbode  (i),  « 

La  retraite  de  Charles  V^I,  qui  ressemblait  plutôt  à  une 
fuite,  fut  célébrée  en  Angleterre  par  de  grandes  réjouis- 
sances à  l'égal  d'une  victoire.  Le  roi  décida  qu'il  fallait 
profiter  des  circonstances  pour  harceler  les  Français;  une 
flotte  fut  promptement  réunie  et  mise  sous  les  ordres  des 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Bruges,  original,  parcliemin. 


—  91  — 

comtes  d'Aïundel,  de  Nolhingham,  de  Devonshire,  et  de 
Henri  Spencer,  évéque  de  Norwich;  elle  croisait  depuis 
deux  mois  environ  sur  les  côtes  de  Cornouailles  et  de  Nor- 
mandie, quand  vers  la  fin  de  mars  elle  rencontra  la  flotte 
bourguignonne  qui  escortait  un  convoi  de  bateaux  chargés 
de  douze  à  treize  mille  tonneaux  de  vins  de  Saintonge.  Em- 
pruntons le  récit  du  combat  qui  eut  lieu  alors,  à  l'historien 
qui  a  le  mieux  raconté  les  destinées  de  notre  patrie  (i)  : 

«  Jean  Buyck,  qui  commandait  la  flotte  du  duc,  avait 
longtemps  combattu  les  Anglais  sur  mer;  il  était  sage  et 
courageux,  et  comprit  aussitôt  que  les  vaisseaux  anglais 
cherchaient  à  prendre  le  vent  pour  l'attaquer  avant  la 
nuit.  Quoique  décidé  à  éviter  le  combat,  il  arma  ses  arba- 
létriers et  il  ordonna  en  même  temps  au  pilote  de  hàler 
la  marche  de  la  flotte  afin  qu'elle  repoussât  les  Anglais  en 
se  dérobant  à  leur  poursuite.  Déjà  il  était  en  vue  de  Dun- 
kerque  et  il  espérait  pouvoir  gagner  l'Ecluse  en  côtoyant 
les  rivages  de  la  Flandre. 

»  Ce  système  réussit  d'abord  :  quelques  galères  pleines 
d'archers  anglais  s'étaient  avancées,  mais  leurs  traits  n'at- 
teignaient point  leurs  ennemis,  qui  ne  se  montraient  pas 
el  continuaient  leur  route.  Enfin  le  comte  d'Arundel 
s'élança  au  milieu  d'eux  avec  ses  gros  vaisseaux  :  dès  ce 
moment,  la  lutte  fut  sanglante  et  opiniâtre.  Trois  fois  la 
marée  se  retirant  obligea  les  combattants  à  se  séparer  et  à 
jeter  l'ancre,  trois  fois  ils  s'assaillirent  de  nouveau.  Ce- 
pendant la  flotte  bourguignonne  s'approchait  des  ports  de 
la  Flandre,  Jean  Buyck  était  parvenu  à  dépasser  Blan- 
keuberg  el  était  près  de  toucher  au  havre  du  Zwyn;  mais 
sa  résistance  s'affaiblissait  d'heure  en  heure.  Parmi  les 
vaisseaux  anglais ,  il  en  était  un  surtout  qui  attaquait 
avec  une  héroïque  persévérance  les  hommes  d'armes  du 

(I)  Kervïn,  t    IV,  p.  64. 


—  9-2   — 

^luc  de  Bourgogne;  le  capitaine  qui  en  dirigeait  les  ma- 
nœuvres se  nommait  Pierre  Vanden  Bossciie;  il  vengeait 
Barthélémy  Coolman,  dont  Jean  Buyck  avait  été  le  suc- 
cesseur. En  vain  les  Bourguignons  espéraient-ils  qu'une 
flotte  sortirait  de  PEcluse  pour  les  soutenir.  Le  port  qui 
avait  armé  tant  de  vaisseaux  pour  décider  les  victoires 
d'Edouard  III  n'en  avait  plus  pour  protéger  la  retraite  de 
Philippe  le  Hardi. 

»  Jean  Buyck  fut  pris  par  les  Anglais,  et  avec  lui  cent 
vingt-six  navires.  Pendant  toute  cette  année,  tandis  que 
les  vins  de  Saintonge  se  vendaient  à  vil  prix  en  Angle- 
terre, ils  manquèrent  complètement  en  Flandre,  ce  qui 
augmenta  les  murmures  du  peuple. 

»  Pierre  Vanden  Bossche  voulait  entrer  dans  le  port 
même  de  l'Ecluse  et  y  effacer  par  le  fer  et  la  flamme 
jusqu'aux  derniers  vestiges  de  l'expédition  préparée  pour 
la  conquête  de  l'Angleterre...  on  ne  voulut  point  l'écouter, 
les  Anglais  se  bornèrent  à  piller  le  village  de  Coxide  et 
les  environs  d'Ardenbourg.  » 

Après  ce  grave  échec,  le  duc  de  Bourgogne  abandonna 
ses  projets  de  conquête  en  Angleterre;  il  paraît  même  qu'il 
ne  cacha  pas  son  désir  d'en  venir  à  un  accommodement 
que  les  communes  réclamaient  à  grands  cris  et  se  relâcha 
de  sa  rigueur  à  l'égard  des  relations  entre  ses  sujets  et 
l'Angleterre.  Ces  dispositions  devaient  être  connues  des 
principaux  bourgeois  des  bonnes  villes,  ainsi  qu'il  semble 
ressortir  d'un  fait  dont  nous  avons  trouvé  le  récit  dans  une 
pièce  des  archives  départementales  de  Lille. 

Lubrecht  Scutelaer,  bourgeois  de  Bruges,  se  trouvant 
à  Calais  pour  les  affaires  de  son  commerce,  il  lui  arriva, 
en  causant  avec  Guillaume  Clarton,  écuyer  maréchal  de 
Calais,  et  Jehan  Ultington,  marchand  de  la  même  ville, 
de  parler  d'entente  cordiale  pour  le  bien  du  commerce  des 
deux  pays,  afin  que  les  marchands  pussent  aller  et  venir 


—  93  — 

librement,  comme  avant  la  guerre.  Sur  ce,  Clarion  et 
Ullinglon  voyant  où  Lubrecht  voulait  eu  venir,  lui  de- 
mandèrent s'il  avait  mission  pour  parler  ainsi  et  s'il  était 
chargé  de  faire  des  propositions  de  traité.  Le  Briig€ois 
répondit  que  non,  mais  il  ajouta  que  si  on  voulait  écouler 
sa  proposition  en  Flandre,  il  retournerait  vers  eux  afin 
que  par  leur  entremise  on  pût  arriver  à  s'entendre.  Le 
capitaine  de  Calais,  Guillaume  de  Beauchamp,  s'entretint 
à  son  tour  avec  Lubrecht  et  lui  exposa  qu'en  cas  de  traité, 
la  place  de  Gravelines  et  le  château  de  l'Ecluse  devraient 
avant  tout  être  remis  dans  l'état  où  ils  étaient  avant  la 
guerre.  Lubrecht  promit  de  s'entremettre  après  du  roi 
de  France  par  l'intermédire  du  duc,  afin  que  ces  places 
ne  fussent  pas  un  empêchement  à  la  bonne  entente  ni 
une  cause  de  a  violence  ou  de  moleslation.  » 

Alors  il  fut  convenu  entre  le  capitaine  et  le  Flamand 
que  si  les  propositions  d'accommodement  avaient  chance  de 
succès,  celui-ci  retournerait  à  Calais  vers  le  19  octobre  avec 
trois  bourgeois  notables.  Cette  intervention  officieuse  eut 
tout  le  succès  désiré,  et  il  fut  fait  ainsi  que  Lubrecht  l'avait 
promis;  il  arriva  à  Calais  avec  trois  autres  Flamands  :  là 
furent  discutées  les  différentes  questions  pendantes,  et  le 
22  octobre  on  dressa  le  procès-verbal  des  préliminaires  de 
paix.  A  la  suite  de  cela,  la  Flandre  envoya  les  députés  de 
ses  bonnes  villes  et  du  Franc  pour  traiter  avec  les  Anglais. 
C'étaient  pour  Gand  :  Sohier  Everwein,  Jean  vander  Eeke, 
Jean  Clove  et  Clays  Utenhove  ;  pour  Bruges,  Lubrecht 
Scutelaer,  Sohier  van  Langemersch,  Jean  de  Recke,  Jean 
Honyn  et  François  vander  Cupe;  pour  Ypres,  Michel 
Boone,  Jean  de  Marchin  et  Jean  Lehurlre;  pour  le  Franc, 
Ferrand  de  Gessene,  chevalier,  Damart  de  Slralen,  et 
George  Guydenne.  Les  plénipotentiaires  anglais  étaient 
Guillaume  de  Beauchamp,  capitaine  de  Calais,  Edmond 
de  la  Pôle,  frère  du  comte  de  Siiffolk,  Jean  de  Say,  baron 


—  94  — 

de  Wemme,  Robert  de  VVitleneye,  Jean  Wychmalle,  Jean 
de  Bradford,  chevalier,  sire  Roger  Walden,  trésorier  de 
Calais,  Richard  Wedehal,  maire  de  Calais,  lieutenant  du 
maire  de  l'étape,  Guillaume  Clarton,  maréchal  de  Calais, 
Perrin  de  Loharenc,  écuyer,  et  Jehan  Ultinglon. 

Ils  conclurent  ensemble  le  28  novembre,  sur  les  ancien- 
nes bases,  une  trêve  marchande,  et  les  députés  flamands 
promirent  de  faire  ce  qu'ils  pourraient  pour  que  le  duc 
se  rendît  aux  exigences  de  l'Angleterre  louchant  la  place 
de  Gravelines  et  le  château  de  l'Ecluse  occupés  par  les 
Français  (i). 

Deux  mois  après,  en  janvier  1388,  le  duc  donna  ses 
instructions  pour  la  conclusion  d'un  traité  déflnilif  avec 
l'autorisation  du  roi  de  France  (2);  mais  les  négociations 
se  bornèrent  à  une  nouvelle  trêve  (3),  renouvelée  le  26  no- 
vembre suivant  (4).  Pendant  plusieurs  années,  cette  trêve 

(1)  Ârchiv.  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comptes,  carlon  B, 
10G3.  —  Vers  celte  époque,  la  ville  de  Gand  donna  asile  à  l'archevêque  de 
Cantorbéry,  exilé  pour  motifs  politiques.  C'est  ce  dont  fait  foi  la  lettre  de 
Richard  II,  que  voici  : 

«  A  nos  très-chiers  et  bien  amés,  les  bourmaistres,  baillis,  aldermans  et 
bonnes  gens  coniuns  de  la  cité  de  Gande,  en  Flandre,  le  roy  d'Englelerre  et 
de  France  et  seigneur  d'Irlande.  Très-chiers  et  bien  amés,  par  relation  croa- 
ble  nous  avons  entendus  que  vous  de  grandes  franchise  de  genlileslé  avait 
fait  bonne  chiere  et  desport  à  l'arcbevesque  de  Canterbiers,  puisqu'il  arriva 
à  voslre  citée,  dont  très-chièrement  vous  mercions  dentier  cuer,  vous  en- 
prians  de  vostre  bonne  coritinuanee  envers  lui.  Sachants  que  comment  que 
pour  ses  demorites  avons  fait  mettre  en  exil  ledit  archevcsquc,  selonc  ce  que 
nos  leies  demandoient,  eneores  movez  de  pité,  vorrions  et  volons  que  les 
Lin  et  honesle  de  sa  personne  feussenl  gardez  et  partant  pour  faire  aise 
chicrre  et  desporl,  quant  à  sa  personne  nous  vous  volons  raercliier  entière- 
ment et  savoir  très-bon  gré  comme  de  chose  quelle  nous  samble  méritore 
et  à  Dieu  plaisante,  mes  très-chiers  et  bien  amés  vous  ait  toudiz  en  sa 
très-sainte  garde.  Donné  soubs  nostre  signe  à  nostre  chastel  de  Bannebury, 
le  XXIIIe  jour  de  novembre,  et  fu  l'an  mil  CGC  Illlxx  et  XVII.  »  [Bibl.  de 
Gand.,  MS.  no  43i,  fol.  61  v). 

(2)  Archives  départ,  de  Lille,  carlon  B,  1068,  1071,  1073. 

(3)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  III,  part.  IV,  p.  25. 

(4)  RvMEn,         id.,         id.,  id.,     p.  3a. 


—  95  — 

fut  successivement  renouvelée,  d'abord  au  mois  de  juin 
et  au  15  novembre  1389,  puis  au  mois  d'avril  1390  (i). 
En  1392  le  roi  Charles  VI  publia  un  mandement  enjoignant 
au  sire  de  Ghislelles  et  au  gouverneur  de  l'Ecluse,  gardiens 
de  la  trêve,  de  l'entretenir  et  de  la  faire  respecter  (2), 

Les  négociations  se  poursuivaient  sans  discontinuer, 
mais  sans  aboutir  à  un  résultat  définitif  :  au  mois  de  mars 
1392,  le  duc  défendit  qu'aucun  de  ses  sujets  sortit  du 
pays  pendant  qu'elles  avaient  lieu  (5). 

Une  des  grandes  craintes  de  Philippe  le  Hardi  était  de 
voir  recommencer  la  guerre  :  il  en  avait  fait  une  trop  triste 
expérience,  et  tout  devait  lui  faire  supposer  que  si  les  hos- 
tilités recommençaient,  la  Flandre,  mécontente  de  lui,  sai- 
sirait celle  occasion  pour  appeler  l'Anglais  à  son  secours 
et  faire  de  lui  un  second  Louis  de  Nevers.  Celle  perspec- 
tive, qui  lui  souriait  peu,  fit  qu'il  prêta  l'oreille  aux  ac- 
commodements, tout  en  lâchant  de  concilier  les  exigences 
de  la  nécessité  avec  son  orgueil. 

En  1397,  il  accorda  des  lettres  de  privilège  commercial 
aux  habitants  de  Nevvcaslle-sur-Tyne  {4),  el  le  22  février 
1399,  il  autorisa  la  tenue  à  l'Ecluse  d'une  élape  de  man- 
teaux de  drap  d'Irlande  (3).  Peu  après,  une  trêve  de  vingt- 
cinq  ans  fut  conclue  entre  Ardres  et  Calais,  el  Isabelle  de 
France,  âgée  de  huit  ans,  remise  à  Richard  II  comme  gage 
de  la  paix,  au  milieu  de  fêtes  et  de  réjouissances  splen- 
dides  (g). 


(1)  RïMER,  édit.  holl.,  t.  III,  part.  IV,  p.  39  el  49. 

(2)  Inventaire  du  comte  Joseph  de  SArivi-GENOis. 

(5)  Archiv.  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  Chambre  des  comptes,  carton  B, 
1161. 

(4)  Archives  de  la  ville  de  Bruges,  Onde  WiUenhoets,  fol.  32. 

(3)  Idem,  Riidenbocck,  fol.  73.  Les  marchands  d'Irlande  avaient  reçu  un 
sauf-conduit  en  1387  {Archives  de  la  ville  de  Bruges,  orig.  parch.),  cl  Oude 
Willenboek,  fol.  22. 

(6)  UïMER,  édit.  holl.,  t.  III,  part.  lY,  pp.  111  à  118. 


—  96  — 

Mais  celle  même  année  1399  fut  témoin  d'autres  évé- 
nements qui  furent  le  revers  de  ces  fêles.  Richard  II  fut 
déposé  pendant  une  expédition  qu'il  faisait  en  Irlande,  et 
l'évêque  de  Canlorbéry,  caché  sous  l'habit  d'un  pèlerin,  se 
rendit  en  France  auprès  de  Henri  de  Derby  pour  l'engager 
à  venir  prendre  possession  de  la  couronne  d'Angleterre. 
Celle  mission  et  le  départ  d'Henri  eurent  lieu  si  secrète- 
ment que  le  duc  de  Bourgogne  ignora  tout. 

Aussitôt  qu'il  en  eût  connaissance,  tant  par  le  récit  des 
marchands  flamands  que  par  celui  d'une  dame  française 
qui  avait  accompagné  Isabelle  de  France,  il  ne  déguisa 
pas  son  intention  de  reprendre  la  guerre.  Mais  les  Anglais 
avaient  pris  les  devants;  une  flolle  envoyée  par  eux  pilla 
l'île  de  Cadsand,  tandis  qu'une  autre  allaquait  un  convoi 
de  navires  espagnols  chargés  de  vins  en  destination  de 
l'Ecluse  (i). 

Plus  d'une  année  se  passa  ainsi;  les  Flamands,  que  cet 
élait  d'hostilité  permanente  ne  satisfaisait  nullement,  et 
qui  n'épousaient  pas  les  querelles  de  leur  seigneur,  dont 
toutes  les  actions  étaient  contraires  à  leurs  intérêts,  s'a- 
dressèrent, par  l'organe  des  magistrats  de  leurs  bonnes 
villes,  aux  seigneurs  anglais  qui  avaient  fait  partie  de  la 
dépulalion  réunie  à  Lelinghem,  pour  obtenir  la  restitution 
d'un  grand  nombre  de  leurs  navires  capturés  pendant  la 
guerre  (2).  Au  commencement  de  l'année  suivante,  quel- 
ques marchands  adressèrent  une  requête  à  Philippe  le 
Hardi  pour  obtenir  main  levée  de  plusieurs  vaisseaux 
arrêtés  en  Angleterre  (3).  Des  commissaires  furent  alors 


(1)  En  1400  un  Gantois  du  nom  de  Simon  Braem,  qui  avait  été  député 
par  ses  concitoyens  en  Angleterre,  obtint  une  pension  sur  la  cassette  du 
roi  (RïMER,  édit.  hoU.,  t.  Ill,  part.  IV,  p.  180). 

(2)  RïMER,  édit.  holl.,  t.  IV,  part.  I,  p.  35. 

(3)  Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  Chambre  des  comptes,  carton  B, 
1551. 


—  97  — 

nommés  de  part  et  d'autre  pour  examiner  les  griefs  tant 
des  Anglais  que  des  Flamands;  c'étaient,  pour  la  Flandre, 
Simon  de  Formelles,  docteur  en  droit,  et  Nicolas  Skorkin, 
chanoine  de  Saint-Donal,  qui  se  rendirent  à  Londres  et 
s'entendirent  sur  plusieurs  points  avec  les  commissaires 
anglais,  mais  en  somme  ils  convinrent  de  remettre  la  déci- 
sion de  toutes  les  questions  à  une  assemblée  de  plénipo- 
tentiaires réunie  à  Calais  (<). 

Le  roi  Henri  IV  fit  proclamer  que  tous  ceux  de  ses 
sujets  qui  avaient  à  se  plaindre  des  Flamands  pouvaient 
faire  valoir  leurs  réclamations  devant  l'assemblée  (2),  et 
au  mois  de  juin  suivant,  les  quatre  membres  de  Flandre 
nommèrent,  pour  s'entendre  avec  les  députés  anglais, 
Guillaume  de  Rishelon  et  Jean  Urban,  les  dix  person- 
nages suivants  :  Guillaume  de  Raveschool,  Jacques  Scul- 
paert  et  Jacques  Sneevoet  pour  Gand ,  maître  Nicolas 
Skorkin,  Nicolas  Zoutre  et  Jean  Bieze  pour  Bruges,  Nicolas 
Bourgeois  et  Jean  Paelding  pour  Ypres,  Colard  de  Moer- 
kerke,  seigneur  de  Merckem,  et  Nicolas  vander  Eecke  pour 
le  Franc  (3). 

Une  trêve  fut  conclue,  mais  ces  députés  se  réunirent 
bien  des  fois  avant  de  parvenir  à  une  entente  complète, 
ainsi  que  le  prouvent  les  pièces  diplomatiques  (4);  enfin,  le 


(1)  Archives  départ,  de  Lille,  idem.  En  1402,  l'abbé  des  Auguslins  d'Eec- 
lioule,  Hubert  Ilauscilt,  fut  envoyé  à  Paris  pour  demander,  au  nom  de  la 
commune  de  Bruges,  le  maintien  de  la  neutralité  industrielle  et  commer- 
ciale de  la  Flandre  dans  les  guerres  entre  la  France  et  l'Angleterre  (KcRvvr», 
t.  IV,  p.  160). 

(2)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  IV,  part.  I,  p.  38. 

(3)  Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  Chambre  des  comptes,  carton  B, 
{333.  Voir  aux  Pièces  juslificnlives. 

(4)  Ryuer,  édit.  holl.,  t.  IV,  part.  I,  p.  34.  —  Voici  ce  que  nous  trouvons 
dans  un  acte  portant  la  date  du  29  juin  1404  :  «  Le  second  jour  du  moys 
de  marz  l'an  de  grâce  mil  quatre  cents  et  second,  par  entre  le  conseil  de 
nostre  seigneur  et  père,  et  messire  Simon  de  Fremelles  et  Michel  Scorkin, 
messagers  pour  la  partie  de  Flandres....  de  leur  mutuel  accent  et  accord 


—  98  - 

10  novembre,  ils  rédigèrent  un  acte  dans  lequel  ils  réuni- 
rent les  différents  points  sur  lesquels  ils  étaient  tombés 
d'accord.  En  voici  la  substance  : 

Au  mois  de  mars  1403,  il  avait  été  convenu  que  les 
Flamands  ne  pourraient  faire  passer  comme  leurs  les  mar- 
chandises appartenant  à  des  Français,  et  que  les  Anglais 
voyageant  en  Flandre  ne  pourraient  être  arrêtés  jusqu'au 
mois  de  juillet  suivant. 

Il  avait  été  décidé,  le  29  août,  que  les  biens  des  An- 
glais arrêtés  à  l'Ecluse,  seraient  gardés  soigneusement  et 
conservés  dans  le  même  état  jusqu'au  10  novembre,  sauf 
qu'ils  pourraient  être  délivrés  à  leur  propriétaire  moyen- 
nant caution  donnée  à  Bruges.  Les  deux  parties  s'enga- 
geaient à  envoyer  leurs  lettres  patentes  à  Calais  pour  faire 
publier  ces  conditions. 

Il  était  arrêté  en  outre,  que  les  quatre  membres  de 
Flandre  ainsi  que  le  duc  enverraient  leurs  commissaires 
à  Calais  pour  traiter  de  la  restitution  des  prises  :  le  même 
29  août  il  avait  été  décidé  que  les  prisonniers  seraient,  de 
chaque  côté,  mis  en  liberté  sans  rançon,  que  les  navires 
de  Flandre  et  ceux  d'Angleterre  jouiraient  de  toute  liberté 
pour  aller  et  venir,  et  comme  signe  de  reconnaissance, 
ceux  de  Flandre  porteraient  à  la  proue  les  armes  de 
Flandre  et  celles  de  leur  ville,  et  seraient  munis  d'un  lais- 
ser-passer  délivré  par  les  autorités  (i). 

Le  20  décembre,  le  roi  d'Angleterre  déclara  d'avance 
donner  sou  consentement  à  toutes  les  conditions  que  pose- 


prorogation  fusl  faite  de  la  besoigne  jusqu'au  premier  jour  du  mois  de 

juillet  prochain  ensuivant et  depuis  à  Calais  le  vingt  et  neuvième  jour 

du  mois  d'augst,  l'an  mil  quatre  cents  et  trent....   fut  fait  certain  traitez 
en  quel  fut  appointez  et  accordez  que  les  biens  des  Anglais  arrêtés,  etc.... 

—  Westminster,  29  juin  a.  r.  n.  2.  »  (Brilsch  Muséum.  Bibl.  add.  MS.  14820. 

—  Commission  royale  (Thisloire,  t.  III,  p.  77). 

(I)  Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  Chambre  des  comptes,  carton  B, 
1556.  Voir  aux  POiccs  justificatives. 


—  99  — 

raient  ses  plénipotentiaires,  d'accord  avec  ceux  de  la 
Flandre,  dans  rintérét  de  la  paix  et  des  relations  entre 
les  deux  pays  (i). 

Philippe  le  Hardi  ne  vit  pas  la  fin  de  ces  négociations, 
il  mourut  le  27  avril  1404. 

Emile  Varenbergh. 
(Pour  être  continué). 


Pièces  jiisfiflcatiTes. 
1. 

(Voir  page  97). 
Pouvoirs  des  députés  des  quatre  Membres  de  Flandre. 

25  Juin  i403. 

Universis  présentes  litteras  inspecturis.  Burgimagistri,  advo- 
catus,  scabini  et  consnles  villarum  Gandensis,  Brugensis,  Ypren- 
sis  ac  lerritorii  Franci  ofGcii  partiuni  Flandrie,  salutem  in 
Domino.  Cum  pro  habenda  et  obiinenda  restitutione  non  nul- 
lorum  dampnoriini  ac  gravaminiim  per  incolas  et  habitatores 
regni  Anglie  ac  ejusdem  regni  collegas  et  confederaios  habiia- 
toribus  et  incolis  partium  Flandrie  factorum  et  illatorum  tara 
in  personarum  et  subditorum  gravi  trucidatione  et  submersione 
quam  in  naviiim,  mercimoniarum  ac  aliorum  diversorum  bono- 
rum  ablatione  contra  paceni  seu  treugarum  inter  régna  Francie 
et  Anglie  inita  fédéra,  nuper  tara  nostro  quam  ipsoruni  dampni- 
ficatorum  nomine  versus  excellentissimum  principem  Dominum 
regem  Anglie  ejusque  nobile  consilium  destinavinius,  dilectos 
et  fidèles  nuntios  et  ambassiatores  nostros  magistros  Simonem 
de  Formeliis,  legum  doctorem,et  Nicolaum  Scorkin,  canonicura 

(1)  Rymer,  éiUl,  holl.,  t.  IV,  pari.  I,  p.  8. 


—  too  — 

Sancli  Donati  Brugensis,  el  fada  per  eosdem  nostros  nuntios 
et  ambassiatores  pro  reformatione  prefatorum  illatorum  damp- 
norum  obtinenda  coram  prefato  domino  rege  ejiisque  consiliis 
diligenti  prosecutione  tandem  propter  absentiam  certarum  per- 
sonarum  a  quibus  prefati  ambassiatores  hujusmodi  dampna 
asserebant  fore  illata  aliisque  certis  ex  causis  inter  prefatum 
Dominum  Regem  ejusque  consilium  ex  una  ac  ipsos  prefatos 
ambassiatores  nostros  parte  ex  altéra  exsteterit  siib  certa  forma 
concordatum  et  appunctuatum  qiiod  hujusmodi  negotium  usque 
in  primum  diem  julii  proximo  futurum  apud  Calesium  proroga- 
retur  et  datum  et  porreclum  certis  conquestiouibus  et  querelis 
bine  inde  hujusmodi  negotium  prorogatum  et  continuatum 
fuerit  usque  ad  dictam  primara  diem  julii  proul  et  quemad- 
modum  in  quadam  indentura  sive  cedula  super  hujusmodi 
prorogatione  confecta  cuilibet  prefatarum  partium  tradita  et 
exhibila  plenius  continetur.  Hinc  est  quod  nos  prefate  diei 
assignationi  quantum  in  nobis  est  salisfacere  ac  dictum  appunc- 
tuaraentum  adimplere  volenles  de  legalitate,  fide  et  industria 
honestorum  et  circonspectorum  virorura  consociorum  et  pensio- 
nariorum  nostrorum  Guillelmi  de  Ravenscote,  Jacobi  Sculpart, 
Jacobi  Sneevoet,  de  Gandavo,  magistri  Nicolai  Scorkin,  Nicolai 
dicti  Zoutre,  Johannis  Biese,  de  Brugis,  magistri  Nicolai  Bour- 
gois,  Johannis  Paelding,  de  Ypris,  Coiardi  de  Moerkerke,  do- 
mini  de  Merkcm,  militis,  et  magistri  Nicolai  de  Quercu,  de 
Franco  terrilorio,  plenius  confidentes  ipsos  omnes  siinul  no- 
vem,  octo,  septem  vel  sex  ex  eisdem  fecimus,  constituimus  et 
procreavimus,  facimus,  constituimus  et  procreamus  nostros 
veros  et  legitiraos  procuratores,  adores,  factores  negociorum 
nostrorum  gestores,  nuntios  ac  sindicos  générales  et  spécia- 
les, dantes  et  concedentes  eisdem  omnibus  novem,  octo,  sep- 
tem aut  sex  ex  eisdem  vice  et  nomine  tam  nostri  quam  om- 
nium incolarum  et  habitatorum  prefate  patrie  Flandrie  ple- 
nara  et  liberam  potestatem  ac  mandatum  générale  et  spéciale 
comparendi  apud  prefatam  villam  Calesii  seu  alibi  ubi  proplcr 
hoc  comparendum  fuerit  ad  prefatam  diem  julii  et  quascum- 
que  alias  dictas  assignatas  vel  assignandas  cum  ambassiatori- 
bus  et  commissariis  prefati  régis  Anglie  petendique  et  requi- 
rerendi,  exigendi  et   recuperandi    omncs    et    singulas    naves 


—  101  — 

mercaturas  bona  et  raercimonia  quectimque  pcr  Anglicos  scu 
Aiiglicorum  confcderatores  capta,  ablata  et  substracta  a  par- 
tium  Flandrie  habitatoribus  quibuscumque  restitutionemque 
omnium  danipnoniin  gravaminum  violentiariim  et  oppressioiium 
ante  prefatam  vu"  diem  marcii  et  post  prefalis  Flandrensibus 
lam  in  corporibus  quam  membris  ac  aliis  diversis  mercimoniis 
et  bonis  a  prefatis  Anglicis  et  eorum  confederatis  factorum 
obtinendi  et  rcformari  petendi,  necnon  quoad  consiliationem, 
reparationem  et  reformationem  tam  per  terram  quam  per  mare 
conquestis  omnibus  et  querelis  Anglicorum  et  habitatorum  An- 
glie  ac  confederatorum  eorumdem  necnon  attemptatorum  contra 
eosdem  per  Flandrenses  si  que  sint  ex  adverso  etiam  juxta  vim 
formam  et  effectum  dicti  appunctuamenti  respondendi  et  super 
hiis  tractandi  ac  ea  débite  reformandi  et  reformari  faciendi, 
componendi,  paciscendi  et  concordandi  tractatus  compositiones 
et  concordias  de  omnibus  et  singulis  gravaminibus  vel  partibus 
ipsorum  faciendi  et  ineundi,  dictas  prorogandi  continuandi  et 
acceptandi  prout  eisdem  nunciis  videbitur  expedire  de  receptis 
quitandi  litterasque  ac  instrumenta  quitationis  et  liberationis 
in  forma  débita  concedendi  cum  pacto  de  ulterius  non  petendo 
aliisque  proraissionibus  renuntiaiionibus  penarum  adjectiouibus 
clausulis  et  cautelis  in  talibus  necessariis  seu  etiam  oportunis 
et  generaliter  omnia  alia  et  singula  faciendi,  exercendi  et  expe- 
diendi  que  in  premissis  et  circa  ea  necessaria  fuerint  seu  alia 
quomodolibet  oportuna  promittentes  pro  nobis  ac  dictis  damp- 
nificatis  ratum  et  gratum  perpétue  habituros  totum  id  et  quic- 
quid  per  supradictos  nuntios  nostros  novem ,  octo,  septem 
vel  sex  ipsorum  in  premissis  et  singulis  premissorum  actum 
dictum  gestum  quitatumve  fuerit  seu  aliter  quomodolibet  pro- 
curatum.  In  cujus  rei  testimonium  présentes  litteras  sigillorum 
ad  causas  prefatarum  villarum  Gandensis,  Brugensis,  Yprensis 
ac  venerabilis  in  Christo  Patris  etDomini  Domini  abbatis  Sancti 
Andrée  juxta  Brugas,  necnon  sigilli  dicte  ville  Brugensis,  ad 
majorem  securitatem  pro  terriiorio  Franci  officii  sigillo  com- 
muni  carente  ad  requestara  dicti  territorii  fecimus  munimen 
roborari.  Datum  die  xv  mensis  junii  anno  M  quadringentesimo 
tertio. 

[Archives  départementales  de  Lille. -fonds  de  la  Chambre 
des  comptes  de  Lille;  —  copie  du  temps  en  papier). 


—  10-2  — 

II. 

(Voir  page  98). 

Extrait  des  poins  préjudiciables  contenus  es  endenleures  cl  escrip- 
lures  advisées  par  les  messaigiers  de  Flandres  et  d'Angleterre, 
touchans  la  marchandise. 

-10  Novembre  1403. 

Toutes  les  prorogacions  des  journées  controuvent  qu'elles 
seroient  tenues  à  Calais  qui  est  ou  pooir,  etc. 

Esdictes  escriptures  n'est  faicte  aucune  mencion  du  Roy  pour 
la  partie  de  Flandres  et  si  n'avoient  lesdis  messaigiers  aucun 
pooir  de  par  Monseigneur,  mais  ceulx  d'Angleterre  avoient 
pooir  par  lettres  patentes  de  cellui  qui  se  dit  leur  seigneur, 
desquelles  avons  les  copies. 

La  première  endenteure  de  mars  un''  et  deux  (i)  contient  que 
les  Flamens  ne  porront  advouer  comme  leurs  les  biens  des 
François  soubz  quelconque  coleur. 

Item,  que  les  marchans  et  autres  subgez  du  Roy  d'Angle- 
terre estans  ou  alans  en  Flandres  où  leurs  biens  ne  pourroient 
estre  arrestez  pour  marque  jusques  au  premier  jour  de  juillet 
lors  ensuiant. 

La  seconde  endenteure  du  xxix*"  jour  d'aoust  un"  et  m  con- 
tient que  les  biens  des  Anglois  arrestez  à  Lescluse  seront  gardez 
seurement,  sanz  empirance  et  senz  les  deslier,  jusques  au 
x"  jour  de  novembre  lors  ensuiant,  sauf  que  cependant  l'arrest 
d'iceulx  biens  porra  estre  relaschié  par  caucion  à  donner  à 
Bruges  de  certaine  somme  d'argent,  à  païer  audit  jour  par  les 
marchans  à  qui  sont  les  biens,  comme  ilz  porroient  accorder 
avecques  les  officiers  de  Monseigneur,  s'il  esloit  trouvé,  au  jour 
dessusdit,  que  l'arrest  desdis  biens  ne  doye  estre  adnuUé. 

Le  Roy  d'Angleterre,  d'une  part,  et  le  conte  de  Flandres  et 
les  bourgmaistres,  eschevins  et  conseil  de  Gand,  Bruges,  Yppre 
et  le  Franc,  dévoient  envoier  à  Calais   leurs  lettres  patentes 

(t)  Vieux  slyle. 


—  i05  — 

pour  faire  publier  lesdictes  trièves  jusques  au  x*  jour  dessusdit 
par  mer  et  par  terre. 

Dedens  le  premier  jour  d'octobre,  les  parties  dessuz  nom- 
mées, qui  comprennent  les  iiii  membres  de  Flandres,  dévoient 
signifier  à  Calais  leur  voulenté  de  faire  tenir  la  journée  du 
x"  jour  de  novembre  et  de  lui  envoïer  leurs  messaigiers  et  ou 
cas  que  Monseigneur  de  Bourgogne,  conte  de  Flandres,  n'y 
vouldroit  envoïer  ses  messagiers,  les  lois  des  iiii  membres  y 
envoieroient  leurs  messaigiers  pour  traictier  de  la  restitution 
des  acientas. 

En  une  autre  longue  endenteure  de  papier,  contenant  trois 
fueillez  de  menue  lettre,  donnée  le  jour  dessusdit  xxix^  d'aoust 
où  sont  conlenuz  plusieurs  poins,  l'un  de  la  délivrance  de  tous 
les  prisonniers  d'Angleterre  et  de  Flandres  sans  païer  rançon, 
et  plusieurs  autres  poins  comprins  en  l'endenteure  appointiée 
en  juiny  cccc  et  m  à  Leulinghem,  entre  les  messaigiers  de 
France  et  d'Angleterre,  et  est  à  supposer  que  ces  poins  et  au- 
tres ont  esté  bailliez  par  les  Anglois. 

Item,  que  les  biens  des  Anglois  arresiez  à  Lescluse  aprez 
l'appointement  fait  à  Londres  en  mars  cccc  et  deux  (i),  par  le 
Conseil  d'Angleterre  et  les  députez  de  Flandres,  soient  resti- 
tuez entièrement  à  ceulx  à  qui  il  appartiennent. 

Item,  que  aucun  d'Angleterre  ou  de  Flandres,  mesmement 
de  Gravelinghes,  sur  paine  de  corps  et  d'avoir  depuis  la  publi- 
cacion  du  traictié  qui  est  encommancié,  ne  porra  armer  navire 
sanz  congié  du  souverain,  c'est  assavoir  du  Roy  d'Angleterre 
ou  du  conte  de  Flandres,  chacun  pour  ses  subgez,  de  laquelle 
licence  ilz  font  foy  par  lettres  scellées  du  scel  du  Seigneur  et 
de  l'admirai  du  pais,  csquelles  lettres  sera  déclairé  la  cause  de 
l'armée  du  navire  et  en  quel  lieu  il  devra  aler. 

Item,  que  aux  marchands  fréquentans  le  pais  de  Flandres  et 
leur  navire  et  biens,  ne  sera  fait  aucun  dommaige  en  l'estrun 
de  la  mer  de  Flandres  par  les  Anglois  ou  leurs  alyez,  et  s'au- 
cuns  faisoient  le  contraire,  ilz  seroient  punis  et  conslrains  de 
restituer,  etc. 

Item,  que  es  nefs  de  Flandres  en  la  première  partie  seront 

(1)  Vieux  slylc. 


—  i04  — 

paitites  les  armes  de  Flandres  et  les  armes  de  la  ville  dont  les 
nefz  partiront  et  aussy  au  bout  du  mac  de  la  nef,  et  parmi  ce 
les  nefz  de  Flandres  passeront  paisiblement  par  la  mer  sans 
arrest,  mais  que  elles  ne  portent  biens  de  ennemis  et  que  les 
Flamens  estans  èsdictes  nefz  ne  facent  aide  aux  nefz  des  Fran- 
çoiz,  Escoz  ou  autres  ennemis  d'Angleterre,  autrement  les  biens 
des  François  ou  Escoz  que  les  Flamens  advoueroient  pour  eulx 
et  aussy  les  propres  biens  des  Flamens  estans  èsdictes  nefz 
assistans  aux  ennemis  des  Anglais,  oultre  la  paine  corporelle, 
seroient  confisquez. 

Item,  que  chacun  maistre  de  nef  partant  d'aucun  port  de 
Flandres  prendra  lettres  certifficatoires  des  gouverneurs  de  la 
ville  dont  il  partira  soubz  le  scel  d'icelle  ville,  contenant  à  qui 
la  nef  et  les  biens  appartendront,  et  parmi  ce  les  nefz  passe- 
ront seurement. 

Item,  que  le  conte  de  Flandres  et  les  eschevins  et  autres 
officiers  des  villes  de  Gand,  Bruges,  Yppre  et  du  Franc,  dé- 
claireront  par  leurs  lettres  à  perpétuelle  mémoire  la  ville  de 
Gravelinghes  estre  assise  ou  pays  de  Flandres  et  le  seigneur  et 
capitaine  d'icelle,  quant  à  icelle  ville  et  les  habitans  estre  sub- 
gez  aux  ordonnances,  lois  et  costumes  des  Flamens,  tant  seule- 
ment et  aux  trièves  et  appointtemens  prins,  faiz  et  à  faire. 

Item,  est  ordené  que  nulz  Flamens,  mesmement  de  Grave- 
linghes ne  autres  habitans  de  Flandres,  ne  leurs  alyez  ne  assis- 
teront par  aide,  conseil  ou  faveur  ou  préjudice  des  Angloiz  ou 
de  leurs  alyez  par  terre  ne  par  mer,  aux  François  ne  aux  Escoz, 
soubz  grièves  paines  corporelles  et  péciinielles  à  infliger  par 
les  conservateurs  qui  seront  députez  pour  lesdictes  trièves  par- 
ticulières. 

Item,  que  le  Roy  d'Angleterre  pour  sa  partie  et  le  conte  de 
Flandres  et  les  lois  desdictes  villes  et  du  Franc  pour  leur  par- 
tie, députeront  chacun  trois  conservateurs  pour  faire  garder 
lesdictes  trièves  d'entre  Flandres  et  Angleterre,  et  sur  ce  en- 
voyeront  le  urs  lettres  scellées  de  leurs  seaulx  à  Calais  au  x^  jour 
dudit  mois  de  novembre. 

{Archives  départementales  de  Lille  .•  fonds  de  la  chambre 
des  comptes.  —  Rôle  de  deux  feuilles  de  papier). 


105  — 


VARIETES. 


Bibliothèque  de  l'Université  de  Gand.  —  Accroissements  depuis  le  mois  de 
novembre  1872  jusqu'au  18  mars  1873.  —  La  collection  de  feu  M.  le  docteur 
Snellaerl,  qui  vient  d'être  acquise  par  le  Gouvernement  pour  la  Bibliothèque 
de  l'Université  de  Gand,  se  compose  de  9300  volumes  et  pièces.  Elle  a  été 
formée  dans  le  but  exclusif  de  réunir  tout  ce  qui  se  rapporte  à  la  langue  et 
â  la  littérature  néerlandaises. 

La  poésie  flamande  y  est  représentée  par  environ  1900  numéros,  com- 
prenant une  série  d'oeuvres  poétiques  de  toutes  les  époques,  mais  particu- 
lièrement des  XVIl«  et  XVIII"  siècles.  Quarante  volumes  appartiennent  au 
siècle  précédent.  Nous  y  trouvons  :  Relhoricale  wercken  van  Anthonis  de 
Rooverc,  Hantw.,  1362;  De  huere  van  der  doodl  bij  Jan  van  den  Date,  1576; 
les  diverses  éditions  du  Konst  van  rhclhoriken,  de  Casieleyn  (y  compris  la 
première,  très  rare);  les  œuvres  de  Flouwaert,  Jérôme  Van  der  Voorl, 
Numan,  Van  Gliislele,  Van  Mander,  Coornhert,  etc.  Nous  devons  signaler 
d'une  manière  tout-à-fail  spéciale  la  première  édition  de  l'Utersten  willc  van 
Lowys  Porqiiin,  Antw.,  Anieet  Tavernier,  1563,  in-i<>,  exemplaire  unique, 
avec  miniatures,  dont  M.  Pinchart  a  donné  une  description  détaillée  dans  le 
Bulletin  du  Bibliophile  belge,  1830,  p.  237. 

La  collection  des  chansonniers  rassemblée  par  M.  le  docteur  Snellaert  est 
certes  la  plus  considérable  que  nous  ayons  encore  rencontrée.  Il  y  a  au-delà 
de  450  recueils,  dont  un  septième  de  format  oblong.  Elle  se  divise  en  chan- 
sons mystiques,  hymnes  ou  psaumes  rimes,  chansons  bachiques,  chansons 
politiques  et  satiriques.  Les  auteurs  principaux  sont  :  Qucstroy,  Sluiler, 
Dirck  Camphuysen,  R.  Rooleeuw,  Colerus,  Claes  Wils,  Loemcl,  Karl  v.  Man- 
der, Hans  de  Ries,  Deutel,  Dalhenus,  Ph.  Jennyu,  Harduyn,  C.  Van  Eecke, 
Eliz.  Van  Vouwe,  Bcllemans,  J.  Ysermans,  G.  Vander  BorchI,  P.  Sulnians, 
J.  Van  Ileemskerk,  I.  Mcyvoghel,  J.  Van  Sambccck,  De  Prelere,  Stalpaert, 
B.  Van  Flaeften,  G.  Bredero,  J.  Van  Elsland,  Starter,  etc.  Un  grand  nombre 
de  ces  recueils  sont  en  musique  notée.  Quelques-uns  sont  d'une  grande  ra- 
reté. Dans  celte  catégorie,  nous  mentionnerons  encore  plusieurs   éditions 

8 


—   lOG  — 

(les  Soûler  liedekens,  el  parmi  celles-ci  les  deux  premières  éditions  de  1540; 
la  première  édition  de  VEcclesiasticus  de  Jean  Fruyliers;  20  psautiers  en 
musique  notée  des  XVI«  et  XVII*  siècles;  Boeck  dcr  psalmen,  de  Deutekom; 
Vcelderhande  liedckens,  éditions  de  1579  et  1383;  les  diverses  éditions  du 
Pricel  der  gheeslelycke  melodieii;  Lietboeek  inhoudtndv  claech  liederen,  Rolt., 
1582,  en  6  parties,  in-8«;  Liefdens  gezanijen,  door  W.  Ihssen,  op  nntzyk 
gebragl  door  Willem  Vermolcn;  Deuvhdehjckv  solulien  ghcsolvierl  by  vêle  in- 
génieuse componislen,  Hanlw.,  1574;  Refereynen  en  liederen,  recueils  Mss. 
des  XVIe,  XVH"  el  XVI II*  siècles.  Nous  pourrions  en  citer  un  bien  plus 
grand  nombre;  mais  nous  croyons  que  celte  courte  nomenclature  suffira 
pour  donner  une  idée  de  l'importance  de  cette  partie  de  la  bibliothèque  du 
docteur  Snellacrt,  lequel  y  a  encore  ajouté  les  meilleurs  ouvrages  modernes 
sur  les  Volksliederen,  tant  ceux  publiés  en  Belgique  qu'à  l'étranger. 

La  littérature  dramatique  comprend  790  piÉces,  in-4o  et  in-S"  :  œuvres  de 
Nieuwland,  De  Bie,  Neyts,  Bredero,  Zach.  Heyns,  Valckrage,  De  Conineq, 
Ogier,  Zeebost,  Gossey,  Van  den  Borclit,  Adr.  Peys,  etc.  Mentionnons  aussi 
les  Spelcn  van  zinne  des  chambres  de  rhétorique  d'Anvers,  Rotterdam, 
Flessingcn,  Leydcn,  Bleyswyck,  Ilaariem  el  Amsterdam;  Den  boom  der  schrif- 
lueren  door  VI  pcrsonagien  ghcspecll  lot  M iddelboiireh  in  Zeelant  den 
1«  oct.  {XVj  XXXIX,  Embdcn,  1557;  Saemenspraek  tusschcn  de  schrifluere  en 
cenen  jongelinckx,  Ms.  du  XV<=  siècle,  in-fol. 

Le  docteur  Snellaerl  avait  conçu  le  projet  de  rééditer  nos  anciens  romans 
populaires.  A  cet  effet,  il  avait  réuni  120  de  ces  romans,  in-4o  et  de  moindre 
format,  la  plupart  du  XVII^  el  du  XVIII*  siècle.  Celle  collection,  formant  la 
bibliothèque  bleue,  est  cxlrêmeraenl  intéressante. 

La  série  des  grammaires  et  lexiques,  des  traités  spéciaux  et  généraux  sur 
la  langue  flamande,  des  livres  à  usage  d'école,  etc.,  est  assez  nombreuse  et 
comprend  plusieurs  pièces  que  peu  de  bibliothèques  possèdent  :  deux  édi- 
tions du  Vocabulare  de  Noël  de  Berlaimont,  dont  celle,  rarissime,  d'Ypres, 
Jean  Van  Volden,  1572;  Jan  Van  Mussent,  relhorica,  Hanlw.,  1553; /an  Van 
den  Wcrve,  tresoor  dcr  duytschen  talcn,  Antw.,  1552;  Les  synony7nes  flam.- 
franç.  de  Jérôme  Cingnlarius,  Antw.,  1544;  Gcmeene  duylsclie  spreck-worden, 
Campen,  P.  Warneson,  s.  d.;  les  grammaires  de  Sexagius,  Van  Ileule,  Pontus 
Iluyler,  VVinscholcu,  etc.;  des  traductions  de  classiques  grecs  et  latins, 
édit.  des  XVIe  el  XV1I«  siècles. 

La  bibliothèque  Snellaerl  est  aussi  fort  riche  en  prosateurs  flamands. 
Nous  en  avons  compté  au-delà  de  1200.  Citons  :  Den  bien  boeck,  Anlwerpcn, 
Eckert,  1503;  Die  groole  spiegel  der  volcomeuheyl,  by  //.  Ilerp,  Tantwerpcn, 
Eckert,  1502;  Dits  die  duytsce  psotter,  Zwolle,  P.  van  Os,  1491;  Die  historié 


—  407  — 

van  die  heiUge  moeder  Santa  Anna  (by  Woutcr  Bof),  Zwollc,  P.  v.  Os,  1499; 
Kinder-leere,  Aiilw.,  Crom,  1542;  Fr.  Elaut,  corte  vert,  des  geloofs,  Luyck, 
by  Andrics  Ilazcur,  lî>83,  édition  non  décrilc;  traites  divers  de  David  Joi'is, 
Microen,  Coornlicrt,  Marnix,  etc.  Parmi  les  prosateurs,  rangeons  encore 
près  de  100  Blss.  (dont  beaucoup  sur  vélin)  ascétiques,  sermonaires,  lliéo- 
logiens,  tous  intéressants  au  point  de  vue  linguistique,  et  dont  quelques-uns 
sont  réellement  précieux  :  Evangelibouc,  avec  gloses  en  flamand,  de  1590; 
Ruysbroek,  van  de  VII  slotcn;  Id.,  van  de  IV  Oecorringen,  en  2  vol.  in-i», 
Mss.  du  XIV«  siècle. 

La  partie  des  livres  d'histoire  est  peu  considérable.  Elle  consiste  spécia- 
lement en  ouvrages  nouveaux  publics  en  Hollande,  mais  beaucoup  de  ceux-ci 
manquaient  ù  la  bibliothèque  de  Gand.  Au  nombre  des  anciens,  nous  devons 
cependant  signaler  le  Fasciculns  tcmporum,  impr.  à  Utrecht,  par  Veldcnaer, 
en  1480;  la  relation  du  voyage  de  Jean  Berck,  ambassadeur  des  États-Géné- 
raux ù  Venise,  Ms.  in-4»;  Kronijh  van  het  klooslcr  der  Annonciaden  te  Nieti- 
poort,  1630-1783,  Ms.  in-4'';  Levcn  S.  Eufrasia,  légende  S.  Dijmpna,  Odi- 
iia,  etc.  Ms.  du  X\<^  siècle. 

Les  livres  de  médecine  modernes  ne  sont  pas  nombreux.  Par  contre  les 
anciens  traités  sur  l'art  de  guérir,  surtout  ceux  du  XVI«  siècle,  sont  assez 
abondants.  M.  le  docteur  Snellaerl  les  avait  collectionnés,  moins  au  point  de 
vue  de  la  science  qu'à  celui  de  la  langue  flamande.  Nous  y  avons  remarqué  : 
Troost  der  cranker  menschen  door  Franc.  Henrici,  Yper,  Joos  Destréc,  1552, 
et  une  autre  édition  du  même  livre,  Campen,  1531  ;  Van  de  warmen  baden  die 
toi  Aken  sijn  door  Francisco  Fabricio,  Maestrichl,  Baten,  1 552;  Medicinael  boue 
door  J.  Schoover  en  Burres,  Yper,  J.  Désirée,  1333,  et  une  autre  édition  de 
Campen,  1331;  Ilcylsame  cure  der  grousamigher  pocken  door  Laur.  Friesen, 
Anlw.,  1348;  Een  suucrlick  traclaet  om  te  gcnescn  qnctsuren  ghcdacn  met 
haeckbussen  ende  vierslockcn,  by  Ambroyse  Parc,  barbier  en  chirurgyn, 
Hantw.,  1547;  Joh.  Carelani,  inslruclie  vanden  adcrlaten,  Campen,  1551,  etc.; 
plus  une  vingtaine  de  Ms.  anciens,  et  parmi  ceux-ci  V lleelkundc  van  Lan- 
franco,  du  XIV*  siècle,  et  le  très  précieux  Ms.,  aussi  du  XIV«  siècle  :  Surgie 
van  Jan  Yperman,  que  feu  M.  le  docteur  Snellaert  comptait  publier. 

Nous  devons  encore  signaler  :  une  collection  de  livres  concernant  la  ville 
de  Courlrai,  lieu  de  naissance  du  docteur  Snellaert;  tous  les  ouvrages  qui 
ont  paru  sur  l'histoire  de  la  littérature  néerlandaise;  toutes  les  pièces  pu- 
bliées sur  le  mouvement  flamand;  une  étude  philologique  de  Bogaers  sur  le 
poëtc  Vondcl,  en  2  vol.  in-fol.,  Ms.;  une  collection  de  bibles  flamandes,  la 
plupart  du  XVI"  siècle;  des  impressions  flamandes  exécutées  au  XY1«  siècle 
à  Londres,  Embden,  Wcscl,  Francfort  et  Marbourg 


—  108  — 

Un  grnnd  nombre  de  livres  sont  accompagnés  de  notes  bibliographiques 
de  la  main  du  docteur  Snellaert. 

Les  achats  faits  dans  les  ventes  Serrure  et  Blommaert  ont  complété  cer- 
taines lacunes  qui  existaient  dans  la  bibliothèque  Snellaert;  190  ouvrages, 
formant  593  volumes,  ont  été  achetés  dans  ces  doux  venles,  au  moyen  d'un 
subside  spécial  du  Gouvernement. 

Une  collection  moins  considérable  que  celle  du  docteur  Snellaert,  mais 
d'une  valeur  notable  au  point  de  vue  de  l'histoire  locale,  vient  d'être  éga- 
lement acquise  pour  le  dépôt  de  Gand.  Cette  collection,  formée  par  feu 
Mr  J.-Fr.  De  Laval,  modeste  et  très- laborieux  fonctionnaire  qui  a  rendu 
d'immenses  services  à  la  bibliothèque  de  l'Université  dont  il  était  conser- 
vateur-adjoint, comprend  70  volumes,  tous  51ss.  in-fol.  et  in-4«.  Plusieurs 
de  ceux-ci  sont  accompagnés  de  pièces  justificatives  originales  très  précieu- 
ses, de  portraits,  de  planches  historiques,  de  plans,  etc.  En  voici  un  aperçu 
sommaire  :  Korlen  inhoud  der  nederlandsche  geschiedenissen  van  1496  loi 
1794;  Dag-regisler  van  al  licl  gène  gedenkwardig  voorgevallen  is  binnen 
Gend  sedert  13  july  13G6  loi  15  juny  1383,  3  vol.  in-fol.  et  6  vol.  de  pièces 
justificatives,  comprenant  des  documenis  imprimés  du  XVI«  siècle  de  la  plus 
grande  rareté;  Analyse  et  copie  des  lettres  de  Marguerite  de  Parme,  etc.  (400), 
au  Magistral  de  Gand,  depuis  1564,  2  vol.  in-fol.;  Copie  des  lettres  originales 
du  prince  d'Orange,  Guillaume  le  Taciturne,  et  de  son  successeur  aux  Etals 
de  Flandre,  au  Magistrat  de  Gand,  etc.,  depuis  1577;  Histoire  de  Vorigine 
des  troubles  dans  les  Pays-Bas,  au  XVl^  siiicle,  jusqu'en  1566;  Extraits  his- 
toriques par  Ch,  P arment ier  ;  Gendsche  geschiedenissen  door  Christ.  Van 
Huerne  (copie);  Généalogie  de  la  famille  Hembyse,par  Hye-Schoutheer;  Collec- 
tion de  pièces  et  documents  concernant  la  réforme  de  l'enseignement  primaire; 
Description  des  tableaux  qui  se  trouvent  dans  les  églises  et  couvents  de  Gand, 
par  Ch.  Spruyt;  Hislorische  aenleekeningen  op  de  vernielinge  der  klooslers  in 
Nederlanden;  Dag-aenteekcning  of  kronyk  van  het  voorgevallene  binnen  Gent 
sedert  1813  lot  1813,  door  Hye-Sehoulhecr,  met  vervolg  door  De  Laval;  No- 
tices hist.  et  généal.  des  gouverneurs  des  Pays-Bas,  depuis  Marguerite  d''Au- 
triche  jusqu'à  François  de  Agurlo,  1565-1690,  avec  armoiries  en  couleurs 
et  nombreux  portraits;  Recueil  de  pièces  cl  documents  concernant  Vinaugu- 
ration  de  l'Université  de  Gand;  Collection  de  pièces  concernant  la  navigation 
et  le  commerce  maritime  de  la  Flandre;  De  clcene  ofle  corte  chronycke  van 
Juslus  Billiel,  toi  1364;  Dcn  boeck  van  dcn  prclalen  vaii  S.  Pieters  ne/fens 
Ghendt,  etc.,  etc. 

Vers  la  même  époque,  la  Bibliothèque  a  reçu  en  don  de  M""  Evarisie  Can- 
naert,  un  .Ms.  très  précieux  intitulé  :  Summarium  rertim  in  Gallia  gcslarum 


—  109  — 

ab  a"  1787  ad  annum  1816,  auctorc  J.-L.  Serlippens.  Ce  Ms.,  en  3  volumes 
in-fol.,  renferme  des  détails  historiques  du  plus  haut  intérêt  et  mériterait 
d'être  publié. 

Se  conformant  à  sa  promesse,  le  bibliolliccaire  a  déposé,  à  titre  de  don, 
la  partie  de  sa  collection  personnelle  comprenant  les  livres  imprimés  à 
Gand  et  les  ouvrages  dont  les  auteurs  sont  des  Gantois.  Cette  collectiou, 
composée  de  près  de  10,000  volumes  ou  pièces,  a  été  décrite,  en  grande 
partie,  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Bibliographie  gantoise.  Plusieurs  de  ces 
livres  sont  fort  rares,  et  il  en  est  bon  nombre  dont  on  ne  connaît  qu'un 
seul  exemplaire. 

Les  accroissements  de  la  Bibliothèque  de  Gaud  se  sont  donc  élevés  dans 
ces  six  derniers  mois  à  environ  20,000  volumes  et  pièces. 

L'acquisition  de  la  collection  Snellaert  est  due  à  rinlelligente  initiative  de 
M.  l'avocat  Drubbel,  représentant  de  Tarrondissemenl  de  Gand,  et  de  tous 
les  autres  membres  de  la  députation  gantoise. 

D'après  une  décision  prise  par  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  et  approuvée 
par  la  Chambre  des  représentants,  il  y  aura  désormais  des  séances  du  soir. 
Du  moment  que  les  travaux  d'appropriation  seront  terminés,  la  Bibliothèque 
de  l'Université  de  Gand  sera  ouverte  au  public,  outre  les  heures  ordinai- 
res {de  10  heures  du  matin  à  3  heures  de  relevée),  tous  les  jours,  sauf  les 

jours  fériés,  de  5  à  9  heures  du  soir. 

F.  y.  D.  H. 

Les  ihondations.  —  L'Europe  entière  a  été  visitée,  à  la  fin  de  l'année  1872, 
par  le  terrible  fléau  des  inondations,  qui  a  sévi  avec  une  violence  dont  les 
annales  du  monde  offrent  peu  d'exemples.  La  plupart  des  grandes  rivières 
de  France  sortirent  de  leur  lit;  en  Italie,  la  vallée  du  Pô  a  été  sous  eau,  et  le 
long  deia  Baltique,  environ  quatre  cents  lieues  de  côtes  ont  été  exposées  aux 
furies  de  la  mer.  En  Belgique,  la  mer  heureusement  n'a  pas  rompu  de  digues, 
mais  les  rivières,  grossies  par  les  pluies  de  plusieurs  mois,  ont  transformé 
en  lac  immense  une  grande  partie  des  Flandres  et  du  Hainaut. 

La  ville  de  Gand  a  été  plus  éprouvée  que  les  autres,  exposée  qu'elle  se 
trouve  à  subir  l'influence  des  crues  de  l'Escaut  et  de  la  Lys  reunis.  Dès 
le  commencement  du  mois  de  décembre,  la  crue  des  rivières  y  prit  des 
proportions  inquiétantes  :  le  11,  l'eau  fit  irruption  dans  les  rues  et  les  habi- 
tations des  quartiers  bas  de  la  ville;  le  13,  réchelle  de  jauge  du  port  de 
Gand  marquait  6>",20.  C'était  en  quelques  jours  une  augmentation  de  soixante 
centimètres;  le  15,  elle  marquait  Gm.SS;  tous  les  quartiers  ouvriers  étaient 
sous  eau;  dans  la  rue  des  Remouleurs,  les  eaux  envahirent  les  salons;  des 


—  110  — 

chariots  de  rouliers  fircnl  pendant  quelques  jours  le  service  d'omnibus  dans 
le  quartier;  les  chevaux  avaient  de  l'eau  jusqu'à  mi-corps. 

Le  Grand-Béguinage  se  trouva  en  quelques  heures  transformé  en  lac;  on 
établit  des  passerelles  le  long  des  maisons,  pour  permettre  le  ravitaillement 
des  béguines;  beaucoup  d'entre  elles  allèrent  chercher  un  asile  en  ville,  chez 
des  parents  ou  des  amis  un  peu  moins  éprouvés.  Le  nouvel  hôpital  civil  ne 
fui  pas  épargné,  l'eau  entra  dans  les  couloirs  et  presque  dans  les  salles;  la 
machine  de  chauffage  et  d'aérage  fut  noyée;  l'autorité  dut  prendre  des  me- 
sures pour  faire  transporter  les  malades  ailleurs. 

Le  16,  les  eaux  menaçaient  la  place  de  la  Station  de  l'Étal;  la  plupart  des 
fabriques  qui  avaient  encore  réussi  à  continuer  le  travail,  furent  obligées  de 
s'arrêter,  une  partie  des  ateliers  et  presque  partout  les  machines  étaient 
inondées;  plusieurs  rues,  dans  le  quartier  de  l'Entrepôt,  avaient  un  mètre 
d'eau;  le  même  jour,  16  décembre,  il  y  eut  une  baisse,  mais  peu  sensible; 
les  pluies  ayant  repris  avec  intensité,  on  constata  une  nouvelle  hausse  le  21. 
Le  22  décembre,  l'échelle  accusait  une  baisse  de  cinq  centimètres  et,  le  24 
il  en  avait  encore  sept  de  moins.  Le  26,  elle  marquait  305,70,  et  le  31  il  n"y 
avait  plus  que  5™, 44  d'eau  au  port.  A  la  mi-janvier,  l'inondation  avait  cessé. 
non  sans  laisser  derrière  elle  des  traces  et  des  souvenirs  qui  seront  longs  à 
s'effacer.  Les  horticulteurs  furent,  avec  les  ateliers  de  filature  et  de  tissage, 
une  des  industriesqui  eurent  le  plus  à  souffrir;  chez  les  frèresVander  Meersch, 
rue  de  la  Maison  de  Force,  l'eau,  amenée  sans  doute  par  un  conduit  souter- 
rain, fit  soudainement  irruption,  s'élançant  de  terre  comme  une  fontaine 
jaillissante;  en  moins  de  trois  heures,  le  sol  de  rétablissement  tout  entier 
était  couvert  d'un  demi-mètre  d'eau. 

Les  dégâts  sont  partout  considérables  :  espérons  que  dorénavant  on  n'aura 

plus  à  subir  de  semblables  calamités. 

Emile  V.... 

Livre  des  feudataires  des  comtes  de  Flandre  ae  pays  de  Waes  (1).  —  Cette 
publication,  qui  a  paru  dans  la  collection  des  Annales  du  Cercle  archéologi- 
que du  Pays  de  Waes,  forme  un  volume  grand  in-S»  de  633  pp.,  précédées 
d'une  Introduction  de  x  p.  Le  chevalier  de  Schoutheele  y  a  réuni  :  lole  rôle 
des  feudataires,  dressé  le  1"  mai  1383  par  le  bailli  Jean  de  Jaeghere,  rece- 


(1)  Livre  des  feudataires  des  comtes  de  Flandre  ati  Paijs  de  Waes,  aux 
XIV«,  ÀT«  et  XVI«  siècles,  d'après  les  manuscrits  de  la  chambre  des  comptes 
à  Bruxelles,  avec  table  onomastique  et  Introduction,  par  le  chevalier  de 
SciiouTUEETE  DE  Tervarent.  —  Sainl-Nicolas,  Edom,  1873. 


—  Hl   — 

veur  des  reliefs;  2»  le  rôle  des  feudataires,  dressé  en  Môo  par  le  liaul  éclievin 
Louis  vander  Moere,  fils  de  Gilles,  receveur  des  reliefs  de  Waes,  et  continué 
en  1473,  par  le  bailli  Baudouin  Quilsbaut;  3"  le  rôle  des  feudalaires,  dressé 
en  1528,  sur  ordonnance  de  Charles-Quint  de  1526,  par  le  bailli  Paul 
d'Hauwe. 

Ce  travail,  que  l'auleur  qualifie  de  sec  et  d'aride  par  sa  nature,  «  procure 
cependant  au  chercheur  des  matériaux  de  grande  valeur,  le  mettant  tantôt 
sur  la  trace  de  faits  ignorés,  tantôt  lui  donnant  la  clef  d'erreurs  commises 
ou  de  doutes  encore  existants.  »  Ces  lignes,  que  le  chevalier  de  Schouthecle 
écrivait  naguère  au  sujet  d'un  ouvi-age  analogue  (1),  nous  croyons  pouvoir 
les  appliquer  à  son  nouveau  travail. 

Il  est  à  regretter  cependant  qu'il  n'ait  pas  joint  au  texte  du  «  Livre  des 
feudalaires  »  quelques  notes,  auxquelles  ses  connaissances  généalogiques  et 
héraldiques  n'auraient  pas  manqué  de  donner  un  grand  intérêt. 

Emile  V.... 

Eléments  d'archéologie  chrétienne,  par  E.  Redsens  (2).  —  Le  volume  qui 
vient  de  paraître  sous  ce  titre,  est  le  premier  d'une  œuvre  importante,  ù  la- 
quelle la  science  généi*alement  reconnue  de  l'auteur  promet  un  légitime 
succès. 

«  Après  avoir  exposé  les  principales  règles  de  l'archileclure  classique,  qui 
a  exercé  une  grande  influence  sur  les  monuments  des  premiers  siècles,  nous 
parcourrons  successivement  les  cinq  grandes  périodes  de  l'art  religieux  :  la 
période  des  catacombes,  la  période  latino-byzantine,  la  période  romaine,  la 
période  ogivale  et  la  période  dite  de  la  Renaissance.  »  Tels  sont  les  mots  par 
lesquels  l'auteur  indique  les  grandes  divisions  de  son  travail  :  le  premier 
volume  va  jusqu'à  la  période  romane  inclusivement,  la  suite  comprendra  les 
deux  dernières. 

Les  «  Eléments  d'archéologie  chrétienne  »  sont  réellement  remarquables 
sous  le  rapport  de  l'ordre  et  de  la  méthode;  l'auteur  s'avance  pas  à  pas,  défi- 
nit avec  exactitude  et  n'abandonne  un  point  qu'après  l'avoir  complètement 
élucidé;  son  style  est  clair,  ses  explications  concises.  11  évite  soigneusement 
toute  dissertation  qui  l'entraînerait  trop  loin;  pour  se  borner  sévèrement  à 

(Ij  V.  Bibliophile  belge,  a"  1863,  notice  du  chevalier  de  Schoutheete  de 
Tervarent,  au  sujet  du  «  Livre  des  feudataii-es  de  Jean  III,  duc  de  Brabaut,  » 
par  L.  Galesloot. 

(2)  Eléments  d'archéologie  chrétienne,  par  E.  Reusens,  professeur  d'archéo- 
logie à  l'Université  catholique  de  Louvain.  T.  I'^,  illustré  de  483  gravures 
sur  bois.  —  Louvain,  Peelers,  1872. 


—   112  — 

exposer  et  détailler  son  sujet,-  après  l'avoir  lu,  Thomme  le  moins  familiarisé 

avec  l'archéologie  se  trouvera  parfailement  renseigné. 

Donner  un  long  comple-renJu  ne  nous  est  pas  permis,  mais  nous  sommes 

persuadé  que  les  quelques  lignes  consacrées  ici  à  l'ouvrage  de  M.  Reusens, 

en  disent  assez  sur  sa  valeur. 

Emile  V.... 

Les  iRMOiniES  des  comtes  de  Flandre  (1).  —  Une  question  historique  fort 
intéressante  a  été  soulevée  l'année  dernière  au  sujet  des  armoiries  anciennes 
des  comtes  de  Flandre.  On  a  cru  généralement  jusqu'ici  que  les  comtes  de 
Flandre  jusqu'à  Philippe  d'Alsace,  portaient  un  écu  gironné  d'or  et  d'azur; 
M.  Piot  conteste  ce  fait,  qu'affirme  M.  De  Busscher.  Le  premier  pense  que 
l'attribution  de  cet  écu  est  le  résultat  d'une  méprise,  que  a  Guillaume  Cliton 
portail  un  bouclier  à  ornements,  que  des  auteurs  ont  pris,  à  tort,  pour  des 
girons,  »  d'où  est  venue  toute  l'erreur  et  la  conclusion  que  les  comtes  de 
Flandre  auraient  fait  usage  de  cet  écu  avant  d'adopter  le  lion. 

M.  De  Busscher,  répondant  à  M.  Piot,  est  d'avis,  au  contraire,  que  long- 
temps avant  Guillaume  Cliton,  les  comtes  se  servirent  de  l'écu  gironné;  pour 
élayer  son  opinion,  il  s'appuie  sur  les  chroniques,  où  il  est  dit  que  Philippe 
d'Alsace  abandonna  les  anciennes  armoiries  de  ses  prédécesseurs,  pour  adop- 
ter Técu  d'or  au  lion  de  sable,  emblème  d'un  bouclier  conquis  par  lui  sur  le 
prince  d'Abilène;  il  invoque  également  les  anciennes  peintures,  où  l'écu  gi- 
ronné est  attribué  aux  premiers  comtes,  ainsi  que  d'anciennes  armoiries  de 
seigneurs  flamands  ou  d'abbayes  fondées  par  les  comtes  :  en  somme,  il  sou- 
tient que  les  premiers  comtes  avaient  adopté  comme  emblème,  insigne  ou 
armoirie,  peu  importe,  les  girons  d'or  et  d'azur. 

La  discussion  en  est  là;  M.  Piot  s'efforcera  sans  doute  de  détruire  les 

preuves  mises  en  avant  par  son  contradicteur,  et  la  science  ne  peut  que  gagner 

à  ce  tournoi. 

Emile  V.... 

Vente  de  Livres.  —  Une  très-belle  collection  de  livres  anciens  doit  être 
vendue  à  Londres  dans  le  courant  de  la  saison  prochaine.  Elle  vaut  plus  d'un 
million,  et  contient  des  manuscrits  enluminés  d'une  grande  rareté  et  autres 
curiosités  qui  exciteront  la  convoitise  des  collectionneurs. 

Il  y  a  une  exemplaire  sans  prix  de  la  Bible  lUazarine,  première  édition  de 

(i)  Les  armoiries  des  comtes  de  Flandre,  dissertation  historique  par  Edmond 
De  Bcsscher;  Bruxelles,  1872.  Extrait  des  Bulletins  des  Commissions  d'Art  et 
d'Archéologie.  —  Ihcherches  sur  l'origine  et  l'hérédité  des  armoiries,  par  Piot. 


—  H3  — 

VÉcriture  sainte.  On  suppose  que  c'est  le  premier  livre  qui  sortit  des  presses 
de  Gutcnberg,  imprimé  avec  des  caractères  mobiles,  vers  1458. 

Il  y  a  un  splendide  manuscrit  du  «  siège  de  Troie  »  de  Lydgate,  l'exem- 
plaire identique  offert  par  le  poëtc  même  à  son  royal  protecteur,  Henri  V 
d'Angleterre. 

La  collection  fut  formée  au  commencement  du  siècle  actuel  par  M.  Henri 
Perkins,  descendant  de  M.  Algcrnon  Perkins,  qui  vient  de  mourir.  La  riche 
collection  dont  nous  venons  de  parler  sera  vendue  dans  la  maison  mortuaire, 
chose  peu  usitée  en  pareil  cas. 

Fouilles  et  explorations.  —  Le  comité  des  antiquaires  de  Londres  a 
chargé  son  président,  lord  Stanhope,  de  solliciter  du  chancelier  de  l'Echi- 
quier son  concours  financier  pour  des  fouilles  à  exécuter  dans  l'ancienne 
Troade,  en  vue  de  rechercher  les  tombeaux  d'Achile,  de  Palrocle,  d'Ajax,  de 
Priam  et  d'Hector.  On  lira  avec  intérêt  la  réponse  suivante  que  M.  Lowe 
vient  d'adresser  à  lord  Stanhope,  et  qui  est  une  véritable  leçon  d'économie 
politique  : 

10  Mars  1873. 
Mylord, 

J'ai  l'honneur  d'accuser  réception  de  la  lettre  dans  laquelle  Votre  Seigneu- 
rie recommande  d'explorer  aux  frais  du  trésor  public  les  tumuli  qui  se 
trouvent  dans  les  plaines  de  la  Troade.  Cette  entreprise  a  pour  but  d'éluci- 
der des  questions  fort  douteuses.  Il  y  a  plus  de  1,800  ans,  un  poêle  romain 
parlant  de  Troie  a  écrit  :  Eliam  jieriere  ruinœ.  Votre  Seigneurie  cite  comme 
argument  l'exploration  du  temple  d'Éphèse.  Ce  travail  a  été  entrepris  par 
les  administrateurs  du  Musée  britannique,  non  pour  rechercher  le  site  et  la 
forme  du  temple,  —  question  tout-ù-fail  en  dehors  de  la  sphère  du  conseil, 
—  mais  en  vue  de  recueillir  les  reliques  de  l'art  antique  enfouies  dans  les 
ruines.  L'exploration  du  site  n'était  qu'un  objet  accessoire.  Il  s'agissait  sur- 
tout d'acquérir  des  spécimens  de  la  statuaire  et  de  l'architecture  anciennes. 
On  en  peut  dire  autant  des  excavations  faites  à  Budroee,  à  Priène,  à  Rhodes 
et  à  Halicarnasse.  En  ce  qui  concerne  la  Troade,  il  y  a  peu  de  chance  d'en- 
trer en  possession  de  quelque  objet  qui  rémunère  les  recherches,  et  la 
question  doit  donc  être  jugée  d'après  ses  propres  mérites,  et  sans  se  préoc- 
cuper des  fouilles  ordonnées  pour  le  Musée  britannique. 

Il  s'agit  de  savoir  si  des  excavations  entreprises  en  vue  de  confirmer 
l'Iliade,  justifient  la  dépense  des  deniers  publics.  Je  regrette  de  devoir  dire 
que,  d'après  moi,  il  n'en  est  pas  ainsi.  Cette  dépense  n'a  pas  d'utilité  pra- 
tique. Elle  ne  servirait  qu'à  satisfaire  lu  curiosité  de  ceux  qui  croient  que 


—  114  — 

les  récits  d'Horaèi-c  sont  de  l'histoire  et  non  la  création  de  l'imagination  du 
poêle. 

Mais,  tout  en  rcgrellant  de  ne  pouvoir  me  rallier  à  l'opinion  de  Voire 
Seigneurie,  je  crois  qu'il  existe  un  moyen  de  recueillir  les  fonds  nécessaires. 
On  dit  que  l'cntliousiasme  classique  de  l'Europe  a  délivré  la  Grèce  du  joug 
de  la  Turquie.  L'enthousiasme  littéraire  de  l'opulente  Angleterre  n'esl-il 
pas  à  la  hauteur  d'une  entreprise  qui  aurait  pour  but  d'explorer  des  sites 
qui  parlent  chaque  jour  à  l'imagination  de  tous  les  lettrés?  Le  Daily  Tete- 
graph,  avec  ma  cordiale  approbation,  fait  explorer  à  ses  frais  les  secrets 
enfouis  dans  le  sol  de  la  Mésopotamie.  Pourra-t-on  dire  qu'un  groupe  con- 
sidérable de  nobles  et  de  gentlemen  anglais  ne  trouve  pas  de  meilleur  moyen 
de  satisfaire  une  curiosité  élevée  que  de  solliciter  le  chancelier  de  l'Échi- 
quier d'y  employer  l'argent  provenant  de  l'épargne  de  la  classe  la  plus 
pauvre  de  la  communauté? 

Je  regrette  sincèrement  que  l'esprit  d'Hérode  Allicus  ne  se  soit  pas  trans- 
mis aux  temps  modernes,  et  je  suis  persuadé  que  si  la  moitié  de  l'énergie 
que  l'on  met  à  rechercher  le  concours  du  gouvernement  était  consacrée  à 
stimuler  la  munificence  des  particuliers,  cet  objet  et  beaucoup  d'autres  du 
même  genre  pourraient  être  réalisés  de  la  façon  la  plus  aisée  et  la  plus 

complète. 

Je  reste,  Mylord,  voire  obéissant  serviteur, 

Robert  Lowe. 

Fouilles  de  Pompéi.  —  VUnila  Nazionale  rend  compte  de  quelques  dé- 
couvertes intéressantes  faites  tout  récemment  dans  les  fouilles  de  Pompéi. 

Le  10,  dans  le  vestibule  d'une  maisonnette,  on  a  trouvé  deux  squelettes. 

L'un  est  incontestablement  celui  d'une  femme,  il  avait  un  bracelet  en  or 
massif  d'une  forme  inusitée,  composé  de  gros  anneaux  soudés  lun  à  l'autre 
et  fermés  par  deux  fils  aussi  en  or. 

Le  1 1 ,  dans  le  jardin  de  la  même  maison,  on  a  trouvé  une  staUielle  assise, 
haute  de  60  centimètres,  d'un  modèle  peu  ordinaire. 

Elle  est  en  terre  cuite,  mais  d'un  style  indécis.  Le  type  de  la  tête,  en  effet, 
est  absolument  de  Jupiter.  Elle  est  revêtue  d'une  tunique  avec  des  manches 
courtes  qui  ne  couvrent  que  la  partie  supérieure  des  bras,  elle  a  les  jambes 
et  les  mains  croisées. 

Un  manteau  descend  des  épaules  et  enveloppe  les  deux  jambes.  Elle  lient 
dans  la  main  droite  un  papyrus.  C'est  donc  un  philosophe. 

Le  12,  on  a  fait  une  découverte  encore  plus  importante  et  qui  restera  peut- 
être  la  plus  belle  de  toute  cette  saison. 


—  115  — 

Dans  rcJiculc,  au  fond  du  jardin  de  la  maison  attenante  ù  celle  dont  nous 
venons  de  parler,  on  a  trouvé  une  Vénus  en  marbre.  Elle  mesure,  avec  la 
base,  plus  d'un  mètre  de  hauteur. 

Elle  est  parfaitement  conservée;  il  ne  lui  manque  que  deux  doigts  de  la 
main  droite.  Mais  son  état  de  couservalioii  est  bien  peu  de  cliose  en  fon)pa- 
raison  de  la  coloration. 

Les  fouilles  de  Pompéi  et  d'Ilerculanum  ont  doimé  un  grand  nombre  d'au- 
tres statues  de  marbre  peintes.  Mais  les  couleurs  S':  sont  effacées  plus  ou 
moins  promplcment. 

Espérons  que,  pour  cetCc  gracieuse  statuette  de  travail  romain,  on  trouvera 
un  procédé  pour  les  conserver  telle  qu'elle  est  revenue  au  jour.  Elle  a  les 
cheveux  jaunes,  les  bords  des  paupières  et  les  sourcils  sont  noirs;  la  chlamyde 
qui,  du  bras  gauche,  en  passant  derrière  les  épaules,  descend  sur  les  jambes 
et  couvre  les  parties  inférieures,  est  aussi  peinte  en  jaune  au  dehors;  les  plis 
intérieurs  gardent  quelques  traces  de  bleu  et  de  rouge  aux  bords. 

Le  bras  gauche,  dont  la  main  tient  la  pomme  de  Paris,  est  appuyé  sur  une 
statue  plus  petite,  dont  les  vêtements  sont  aussi  colorés  en  jaune,  en  vert  et 
en  noir,  les  parties  nues  sont  blanches. 

Une  ville  enterrée.  —  Déjà  des  récils  de  voyageurs  nous  ont  appris  que 
dans  les  plaines  de  l'Arizone  il  existe  des  vestiges  de  vastes  cités  jadis  sans 
doute  habitées  par  les  Aztèques  :  le  récit  du  colonel  Roberis,  publié  le 
19  décembre  dans  le  Denver  News,  concorde  complètement  avec  les  autres. 
La  ville  déserte  découverte  par  le  colonel  Roberts  couvre  une  superficie  de 
trois  milles  carrés.  Elle  est  entourée  d'une  muraille  régulièrement  bâtie,  de 
10  à  12  pieds  d'épaisseur  et  dans  l'origine,  à  en  juger  par  le  talus,  haute  de 
15  à  20  pieds.  A  l'extérieur  se  trouvent  des  murailles  de  maisons,  de  temples 
et  de  marchés,  toutes  bâties  en  pierre  solide  et  bien  maçonnées.  Ces  murs 
sont  couverts  de  nombreux  hiéroglyphes,  taillés  très-profondément  dans  la 
pierre.  Ces  ruines  semblables  à  celles  qu'on  retrouve  en  Orient,  et  particuliè- 
rement en  Arabie  et  en  Assyrie,  sont  plus  ou  moins  ensevelies  dans  le  sable. 
D'après  le  récit  du  colonel,  cette  ville  serait  à  90  milles  de  la  frontière 
entre  Utah  et  Arizonna,  et  à  une  dislance  égale  de  la  ligne  occidentale  de 
Colorado  :  on  peut  donc  en  déterminer  exactement  la  silualion  sur  les  car- 
tes. Tout  près  du  désert,  la  ville  est  environnée  de  plaines  sablonneuses  fort 
étendues.  Ceci  explique  le  retard  des  découvertes  modernes,  puisque  ni  les 
Indiens  ni  les  blanes  ne  seraient  disposés  à  pénétrer  en  un  pareil  désert,  et 
le  fait  explique  également  que  depuis  la  construction  de  la  ville,  le  climat  et 
le  sol  de  celte  région  ont  subi  de  grands  changements. 


—  116  — 

Il  paraît  que  le  colonel  Roberts  élait  à  la  tète  d'un  groupe  de  chercheurs 
de  diamants,  et  qu'ils  s'étaient  égarés  dans  ce  désert  sablonneux  lorsqu'ils 
firent  la  découverte  de  la  cité  ensevelie.  Ce  n'est  que  dans  ce  but  qu'on  eût 
pénétré  dans  un  lieu  aussi  peu  attrayant,  puisqu'on  n'y  trouve  d'aliments  ni 
pour  les  hommes,  ni  pour  les  cheveux,  et  que  l'eau  y  est  si  rare,  que  les 
explorateurs  en  ont  manqué  pendant  Ircnle-six  heures. 

La  description  de  cette  ville  est  presque  identique  à  celle  que  plusieurs 
voyageurs  en  ont  donnée. 

Société  des  Sciences,  des  Arts  et  des  Lettres  du  Hainaut.  —  Concours 
DE  1873.  —  LiUcralure.  —  Éloge  de  François  Fétis.  —  Même  sujet  en  vers, 
—  Une  pièce  de  vers  sur  un  sujet  puisé  dans  l'histoire  de  Belgique.  —  Une 
pièce  de  vers  sur  un  sujet  d'actualité.  —  Une  nouvelle  en  prose. 

Biographie.  —  Biographie  d'un  homme  remarquable  par  ses  talents  ou 
par  les  services  qu'il  a  rendus  et  appartenant  au  Hainaul. 

Beaux-Arts.  Archileclure.  —  Étudier  l'architecture  dans  les  monuments  et 
les  maisons  particulières  de  la  ville  de  Mons,  aux  deux  derniers  siècles. 

Histoire.  —  Écrire  l'histoire  d'une  des  anciennes  villes  du  Hainaut,  excepté 
Soignies,  Péruwelz  et  Saint-Ghislain.  —  Faire  l'historique  de  l'exploitation 
de  la  houille  dans  le  Hainaut. 

Enseignement.  —  Examen  critique  de  nos  lois  sur  renseignement. 

Questions  proposées  par  le  Gouvernement.  —  Une  appréciation  raisonnée 
des  ouvrages  de  J.-F.  Le  Poivre,  géomètre  monlois.  —  Discuter  à  fond  la 
question  du  traitement  en  grand  du  minerai  de  fer  en  Belgique  au  moyen  de 
la  houille  crue. 

Le  prix  pour  chacun  de  ces  sujets  est  une  médaille  d'or. 

Les  mémoires  devront  être  remis  franco,  avant  le  51  décembre  1873,  chez 
M.  le  Président  de  la  Société,  rue  des  Compagnons,  21,  à  Mous. 


X 


—  m  — 


(ffituelques  sceaux 

DU  DIOCÈSE  DE  GAISTD  (i). 


VU  (suite). 

Nous  avons  tlécouverl  dans  les  archives  de  la  calhédrale 
une  empreinte  du  sceau  moderne  des  Aiexiens,  cachetant 
une  lettre  écrite  vers  1769  au  chanoine  De  Backer,  pré- 
sident du  grand  séminaire.  Ce  cachet,  en  cire  rouge,  est 
orbiculaire  au  diamètre  de  0'",022.  Dans  le  champ  est 
figuré  saint  Augustin,  en  habits  pontificaux,  tenant  de  la 
main  droite  le  cœur  symbolique  et  de  la  gauche  une  crosse, 
dont  la  volute  fleuronnée,  tournée  en  dehors  à  côté  de  la 
mitre,  coupe  la  légende.  Celle-ci,  également  interrompue 
dans  le  bas,  porte  entre  le  filet  intérieur  et  le  grènelis 
extérieur,  les  mots  en  majuscules  romaines  :  CELLE- 
BROEDERS  VAN  GHENDT. 

Cette  pièce,  peu  remarquable  sous  le  rapport  de  l'art, 
présente  un  certain  intérêt  historique  et  semble  prouver 
que  les  Aiexiens  de  Gand  abandonnèrent,  vers  la  fin  du 
XVI^  siècle,  le  tiers-ordre  de  Saint-François,  pour  em- 
brasser la  règle  de  Saint-Augustin,  sous  laquelle  ils  sont 
classés  par  Aubert  Le  Mire,  dans  ses  Origines  monasti- 
ques, imprimées  à  Cologne  en  1620. 

(1)  Voir  années  18G8  el  suiv. 

1873.  9 


—   H8  — 

Oost-Eecloo.  Chassées  par  les  Gueux  de  leur  pieux  asile 
(J'Oost-Eecloo,  les  Cisterciennes  vinrent  en  1583  occuper 
à  Gand  l'ancienne  Cour  de  la  Poterne,  célèbre  par  la  mort 
prématurée  et  mystérieuse  de  Michelle  de  France  et  par 
le  séjour  du  fameux  sire  d'imbercourt.  Le  nouveau  cou- 
vent prit  le  nom  de  la  localité  où  s'était  fondée  l'ancienne 
abbaye. 

Supprimées  par  la  Révolution  française,  les  dernières 
religieuses  revinrent  après  le  rétablissement  du  culte  et 
s'installèrent  dans  les  bâtiments  les  plus  rapprochés  de 
l'ancienne  Poterne.  En  1853,  les  PP.  Jésuites  s'établirent 
dans  le  reste  des  édifices  et  approprièrent  à  leur  usage 
l'ancienne  chapelle  conventuelle.  Les  cinq  Cisterciennes 
survivantes  se  retirèrent  quatre  ans  plus  tard  et  permirent 
ainsi  à  la  Compagnie  de  Jésus  de  modifier  et  d'agrandir  sa 
nouvelle  résidence. 

Nous  décrirons  en  son  lieu  le  sceau  primitif  de  l'abbaye 
d'Oost-Eecloo.  Pour  le  moment,  nous  n'avons,  ce  semble, 
qu'à  nous  occuper  des  cachets  employés  par  la  résidence 
de  Gand.  Nous  en  reproduisons  deux  types.  Le  premier 
paraît  dater  de  la  fin  du  XVP  siècle  et  avoir  appartenu  à 
Elisabeth  Fransmans,  qui  dirigea  le  couvent  de  1584  à 
1610.  La  forme  octogone  mesure  0'",022  sur  0",016.  Le 
champ,  bordé  d'un  simple  filet,  est  chargé  d'un  écusson 
aux  armoiries  de  l'ancienne  abbaye,  portant  trois  glands 
à  deux  feuilles  au  naturel,  posés  2,  1 .  Derrière  l'écu  est 
posée  en  pal  la  crosse  à  volute  fleuronnée,  et  sur  une 
banderole,  reliant  l'écu  à  la  crosse  et  à  la  bordure,  on 
lit  le  rébus  composé  des  mots  oost  et  lo,  séparés  par  un 
gland  (eekel).  La  date  du  sceau  est  approximativement  con- 
statée par  les  minuscules  gothiques  et  le  contours  ondoyant 
de  la  banderole  (PI.  XVII,  fig.  1). 

Le  second  cachet  est  ovale  et  mesure  O^jOoO  sur  0"%026. 
Il  est  encadré  par  un  grènetis  et  porte,  comme  le  premier, 


—  119  — 

l'écusson  devant  la  crosse  posée  en  pal,  mais  sur  un  tertre 
verdoyant.  Les  mots  Oost  et  Loo  sont  séparés  par  l'écu.  La 
volute  de  la  crosse  est  aussi  fleuronnée,  mais  garnie  d'un 
vélum  ondoyant.  La  partie  de  la  hampe  au-dessus  de  l'écus- 
son, sépare  la  devise  :  Deugd  verwint  (PI.  XVII,  fig.  2). 

Hospice  Saint-Laurent.  Le  lecteur  trouvera  l'historique 
de  celte  fondation  pieuse  du  chevalier  Guillaume  Wene- 
maer  et  de  sa  dame  Marguerite  's  Brunen,  dans  les  inté- 
ressantes notices  publiées  dans  ce  recueil  par  le  baron 
Jules  de  Saint-Génois  (i).  Nous  nous  contenterons  d'ajouter 
dans  l'intérêt  de  l'histoire,  que  la  suppression  de  l'établis- 
sement fut  décrétée  le  14  juillet  1865  par  la  commission 
des  Hospices,  et  approuvée  le  26  février  de  l'année  sui- 
vante par  le  conseil  communal  de  Gand. 

Le  sceau  primitif,  de  forme  ogivale,  paraît  avoir  été 
d'une  exécution  remarquable.  Dans  le  champ  étaient  figu- 
rés les  deux  fondateurs  à  genoux,  de  chaque  côté  de  la 
Vierge-Mère,  tenant  son  divin  Enfant  entre  les  bras.  Mal- 
heurement  nous  n'avons  pu  retrouver  aucune  empreinte. 

Le  scel  que  nous  reproduisons  (PI.  XVII,  fig.  3),  est 
orbiculaire  au  diamètre  de  0'",024.  Dans  le  champ  est 
figuré  l'écusson,  "parti  de  sinople  à  neuf  billettes  d'argent, 
posées  4-,  3,  2,  1,  comme  portait  Guillaume  Wenemaer,  et 
de  ....  au  buste  de  femme  aux  cheveux  pendants,  comme 
portait  Marguerite 's  Brunen.  Les  trois  segments  du  champ, 
laissés  libres  par  l'écu,  sont  ornés  chacun  d'une  branche  à 
deux  rangs  de  feuilles.  La  légende  porte  en  minuscules 
gothiques  :  s.  wenemaers  hospitael,  1476.  La  matrice  en 
cuivre  se  conservait  encore  dans  l'hospice  vers  l'époque  de 
la  suppression. 

Sainte- Pharaïlde.  Plusieurs  écrivains  se  sont  occupés 
consciencieusement  de  l'histoire  du  chapitre  aulique  de 

(1)  Voir  années  1851,  1833  et  1834. 


—   120  ~ 

Sainle-Pharaïlde,  fonde  vers  912,  près  du  Château  des 
Comtes  et  dans  la  paroisse  de  Sainl-iMicliel  (i).  Nous  n'au- 
rons donc  à  parler  que  des  monuments  sigillaires  de  l'an- 
tique institution.  Ceux-ci  se  divisent  nalurelleraenl  en  deux 
classes  :  les  sceaux  du  chapitre  et  les  sceaux  des  doyens 
et  des  prévôts.  La  découverte  de  plusieurs  d'entre  eux  nous 
permettra  d'éclaircir  certains  points  d'histoire  que  de  Cas- 
tillion,  après  Meyer,  Grammaye,  Le  Mire  et  Sanderus,  a 
laissés  dans  l'obscurité. 

Dès  l'origine  le  chapitre  adopta  invariablement  pour  les 
scels  la  représentation  de  sainte  Pharaïlde.  Nous  en  signa- 
lerons quatre  types.  Le  premier  est  reproduit  sur  un  sceau 
orbiculaire  en  cire  verte,  au  diamètre  de  O^jOS,  appendu 
à  une  charte  du  vendredi  après  le  dimanche  Lœtare  de 
l'année  1270,  par  laquelle  charte  le  doyen  et  le  chapitre 
approuvent  l'échange  d'une  pièce  de  terre  faite  à  Willems- 
kerke,  par  Henri  Buse  (PI.  XVIII,  fig.  I). 

Dans  le  champ  est  figurée  la  sainte  patronne,  debout, 
vêtue  d'un  riche  manteau,  bénissant  et  ressuscitant  une 
oie  dont  un  serf  à  genoux  lui  présente  les  os  sur  un  plat 
circulaire.  La  légende,  en  partie  fruste,  comprend  entre 
deux  filets  les  mots  :  ...  araild.  ad  cau...  et  portail  pro- 
bablement dans  son  ensemble  :  sigillum  ecclesi^  sanct^ 

PHARAÏLDIS   ad   CAUSAS. 

Ce  sceau  servait  parfois  de  conlre-scel  au  sceau  des 
doyens,  comme  nous  le  voyons  reproduit  très-imparfaite- 
ment par  de  Caslillion  (2),  d'après  un  diplôme  de  1302. 
Cet  auteur  a  très-mal  lu  la  dernière  partie  de  l'inscription, 
en  copiant  Gandav.  cap.  au  lieu  de  ad  causas.  Il  paraît, 
du  reste,  n'avoir  jamais  vu  l'empreinte  que  nous  repro- 


(1)  J.-B.  DE  Castillion,  Sacra  Belgii  chronologia,  I,  pp.  61  et  suiv.  — 
Annales  de  la  Société  royale  des  Beaux-Arts,  année  1852. 

(2)  Op.  cit.,  p.  87. 


PL  XV  m 


TV  r^ 


J.7tL         1 


—   12i   — 

(luisons.  De  plus,  nous  sommes  portés  à  croire  que  la 
figure  représentée  sur  l'avers  du  sceau,  gravé  dans  la  Sacra 
Belgii  Clironologia,  doit  nous  rappeler  sainte  Pliaraïlde 
elle-même,  au  lieu  d'un  prêtre  tenant  dans  la  main  droite 
une  palme  cl  dans  la  gauche  un  livre  ou  plutôt  les  trois 
pains  légendaires. 

Pour  l'intelligence  du  sujet  représenté  dans  notre  pre- 
mier sceau,  nous  rappellerons  au  lecteur  le  miracle  sui- 
vant, attesté  par  les  témoignages  les  plus  respectables. 

Un  jour  d'hiver,  Pharaïlde  avait  rencontré  dans  les 
champs  une  troupe  d'oies  affamées.  Émue  de  compassion, 
la  jeune  vierge  avait  mené  les  pauvres  oiseaux  à  la  ferme 
paternelle  et  les  avait  nourries  et  abritées,  en  conjurant 
les  gens  de  service  d'épargner  ses  protégées.  Malgré  ses 
recommandations,  deux  serfs  tuèrent  une  oie,  la  mangèrent 
et  en  jetèrent  les  os.  Le  lendemain  Pharaïlde  découvrit  le 
méfait,  dont  un  enfant  lui  révéla  toutes  les  circonstances. 
Aussitôt  la  noble  fille  chargea  le  jeune  gars  de  rassembler 
les  restes  de  l'oiseau  sur  un  plat,  puis  faisant  le  signe  de 
la  croix,  elle  ressuscita  l'animal,  à  la  grande  confusion  des 
deux  serviteurs  infidèles. 

Ce  fait  miraculeux  explique  la  reproduction  de  l'oie 
dans  les  scels  et  les  mereaux  du  chapitre  de  Sainte-Pha- 
raïlde.  Ajoutons  que  la  Légende  des  saints,  de  Rosweide, 
nous  représente  la  vierge  compatissante,  serrant  dans  ses 
bras  l'oiseau  rendu  à  la  vie. 

Le  second  sceau  du  chapitre,  empreint  également  en 
cire  verte  et  munissant  une  charte  de  1360,  fut  reproduit 
dans  les  annales  citées  plus  haut  (i),  et  dans  le  bel  ouvrage 
de  M.  Kervyn  de  Volkaersbeke  (2).  Sous  un  dais  fleuronné 
à  gable  trilobé,  flanqué  d'arcs  boutants  à  trois  clochetons. 


(1)  Année  1852. 

(2)  ÉQlises  de  Gand,  II,  p.  195. 


—  122  — 

est  figurée  la  sainte  patronne,  à  léle  nimbée,  portant  le 
voile,  le  noanteau  court  et  la  robe  traînante  du  veuvage. 
Elle  tient  de  la  main  droite  la  palme  virginale  et  de  la  gau- 
che les  trois  pains  miraculeux,  dont  voici  la  tradition 
populaire,  confirmée  par  une  attestation  du  14  juin  1542, 
signée  par  le  doyen  de  Sainle-Gudule,  à  Bruxelles,  et  par 
les  curés  de  Humelgem,  Erps,  Ockersele,  Quaederebbe  et 
Cortenberg,  sous  le  sceau  de  l'archevêque  de  Cambrai. 

Une  femme  de  Geetbroek  demande  un  pain  à  prêter  à 
sa  voisine.  Celle-ci  refuse  tout  net.  Cependant,  objecte  la 
première,  tu  en  as  porté  au  four  cette  semaine.  —  Nenni, 
réplique  la  voisine,  je  ne  puis  t'aider,  je  n'ai  pas  de  pain; 
et  comme  l'autre  insiste  encore  :  que  Dieu  et  sainte  Pha- 
raïlde  changent  mon  pain  en  pierres,  ajoute  l'impitoyable 
commère,  si  j'en  ai  plus  d'un  demi  dans  la  maison  !  —  La 
suppliante  part.  Quelques  instants  après,  les  enfants  de  la 
voisine  arrivent  et  demandent  une  tranche  de  pain.  La 
mère  ouvre  le  garde-manger,  mais  à  sa  grande  confusion 
ne  trouve  que  des  pierres.  Le  fait  fut  bientôt  connu  et  les 
pains  pétrifiés,  portés  d'abord  à  la  chapelle  de  Satnte-Pha- 
raïlde,  à  Geetbroek,  passèrent  quelques  années  plus  tard  à 
l'église  de  Gand.  Chaque  année,  pendant  l'octave  de  la 
sainte,  on  les  expose  encore  dans  l'église  de  Saint-Nicolas, 
à  la  vénération  des  fidèles.  Toutefois  il  ne  reste  plus  que 
deux  pains  pétrifiés;  le  troisième  disparut,  dit-on,  pendant 
les  troubles  du  XVI''  siècle.  L'acte,  qui  contient  ces  dé- 
tails, est  cité  par  Bolland  et  mentionne  trois  pains  et  demi. 
Le  prévôt  de  Castillion,  dans  sa  monographie  inédite  (i), 
assure  que  le  nombre  des  pains  métamorphosés  fut  plus 
considérable.   Il  ajoute  que,  dans  la  chapelle  de  Sainle- 


(t)  Anliqua  Gandavensis  basilica  e  lenebris  eriila,  manuscrit  in-S",  obli- 
geamment communiqué  par  son  possesseur  actuel,  M.  le  C'c  T.  de  Limburg- 
Stirum. 


_  123  — 

Pharaïlde  à  Steenockerseel,  près  de  Vilvorde,  on  conservait 
aussi  de  son  temps  trois  pains  et  demi,  deux  fromages,  une 
livre  de  beurre  et  autant  de  levain,  le  tout  pétrifié  sans 
avoir  perdu  ni  forme  ni  couleur  primitive.  Cet  oratoire  de 
Steenockerseel,  bâti  en  1583,  est  actuellement  encore  Irès- 
fréquenté. 

Dans  le  sceau  que  nous  décrivons,  l'oie  traditionnelle 
occupe  le  bas  du  champ.  La  légende  porte  en  belles  ma- 
juscules gothiques  :  s.  capli.  ecclie.  sanc.  phâraïldis.  gan- 
DENSis.  Le  module  est  de  0™,064  sur  0"S0d9. 

A  l'avers  de  cette  pièce  est  appliqué,  en  guise  de  contre- 
scel,  un  sceau  secret  orbiculaire,  au  diamètre  de  0",025.  La 
sainte  patronne,  debout,  lient  les  mêmes  attributs  dans  les 
mains,  mais  ne  porte  pas  le  voile  ni  le  manteau  court.  La 
tète  et  les  bras  sont  nus.  De  chaque  côté  sont  figurés  deux 
oiseaux,  formant  ensemble  un  carré  dans  le  champ.  La  bor- 
dure, coupée  par  la  tête  et  les  pieds  de  la  figure,  contient 
les  mots  :  s.  secret,  ecclie.  be.  pharaild. 

A  l'occasion  de  sa  translation  à  l'église  de  Saint-Nicolas, 
le  20  juin  1616,  le  chapitre  de  Sainte-Pharaïlde  adopta  un 
nouveau  type  sigillaire,  dont  la  matrice  en  argent  est 
passée,  comme  dans  d'autres  de  nos  objets  d'art,  aux  mains 
de  l'étranger.  Nous  en  avons  dessiné  une  empreinte  en  cire 
rouge  dans  le  beau  cabinet  de  M""  Ch.  Onghena.  Le  sceau 
est  surtout  remarquable  par  ses  réminiscences  gothiques. 
Sous  un  dais  à  triple  gable,  subdivisé  en  trois  étages  histo- 
riés, est  figurée  sainte  Pharaïlde  debout,  sous  le  même 
costume  et  avec  les  mêmes  attributs  que  dans  le  sceau 
de  1360.  Deux  oiseaux  se  trouvent,  l'un  à  droite,  l'autre 
à  gauche  des  pieds  de  la  sainte,  autour  de  laquelle  douze 
étoiles  forment  un  gracieux  encadrement.  De  chaque  côté 
de  la  niche,  des  rinceaux  occupent  le  champ.  La  légende, 
coupée  par  le  dais,  porte  entre  deux  grènelis,  les  mots  : 

SIG.  CAPLI.  ECCLIE.  COLLEG.  S.  PHARAÏLDIS.  AD.  S.  NICOLAI.  GAND. 


—  d24  — 

Le  module  est  de  0,082  sur  0°s53  (PI.  XVIII,  fig.  2). 

Dans  sa  monographie  manuscrite,  cilée  plus  haut,  le 
prévôt  de  Caslillion,  en  décrivant  ce  dernier  sceau,  voit 
dans  l'un  volatile  Toie  miraculeusement  ressuscitée,  et  dans 
l'autre,  un  coq,  symbole  de  la  vigilance  pratiquée  par 
sainte  Pharaïlde  dans  l'exercice  matinal  de  ses  devoirs 
religieux. 

Nous  devons  la  découverte  du  quatrième  sceau  à  l'obli- 
geance de  notre  ami,  M'  Emile  Varenbergh  (i).  Le  mauvais 
goût  de  l'époque  décida  le  chapitre  à  remplacer  la  forme 
ogivale  par  l'orbiculaire  et  à  supprimer  toute  ornementa- 
lion  archileclonique.  L'empreinte  que  nous  avons  sous  les 
yeux  a  0'°,047  de  diamètre.  Dans  le  champ  est  représen- 
tée sous  la  forme  mondaine  du  XVII^  siècle,  sainte  Pha- 
raïlde, placée  debout  et  de  face,  la  tête  nue,  tenant  dans 
la  main  droite  les  trois  pains  et  de  la  gauche  la  palme  vir- 
ginale. Cette  figure  coupe  le  millésime  1627,  inscrit  en 
fasce.  La  légende  commence  par  une  croix  et  porte  :  sic. 

CAPLI.  ECCLIiE.  s....    PHARAILD.   AB.   AN. 

Ce  sceau,  exécuté  sous  l'administration  du  prévôt  Phi- 
lippe De  Clercq,  d'Alost,  servit  jusqu'à  la  suppression  du 
chapitre,  faite  en  vertu  de  la  loi  du  i5  fructidor  an  IV^  ou 
1"  septembre  1796.  Les  deux  termes  ab.  an.  nous  sem- 
blent se  rapporter  au  millésime  et  signifier  ab  annis. 

De  Castillion  regrette  le  peu  de  chances  qu'il  a  eues  en 
recherchant  les  noms  des  premiers  dignitaires  du  chapitre 
de  Sainte-Pharaïlde.  Nous  avons  été  quelque  peu  plus  fa- 
vorisés sous  ce  rapport. 

Contrairement  à  l'assertion  gratuite  du  chevalier  Die- 
ricx  (a),  la  dignité  de  prévôt  parait  dater  des  premiers 


(I)  Ce  sceau  est  en  placard  sur  une  pièce  revêlue  de  la  signature  du  prévôt 
de  Vrienls  de  Treunfeld,  et  fait  partie  des  archives  de  sa  famille. 
^2)  Mémoires  sur  la  ville  de  Gand,  II,  p.  527. 


—  125  — 

temps  de  rinslilulion.  Elle  est  cilée  dans  des  aclcs  de  1206 
el  1225  et  semble  être  resiée  vacante  à  celle  époque  pen- 
dant une  vingtaine  d'années.  Dans  cet  intervalle,  tous  les 
pouvoirs  furent  dévolus  aux  doyens.  Le  plus  ancien  de 
ceux-ci,  Henri,  nous  est  signalé  dans  un  acte  du  22  avril 
1234,  que  nous  possédons,  et  par  lequel  sont  reconnus 
les  droits  de  l'abbaye  du  Nouveau-Bois  sur  une  dime  à 
Slrypen,  provenant  de  Gérard  de  Benselhove.  Le  fragment 
du  sceau  en  cire  verte  que  nous  reproduisons,  représente 
le  serf  agenouillé  devant  sainte  Pharaïlde  et  implorant  sa 
grâce  pour  la  mort  de  l'oiseau  protégé.  La  bordure,  enca- 
drée par  de  simples  filets,  ne  donne  que  ces  mots  en  beaux 
caractères  :  ...  sce.  pharaild.  Le  module  semble  avoir  été 
de  0'",044  sur  0",030.  (PI.  XVIII  fig.  5). 

Le  prévôt  Gérard,  cité  par  de  Castillion  d'après  un  acte 
de  1261,  eut  immédiatement  après  pour  successeur  Eus- 
tache,  inconnu  à  notre  auteur,  mais  nommé  le  24  juillet 
1262  dans  l'acte  par  lequel,  conjointement  avec  Jean  abbé 
de  Saint-Pierre,  avec  le  prieur  des  Dominicains  et  le  gar- 
dien des  Frères  Mineurs,  il  reconnaît  les  privilèges  octroyés 
à  l'abbaye  de  Saint-Bavon  par  les  empereurs  Henri  VI  et 
Olhon  (i).  La  flgure  1,  PI.  XIX,  reproduit  le  sceau  de  son 
successeur  Liévin  De  Bleckere,  que  de  Castillion  n'a  trouvé 
qu'en  1315,  tandis  que  l'acte  placé  sous  nos  yeux  dale  du 
mois  de  février  1306.  Celte  pièce  vidime  deux  chartes  : 
l'une  du  mois  d'octobre  1246,  par  laquelle  Hugues,  châte- 
lain de  Gand,  et  sa  femme  Marie,  accordent  aux  Cister- 
ciennes du  Nouveau-Bois  le  droit  d'acquérir  des  propriétés 
à  Heusden;  l'autre,  datée  du  mois  de  janvier  suivant  et  con- 
tenant la  conGrmation  du  même  octroi  par  Marguerite  de 
Constantiuople.  Une  noie  endossée  au  vidimus  nous  ap- 


(1)  Archives  de  la  cathédrale,  fonds  de  Vabbaye;  carton  Obis,  n»  148. 


—  126  — 

prend  même  que  l'année  précédente,  le  prévôl  Liévin  était 
déjà  revêtu  de  sa  dignité. 

Dans  l'empreinte  en  cire  verte,  nous  voyons  sur  un  mar- 
chepied trilobé  sainte  Pharaïlde  debout,  tenant  la  palme  et 
les  trois  pains,  devant  le  prévôt  agenouillé.  Le  champ  est 
divisé  en  carrés  à  globules.  La  bordure  contient  entre  deux 
grènetis  l'inscription  :  ....  livini.  po.  pharail.  gandavensis. 
Cette  belle  pièce  mesure  0™,046  sur  0«»,029. 

Le  sceau  secret,  servant  de  contre-scel  au  revers  de 
l'empreinte,  est  orbiculaire  au  diamètre  de  0'°,021.  On  y 
voit  le  buste  de  sainte  Pharaïlde,  à  tête  voilée.  Dans  la 
bordure,  on  lit  entre  deux  filets  :  secr.  livini  pposit.  sce. 

PHAR,  GAND.  (PI.   XIX,  fig.    2). 

Le  prévôt  Jacques  Slorm,  inconnu  à  de  Caslillion,  suc- 
céda à  Martin  de  Heusden  et  nous  est  cité  dans  un  acte  du 
vendredi  après  l'octave  du  Saint-Sacrement  1552,  par  le- 
quel acte  est  vidimé  le  bail  octroyé  en  octobre  1546,  par 
Avesoele,  abbesse  du  Nouveau-Bois,  à  Michel  Penneman 
et  à  son  fils  Jean.  Le  seau  à  contre-scel,  que  nous  repro- 
duisons (PI.  XIX,  fig.  5  et  4),  est  d'un  très-belle  exécution. 
Sous  un  dais  à  triple  gable,  flanqué  de  contre-forts  ouverts 
à  double  baie,  et  sur  un  marchepied  orné  d'étoiles,  nous 
voyons  avec  la  palme  et  les  pains  sainte  Pharaïlde  debout, 
la  tête  nue  et  nimbée,  la  chevelure  ondoyant  sur  les  épau- 
les. Le  bas  du  champ  et  de  la  bordure  est  occupé  par 
l'écusson  du  prévôt,  chargé  de  six  cors,  placés  5,  2,  1. 
Sous  chaque  arc  boutant  est  figurée  une  oie.  Des  arcatu- 
res  courent  le  long  du  filet  intérieur  de  la  légende.  Celle-ci 
porte,  séparés  par  de  simples  globules,  les  mots  :  s.  jacobi... 
ECCE.  SCE  :  PHARAILD1S  GANDENsis.  Lc  modulc  cst  dc  0'",053 
sur  0",057. 

Le  contre-scel  orbiculaire,  au  diamètre  de  0'",024,  nous 
représente  la  patronne  du  chapitre,  debout  avec  ses  attri- 
buts ordinaires,  derrière  l'écusson  du  prévôt.  De  chaque 


—  127  — 

côté  du  champ  le  ûlet,  en  se  repliant  sur  lui-même,  forme 
un  cercle  encadrant  un  oiseau.  L'inscription  commence  par 
une  croix  et  contient  les  termes  :  s.  jacobi  ppositi  ecce  sce 

PHARAÏLD  GAND. 

Jacques  Storm  paraît  encore  dans  un  acte  du  24  sep- 
tembre 1359,  pour  régler  entre  le  Nouveau-Bois  et  le  curé 
de  Heusden  l'administration  des  saints  sacrements  aux 
domestiques  de  l'abbaye.  Il  fut  remplacé  par  Jean  de  Ghis- 
lelles,  dont  le  successeur  innommé  adopta  un  petit  sceau 
circulaire,  au  diamètre  de  0"%052,  ne  différant  du  contre- 
scel  précédent  que  par  l'écusson  à  trois  besants  et  le  nom  du 
titulaire,  devenu  illisible.  Cette  empreinte,  en  cire  verte, 
est  appendue  à  une  charte  datée  du  samedi  après  la  sainte 
Amelberge  1380.  Par  cette  pièce  le  prévôt,  comme  délé- 
gué du  prieur  de  Sainte-Croix  lez-Tournai,  fait  défense 
aux  échevins  d'Oudenhove  Sainte-Géry  de  molester  les 
Cisterciennes  du  Nouveau-Bois  dans  la  possession  de  leurs 
biens. 

Neuf  ans  plus  tôt,  nous  rencontrons  le  doyen  Hugues 
Most  comme  délégué  apostolique  pour  la  conservation 
des  domaines  de  l'abbaye  de  Saint-Bavon.  Le  vidimus  de 
cette  délégation  date  du  31  juillet  1371.  Il  est  muni  du 
sceau  décanal  en  cire  verte,  au  module  de  0"',055  sur 
0'",037.  Le  sujet  représenté  est  le  même  que  dans  le  sceau 
de  Jacques  Storm.  Seulement  dans  le  sceau  décanal,  sainte 
Pharaïlde  se  tourne  vers  la  gauche  et  l'oiseau  traditionnel 
occupe  le  coin  droit,  aux  pieds  de  sa  protectrice.  La  bor- 
dure, à  moitié  enlevée  ne  contient  que  ces  mots  séparés  par 
des  rosettes  :  s.  hug.  de  most.  dec. 

Le  prévôt  Ogier  Portarius  ou  Portier,  cité  déjà  en  1586, 
fît  représenter  dans  son  scel  la  patronne  debout,  avec  la 
palme  virginale  dans  la  main  gauche,  les  pains  dans  la 
droite  et  l'oiseau  à  côté  du  pied  droit  de  la  sainte.  Le  titu- 
laire lui-même  est  figuré  à  droite,  sous  un  dais  latéral  à 


—  128  — 

double  gable,  servant  de  pendant  au  clocheton  ajouré  de 
gauche.  Sous  le  marche-pied  est  placé  l'écusson,  portant 
quatre  portes  crénelées,  disposées  en  croix  et  séparées  par 
un  sautoir.  Sur  la   bordure  on  lit  :  s.  ogerii.  portarii. 

PPSm.   EC...   PHARAÏLD.    GANDEN. 

Cette  description,  faite  d'après  l'empreinle  appendue  à 
un  acte  du  5  septembre  1387  (i),  suffira  pour  démontrer 
l'inexactitude  de  la  gravure  insérée  dans  la  Sacra  Belgii 
chronologia,  à  la  page  88,  figure  3.  Le  dessin  4  de  la 
même  planche  nous  montre,  de  chaque  côté  de  la  niche 
principale,  un  clocheton  ajouré,  abritant  un  ange  à  genoux 
et  sous  chaque  console,  un  oiseau.  Les   armoiries    sont 

de à  trois  roses  posées  2,  1,  au  chef  de C'est  le 

scel  de  Jean  de  Cueisbroeck,  conseiller  de  Philippe  le  Bon 
et  prévôt  de  Sainte-Pharaïlde  de  1418  à  1436. 

Au  sujet  des  dîmes  dans  les  Poidres  de  Saint-Sauveur, 
de  Saint-Georges  et  de  la  chapelle  à  Bouchout  lez-Asse- 
nede,  le  doyen  Gilles  Van  den  flamme  fulmina  contre  le 
curé  de  Bouchout  une  sentence  arbitrale  en  faveur  de  l'ab- 
baye du  Nouveau-Bois.  A  cet  acte,  daté  du  13  avril  1469, 
est  appendu,  avec  les  lacs  en  soie  verte,  le  sceau  décanal 
en  cire  blanche  et  de  forme  circulaire,  ne  portant  qu'un 
simple  écu  encadré  par  une  légende.  Malheureusement  l'in- 
scription et  les  armoiries  sont  devenues  indéchiffrables. 

L'Anversois  Léon  De  Meyere  succéda,  le  16  juin  1599, 
au  prévôt  Nicolas  Fierens.  Le  manuscrit  de  J.-B.  de  Cas- 
lillion  donne  le  dessin  d'un  sceau  prévôtal  en  cire  rouge, 
appendu  à  une  charte  de  1600.  L'empreinte  est  ovale  et 
mesure  O^jOoS  sur  0™,036.  Le  champ  est  occupé  par  un 
écusson  à  encadrement  découpé.  L'écu  lui-même  est  coupé 
en  chef  au  lion  issant  armé,  tenant  nne  épée  nue  au-dessus 

(1)  Archives  de  ta  cathédrale,  fonds  des  Chartreux,  carlon  4,  n»  156. 


—   129  — 
de  ta  tête,  el  dans  le  bas  à  trois  lis  posés  2,  1 .  La  légende 

est  :  s.  LÉON  DE  MEYERE.  PRAEP.  D.  PHARAH. 

Élevé  à  la  dignité  de  prolonolaire  apostolique,  Léon  de 
Meyereécarlelason  blason,  en  ajoutant  au  1",  et  au  4*  quar- 
tier, de à  la  bande  chargée  de  3  aigles  éployés,  l'écu  lui- 
même  accompagné  du  chapeau  de  prélat  et  des  cordons  à 
six  houppes.  Dans  la  bordure  on  lit  entre  deux  grènetis  : 

s.  LÉON.  DE  MEYERE  S.  R.   E.  PROTON.  PRAEPOSITI.  D.  PHARAHIL- 

Dis.  GAND.  L'empreinte  en  cire  rouge,  que  nous  avons  sous 
les  yeux,  est  orbiculaire  au  diamètre  de  O^jOSS. 

Le  prolonolaire  JeanBaplisle-Louis  de  Caslillion,  auteur 
des  ouvrages  cilés  plus  haut,  obtint  la  dignité  prévôlale  par 
lettres-patentes  du  18  décembre  1713.  Parmi  ses  succes- 
seurs, nous  trouvons  : 

En  1757,  Guillaume  Albert  De  Lauw,  en  sa  qualité  de 
prévôt,  seigneur  de  ter  Hinne,  Langemaete,  etc.;  en  1777, 
Guillaume-Bernard  De  Polter,  né  à  Gand,  le  17  octo- 
bre 1728,  de  Jean-François  et  d'Anne-Philippine  Raellen, 
nommé  chanoine  de  Saint-Bavon  en  1753,  el  prévôt  de 
Sainte-Pharaïlde  le  21  mai  1770. 

Hospice  Suinte-Catherine.  Fondé  l'an  1362  en  expiation 
du  meurtre  des  Frères  Henri  et  Sohier  Alin,  par  Simon  et 
Josse  Rym,  l'hospice  primitivement  dédié  à  sainle  Cathe- 
rine, fut  aussi  dès  le  principe  appelé  Alins  hospilael,  du 
nom  des  victimes.  Les  deux  chartes,  rapportées  par  le 
baron  de  Saint-Génois  (i),  nous  fournissent  des  détails 
fort  précis  sur  l'érection  et  la  dotation  de  l'hospice  et  nous 
prouvent  qu'il  ressortait  de  la  juridiction  du  curé  de 
Saint-Michel. 

Le  sceau  de  l'hospice,  d'une  exécution  remarquable, 
semble  dater  de  la  fin  du  XIV^  siècle.  Le  champ  est  oc- 
cupé par  deux  niches  superposées,  flanquées  chacune  de 

(1)  Messager  des  Sciences,  1850. 


—  150  — 

deux  colonnelles  à  clochetons  fleuronnés.  Dans  la  niche 
inférieure  se  voit  sainte  Catherine  debout,  tournée  vers  la 
gauche,  la  tête  couronnée  et  nimbée,  tenant  de  la  main 
droite  l'épée  nue,  de  la  gauche  la  roue  brisée.  La  niche 
supérieure  abrite,  sous  un  dais  fleuronné  à  quatre  pans 
saillants,  la  figure  du  Sauveur,  la  tête  nue  au  nimbe  cru- 
cifère, levant  la  main  droite  bénissante  et  tenant  dans  la 
gauche  le  globe  surmonté  d'une  croix.  La  légende,  coupée 
par  le  dais  et  la  console,  commence  par  une  croix  de 
quatre  globules  et  porte,  séparés  par  d'autres  globules, 
tantôt  en  croix  et  tantôt  isolés,  les  mots  :  s.  van.  alins. 
HOSPiTAEL.  TE.  GHENT.  Uuc  branchc  à  six  feuilles  alternantes 
suit  le  troisième  mot.  Les  dimensions  sont  de  0'",047  sur 
0'",029.  L'empreinte  en  cire  rouge  que  nous  reproduisons 
appartient  à  la  belle  collection  sigillaire  de  M.  le  comte 
Th.  de  Limburg-Stirum  (PI.  XIX,  fig.  o). 


L'abbé  J.  B.  Lavaut. 
(Pour  être  continué). 


—  131  — 


HISTOIRE 

DES    RELATIONS    POLITIQUES 

ENTRE  LA  FLANDRE  ET  l' ANGLETERRE, 


AU    MOYEN    AGE. 

CHAPITRE  XVIII. 

(1404-1419). 

n  sans  Peur.             Henri 

IV 

Henri 

V. 

Aussilôt  que  le  duc  fui  mort,  les  échevins  et  le  conseil 
des  quatre  Membres  de  Flandre  écrivirent  à  leurs  députés, 
leur  enjoignant  de  mettre  tout  en  œuvre  «  aûn  que  le  pays 
de  Flandres  puisse  demorer  neutral  sans  soy  mesler  des 
guerres  des  roïalmes  de  France  et  d'Engleterre,  et  aussy 
le  fait  de  la  marchandise  comme  avoit  plainement  et  fran- 
chement son  cours  »(i). 

Malgré  ces  bonnes  dispositions  de  la  plus  grande  partie 
des  Flamands  et  surtout  des  magistrats,  le  roi  d'Angleterre 
eut  à  se  plaindre  de  quelques  infractions  à  la  trêve;  au 
mois  de  juin,  Henri  IV  réclama  au  sujet  des  navires  qui 
avaient  été  saisis  et  de  marchandises  confisquées  à  l'Ecluse 
au  préjudice  de  Thomas  Fauconier,  bourgeois  et  alderman 


(1)  Lettre  du  28  avril.  Archives  dépari,  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des 
comptes,  carton  B,  1358. 


—  132  — 

(le  Londres,  el  au  mois  de  septembre,  des  marins  flamands 
montés  sur  des  navires  armés  en  course,  s'emparèrent 
d'un  bâtiment  anglais,  sur  lequel  se  trouvait  le  frère  Robert 
Maskal,  ancien  confesseur  du  roi  (i). 

En  attendant  un  arrangement  définitif  entre  les  deux 
pays,  les  ambassadeurs  d'Angleterre,  en  vertu  des  pouvoirs 
d'Henri  IV,  donnés  le  22  juillet,  accordèrent  aux  commis- 
saires flamands  un  sauf-conduit  pour  aller  et  venir  librement 
dans  l'Artois  et  le  Boulonnais.  Les  ambassadeurs  anglais 
étaient  Tbomas  Swynbourne  et  Jean  Crost,  clievaliers,  et 
Nicolas  Ressbeton,  docteur  es  lois.  Comme  commissaires  du 
duc,  il  y  avait  Baujois  d'Ailly,  vidame  d'Amiens;  Jean  sei- 
gneur de  Croy,  Jean  seigneur  de  la  Cbapellc,  Guillaume 
de  Halewyn,  Jacques  de  Courtiamble,  tous  cbevaliers;  Jean 
de  Nyelles,  Guyot  d'Orges  et  Tbierry  Gberbode  (2). 

Le  50  novembre,  un  accord  préliminaire  fut  conclu, 
dans  lequel  on  s'était  occupé  de  prévenir  le  cas  d'une 
reprise  d'bostilités  entre  l'Angleterre  et  la  France,  et  de 
régler  sur  les  anciennes  bases  les  rapports  de  neutralité 
entre  la  Flandre  et  l'Angleterre.  Mais  tout  cela  ne  consti- 
tuait pas  un  traité  véritable;  aussi  conlinua-t-on  de  négo- 
cier et  d'envoyer  des  commissaires  de  part  el  d'autre.  Au 
mois  de  décembre,  de  nouveaux  députés  anglais  débarquè- 
rent à  Calais;  on  essaya  de  tomber  d'accord  pour  fixer  un 
lieu  de  réunion  aux  délibérations,  mais  sans  pouvoir  en 
venir  à  bout;  les  nouveaux  commissaires  flamands  étaient 
maître  Liévin  van  Hufîel  et  Pierre  du  Moulin  ou  plutôt 
van  der  Meulen  (3),  écbevins  de  Gand;  Jean  de  Bouliers 


(1)  firilsch  Muséum,  Bibl.  add.,  MS.  14820.  —  Commiss.  royale  d'Itisl  , 
t    III,  pp.  177  el  178. 

(2)  Arch.  dép.  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comptes,  carlon  B,  lôfiO. 
(5)  Le  Registre  des  Éclievins  des  deux  bancs  de  Gand  {Schcpenenboeck),  com- 

mençanl  en  1301,  donne  bien  Pierre  van  der  Meulen;  mais  il  ne  s'y  trouve 
pas  de  trace  de  Liévin  van  Hufîcl,  non  plus  que  dans  le  Memorieboeck. 


—   133  — 

Cl  Nicolas  Skorkin,  de  Kruges;  Jean  Belle,  tlTpres,  cl 
Roger  (le  le  Rede,  du  Franc,  nommés  au  commencement 
du  mois  de  janvier  1405  (n.  s.). 

Comme  premier  pas  dans  la  voie  des  accommodemenls, 
la  duchesse  de  Bourgogne  publia,  le  9  février,  un  bref 
défendant  de  molester  les  Anglais  et  ordonnant  de  leur 
restituer  leurs  biens;  le  12  mars,  le  roi  donna  pleins 
pouvoirs  à  ses  ambassadeurs  pour  traiter  soit  d  une  paix 
définitive,  soit  d'une  simple  trêve;  et  au  mois  d'avril,  on 
rédigea  à  Gravelines  les  préliminaires  d'un  traité,  qui 
furent  suivis  de  la  conclusion  d'une  trêve  d'un  an  (i). 

Pendant  cet  intervalle,"  Jean  sans  Peur  se  rendit  dans 
les  diverses  villes  de  Flandre  pour  y  faire  son  entrée  et 
recevoir  le  serment  des  magistrats.  Partout  on  lui  demanda 
à  grands  cris  un  traité  de  commerce  avec  l'Angleterre, 
qui  assurât  la  paix  et  le  repos  du  pays  et  par  là  même 
sa  prospérité.  Le  duc  promit  beaucoup,  mais  on  sait  ce 
que  vaut  la  parole  d'un  prince  aux  premiers  jours  de  son 
avènement. 

Les  Anglais,  qui  ne  voyaient  dans  Jean  sans  Peur 
comme  dans  Philippe  le  Hardi  qu'un  prince  de  la  maison 
de  France,  par  conséquent  plutôt  un  ennemi  qu'un  vérita- 
ble allié,  profitèrent  de  l'expiration  de  la  trêve  pour  ouvrir 
les  hostilités.  Une  lettre  de  Thierry  Ghcrbode  nous  donne 
le  récit  de  ces  événements  : 

u  Mon  Irès-chier  sire,  je  me  recommende  à  vous  et  vous 
plaise  savoir  que,  depuis  que  je  vous  ai  escript  dairraine- 
ment  et  envoie  copie  des  lettres  que  les  ambassateurs  de 
la  partie  d'Eiiglelerre  avoient  envoie  aux  commis  de  IMons"" 
depuis  qu'il  esloit  venu  en  ceste  ville  et  de  la  response  sur 


(I)  Archives  départ,  de  Lille,  foiiils  de  la  chambre  des  comptes,  carton  B, 
1562,  1563,  15C4.  —  Rvmer,  édit.  hol!.,  t.  IV,  Part.  I,  p.  79. 

10 


—  154  — 

ce  faicle,  lesdis  ainbassaleurs  ont  rcscripl  autres  Icllres 
dont  je  vous  envoie  copie  enclose  dedens  cestes,  lesquelles 
ont  esté  receues  aujourd'uy,  avant  la  récepcion  desquelles 
Mons""  avoit  eu  nouvelles  que  Jes  Englés,  à  tout  une  grand 
flole  de  navire  bien  de  iiii^"  à  cent  vaisseaux,  estoient  arri- 
vez el  venuz  ou  port  de  TEscluse,  et  qu'ils  avoienl  bouté 
les  feux  en  Tisle  de  Cagand,  pourquoy  el  pour  résister  à 
leur  mauvaise  volonté  et  emprinse,  Mons"^  aujourd'uy  s'est 
parti  de  cy  et  s'en  va  au  gisle  à  Thoroul,  pour  soy  traire 
devers  l'Escluse,  et  a  mandé  gens  de  toutes  pars  pour  le 
siévir,  et  est  l'entencion  de  mondil  seigneur  de  les  com- 
batre  s'il  puet  aucunement,  quar,  à  ce  (ju'il  en  monstre  le 
semblant,  il  en  a  très  grand  volenlé,  et  estoit  ordonné  que 
messire  Guillaume  de  Ilallewin  el  je,  de  par  Mons"^  et  les 
députez  des  mi  membres  qui  jà  pour  ce  estoienl  venuz  en 
ceste  ville,  deviens  estre  aie  jusques  à  Gravelinghes  el 
d'illecques  avoir  rescript  auxdis  ambassaleurs,  en  leur  no- 
liffiant  nostre  venue,  qu'ilz  eussent  volu  prolongier  ladicte 
journée  jusques  à  ce  que  vous  sériés  retournez.  Toutesvoies 
conseil  a  esté  depuis  mue  el,  avœcq  ledit  messire  Guillaume 
el  je,  senz  faire  aucune  mencion  de  l'emprinse  de  ces 
Englés,  rescript  pour  la  prolongation  de  ladicte  journée 
par  la  manière  qu'il  vous  porra  apparoir  en  la  copie  aussi 
enclose  dedens  cestes.  J'ai  demandé  à  Bonecourse,  noslre 
cbevauccur,  lequel  avoit  porté  noz  lettres  à  Calais,  de  ceulz 
qui  estoient  prisonniers,  si  m'a  baillié  les  noms  de  plu- 
sieurs chevaliers  que  l'on  disl  estre  prisonniers  à  Calais 
et  les  vous  envoie  aussi  encioz  dedens  cesles,  et  n'y  a 
aucuns  de  ceulz  qui  sont  prisonniers  à  Guynes,  à  Merk, 
à  Oye  et  à  lïammes  où  il  en  a  plusieurs,  si  comme  l'on 
dist.  Autre  chose  je  ne  vous  sçai  que  escripre  de  présent 
el  pense  demain  à  partir  de  cy  pour  siévir  iMons"^  el  vous 
suppli  de  moy  recommender  à  messieurs  par  delà.  Mon 
très  chier  seigneur,  le  saint  Esperit  vous  ait  en  sa  garde 


—  435  — 

et  doinl  boine  vie  el  longue.  Escripl  à  Yppre,  ce  samedi 
xxiii»  jour  de  may. 

»  Voslre  clerc, 

»  T.  Gherbode. 
»  Depuis  que  ces  lellres  furent  escriples,  l'on  a  eu  nou- 
velles que  lesEnglés  esloienldescenduz  à  lerre  au  lez  devers 
la  Mue  el  boulent  fort  les  feux  partout.  Je  ne  vous  en  escript 
autrement  que  par  Chonsat,  porteur  de  cesles,  porrez  sa- 
voir plus  à  plain  toutes  nouvelles  (i).  » 

Outre  que  les  Anglais  attaquaient  l'Ecluse,  leur  garnison 
de  Calais  avait  quitté  son  poste  et  était  entrée  en  campagne, 
mettant  en  fuite  un  délacliement  de  cinq  cents  lances,  com- 
mandé par  Waleram  de  Luxembourg.  C'était  à  tort  toute- 
fois que  le  duc  Jean  comptait  sur  le  secours  des  Flamands 
pour  forcer  les  Anglais  à  la  retraite;  tout  le  commun  pays 
était  beaucoup  plus  disposé  à  traiter  avec  eux  et  à  les 
recevoir  comme  des  amis  plutôt  qu'à  leur  courir  sus.  Cette 
agression,  provoquée  par  la  politique  impopulaire  de  leur 
seigneur,  semblait  fort  peu  les  inquiéter;  et  le  bourgmestre 
de  Bruges,  Liévin  de  Scutelaere,  refusa  au  nom  des  bour- 
geois de  conduire  les  milices  vers  le  Zwyn, 

Les  Anglais,  profitant  de  cette  inaction,  s'emparèrent 
de  l'Ecluse,  dont  ils  brûlèrent  le  château.  Alors  seulement 
les  communes  crurent  devoir  intervenir,  elles  envoyèrent 
leurs  milices  dans  l'Ile  de  Cadzand,  et  les  Anglais  se  reti- 
rèrent lentement  devant  elles,  sans  en  être  attaqués,  sans 
qu'il  eût  de  part  ou  d'autre  une  démonslraiion  belliqueuse. 


(1)  Archives  départ  de  Lille,  fonds  de  la  cliambre  des  eoinples,  carlon  B, 
153i.  Original  en  papier,  au  dos  duquel  on  lil  :  «  A  mon  Irès-cliier  Sire 
maislre  Jehan  de  Nyéles,  seigneur  d'Olehaing,  conseillier  de  Mons""  de 
Bourgo«  et  gouverneur  des  bailliages  d'Arras,  de  Lens  el  de  Bappaumes,  ele.  » 
—  L'inventaire  atlribuc  faussement  eelle  pièce  à  Tannée  14-08,  mais,  en 
consultant  YArl  de  vérifier  les  dates,  on  est  obligé  de  lui  restituer  sa  date 
réelle,  qui  est  le  samedi  25  mai  1405. 


—   150  — 

Celte  apathie  des  Flamands  irrita  violemment  le  duc, 
qui  sous  prétexte  d'inquiéter  les  Anglais,  laissa  sa  flotte 
croiser  devant  les  côtes,  empêchant  les  navires  étrangers 
d'entrer  dans  les  ports  de  Flandre,  et  entravant  ainsi  le 
commerce. 

Le  duc  consentit  cependant  à  traiter  avec  l'Angleterre; 
au  mois  d'octobre  140o,  ses  députés  conclurent  avec  ceux 
du  roi  Henri  IV  une  trêve  d'un  an  (t),  à  la  suite  de  quoi 
il  publia  un  bref  défendant  de  faire  aux  Anglais,  pendant 
toute  la  durée  de  la  trêve,  quelque  mal  que  ce  fût. 

L'année  suivante,  au  mois  de  juillet,  il  fut  de  nouveau 
question  de  traiter  sérieusement  de  la  paix.  L'Angleterre 
n'était  pas  sans  la  désirer,  dans  l'intérêt  de  son  commerce 
et  de  son  industrie,  s'il  faut  s'en  rapporter  aux  termes  de 
l'acte  par  lequel  Henri  IV  donna  commission  pour  traiter, 
à  Richard  d'Ashton,  chevalier,  lieutenant  de  Calais;  Tho- 
mas Swynford,  Guillaume  IIoo,  tous  deux  chevaliers;  maître 
Jean  Catewyk,  trésorier  de  la  cathédrale  de  Lincoln;  Jean 
Urban,  Perrin  de  Loharenc  et  Richard  OIdynglon.  Le  roi 
y  dit  qu'il  autorise  ses  ambassadeurs  à  faire  la  paix  en  son 
nom  avec  le  duc  de  Bourgogne,  à  cause  du  désavantage  et 
de  l'efTusion  du  sang  chrétien  que  causent  les  diflicullés  et 
rinlerrupliondes  relations  commerciales  entre  son  royaume 
d'Angleterre  et  la  partie  de  Flandre. 

Mais  le  duc,  dont  la  politique  avait  pour  objectif  le 
succès  de  ses  menées  ambitieuses  en  France  plutôt  que  le 
bonheur  et  la  prospérité  de  ses  sujets,  voulant  imiter  le 
duc  d'Orléans  qui  s'attaquait  aux  Anglais  dans  le  midi, 
annonça  qu'il  allait  assiéger  Calais,  qui  était  pour  les  An- 
glais la  clef  de  la  France.  Cette  nouvelle  prise  d'armes 
était  aussi  impopulaire  en  Flandre  que  celle  de  l'année 
précédente. 

(I)  Arch.  dvp.  de  Lille,  fomls  de  la  clianibrc  des  comptes,  carton  B,  15G8. 


—  137  — 

Le  roi  d'Anglelerrc  ne  laissa  pas  agir  le  duc  sans  lui 
résisler,  el  ordonna  aussilôt  à  tous  ses  lieulenanls  de  se 
tenir  prêts  (i).  Quant  à  Jean  sans  Peur,  il  perdit  son 
temps  à  Saint-Omer,  et  l'hiver  venu,  se  retira  en  jurant 
qu'il  reviendrait  au  printemps  suivant  avec  des  forces  con- 
sidérables et  en  défendant  qu'on  Irailàl  d'aucune  confédé- 
ration ou  paix  de  commerce  avec  les  Anglais.  Ceux-ci, 
que  le  peuple  était  plus  disposé  d'appeler  à  son  secours 
que  de  combattre,  parcouraient  l'Artois,  où  partout  on  les 
recevait  avec  empressement,  au  rapport  de  l'historien 
Meyer  (2).  Les  bourgeois  mirent  même  le  feu  aux  niachines 
de  guerre  que  le  duc  avait  fait  disposer  dans  l'abbaye  de 
Saint-Bertin,  à  Saint-Omer. 

Il  est  bon  de  remarquer  ici  que,  malgré  les  dispositions 
belliqueuses  du  duc  et  de  ses  préparatifs,  les  négociations 
s'étaient  continuées  à  Calais  entre  les  plénipotentiaires 
d'Angleterre  et  de  Flandre;  le  24  octobre,  quatre  jours 
après  la  proclamation  de  Henri  IV  à  ses  officiers,  un  ap- 
poinlemenl  fut  conclu,  suivi  d'une  trêve  marchande  d'un 
an  (5). 

Cet  accord,  conclu  pendant  les  hostilités,  ne  reçut  pro- 
bablement pas  son  exécution  ,  car  nous  voyons  pendant 
l'hiver  les  communes  de  Flandre  s'agiter  et  méconnaître 
l'autorité  du  prince.  Celui-ci  se  rendit  en  Flandre  pour 
calmer  les  esprits  et  eut  soin  dès  l'abord  de  modifier  ses 
ordonnances  sur  les  monnaies  et  d'autoriser  la  conclusion 
d'une  trêve  marchande  avec  l'Angleterre.  Cette  trêve  pour 
un  an  fut  conclue  le  10  mars  1407  {4). 

(1)  Rymer,  t.  IV,  Part.  I,  p.  104. 

(2)  Meyer,  a»  U06. 

(3)  Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comples,  carloii  B, 
1574.  Voir  aux  Pièces  j'uslificalives. 

(4)  Archives  diparl.  de  Lille,  fonds  de  la  cliambre  des  comples,  carlon  D, 
137G-1577.  —  DuaoNT,  Corps  diplom.,  t.  11,  p.  302.  —  Rtmer,  l.  IV,  P.  !, 
p.  109. 


—  138  — 

Il  avait  élé  convenu  enlre  les  plénipolenliaires  qu'après 
la  conclusion  de  celle  liève  on  aurail  Iravaillé  à  un  Irailé 
de  paix  définilif,  mais  les  envoyés  anglais  s'en  relour- 
nèrenl,  el  cinq  jours  après,  le  sire  de  la  Viefville  et 
Thierry  de  Heuchin  écrivirent  au  duc  pour  l'informer 
qu'ils  n'avaient  plus  eu  de  leurs  nouvelles;  un  marchand 
anglais  leur  avait  toutefois  assuré  que  des  dépêches  étaient 
parvenues  à  Calais.  Au  mois  d'avril,  on  se  réunit  de  nou- 
veau et  on  déclara  que  la  trêve  ne  prendrait  cours  qu'à 
dater  du  15  juin  (i). 

Une  nouvelle  réunion  de  plénipotentiaires  eut  lieu  au 
mois  de  septembre  à  Gravelines,  mais  les  députés  des 
villes,  prétextant  qu'ils  n'étaient  pas  munis  d'instructions 
suflisantes,  se  retirèrent  et  entravèrent  ainsi  les  négocia- 
tions. Elles  furent  reprises  plus  lard  cependant,  el  abou- 
tirent le  11  juin  suivant  (1408)  à  une  trêve  de  trois  ans, 
à  partir  du  15  juin,  date  de  l'expiration  de  la  trêve  déjà 
conclue.  Celle  trêve  fut  proclamée  en  Flandre  deux  jours 
après  (2). 

Jean  sans  Peur  était  fort  peu  populaire  en  Flandre  : 
absorbé  par  ses  querelles  en  France  contre  les  partisans 
du  duc  d'Orléans,  sa  politique  consistait  ici  à  essayer  de 
se  faire  aider  par  les  Flamands,  tantôt  en  leur  faisant  des 
concessions,  tantôt  en  les  effrayanl  par  des  rigueurs;  mais 
ni  l'un  ni  l'autre  moyen  ne  réussissait  :  on  sentait  bien 
que  les  privilèges  accordés  ou  plutôt  vendus,  ne  l'étaient 
pas  dans  le  but  de  faire  le  bonheur  du  peuple,  mais  dans 
celui  de  servir  l'ambition  du  prince. 

(1)  «  Il  a  esté  appointé  et  accordé  par  et  autre  lesdits  ambassadeurs 

de  la  parlie  d'Engleterre  el  nous  que  la  suite  dudit  accorl,  non  obstanl  les- 
dites  publications,  ne  commencera  que  au  quinziesme  jour  du  mois  de  juing 
prouchain  venant.  >>  —  Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des 
comptes,  carton  B,  1377,  acte  du  20  avril. 

(2)  Archives  de  la  ville  de  Bruges,  Grocnenboeck.  —  Rïmeh,  édit.  Iioll., 
t.  IV,  Part.  I,  p.  153,  13G,  139. 


—  i39  — 

Il  parait  même  que  son  ambition  et  son  désir  d'aballre 
les  Orléanais  était  tel,  que  Jean  sans  Peur  consentit  à  con- 
clure une  nouvelle  union  commerciale  entre  la  Flandre  cl 
l'Angleterre,  à  lui  livrer  quatre  villes  des  côtes  de  Flandre, 
Gravelines,  Dunkerque,  Dixmude  et  l'Ecluse,  à  reconnaître 
la  suzeraineté  d'Henri  IV  sur  le  comté,  à  faire  recouvrer 
aux  Anglais  l'Aquitaine  et  la  Normandie,  et  à  donner  sa 
fille  au  prince  de  Galles  pour  sceller  ces  différents  enga- 
gements (i). 

Les  preuves  nous  manquent  pour  déterminer  ce  qn'il 
peut  y  avoir  d'exact  ou  d'inexact  dans  ces  différentes  don- 
nées. Nous  croyons  toutefois  le  fait  parfaitement  possible, 
et  le  duc  n'aurait  pas  laissé  traiter  du  mariage  de  sa  fîlle 
avec  le  prince  de  Galles,  s'il  n'avait  eu  un  désir  bien  arrêté 
de  s'appointer  sérieusement  avec  l'Anglais. 

Le  dernier  jour  de  février  1410  (n.  st.),  nous  voyons 
Simon  de  Formelles  obtenir  un  sauf-conduit  pour  se  ren- 
dre en  Angleterre  comme  cbargé  d'affaires  des  quatre 
membres  de  Flandre  (2).  Le  29  novembre,  Fleuri  IV  en- 
voya des  ambassadeurs  vers  le  duc,  pour  traiter  de  paix 
ou  de  trêve  dans  l'intérêt  du  prince  et  du  pays  de  Flandre, 
et  les  fil  accompagner  par  son  fils,  le  prince  de  Galles  (0). 
Il  y  eut  pendant  quelques  mois  des  allées  cl  venues  d'am- 
bassadeurs et  de  commissaires,  parmi  lesquels  il  y  avait 
du  côté  des  Anglais  l'évêque  de  Saint-David  el  Henri  de 
Beaumonl,  el  à  la  fin  de  mai  1411,  on  finit  par  tomber 
d'accord  pour  prolonger  la  trêve  pendant  cinq  ans,  à  dater 
du  15  juin. 

Les  actes  relatifs   à  cette  négociation  se   trouvant  au 


(f)  Klrvïn,  t.  IV,  p.  16!. 

(2)  —  «  Symonen  de  Foriucllys,  Imrgensium  villae  de  Gaiinl,  desigiiatuiii 

cl  assignatuiQ,  per  quatuor  menibra   Flandriac,  elc »  Rymer,  éilil.  iioll., 

I.  IV,  Part.  I,  p.  1G8. 

(3)  RïMER,  t.  IV,  Part.  I,  pp.  181,  182. 


—  140  — 

long  dans  la  colleclion  de  Rymer,  nous  nous  bornons  à 
reproduire  plus  loin  le  Irailé  lire  des  archives  communa- 
les de  Bruges  (i). 

Au  mois  de  septembre,  le  roi  d'Angleterre  envoya  le 
comte  d'Arundel,  François  de  Court,  seigneur  de  Pem- 
broke,  et  son  clerc,  Jean  Catryck,  vers  le  duc  de  Bourgogne 
pour  traiter  du  mariage  de  son  fils  avec  une  fille  du  duc, 
et  le  15  décembre,  le  prince  de  Galles  partit  lui-même  pour 
le  continent  (2). 

Pendant  cet  intervalle,  Jean  sans  Peur  avait  entrepris 
son  expédition  en  France;  on  raconte  que  voulant  profiter 
des  dispositions  amicales  de  l'Angleterre,  il  était  parti  su- 
bitement, avait  passé  la  mer  et  ramené  avec  lui,  le  125  oc- 
tobre, environ  huit  mille  Anglais  (3).  C'est  pendant  cette 
expédition  que  les  Flamands  se  retirèrent  de  l'armée,  qu'ils 
ne  suivaient  qu'à  regret,  après  y  être  restés  le  temps  con- 
venu. Les  Flamands  tenaient  à  manifester  en  toute  occasion 
leur  indépendance  :  ainsi  nous  trouvons  dans  Kervyn,  le 
récit  de  l'arrestation  à  Bruges  du  comte  de  Douglas  et  des 
deux  seigneurs  qui  l'accompagnaient,  parce  qu'il  s'était 
rendu  coupable  de  la  confiscation  d'un  navire  flamand, 
chargé  de  laine,  capturé  par  lui  dans  les  eaux  de  Nieu- 
port;  cette  arrestation  eut  lieu  par  les  magistrats,  à  la 
requête  de  Jean  Kokaert,  Gossuin  van  den  Boomgaerde  et 
d'autres  marchands  de  Malines.  Douglas  eut  grande  peine 
à  se  tirer  de  ce  pas. 

Les  négociations  matrimoniales  entamées  depuis  une 
année  entre  Henri  IV  et  Jean  sans  Peur,  furent  tout-à- 


(1)  Rymeb,  édil.  holl.,  l.  IV,  Part.  I,  pp.  184,  188,  192,  193.  —  Archives 
communales  de  Bruges,  Groencnboeck,  fol.  14.  Voir  aux  Pièces  justificatives.  — 
Archives  départ,  de  Lille,  fonds  de  lu  chambre  des  comptes,  carton  B,  1404. 

(2)  Rymer,  édit.  holl.,  l.  IV,  Part.  I,  pp.  196,  199. 

(ô)  Journal  de  Paris  sous  les  règnes  de  Charles  VI  et  de  Charles  Vil.  — 
OuDECnERST,  I.  II,  p.  G43,  édit.  Lesbrous.sart. 


—   141   — 

coup  rompues  assez  brusquement;  les  Orléanais  réussireni, 
au  mois  de  mai  1412,  à  détacher  le  roi  d'Angleterre  de 
l'alliance  de  Jean  et  conclurent  un  traité  avec  lui  :  le  roi 
rompit  avec  le  duc;  il  écrivit  aux  bonnes  villes,  leur  di- 
sant qu'il  était  à  sa  connaissance  que  le  duc  s'avançait 
pour  s'emparer  de  la  Guyenne,  et  déclarait  que  si  elles 
avaient  le  dessein  d'imiter  leur  seigneur  dans  sa  conduite 
déloyale,  il  cessait  de  leur  accorder  sa  protection;  que 
cependant,  «  si  ceux  de  la  partie  de  Flandres  entendent 
et  veuillent  lesdictes  trieuves  garder  et  observer  pour  leur 
part,  »  il  est  d'avis  de  faire  de  même  (i). 

Les  bonnes  villes,  qui  n'étaient  nullement  désireuses  de 
s'attirer  de  la  part  de  l'Angleterre  une  animadversion  qui 
aurait  pu  être  extrêmement  préjudiciable  à  leurs  intérêts, 
répondirent  immédiatement  qu'elles  ne  demandaient  pas 
mieux  que  de  continuer  à  observer  la  trêve.  Henri  IV  se 
déclara  satisfait  et  écrivit,  le  1 1  juin,  au  capitaine  de 
Calais  pour  lui  confirmer  la  trêve  de  cinq  ans,  conclue 
l'année  précédente  (2).  Peu  après,  les  garnisons  anglaises 
firent  quelques  démonstrations  hostiles  dans  le  Boulonnais, 
et  les  Flamands  qui  tenaient  la  place  de  Gravelines,  leur 
ouvrirent  les  portes;  fait  caractéristique  qui  marque  bien 
le  peu  de  dévouement  de  nos  pères  à  la  cause  anlinationale 
de  Jean  sans  Peur  (3). 

Le  duc,  auquel  pesait  l'éloignemenl  de  l'Angleterre, 
essaya,  dès  l'année  suivante,  de  se  rapprocher  de  l'an- 
cienne alliée  de  la  Flandre;  il  négocia  avec  le  nouveau  roi 
Henri  V,  et  au  commencement  de  l'année  1414,  lui  offrit 
de  nouveau  de  reconnaître  sa  suzeraineté  et  de  lui  donner 
sa  fille  (4).  Le  jeune  monarque  prêta  l'oreille  à  une  partie 


(1)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  IV,  Part.  M,  p.  12,  Ifltirc  ilu  IC  mai  14i2. 

(2)  Rymer,  édit,  iioll.,  t.  IV,  Part.  Il,  p.   17. 

(3)  Kervyn,  t.  lY,  p.  186. 

(4)  Rymer,  cdil.  holl.,  l.  IV,  Part.  Il,  pp.  70,  73,  79,  80,  81,  87. 


—    142  — 

des  propositions  du  duc,  et  se  croyant  appelé  à  recueillir 
le  glorieux  héritage  d'Edouard  III,  se  prépara  à  envahir 
la  France.  Il  commença  par  demander  la  main  d'une  prin- 
cesse française,  avec  les  provinces  cédées  par  la  paix  de 
Bréligny.  Le  10  août  1415,  avant  de  se  mettre  en  marche, 
il  envoya  vers  le  duc  de  Bourgogne  son  conseiller,  Phi- 
lippe Morgan,  pour  conclure  un  traité  d'alliance  com- 
merciale et  politique,  ainsi  que  pour  régler  la  question 
tant  de  la  quotité  que  du  mode  de  secours  en  hommes  et 
en  argent  que  le  duc  se  verra  obligé  de  fournir  (i). 

La  panique  s'empara  de  la  France  :  on  ne  savait  vers 
qui  se  tourner,  et  on  s'adressa  au  duc  Jean,  qui  n'eut 
garde  de  répondre  à  l'appel.  Il  défendit  même  à  ses  vas- 
saux de  prendre  les  armes  sans  son  ordre  exprès.  Mais  la 
noblesse,  qui  avait  toujours  pris  parti  pour  la  France,  ne 
l'écouta  pas;  elle  s'arma  et  marcha  au  secours  de  Charles  VI, 
tandis  que  les  communes,  dont  l'intérêt  guidait  toutes  les 
démarches,  favorisaient  sous  main  les  Anglais  et  les  aver- 
tissaient des  mouvements  de  l'armée  française  (2). 

Henri  V  remporta,  le  25  octobre,  la  fameuse  victoire 
d'Azincourt;  deux  frères  du  duc  de  Bourgogne,  le  duc  de 
Brabant  et  le  comte  de  Nevers,  qui  s'étaient  joints  à  la  no- 
blesse flamande,  avaient  trouvé  la  mort  dans  cette  journée, 
avec  les  sires  deWavrin,  d'Auxy,  de  Lens,  de  Ghistelles, 
de  Lichtervelde,  de  Ilamme,  de  Fosseux,  de  la  Ilamaide, 
de  Fiennes,  deRubempré,  de  Liedckerke,  de  Hondschoote, 
de  Béthune,  de  Heyne,  d'Heetvelde,  de  la  Gruuthuuse, 
de  Schoonvelde,  de  Kestergate,  de  Poucke,  de  Bailleul. 
Le  sire  de  Maldegem  avait  fait  courir  le  plus  grand  danger 
au  jeune  roi  d'Angleterre;  suivi  de  dix-huit  écuyers,  il 
avait  pénétré  à  travers  les  rangs  anglais,  jusqu'au  roi,  qu'il 


(1)  Rymer,  cdit.  holl.,  t.  IV,  Part.  Il,  p.  144. 

(2)  RïJiEn,  t.  IV,  Part.  Il,  p.  147.  —  Kervvn,  t.  IV,  p.  197. 


—    143   — 

frappa  de  son  épée;  mais  ce  coup,  qui  aurait  pu  terminer 
la  lutte,  n'abattit  qu'un  fleuron  de  la  couronne  qui  surmon- 
tait le  casque  dTIenri  V. 

Les  bonnes  villes  ne  se  mêlèrent  aucunement  à  la  lutte; 
leur  seul  souci  était,  au  milieu  des  diflicullés  graves  qui 
se  pré|)araient,  de  voir  leur  neutralité  politique  et  com- 
merciale reconnue  par  les  deux  partis.  Elles  travaillèrent 
dans  ce  sens,  avec  l'assentiment  du  duc,  et  dès  le  com- 
mencement de  1416,  les  négociations  furent  entamées  avec 
l'Angleterre  pour  la  prorogation  de  la  trêve  de  cinq  ans, 
conclue  en  1411,  et  qui  devait  expirer  au  mois  de  juin. 

A  la  fin  du  mois  de  mai,  les  députés  du  roi,  Philippe 
Morgan,  Jean  Chirche,  lieutenant  de  l'étape  de  Calais, 
Jean  Michel,  alderman  de  Londres,  et  Jean  Pickeryng , 
d'accord  avec  le  sire  de  Cooiscamp,  Guillaume  de  Stavele, 
le  vicomte  de  Fourneux,  doyen  de  Liège,  et  maître  George 
d'Ostende,  tous  députés  par  le  duc,  conclurent  que  la  trêve 
serait  prolongée  pour  deux  ans,  à  partir  du  13  juin  (i). 

Cette  trêve  garantissait  d'une  manière  lout-à-fait  formelle 
la  liberté  du  commerce  pour  la  Flandre.  De  son  côté, 
Charles  VI  déclara  par  un  acte  daté  du  2  juin,  qu'il  re- 
connaissait aux  Flamands  le  droit  d'aller  chercher  leurs 
laines  à  l'étape  de  Calais,  au  travers  même  des  lignes  de 
son  armée  (2). 

Le  duc,  voyant  la  tournure  favorable  des  relations  diplo- 
matiques entre  ses  sujets  de  Flandre  et  l'Angleterre,  voulut 
se  mêler  aux  négociations  et  les  faire  tourner  à  l'avantage 
de  sa  politique  ambitieuse,  il  demanda  donc  au  roi  Henri 
un  sauf-conduit  pour  aller  le  trouver  à  Calais.  Le  1"  octo- 

(1)  Arcliives  départ,  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comples,  carloii  B, 
1429,  1430,  1451.  —  Rymer,  édil.  lioll.,  l.  IV,  l'ail.  Il,  pp.  133,  134,  161, 
162,  164. 

(2)  Archives  de  la  Flandre  occidentale.  Celle  pièce  est  reproduite  dans  le 
3«  volume  de  Tinvcntaire  de  DcLEPiEnRi;  el  Pbiem. 


—  U4  — 

bre,  il  fut  autorisé  à  se  rendre  dans  celte  ville  avec  une 
suite  de  huit  cents  personnes. 

Mais  le  résultat  de  la  conférence  lui  fut  moins  avanta- 
geux qu'il  ne  Tespérait;  il  avait  cru  sans  doute  que  le  roi 
d'Angleterre,  en  reconnaissance  des  propositions  qu'il  avait 
faites  précédemment,  se  montrerait  prêt  à  lui  accorder  de 
nombreuses  concessions;  l'événement  trompa  son  attente, 
et  Henri,  fier  de  la  victoire  d'Azincourt,  le  reçut  comme 
un  vassal  et  lui  présenta  un  projet  de  traité  tout  préparé 
et  fort  désavantageux  sous  tous  les  rapports. 

Il  était  dit  dans  celte  pièce  que  le  duc  de  Bourgogne, 
comte  de  Flandre,  reconnaissait  les  droits  du  roi  d'Angle- 
terre au  royaume  de  France,  qu'en  suivant  le  parti  de  l'ad- 
versaire du  roi,  il  avait  agi  de  bonne  foi,  mais  que  mieux 
informé  depuis,  il  ne  voulait  plus  suivre  que  le  parti  du 
roi  d'Angleterre  et  lui  prêter  «  hommaige  lige  et  serment 
»  de  foiaulté,  tiel  comme  soubget  du  royaulme  de  France 
»  doibt  faire  à  son  souveraing  seigneur  roy  de  France,  » 
lui  promettant  de  l'aider  par  tous  les  moyens  en  son  pou- 
voir à  rentrer  en  possession  de  son  royaume  de  France  (i). 

L'état  complet  de  vasselage  dans  lequel  le  mettait  ce 
projet  d'acte,  sans  aucun  profit  pour  lui,  ne  convenait 
nullement  au  duc;  il  savait,  du  reste,  qu'en  souscrivant  aux 
exigences  du  roi  d'Angleterre,  il  s'aliénerait  la  Flandre, 
dont  les  bonnes  villes  avaient  déclaré  quelques  temps  aupa- 
ravant qu'elles  ne  prétendaient  pas  changer  de  suzerain, 
et  ne  considéraient  leur  étroite  alliance  avec  l'Angleterre 
que  comme  un  lien  d'intérêt  commercial  et  non  une  sujé- 
tion politique. 

Jean  sans  Peur  refusa  donc  de  signer  l'acte  qui  lui  était 
présenté  et  se  retira. 

L'année  suivante  (1417),  au  moment  où  le  duc  se  voyait 

(I)  RïMER,  cdil.  holl.,  t.  IV,  Pari.   Il,  pp.  177,  178. 


—  145  — 

obligé  (l'aller  en  France  souleuir  sa  cause  par  les  armes, 
il  chargea  son  fils  de  conlinuer  à  négocier  avec  l'Angleterre 
pour  obtenir  la  prolongation  des  trêves  et  la  confirmation 
des  garanties  promises  au  commerce.  Une  prolongation  de 
trêve  fut  négociée  dès  le  mois  de  mai,  et  le  31  juillet  on 
en  vint  à  un  accord  définitif,  dans  lequel  il  fut  déclaré  par 
les  ambassadeurs,  Henri  VVare  et  Guillaume  Clifford,  pour 
l'Angleterre,  Guillaume  de  Champdivers,  Henri  Goelhals 
et  Georges  d'Ostende,  pour  le  duc  de  Bourgogne,  que  la 
trêve  marchande  était  prorogée  à  partir  de  la  date  de  l'acte 
jusqu'à  la  fête  de  Pâques  de  l'année  1419,  et  que  les  An- 
glais en  Flandre,  comme  les  Flamands  en  Angleterre  et 
dans  tous  les  pays  de  l'obéissance  du  roi,  seraient  libres 
d'aller,  venir  et  commercer  (i). 

Sur  ces  entrefaites,  le  Dauphin  Charles,  afin  de  se  dé- 
barrasser du  duc  de  Bourgogne,  qui  tenait  le  roi  en  tutelle, 
résolut  de  traiter  avec  le  roi  d'Angleterre,  et  lui  offrit  entre 
autres  territoires  l'Artois  et  la  Flandre.  Les  conférences, 
sans  aboutir  à  une  entente  définitive,  eurent  toutefois  ce 
résultat  qu'il  fut  convenu  qu'Henri  V  renoncerait  à  l'alliance 
du  duc  Jean  (2),  Celui-ci,  dans  cette  occurrence  fâcheuse, 
voulant  conjurer  le  danger  qu'il  courait  de  perdre  ses  plus 
beaux  domaines,  se  rendit  auprès  du  roi  d'Angleterre  avec 
la  reine  Isabeau,  pour  le  presser  d'accepter  la  main  de 
Catherine  de  France.  Mais  ces  ouvertures  furent  fort  mal 
reçues,  et  le  roi,  s'adressant  au  duc,  lui  dit  même  que  s'il 
était  maître  de  la  France,  il  l'en  chasserait. 

Le  peu  de  succès  de  la  politique  de  Jean  sans  Peur  n'em- 
pêcha pas  Henri  V  d'observer  avec  soin  la  trêve  marchande 
qu'il  avait  accordée  à  la  Flandre.  Elle  devait  expirer  à  Pâ- 


li) RvMER,  édit.  holl,,  t.  IV,  Part.  III,  p.  10.  —  Voir  aussi  l.  iV,  Pari.  II. 
pp.  198,  199,  200;  Part.  III,  pp.  4,  6,  7.  —  Archives  départ,  de  Lille,  fonds 
de  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1438. 

(2)  Rymer,  édit.  lioll.,  t.  IV,  Part.  III,  p.  75. 


—   146  — 

ques,  el  de  loiile  nécessité  il  fallait  la  prolonger  ou  la 
renouveler.  Les  communes  ne  traitèrent  pas  en  leur  propre 
nom  cette  fois,  car  le  duc  accorda  plein  pouvoir  à  son  fils 
pour  renouveler  la  trêve  (i);  et  après  quelques  pourparlers, 
auxquels  prirent  part  les  commissaires  des  deux  princes,  on 
conclut  un  accord  le  14  juillet,  où  il  était  dit  qu'en  dépil  de 
la  guerre,  la  trêve  qui  finissait  à  Pâques,  était  prorogée  jus- 
qu'au 1"  novembre,  fêle  de  la  Toussaint.  Les  plénipoten- 
tiaires anglais  qui  dressèrent  ces  actes  de  commun  accord 
avec  ceux  de  Flandre,  étaient  Guillaume  Bardolf,  lieutenant 
du  capitaine  de  Calais,  Jean  Escourt,  Richard  Bokeland, 
Guillaume  Bray,  Jean  Cliirche  el  Jean  Pykeryng;  ceux  de 
Flandre  étaient  Jacques  de  Ca pelle,  Simon  de  Fourmelles, 
Thierry  Gherbode,  Liévin  van  Hufïle,  Baudouin  van  de 
Poêle,  Anselme  Boulillier  et  Pierre  de  Bye  (2). 

Le  duc  Jean  avait  fait  sa  paix  avec  le  Dauphin  dans 
l'espoir  de  lui  enlever  l'appui  des  Anglais,  el  en  dépit  de 
la  promesse  qu'il  avait  faite  de  marcher  contre  eux,  il 
chercha  à  traiter  avec  Henri  V;  le  22  juillet,  il  obtint  un 
sauf-conduit  pour  ses  ambassadeurs,  Reynier  Pot,  Henri 
Goelhals  et  le  sire  de  Toulongeon;  mais  ceux-ci  eurenl 
beau  suivre  le  roi  d'Angleterre  de  Manies  à  Ponloise,  leurs 
démarches  n'aboutirent  à  rien. 

Moins  de  deux  mois  après,  Jean  sans  Peur  mourait  assas- 
siné au  pont  de  Monlereau,  le  10  septembre  1419. 

Emile  Varenbergh. 
{Pour  être  continué). 

(1)  Arch.  dcp.  de  Lille,  fonds  de  1j  chambre  des  comples,  carloii  B,  1448. 

(2)  RyniER,  édit.  lioll.,  t.  IV,  Pari.  111,  p.  127.  —  D'autres  hommes  nola- 
l)les  de  Flandre  avaient  élc  mêles  dans  celte  négociation,  c'étaient  :  Jacques 
de  Lichtervelde,  seigneur  de  Coolscamp,  Roland  d'Uulkerke,  Félix  de  Sleen- 
liuuse,  souverain-bailli  de  Flandre,  Guillaume  Descaule  (?),  Jean  de  Ghislelle, 
Govnrlde  Maldegera,  Henri  Goelhals,  Thierry  Leroi  (De  Coninck),  Guillaume 
de  Rabccque,  Simon  Uulenhove,  Jean  Bonin  et  Jean  de  Varsenacre.  Rymer, 
cdil.  holl.,  t.  IV,  Part.  III,  pp.  117,  H9,  122, 


147  — 


Pièces  înistiflcativcs. 

I. 

(Voir  page  137). 

AppoiiUemenl  du  24  ociobrc  1406. 

Le  24  jour  d'octobre  l'an  mil  A"  et  six,  en  l'assembler  qui  ont 
Tait  à  (jaleis  les  ambassalours  de  la  partie  d'Engletere,  cest  assa- 
voir Riebard  Aston,  lieutenant  de  Caleis,  mess.  Thomas  Swyn- 
ford,  mess.  William  Hoo,  ch'%  Joban  Urban,l*erin  de  Lobarenc 
et  Riebard  OIdyngton,  esquicrs,  d'une  part,  et  les  commis  du 
duc  de  Rurgogne,  conte  de  Filandre,  pour  la  partie  de  Filan- 
dres, cest  assavoir  mcssirc  Pierre,  seigneur  de  la  Viefville, 
meistre  Jeban  de  Toysy,  archidiacre  d'Ostrevans,  meistre 
Tberry  Gherbode,  Tberry  de  Huchin,  escuier,  d'autre,  sur  la 
rapport  que  ont  fait  les  dicts  ambassalours  et  commis  de  la 
volunté  de  tous  seigneurs  sur  aucuns  poins  toucbans  la  traité 
depieça  cncommencez  démené  par  eulx  sur  le  fait  de  la  mar- 
chandise, avons  comme  par  manere  de  provision  entre  Euglc- 
terre  et  Filandre  l'espace  d'un  an  durant,  esquelles  poins  avoit 
esté  mys  débat  et  difficulté  à  leur  darene  assembler  que  feu  le 
xiiii'^jour  daoust  darrcin  passée  les  dis  ambassaleurs  et  commis 
parmie  ce  que  de  la  dite  partie  d'Englelerre  est  accordé  que 
les  marchans  de  Ffrance,  la  dicte  provision  durant,  purront 
seurement  aler  et  retourner  mecbaniement  à  tout  leur  bien, 
marchandises,  de  Gravelinge  à  Caleis  et  aussi  que  ou  point  des 
pilgrimes  et  clercs  leur  a  ousté  ce  mot  et  autres  avec  ce  que 
es  chemins  des  dunes  en  Fflandres  seront  mys  merques  et  en- 
signes  pur  cognislre  les  cbcmyns  et  y  passer  seurement  et  aussy 
de  la  dicte  partie  d'Englelerre  leur  sest  déparly  de  voloire  lier 
leur  niefs  ensemble  au  port  de  FEscluse,  mais  partout  aussi 
francs  en  celle  partie  comme  les  niefs  des  roiaulmes  de  Ffrance, 
d'Espaignc,  d'Escoce  et  des  pays  de  Holand,  Zcland,  Ffresc- 


_  U8  —      - 

land  et  Braband  sont  appointés  de  tous  poins  derreinement 
liaillés  par  les  dictes  ambassaieurs  d'Engleterre,  except  deux 
poins  seulement,  le  premier  de  la  resiitucion  des  biens  prins 
sur  nieer  des  Engleis  que  partout  amesncr  as  ports  de  Fflandres; 
le  secaunde  de  guarder  les  fioles  es  marces  de  Fflandres;  sur 
lesquelle  deux  poins  ensemble  et  en  tant  comme  les  dis  commis 
ont  ores  dit,  que  le  roy,  leur  souvereigne  Seigneur,  ne  leur  a 
volue  ottroier  de  cesser  de  faire  guerre  hors  la  ville  de  Grave- 
linge  comme  bien  et  deument  ces  heures  ce  eust  esté  passer 
sans  estre  débaïus  les  dicts  commis  pour  la  partie  de  Fflandre 
ont  prins  d'en  parler  au  dict  duc  de  Bourgoigne,  leur  seigneur, 
et  pour  avoir  la  certeinte  de  la  volunté  et  rassembler  au  lieu 
où  leur  serra  d'accort,  pour  en  rapporter  et  faire  savoir  sa  vo- 
lunté as  dis  ambassateurs  à  viii  jours  de  novembre  prochain 
venant  sur  laquelle  rapporte  de  sa  volunté  as  dits  ambassa- 
teurs eux  seront  prestes  de  finalement  conclure  la  dit  traité, 
comme  il  y  appartendra,  et  pardessus  ce  les  dicts  commys  se 
sont  chargés  de  faire  diligence  devers  leur  dit  seigneur,  que 
leur  puisse  obtenir  seurté  générale  sur  raeer  entre  Douvre  et 
Whitsande  et  de  là  extendant  de  Tune  cousté  et  l'autre  partout 
sur  meer  devers  le  est  et  la  north,  sans  ce  que  aucun  damage 
fust  porté  par  Ffrances  ne  Anglois  ou  autres  tenant  d'un  partie 
ou  l'autre,  et  de  faire  savoir  as  dicts  ambassateurs  ce  qu'ils 
en  auront  peu  obtenir  dedeins  le  xv  jour  de  décembre  proschein 
venant.  En  tesmoing  de  ce  nous  ambassateurs  pour  le  partie 
d'Engleterre  dessus  només  avons  mys  nos  signes  à  ceste  cedule, 
faicte  l'an  et  jour  dessus  dis. 

(Orig.  pareil.  Six  sceaux  placards  i-ouges,  entourés 
d'un  jonc  ti'cssé,  le  tout  assez  bien  conservé). 


—  449  — 
II. 

(Voir  page  138). 

Copie  van  de  vrede  lusschen  Ylaenderen  ende  Iiighelandl,  yhemaccl 
iul  jaer  XllW  atht,  ende  dat  voor  een  jaer. 

(8  Juin  U08). 

A  loiis  ceiilx  qui  ces  prcsenlcs  lollres  verront  ou  orroni, 
bourgmaistres,  advoé,  eschevins  et  conseil  des  villes  de  Gand, 
Bruges  et  Ypres  et  du  territoire  du  Franc  ou  pays  de  Flandres, 
saluut.  Scavoir  faisons  que  comme  nous  avons  vcu  les  lettres 
patentes  du  Roy  nostrc  souverain  seigneur,  données  le  xxvii^ 
jour  d'avril  Fan  de  grâce  mil  iiij'^  et  huict  et  celles  de  nostre 
très-redoubté  seigneur  et  prince  Monseigneur  le  duc  de  Bour- 
goigne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  données 
le  XV  jour  de  may  Pan  dessusdict  de  la  prorogation  jusques  au 
terme  de  trois  ans  du  traitié  qui  dernièrement  avoit  esté  ac- 
cordé pour  ung  an  pour  la  marchandise  avoir  cours  par  ma- 
nière de  provision  entre  le  royalme  d'Engleterre,  la  ville  de 
Calays  et  les  autres  pays,  villes  et  lieux  tenuz  et  occupez  de  la 
partie  d'Engleterre  et  le  conté  et  pays  de  Flandres  et  les  autres 
seignouries,  villes  et  lieux  appartenans  à  nostredit  très-redoubté 
sgr,  entre  Flandres  et  Couloigne  sur  le  Rin.  Desquelles  lettres 
les  teneurs  s'ensuivent  :  Charles,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de 
France,  à  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres  verront,  salut. 
Comme  de  pieça  à  la  supplication  de  nos  bien  amez  les  gens 
de  leyhe,  bourgois  et  habitans  du  conté  et  pays  de  Flandres, 
pour  le  prouflît  commun  de  la  chose  publique  et  l'avanceracni 
de  la  marchandise  esdiz  conté  et  pays  et  à  la  conservacion 
d'iceulx  qui  sont  principalement  fondez  sur  le  fait  de  draperie 
ei  pour  autres  causes  et  considéracions  qui  à  ce  nous  mènent, 
et  par  grant  et  meure  délibéracion  de  conseil  traitiée  de  nostre 
licence  et  par  les  povoir  et  auctoriié  sur  ce  donnez  de  nous  eust 
esté  encommenciéparles  commis  ad  ce  par  feue  nosire  très  ehière 

u 


—   150  — 

et  très  aniée  tante  la  duchesse  de  Bourgoigne,  contesse  de 
Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  que  Dieux  absoille  et 
après  sont  trespas  entretenu  par  les  commis  ad  ce  de  nostre 
très  chier  et  très  amé  cousin  le  duc  de  Bourgoigne,  conte  de 
Flandre,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  son  filz,  avecq  les  ambassa- 
deurs ou  commis  de  la  partie  d'Engleterre  sur  le  fait  de  la 
marchandise  pour  icelle  avoir  cours  seurement  entre  les  mar- 
chans  desdiiz  conté  et  pays  de  Flandres  et  ceulx  du  pays 
d'Engleterre  et  leurs  aliés,  facteurs  et  familliers,  au  cas  que 
la  guerre  seroit  ouverte  entre  nous  et  nostre  royalme  d'une 
d'une  part,  et  ladicte  partie  d'Engleterre  d'autre,  et  des  cir- 
constances et  deppendances  des  choses  dessusdictes  et  de  cha- 
cune d'icele.  Et  pour  ce  que  ledit  traitié  dont  les  escriptures 
sur  ce  bailliez  par  les  commis  d'un  costé  et  d'autre  furent  ap- 
portées devers  nous  et  nostre  conseil  ne  se  povoit  lors  ne  depuis 
pour  les  autres  grans  empeschemens  à  nous  survenus  s'est  peu 
expédier  selon  ce  que  la  matière  qui  est  pesant  et  touche  gran- 
dement nous  et  nostre  royalme  le  rcqniroit  et  requiert,  et  affin 
d'entretenir  la  bcsoingne  et  pourveoir  à  ce  que  ledict  traitié 
fnst  continué  pour  le  bien  et  utilité  dudict  pays  de  Flandres  et 
l'avancement  de  ladicte  marchandise,  nostre  dit  cousin  des 
licences,  povoir  et  auctorité  à  lui  par  nous  depuis  donnez  sur 
ce  fait  après  plusieurs  iournces  de  traitié  et  assemblées  qui 
furent  tenues  et  eues  sur  ce  par  ses  commis  avecq  lesdicls  am- 
bassadeurs .de  la  partie  d'Engleterre,  ait  de  nostre  volenté 
accordé  par  ses  lettres  lesquelles  à  sa  supplication  et  en  faveur 
de  ceulx  audict  pays  de  Flandres  aiet  esté  confirmées  des 
nosires  et  depuis  publiées  et  mises  es  exécution  pour  ladicte 
marchandise  avoir  cours  seurement  par  manière  de  provision 
entre  le  royalme  d'Engleterre,  la  ville  de  Calays  et  les  autres 
pays,  terres  et  lieux  tenues  et  occupées  par  les  Anglois  et  les- 
diz  conté  et  pays  de  Flandres,  les  pèlerins  d'un  costé  et  d'aul- 
tre  passer  et  faire  leurs  pèlerinages,  les  clercs  dudict  royalme 
d'Engleterre  aler  vers  la  court  de  Rome  pour  leurs  besoignes 
et  les  pescheurs  généralement  aler  pescher  sur  mer  et  gasgner 
leur  vivre  par  l'espace  d'un  an  supposé  et  non  obstant  que  la 
guerre  soit  ou  fust  ouverte  entre  nous  et  nostredict  Royaulme 


—   151  — 

d'une  part,  et  ladicte  partie  d'Eugletcrre  d'autre,  les  poiiis  et 
articles  contenus  plus  à  plain  en  nos  autres  lettres  patentes 
scellées  de  notre  grant  scel,  dont  la  teneur  s'ensuit.  Charles, 
par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France,  à  tous  cculx  qui  ces  pré- 
sentes lettres  verront,  salut.  Scavoir  faisons  nous  avoir  veu 
lettres  de  nostre  très  chier  et  très  amc  cousin  le  duc  de  lîour- 
goigne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  par  lui 
passées  et  accordées  par  vertu  et  auclorité  des  licence,  povoir 
et  auctorité  par  nous  à  luy  donnez  sur  le  faict  de  la  marchan- 
dise avoir  cours  et  estre  exercié  seurement  entre  les  pays  de 
Flandre  et  d'Engleterre  les  pèlerins  d'un  costé  et  d'autre  faire 
leurs  pèlerinages,  les  clercs  d'Engleterre  aler  vers  la  court  de 
Rome  et  les  pescheur  généralement  aler  peschier  sur  mer  par 
manière  de  provision  seulement,  jusques  à  un  an  après  la  pu- 
blication dudict  accort,  si  comme  esdictes  lettres  est  plus  à 
plain  contenu  desquelles  le  teneur  s'ensuit. 

Jehan,  duc  de  Bourgoigne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de 
Bourgoigne,  palatin,  seigneur  de  Salins  et  de  Malines,  commis 
en  cesle  partie  de  Monseigr  le  Roy,  à  tous  ceulx  qui  ces  pré- 
sentes lettres  verront,  salut.  Comme  de  pieça  à  la  supplication 
des  gens  d'église,  bourgois  et  habitans  de  nos  conté  et  pays  de 
Flandres,  pour  le  prouffît  commun  de  la  chose  publicque  et 
l'avancement  de  la  marchandise  en  nosdiz  conté  et  pays  et  à 
la  conservacion  d'iceulx  et  pour  autres  causes  et  considéracions 
que  à  ce  meurent  mondii  seigneur  le  roy  iraitié  eust  esté  en- 
commencié  des  licence,  povoir  et  auctorité  sur  ce  donnez  de 
mondit  seigneur  le  Roy  par  les  commis  à  ce  de  feue  nostre 
très  chière  Dame  et  mère  Madame  la  Duchesse  de  Bourgoigne, 
contesse  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgoigne,  cui  Dieu 
absoille  et  après  son  trespas  entretenu  par  nos  commis  sur  le 
fait  au  cours  de  la  marchandise  entre  les  marchans  d'Engleterre 
et  de  nos  conté  et  pays  de  Flandres.  Et  pour  ce  que  ledict 
traitié  dont  les  escriptures  sur  ce  baillées  par  les  commis  d'un 
coslé  et  d'autre  furent  rapportées  devers  mondit  seigneur  le 
Roy  et  son  conseil  ne  se  povoit  lors  expédier  pour  aucunes 
causes  et  empeschemens.  Scelluy  Monseigneur  le  Roy,  afin  d'en- 
tretenir la  besoigne  et  pourveoir  à  ce  que  ledit  traitié  fust  con- 


—   152  — 

tinué  pour  le  bien  et  utiliié  de  iioslredit  pays  de  Flandres  et 
ravancenient  de  ladicte  marchandise,  nous  ait  depuis  donné  et 
octroyé  en  faveur  de  ceulx  de  nostredii  pays  de  Flandres  li- 
cence, povoir  et  aucloriié  de  consentir  et  ordonner  de  par  lui 
par  nous  ou  nos  commis  le  fait  de  la  marchandise  estre  exercé 
entre  le  Royaume  d'Engleterre,  la  ville  de  Calais  et  les  autres 
terres  tenues  et  occupées  des  Anglois  et  nostre  dit  pays  de 
Flandres,  les  pèlerins  d'un  oosté  et  d'autre  aler  en  pèlerinage, 
les  clercs  dudit  royaulme  d'Engleterre  aler  vers  la  court  de 
Romene  et  les  pescheurs  aler  pescher  sur  mer  et  gaigner  leur 
vivre,  par  l'espace  d'un  an  supposé  et  non  ohsiant  que  la  guerre 
soit  ou  fust  cependant  ouverte  entre  mondit  seigneur  le  Roy  et 
son  royaulme  d'une  part  et  ladicte  partie  d'Engleterre  d'autre. 
Par  vertu  desqnclz  licence,  povoir  et  auctorité  avons  ainsi 
donnez  de  mondict  seigneur  le  Roy  plusieurs  journées  de  traitié 
de  nostre  commandement  ont  esté  tenues  sur  ledit  faTt  par  noz 
commis  à  ce  avec  les  ambassadeurs  à  ce  commis  et  députez  par 
ladicte  partie  d'Engleterre  et  tant  a  esté  audict  traitié  procédé 
entre  eulx  que  pour  ladicte  marchandise  avoir  cours  seurement 
par  manière  de  provision  entre  ledit  royaulme  d'Engleterre,  la 
ville  de  Calais  et  les  autres  pays,  terres  et  lieux  tenues  et  occu- 
pées des  Anglois  et  nosdiz  conté  et  pays  de  Flandres,  les  pèle- 
rins d'un  costé  et  d'aultre  passer  et  faire  leurs  pèlerinages  les 
clercs  dudit  Royaulme  d'Engleterre  aler  à  Romene,  et  les 
pescheurs  généralement  aler  pescher  sur  mer  l'espace  d'un  an 
durant  après  la  publication  de  ce  présent  accort  supposé  et  non 
obstant  que  la  guerre  fust  ou  soit  ouverte  entre  mondict 
seigneur  le  Roy  et  son  royaulme  et  ladicte  partie  d'Engleterre. 
Nos  commis  ensemble  les  ambassadeurs  de  la  partie  d'Engle- 
terre dessusdiz,  chacune  partie  de  son  costé,  ont  accordé  si 
comme  par  iceulx  noz  commis  nous  a  esté  rapporté  les  poins 
et  articles  en  la  manière  s'ensuit.  Piemièrement,  que  tous  mar- 
chans,  tant  du  royaulme  d'Engleterre,  de  Calais,  d'Yrlande  et 
autres  pays  subgiez  an  Roy  d'Engleterre  ou  occupé  par  eulx, 
comme  les  marchans  de  Flandres  et  d'autres  pays  du  royaulme 
de  France  et  d'autres  pays  quelconques,  soient  marchans  de 
laines,  de  cuirs,  de  vitailles  ou  de  quciconcques  autres  mar- 


—  153  — 

chandiscs  et  leurs  facieurs  et  familiers  puissent  seuremenl  alcr 
par  terre,  à  pie,  à  cheval  ou  autrement,  et  en  passant  en  et 
oultre  l'eaue  de  Gravelinghc,  de  Calais  eu  Flandres  et  de  Flan- 
dres à  Calais,  ensemble  leurs  biens  et  marchandises,  en  tenant 
leur  chemin  entre  la  mer  et  les  chasteaulx  de  Mark  et  (l'Oye 
et  marchander  les  uns  avec  les  autres  de  toutes  manières  de 
marchandises,  vivres  et  aultres,  et  mener  et  ramener  ou  faire 
mener  et  ramener  de  Calais  en  Flandres  et  de  Flandres  à  Ca- 
lais leurs  dictes  marchandises,  vivres  et  aultres,  excepté  armu- 
res, artilleries,  canons  et  aultres  choses  semblables  et  nuisables 
et  que  lesdicls  marchans,  leurs  facteurs  et  familliers  puissent 
chascun  d'eulx  à  qui  il  sera  nécessaire  achater  et  avoir  francc- 
ment  de  ceulx  de  l'autre  costé  des  vivres  et  les  amener  par 
terre,  en  et  oultre  l'eaue  susdicte  les  ungs  aux  aultres,  c'est 
assavoir  ceulx  de  Calais  et  aultres  de  la  partie  d'Engleterre  en 
Flandres  et  ceulx  de  Flandres  et  aultres  de  la  partie  de  France 
à  Calais  par  le  chemin  dcssusdict  sans  empeschemeni,  destour- 
bir  ou  deffence  quelconcques,  ne  pour  se  encourrir  en  aucune 
paine  et  sans  en  eslre  rcprins  de  leurs  seigneurs  de  Tune  par- 
tie ne  de  l'autre,  ne  de  leurs  officiers.  Item,  que  tous  marchans 
d'Engleterre,  de  Calais,  d'Yrlande  et  d'autres  pays  subgiez  au 
Royaulme  d'Engleterre  ou  occupé  par  eulx,  soient  marchans  de 
laines,  de  cuirs,  de  viiaillcs  ou  de  quelconcques  autres  marchan- 
dises, leurs  facteurs  et  familliers,  maistres  de  neif  et  maronniers 
puissent  aler,  passer,  repasser,  converser,  venir,  estre  et  de- 
mourer  par  mer  seurement  ou  dict  pays  de  Flandres  ou  dans 
les  ports  et  havres  dicelluy  pays,  avec  leurs  biens,  marchandises 
et  neifs,  et  marchander  avecq  tous  marchans  de  Flandres  et 
aultres  marchans  quelconques  et  leurs  facieurs  et  familliers  de 
toutes  manières  de  marchandises,  tant  vivres  ou  aulires, 
excepté  armeures,  artilleries,  canons  et  aulires  choses  sembla- 
bles et  nuiasiblcs  et  en...  avec  leurs  diz  neifs,  biens,  mar- 
chandises, vivres  et  autres  qu'ilz  poreont  ramener  et  retourner 
seuremenl.  Et  que  pareillement  tous  marchans  dudict  pays  de 
Flandres  ou  demourans  en  icclluy  pays,  soient  marchans  de 
laines,  de  cuirs,  de  viiaillcs  ou  de  quelconques  autres  marchan- 
dises, leurs  facteurs,  familliers,   maistres   de  neifs  et  maron- 


—  usi- 
niers puissent  aler,  passer,  repasser,  converser,  estre  et  de- 
moiirer  par  mer  seurement  ou  royaulme  d'Engletorre  à  Calais 
et  es  autres  pays  subgiez  dudict  royaulme  d'Engleierre  ou  occupé 
par  eulx  et  dedens  les  ports  et  havres  d'iceulx  royaulme  d'En- 
gleierre, de  Calais  et  d'autres  villes  et  lieux  subgiez  ou  occupez 
de  la  partie  d'Engleterre  avecq  leurs  biens,  marchandises  et 
neifs,  et  marchander  avec  tous  marcbans  anglois  et  autres 
marchans  quelconcques  et  leurs  facteurs  et  familliers  de  toutes 
manières  de  marchandises,  tant  vivres  comme  autres,  excepté 
lesdictes  armeures,  artilleries,  canons  et  autres  choses  sembla- 
bles et  nuiasibles,  et  mener  en  Engleterre,  à  Calais  et  en  autres 
villes  et  lieux  subgiez  ou  occupez  de  ladicte  partie  d'Engleierre 
leurs  biens  propres,  vivres  et  autres  et  les  biens  d'autres  de- 
mourans  audict  pays  de  Flandres  et  en  partir  el  retourner 
seurement  à  tout  leurs  diz  biens,  marchandises  et  neifs.  Et 
aussi  que  lesdicts  marchans,  leurs  facteurs  et  familliers  puis- 
sent chascuQ  d'eulx  à  qui  il  sera  nécessaire  acheter  et  avoir 
francement  de  ceulx  de  l'autre  partie  des  vivres  et  les  amener 
par  mer  les  uns  aux  autres,  c'est  assavoir  ceulx  d'Engleterre 
et  de  Calais  en  Flandres,  et  ceulx  de  Flandres  en  Engleterre 
et  à  Calais,  sans  en  estre  reprins  de  leurs  seigneurs  de  l'une 
partie  ne  de  l'autre,  ne  de  leurs  oCQciers,  ne  que  par  ceulx  de 
la  partie  d'Engleterre,  aux  marchans  de  Flandres  ou  demou- 
rans  en  Flandres  dommaige,  empeschement  ne  destourbier  soit 
fait,  ne  aussi  par  ceulx  dudict  pays  de  Flandres  aux  marchans 
de  la  partie  d'Engleterre  par  voie  de  fait  pour  cause  de  guerre, 
pillerie,  roberie  faire  ou  faire  ne  autrement  en  aucune  manière 
pour  cause  quelconcque,  en  paiant  d'une  partie  et  d'autre  les 
toulicux  et  devoirs  deus  et  accoustumez  parmi  ce  que  lesdicts 
marchans  d'un  costé  et  d'autre,  leurs  facteurs  et  familliers, 
maistres  de  neifs  el  maronniers,  auxquels  sera  bien  loisible 
d'avoir  avecques  eulx  en  leurs  neifs  armures  et  artilleries 
pour  la  garde  et  sauvement  de  leurs  corps  el  biens  en  alant 
par  mer  et  icelles  amener  avecques  eulx  en  quelconcques  ha- 
vres qu'ilz  arriveront  à  lissir  de  leurs  neifs,  laisseront  leurs 
dictes  neifs  ou  vasseiaulx,  excepté  couiel,  daigne  ou  espée 
qu'ilz  porront  porter  se  bon  leur  semble  jusques  à  leurs  hos- 


—  155  — 

telz,  où  ilz  seront  tenus  de  laisser  leurs  dictes  espées.  Ilcm, 
que  lesdicts  niarchans  de  la  partie  d'Engleterre,  leurs  facteurs 
et  faniillicrs,  meistres  de  neifs  et  maronnicrs  puissent  estre, 
converser  et  demourcr  sciircment  ou  pays  de  Flandres  et  es 
ports  et  havres  dicelluy  avec  leurs  neifs,  biens  et  marchandises 
quelconcques,  vivres  et  autres,  et  semhiablement  les  niarchans 
de  Flandres  ou  deinourans  en  Flandres  et  leurs  fadeurs  et  fa- 
milliers,  maistres  de  neifs  et  maronniers,  puissent  estre,  con- 
verser et  deniourer  seuremcnt  ou  royaulme  d'Engleterre,  à 
Calais  et  autres  villes  et  lieux  subgiez  et  occupez  des  Anglois, 
sans  ce  que  par  ceulx  de  Flandres  ne  autres  de  la  partie  de 
France  ou  autres  quelconcques  soit  nieffaict  ou  donné  eni- 
peschcment,  ne  destourbier  aux  niarchans  3e  la  partie  d'En- 
gleterre, ne  par  ceulx  diccllc  partie  d'Engletrre  ou  autres 
quelconcques,  aux  niarchans  de  Flandres  ou  dcniourans  en 
Flandres,  ne  à  leurs  facteurs  ou  faniilliers,  maistres  de  neifs  et 
maronniers  d'un  coslé  et  d'aultre,  par  voie  de  faict,  pour  cause 
de  guerre,  pillerie,  roberie  faicte  ou  à  faire  ne  autrement  en 
aucune  manière,  pourvueu  que  les  niarchans  de  Franche  et 
d'aultre  pays  quelconcque  soient  aussi  seuremcnt  à  tout  leurs 
neifs  et  biens  oudict  pays  de  Flandres  et  es  ports  et  havres 
dicelluy  sans  ce  que  par  ceulx  de  la  partie  d'Engleterre  leur 
soit  illecques  mcffaict  ou  donné  empcschcnient  ne  destourbier. 
Et  aussi  lesdicts  niarchans  de  la  partie  d'Engleterre  et  de 
Flandres,  leurs  facteurs  et  faniilliers,  maistres  de  niefs  et  ma- 
ronniers puissent  ceulx  de  leur  partie  entrer  es  villes  fermées 
de  l'autre  partie,  sans  en  demander  congie,  fors  la  première 
fois  seulement  à  chascune  venue  qu'ilz  feront  de  leur  pays  en 
l'autre,  pourvueu  que  aux  portes  desdictes  villes  ou  il  sera  be- 
soing  aux  diz  niarchans,  leurs  facteurs  et  faniilliers,  maistres  de 
neifs  et  maronniers  de  demander  congié,  soient  mis  certaines 
gens  qui  aient  povoir  de  leur  donner  lesdicts  congiés  d'entrer, 
et  ou  cas  qu'ilz  ne  trouveront  aucunes  telles  gens  aux  dictes 
portes,  que  eulx  porront  autrement  et  sans  aucun  empesche- 
ment  entrer,  chevaucer  ou  aler  jusques  à  leurs  hostels  et  illec- 
ques deniourer  sans  partir  jusques  à  ce  que  leurs  hostes  auroient 
signifié  leur  venue  aux  capitaines  ou  officiers  des  dictes  villes. 


—  156  — 

lesqiielz  liostes  ou  leurs  servans  après  ce  qu'ilz  en  seront  requits 
seront  tennz  lanlost  sur  la  venue  tlesdicts   marchans  de  faire 
signifiance  de  leur  venue  ausdiz  capitaines  ou  officiers.  Et  ou 
cas  que  par  négligence  ou  autrement  ladicie  siguifiance  ne  soit 
faicte  que  les  marchans  dedens  heures  après  leur  venue,  porront 
départir,  aler  et  passer  avant  sur  leur  chemin  et  en  leurs  affai- 
res. Et  se  eulx  trouvoient  aux  dictes  portes  aucune  personne 
ou  personnes  et  par  leur  congié  ils  pussent  entrer  esdictes  villes 
fermées,  que  eulx  ne  forseroient  de  riens  ja  soit  ce  que  celui  ou 
ceulx  qui  leur  auroient  donné  ledict  congié,  n'en  eust  aucune 
puissance,  mais  l'eust  faict  par  simplesse,  fraude  ou  malengien. 
Item,  que  tous  pèlerins  d'un  costé  et  d'autre,  en  alant  en  pèle- 
rinaiges  et  aussi  les  clercs  dudit  royaulme  d'Engleterre  en  alant 
vers  la  court  de  Romme  pour  faire  leurs  besoingnes,  puissent 
entrer  par  mer  et  «ussi  par  terre,  à  pie,  à  cheval  ou  autrement 
ceulx  de  l'une  partie  ou  pays  de  l'autre  partie,  et  passer  et 
repasser  paisiblement  par  iceulx  et  y  estre  seurement  et  france- 
ment  et  aussi  aler,  passer  et  repasser  par  terre,  à  pie,  à  cheval 
ou  autrement,  de  Calais  en  Flandres  et  en  et  oultre  l'eaue  de 
Gravelinghes,  et  de  Flandres  à  Calais,  en  tenant  leur  chemin 
entre  la  mer  et  lesdicts  chasteaulx  de  Marck  et  Doye,  sans  ce 
que  par  ceulx  de  Flandres  ou  autres  de  la  partie  de  France,  ne 
autres  quelconcques  soit  meffaict,  ne  donné  empeschemeni,  ne 
destourbier  aux  pèlerins  ou  clers  de  la  partie  d'Engleterre,  ne 
par  ceulx  dicelle  partie  d'Engleterre,  ne  autres  quelconcques 
aux  pèlerins  de  Flandres  ou  demourans  en  Flandres  par  voie 
de  fait  pour  cause  de  guerre,  piilerie,  roberie,  faicte  ou  à  faire, 
ne  aultrement  en  aucune  manière,  pourveu  que  à  l'entrer  es 
villes  fermées,  ilz  prenaient  congié  aux  gardes  des  portes  de  y 
entrer  et  ne  demouront  en  une  ville  fermée  ou  autre  que  que 
une  nuyt,  se  n'estoit  que  par  maladie,  par  faulie  de  vent  ou  de 
navire  s'il  avenoit  sur  port  ou  havre  de  mer,  ou  pour  faire  ou 
recepvoir  les  changes  de  leur  argent,  il  leur  convenist  faire  plus 
longue  demeure.  Et  se  mesiier  estoit  et  ilz  en  estoient  requis 
à  l'entrer  es  dictes  villes  fermées,  ceulx  de  l'une  partie  feront 
serement  à  l'autre  partie  que  pour  malfaire  ou  pour  chassier 
au  Pioy,  ne  à  ses  royaulme  et  subgiez,  ne  es  villes  ou  au  pays 


~   157  — 

ilz  ne  passent  par  icelles.  Et  pourveu  aussi  que  aux  portes  des 
(licies  villes  fermées,  où  il  sera  besoing  aux  diz  pèlerins  et 
clers  de  demander  congier,  soient  rais  certaines  gens  qui  aient 
povoir  de  leur  donner  ledict  congié  d'entrer  et  de  recevoir 
d'eux  se  mcsiier  est  le  serement  par  la  manière  dessus  dicte. 
Et  ou  cas  qu'ilz  ne  trouveront  aucunes  telles  gens  aux  dictes 
portes  que  eulx  porront  licitement  et  sans  aucun  empeschement 
entrer,  chevauchier  ou  aler  jusques  à  leurs  hostelz  et  illecques 
deniourer  sans  partir  jusques  à  ce  que  leurs  hostes  auroient 
signifié  leur  venue  aux  diz  capitaines  ou  officiers  desdicles 
villes,  lesqnelz  hostes  ou  leurs  servans  après  ce  qu'ilz  en  seront 
requis,  seront  tenuz  toutost  sur  la  venue  des  dis  pèlerins  et 
clercs  de  faire  signifiance  de  leur  venue  aux  diz  capitaines  ou 
officiers.  Et  ou  cas  que  par  négligence  ou  autrement,  la  dicte 
signifiance  ne  seroit  faicte,  que  les  pèlerins  et  clers  dedans 
deux  heures  après  leur  venue  porront  départir,  aller  et  passer 
avant  sur  leur  chemin  et  en  leurs  affaires.  Et  ce  eulx  trouvoient 
aux  dictes  portes  aucune  personne  ou  personnes  et  par  leur 
congié  ilz  feussent  entrez  es  dictes  villes  fermées,  que  eulx 
ne  fourferont  de  riens  ja  soit  ce  que  celui  ou  ceulx  qui  leur 
auroient  donné  ledict  congié  n'en  eust  aucune  puissance,  mais 
l'eust  fait  par  simplesse,  fraude  ou  malengien.  Item,  que  tous 
pescheurs,  tant  du  pays  de  Flandres,  de  Picardie,  de  Norman- 
die, Bretagne,  et  généralement  de  tout  le  royaulmc  de  France, 
comme  du  royaulme  d'Engleterre,  de  Calais  et  d'anlires  pays 
et  lieux  subgiez  et  occupez  par  les  Englois,  porront  paisible- 
ment aler  par  tout  sur  mer  pour  pescher  et  gaignier  leur  vivre 
sans  empeschemcnt  ou  destourbier.  Et  avec  ce  se  fortune  ou 
autre  aventure  chassoit  ou  amenoit  lesdiz  pescheurs  d'Engle- 
terre  et  des  autres  villes  et  lieux  tenuz  et  occupez  par  les  En- 
glois ou  aucuns  des  havres,  ports,  destrois  ou  dangiers  desdiz 
pays  de  Flandres,  de  Picardie,  Normandie,  Breiaigne  et, autres 
du  royaulme  de  France,  ou  lesdiz  pescheurs  diceulx  pays  de 
Flandres,  de  Picardie,  Normandie,  Bretaignc  et  autres  du 
royaulme  de  France  en  aucuns  des  ports,  havres  et  desiroiz 
ou  dangiers  du  royaulme  d'Engleterre,  de  Calais,  des  autres 
pays  et  lieux  subgiez  cl  occupez  par  les  Englois,  qu'ilz  y  soient 


—  iô8  — 

paisiblement  et  francement  receuz  et  traitiez  raisonnablement 
d'un  costé  £l  d'aulire,  en  paiant  es  lieux  où  ilz  arriveront  les 
tonlieux  et  devoirs  anciennement  accoutumez  et  d'ilecques  puis- 
sent libéralement  retourner  à  tout  leurs  neifs,  applois  et  biens, 
sans  destourbier,  arrest  ne  empeschement,  pourveu  que  par 
lesdiz  pescheurs  d'un  costé  et  d'autre  ne  soit  commise  aucune 
fraude.  Item,  que  es  ports  et  havres  de  Flandres,  aucuns  escu- 
meurs  ne  gens  labourans  sur  la  guerre,  soient  François,  Fla- 
mens  ou  d'autres  pays  quelxconcques,  ne  seront  souffers  entrer 
ne  issir  pour  faire  grevance  à  marchans,  leur  facteurs,  famil- 
liers,  maistres  des  neifs  et  maronniers,  pèlerins,  clers  et 
pescheurs  de  la  partie  de  France ,  d'Engleterre  ne  d'autres 
pays  quelxconcques,  ne  à  leurs  biens  et  marchandises.  Et 
aussi  que  es  ports  et  havres  d'Engleterre  et  de  Calais,  aucuns 
cscumeurs  ne  gens  labourans  sur  la  guerre,  soient  Anglois, 
Yrlandois  ou  d'autre  pays  quelxconcques,  ne  seront  souffers 
entrer  ne  yssir  pour  faire  grevance  aux  marchans,  leurs  fac- 
teurs, familliers,  maistres  de  neifs,  maronniers,  pèlerins  et 
pescheurs  de  Flandres,  ne  à  leurs  biens  et  marchandises. 
Item,  se  durant  ledict  terme  aucun  dommage,  que  Dieu  ne 
veulle,  estoit  faici  d'un  costé  ou  d'autre  contre  cest  accort,  par 
quoy  il  en  conveuist  faire  rcqueste  ou  poursuite,  que  la  per- 
sonne ou  personnes,  de  quelque  esiat  qu'ilz  soient,  jusques  au 
nombre  de  dix  personnes  et  autant  de  chevaulx  ou  audessoubs, 
qui  de  la  partie  de  France  ou  de  Flandres,  c'est  assavoir  de  par 
mondict  seigneur  le  Roy,  de  par  nous  ou  de  par  les  quatre 
njembres  de  notredit  pays  de  Flandres  ou  aucun  d'iceulx.  Et 
de  la  partie  d'Engleterre,  de  par  le  roy  d'Engleterre,  de  par 
le  capitaine  de  Calais  ou  de  par  la  compaignie  de  l'estaple 
audict  lieu  de  Calais,  seront  pour  celle  cause  envoyez  en 
France,  en  Flandres,  en  Engleterre,  à  Calais  ou  ailleurs  d'un 
costé  et  d'autres,  porront  passer  par  terre  et  par  mer  seure- 
ment,  et  demourer  francement  et  entrer  es  villes  fermées,  pa- 
reillemcni  comme  dessus  est  déclairé  des  marchans  d'un  costé 
et  d'autre,  et  entendre  à  la  poursuite  de  leurs  besoignes,  par 
vertu  de  cest  présent  accort,  sans  empeschement  ne  avoir  pour 
ce  autre  saufconduit.  Item,  que  ledict  terme  durant  les  mar- 


—   159  — 

chans  de  Brabant,  de  Hollande,  Zélande,  d'Ylalie  et  autres  qui 
ont  accoustume  de  fréquenter  l'estaple  des  laines  à  Calais, 
porront  par  mer  et  par  terre  aller  audit  lieu  de  Calais  et  en 
retourner  seurement  à  tout  leurs  laines  et  marchandises,  et 
aussi  aler  et  retourner  en  Flandres,  sans  empescliement  ne 
destourbier,  en  paiant  les  devoirs  pour  ce  deuz,  par  ainsi  qu'ilz 
ne  meisnent  ou  portent  armcures,  artilleries,  canons  ou  autres 
choses  semblables  ou  nuiasibles.  Item,  s'il  avenoit,  que  Dieu 
ne  veulle,  que  par  aucuns  de  l'un  costé  ou  de  l'autre  aucune 
chose  feusse  faicte  ou  aitemptée  contre  Testât  de  cest  présent 
accort  et  seurté,  en  quelconque  lieu  ou  par  quelconque  voie  ja 
pour  tant  cest  accort  ne  sera  tenu  ne  entendu  enfraint  ne  pour 
ce  guerre,  arrest  ne  destourbier  d'aucunes  des  personnes  tou- 
chiés  en  cest  traitié  ne  sera  faict  ne  meu,  mais  sera  le  fait  ré- 
paré par  les  seigneurs  de  l'une  et  de  l'autre  partie  et  mis  en 
son  premier  estât  et  deu.  Scavoir  faisons  que  nous  eue  sur  ce 
délibération  par  l'advis  de  notre  conseil,  pour  le  bien  et  l'uti- 
lité de  notre  dit  pays  de  Flandres  et  l'avancement  de  la  mar- 
chandise, en  icelui  tous  poins  et  articles  dessuz  déclairez  et 
chacun  d'icellui,  Icsquelz  ont  ainsi  esté  accordez  par  nosditz 
commis  de  notre  seu  et  volenté  aveucq  lesdiz  ambassadeurs  de 
ladicte  partie  d'Engleterre,  Nous,  tant  par  vertu  desdiz  licence, 
pouoir  et  auciorité,  avons  sur  ce  donnez  de  mondit  seigneur 
le  Roy  comme  en  notre  nom  pour  nous,  noz  contez  et  pays  de 
Flandres  et  d'Artois  et  pour  toutes  noz  autres  terres,  villes  et 
seigneuries  que  nous  avons  appartenans  et  obéissans  à  nous 
entre  nozdiz  conté  et  pays  de  Flandres  et  Couloigne  sur  le 
Rin,  et  pour  tous  noz  subgiez  d'iceulx  pays,  villes  et  seigneu- 
ries, avons  loé,  gréé  et  approuvé,  loons,  gréons  et  approuvons 
et  les  promettons  par  le  foy  de  notre  corps  et  sur  notre  hon- 
neur, à  tenir  et  faire  tenir  loyalment  et  fermement,  sans  en- 
fraindre  par  le  teneur  de  ces  présentes.  Ausquelles  en  tes- 
moing  de  ce  nous  avons  fait  mettre  notre  scel  de  scere,  en 
l'absence  de  notre  grant  scel.  Et  supplions  humblement  à 
mondict  seigneur  le  Roy  que,  en  aggréanl  lesdits  poins  et  arti- 
cles ainsi  accordez,  lui  plaise  de  sa  grâce  confermer  noz  dictes 
lettres  et  tout  le  contenu  en  icellcs,  les  promettre  à  tenir  et  faire 


—    160  — 

tenir  par  ses  officiers,  subgiez,  alliez  et  bienveullans  et  icelles 
mander  estre  publiées  cl  mises  à  exéciiiiou.  Donné  à  Parys,  le 
X''  jour  de  Jenvier  Tau  de  grâce  mil  cccc  et  six.  Ainsi  signé  par 
Monseignenr  le  Duc  (Foriier),  lesquelles  lettres  dessuscripies  et 
toutes  les  choses  qui  y  sont  contenues  et  chacune  d'icelles  nous 
aians  aggréables.  Icelles  à  la  supplication  et  requcste  de  notre 
dict  cousin  et  pour  le  prouffît  commun  de  son  pays  de  Flandres 
avons  loé,  approuvé  et  confermé.  Et  par  la  teneur  de  ces  pré- 
sentes et  la  délibération  de  noire  conseil,  loons,  approuvons  et 
conformons,  promettons  en  bonne  foy  et  en  parole  de  Roy  à  les 
tenir  et  faire  tenir  fermement  et  loyalment  sans  enfraindre,  ne 
aler  ou  faire  ou  souffrir  estre  fait  ou  aie  à  rencontre  par  nous, 
noz  officiers,  subgiez,  aliez  ou  bienveillans  quelxconcques  du- 
rant ledit  temps.  Si  donnons  en  mandement  à  notre  admirai 
de  la  mer  et  à  tous  capitaines,  séneschaulx,  bailliz,  chastellains, 
prévoslz,  maieurs,  gardes  de  bonnes  villes,  forteresses,  ponts, 
ports  et  passages,  et  autres  noz  justiciers,  officiers  et  subgiez, 
leurs  lieuxtenans,  et  à  chacun  d'eulx  si  comme  à  lui  appar- 
tiendra que  les  dictes  lettres  dessuscripies  ensemble  toutes  et 
chacune  des  choses  contenues  en  icelles,  tiegnent,  gardent  et 
faccnt  tenir  et  garder,  et  en  laissent,  facent  et  seuffrenl  joir  et 
user  plaisiblemeut  les  marchans,  leurs  facteurs,  familliers,  mais- 
trcs  de  neifs  et  maronniers,  pèlerins,  clers,  pescheurs  et  autres 
désignez  es  dictes  lettres  et  chacun  d'eulx  d'un  costé  et  d'autre 
paisiblement  et  plainement  durant  le  temps  dessusdict,  tout  selon 
la  teneur  d'icellcs  lettres  sans  empeschement,  ne  faire  ou  aler 
ne  souffrir  estre  fait  ou  aie  à  l'encontre  en  aucune  manière. 
Et  lesdicles  lettres  publient  ou  facent  publier  en  toutes  les 
villes,  ports,  havres  et  autres  lieux  où  l'en  a  accoustumé  à  faire 
criz  et  publications  de  par  nous  où  il  appartiendra  et  dont  il 
seront  requis.  Affin  que  aucun  ne  puisse  prétendre  ignorance 
et  les  transgresseurs  saucuns  en  y  a  faisans  au  contraire  punis- 
sent rigoreusement  comme  il  appartiendra  par  raison,  si  que  si 
soit  exemple  aux  autres  et  avccq  ce  facent  faire  restitution  des 
donimaiges  à  ceulx  et  par  la  manière  qu'il  appartiendra,  sans 
déport  ou  délay,  ne  sur  ce  attendre  autre  mandement  de  nous. 
En  tcsmoing  de  co  avons  nous  fait  mettre  notre  sccl   à  ces 


—  iO\   — 

piésctUes.  Donné  à  Paris,  le  xv"  jour  de  Jcn\ier  l'an  de  grâce 
mil  quatre  cens  et  six.  Et  de  notre  règne  le  xxvm%  Ainsi  signé 
par  le  Roy,  à  la  relation  de  son  grant  conseil  ou  quel  le  Roy 
(le  Sicile,  Monseigneur  le  Duc  de  Berry,  vous  les  évesqnes  de 
Scez  et  de  Poitiers,  Messire  Pierre  de  Rochez  et  autres  estiez. 
J.  Hue.  Collation  est  faicte.  Et  il  soit  ainsi  que  le  ternie  de  la 
dicte  année,  laquelle  n'a  à  durer  que  jusqnes  au   xv*  jour  du 
mois  de  Juiiig  prochain  venant,  se  doit  briefvement  expirer,  et 
pour  ce  le  fait  de  ladicie  marchandise,  laquelle  ne  se  fait  mie 
seulement  au   proulTit  commun  de  la  chose    publicque  dudict 
pays  de  Flandres,  mais  aussi  de  tout  notre  royaulme  se  cesse- 
roit  et  s'en  pourroient  autrement  ensuir  plusieurs  inconvéniens 
grandement  au  préjudice  de  ceulx  dudict  pays  de  Flandres  et 
d'autres  nos  subgiez,  se  par  nous  n'y  esloit  remédié,  si  comme 
tant  de  par  notre  dit  cousin,  comme  de  par  lesdiz  de  Flandres 
nous  est  esté  exposé.  Savoir  faisons  que  nous  ces  choses  con- 
sidérées, vueillaus    et   désirans   en    ce    pourveoir   au   bien  et 
prouffit  commun   du   pays  de   Flandres  et  de  la  marchandise 
d'icelui  et  de  tout  notre  royaulme,  avons  prorogué  et  prolongé, 
prorogeons  et  prolongeons  par  ces  présentes  et  par  délibéra- 
tion de  notre  conseil  lesdicies  provisions  et  accors  contenus  en 
noz  dictes  autres  lettres  cy  dessus  transcriptes,  jusques  à  trois 
ans,  à  compter  et  commencier  ledict  xv"^  jour  de  juing  prou- 
chain  venant,  promettant  en  bonne  foy  et  en  parolle  de  Roy 
tenir  et  faire  tenir  fermement  et  loyaulment  tous  les  poins  et 
articles  dessus  déclairées,  sans  enfraindre  aucunement  ne  aler, 
ne  faire  ou  souifrir  estre  fait,  ou  aie  à  l'encontre  par  nous, 
noz  officiers,  subgiez,    alliez   ou  bienveullans   quelxconcqiies 
durant  ledit  temps.  Si  donnons  en  mandement  à  notre  admi- 
rael  de  la  mer  et  à  tous  capitaines,  séneschaulx,  baillifs,  chas- 
tellains,  prévost,  maieur,  gardes  de  bonnes  villes,  forlresses, 
pons,  ports  et  passages,  et  autres  noz  justiciers,  officiers  et 
subgiez,    leurs  lieuxtenans  et   à   chacun   d'eulx,  si   comme    à 
lui  appartendra,   que  lesdictes   lettres   dessus   transcriptes  en- 
semble toutes    et  chacunes    des  choses  contenues  en   ycelles 
tiegnent  et  gardent,    facent   tenir  et  garder,  et  en   laissent, 
facent  ou  souffrent  joir  et  user  plainemcnt  les  inarchans,  leurs 


—  102   - 

fadeurs,  fainilliers,  inaistres  de  neifs  et  maroiiniers,  pèlerins, 
cicrs,  pescheiirs  et  autres  désignez  es  dictes  lettres  et  chacun 
d'eulx  d'un  costé  et  d'autre  paisiblement  et  pleinement  durant 
le  temps  dessusdict,  tout  selon  la  teneur  d'icelles  lettres,  sans 
empeschernent  ne  faire  ou  aler  ne  souffrir  estre  fait,  ou  aie  à 
rencontre  en  aucune  manière.  Et  lesdictes  lettres   publient  ou 
facent  publier  eu  louttes  les  villes,  ports,  havres  et  autres  lieux 
où  l'en  a  accostume  à  faire  criz  et  publications  de  par  nous, 
où  il  appartiendra  et   dont  ilz  seront  requis,  afïin  que  aucun 
n'y  puisse  prétendre  ignorance.  Et  les  transgresseurs  saucuns 
en  y  a  faisans  au  contraire  punissent   rigoureusement  comme 
appartiendra  par  raison,  si  que  ce  soit  exemple  aux  autres  et 
avecques  ce  facent  faire  restitution  des  dommaiges  à  ceulx  et 
par  la  manière   qu'il  appartiendra  sans   déport  ou   délay,  ne 
sur  ce  attendre  autre  mandement  de  nous.   En  tosmoing  de 
ce  nous  avons  faict  mettre  notre  scel   à  ces  présentes.  Donné 
à  Paris,  le  xxvii'^  jour  d'avril  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  et 
huit,  et  de  notre  règne  le  xxviii^.  Ainsi  signé  par  le  Roy  en 
son  conseil.  Neamulle,  collation  est  faicte.  Item,  Jehan,  duc  de 
Bourgogne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgogne,  pa- 
latin, seigneur  de  Salins  et  de  Malines.  A  tous  ceulx  qui  ces 
présentes  lettres  verront,  saluut.  Comme  Monseigneur  le  Roy 
eust  ja  pieça  par  ses  lettres  patentes  accordé  plusieurs  poins  et 
articles  pour  la  marchandise  avoir  cours  seurement  par  manière 
de  provision  entre  le  royaulme  d'Engleterre,  la  ville  de  Calais 
et  les  autres  pays,  terres  et  lieux  tenuz  et  occupez  par  les  En- 
glois  et  noz  conté  et  pays  de  Flandres,  les  pèlerins  d'un  costé 
et  d'autre  passer  et  faire  leurs  pèlerinaiges,  les  clers  dudict 
royaulme  d'Engleterre  aler  à  Rome  et  les  pescheurs  générale- 
ment aler  pescher  sur  meer  l'espace  d'ung  an  dauiant  après  la 
publication  dudict  accort.  Et  nous  aussi  en  oultre  et  par  dessus 
lesdiz  poins  et  articles  comprins  es  dictes  lettres  de  mondict 
seigneur  eussient  accordé  par  la  dicte  espace  d'un  an  aucuns 
austres  poins  et  articles  pour  certaines  considérations  contenues 
en  noz  lettres  sur  ce  faites,  dont  la  teneur  s'ensuit.  Jehan,  duc 
de  Bourgogne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et  de  Bourgogne, 
palatin,  seigneur  de  Salins  et  de  Malines,  lieutenant  de  Mon- 


—  \(jô  — 

seigneur  le  Roy  et  parties  de  Picardie.  A  tous  ceulx  qui  ces 
présentes  lettres  verront,  saluut.  Comme  par  le  traitié  qui  des 
licence,  povoir  et  auctorité  à  nous  sur  ce  donnez  de  mondit 
seigneur  le  Roy  a  esté  tenu  de  notre  commandement  à  la  sup- 
plication des  gens  d'esgliscs,  bourgois  et  habitans  de  noz  conté 
et  pays  de  Flandres,  sur  le  faict  de  cours  de  la  marchandise 
entre  Engieterre  et  notre  dict  pays  de  Flandres  plusieurs  poins 
et  articles  aient  esté  passez  et  accordez  de  noz  sceu  et  volenté 
par  noz  commis  à  ce  avec  les  ambassadeurs  à  ce  commis  de  la 
partie  d'Engleterre  pour  la  dicte  marchandise  avoir  cours  seu- 
rement  par  manière  de  provision  entre  le  royaulme  d'Engle- 
lerre,  la  ville  de  Calais  et  les  autres  pays,  terres  et  lieux  tenues 
et  occupées  des  Englois  et  nosdiz  conté  et  pays  de  Flandres. 
Les  pèlerins  d'un  cosié  et  d'autre  passer  à  faire  leurs  pèleri- 
nages, les  clers  dudit  royaulme  d'Engleterre  aler  à  Romme,  et 
les  pescheurs  généralement  aler  peschier  sur  mer  l'espace  d'un 
an  durant  après  la  publication  dudict  accordt,  supposé  et  non 
obstant  que  la  guerre  soit  ou  fust  ouverte  entre  mondict 
seigneur  le  Roy  et  son  royaulme  et  ladicte  partie  d'Engleterre, 
si  comme  par  noz  autres  lettres  sur  ce  faicies  et  confermées 
par  lettres  de  mondict  seigneur  le  Roy  peult  apparoir.  Et  il 
soit  ainsi  que  pour  ladicte  marchandise  estre  exercée  plus  seu- 
rement  et  obvier  à  plusieurs  inconvéniens,  griefs,  périlz  et 
dommages  que  autrement  eussent  peu  et  porroient  ensuir  audiz 
marchaus,  pèlerins,  clers  et  pescheurs,  tant  en  corps  comme  en 
bien,  nozdis  commis  en  oultre  et  pardessus  lesdiz  poins  et 
articles  comprins  en  noz  dictes  autres  lettres  aient  aussi  de  noz 
sceu,  volenté  et  commandement  exprès  accordé  de  par  noz 
aveuc  lesditz  ambassadeurs  de  la  partie  d'Engleterre  les  poins 
et  articles  qui  s'ensuient.  Premiers,  que  ledit  terme  d'un  an 
durant  par  ceulx  de  la  partie  d'Engleterre  sur  la  partie  de 
Flandres,  ne  par  ceulx  de  Flandres  sur  la  partie  d'Engleterre 
ne  sera  faicte  aucune  violence,  défense  ou  dommage  aux  mar- 
chans,  maistres  de  neifs,  maronniers,  pèlerins,  clers,  alans  à 
Romme,  ne  pescheurs  d'un  costé  ou  d'aultre,  ne  à  leurs  fac- 
teurs, familliers  ou  serviteurs,  ne  à  leurs  biens  ou  vasseaulx,  en 
quelconcque  lieu   qu'ilz  les  trouvent  sur  mer  ne  de  quelque 


—    164   — 

partie  qu'ilz  viegncnt.  Item,  se  par  escumeiirs  ou  autres  gens 
laboiirans  sur  la  guerre,  aucuns  biens  de  marchans  d'Engleterre 
ou  de  Flandres  esloient  prins  sur  mer  et  amenez  en  aucuns 
des  ports  ou  havres  de  l'une  partie  ou  de  l'autre,  que  iceulx 
biens  ne  porront  illecques  esire  venduz  ne  aliénez  sur  terre  ne 
mis  à  terre,  et  s'ilz  estoient  ainsi  venduz,  aliénez  sur  terre  ou 
mis  à  terre,  que  restitution  sera  faicle  dediz  biens  ou  de  leur 
valeur  aux  marchans  de  qui  on  les  aurait  prins,  et  auront  les 
officiers  des  lieux  mandement  exprès  par  lettres  patentes  tel 
qu'il  appartiendra  de  faire  faire  ladicte  restitution  toutes  les 
foiz  que  le  cas  escherra,  sur  pane  de  le  recouvrer  sur  eulx  se 
lesdiz  biens  estoient  ainsi  venduz  ou  aliénez  à  terre  ou  mis  à 
terre  de  leur  sceu  ou  souffrance.  Et  avecq  ce  sera  faicte  deffense 
es  ports  et  havres  d'un  costé  et  d'aultre  sur  certaines  et  grosses 
paines  que  aucun,  de  quelque  nation  qu'il  soit,  n'achate  à  terre 
ne  pour  mettre  à  terre  aucuns  desdiz  biens.  Item,  que  les  vi- 
tailles,  marchandises  et  autres  biens  venans  des  parties  de 
Foist  vers  le  royaulme  d'Engleterre,  ou  à  Calais  ou  devers 
Flandres  par  quelxconcques  personnes  non  ennemis  à  l'une 
partie  ou  à  l'autre  et  en  quelxconcques  vasseaulx  ils  soient 
menez,  ne  sera  par  ceulx  de  l'une  partie  ne  de  l'autre  mis  em- 
peschement  ne  destourbier  en  quciconcque  manière.  Item,  se 
durant  ledict  ternie  d'un  an  aucuns  vasseaulx  des  marchans  de 
la  partie  d'Engleterre  ou  de  Flandres  non  ordonnez  pour 
guerre,  chargiez  ou  non  chargiez,  estoient  par  fortune  de 
temps,  par  force  d'ennemis  ou  autrement  chassiez  ceulx  de 
l'une  partie  en  aucuns  des  ports  ou  havres  de  l'autre  partie,  que 
lesdiz  vasseaulx  avecq  les  marchans  et  maronniers  estans  en 
iceulx  y  seront  receuz  seurement  et  s'en  porront  partir  franche- 
ment à  tout  leurs  biens  et  marchandises,  sans  contredit  ne 
destourbier,  pourveu  qu'ilz  ne  mettent  à  terre  ne  en  autres 
vasseaulx  leurs  diz  biens  et  marchandises,  sans  congié  et  li- 
cence des  officiers  du  prince  du  pays  ou  d'autres  aians  povoir 
à  ce.  Item,  que  de  la  partie  d'Engleterre  sera  désigné  chemin 
grant  et  large  entre  Calais  et  Gravelinghes  pour  les  marchans 
d'un  costé  et  d'autre  et  autres  comprins  en  ceste  seurté  y  aler, 
passer  cl  retourner  seurement.  Et  nous  pour  la  partie  de  Flan- 


—  165  - 

lires  ferons  avoir  el  désigner  pour  les  marchans  et  autres  per- 
sonnes de  la  partie  d'Engleterre  dessus  exprimez,  chemin  graut 
et  large  assez  pour  aler,  passer  et  retourner  seurenient  par  les 
dunes  de  Flandres,  sans  y  estre  arrestez  ne  empeschiez,  par 
ainsi  qu'ilz  ne  meisnent  avecques  eulx  aucuns  leurs  chiens,  ne 
facent  aucun  dommage  ou  prinses  des  commis  des  dictes  dunes. 
Item,  ou  cas  que  aucuns  marchans,  maistres  de  neifs  ou  maron- 
niers  de  la  partie  d'Engleterre  ou  de  Flandres,  estant  es  ports 
et  havres  de  l'une  partie  ou  de  l'autre,  se  traisissent  à  aucune 
neif  venant  de  la  haulte  mer  pour  parler  à  ceulx  de  la  dicte 
neif,  avant  que  l'officier  du  prince  à  qui  il  appartient  y  eust 
parlé,  que  pour  ce  ilz  ne  eurrent  en  aucune  forfaiture  ou 
amende.  Item,  que  les  marchans  d'Engleterre  et  de  Flandres, 
leurs  facteurs,  familiers,  maistres  de  neifs,  ne  aucun  d'euex, 
pour  nul  trespas  ou  déprédation  qui  ait  esté  fait  par  l'une  par- 
tie à  l'autre  sur  mer  ne  sur  terre,  paravant  le  temps  de  ce 
présent  accort,  ne  seront  ceulx  de  l'une  partie  ou  pays  de 
l'autre  grevez  ne  désaisiez  en  corps  ne  en  biens,  ne  pour  ce 
eulx  ne  leurs  neifs  ou  biens  arrestez  ne  iraiz  à  loi  par  aucunes 
personnes  de  l'une  partie  ne  de  l'autre  ne  autres  quelxconc- 
ques  par  voie  de  marque  ne  autrement,  hem,  que  les  villes  de 
Calais  et  Gravelinghes  seront  mises,  tenues  et  gardées  en  telle 
gouvernance  et  si  loyal  et  ferme  seurté,  que  les  marchans, 
leurs  facteurs,  familliers,  maistres  de  neifs,  pèlerins  et  autres 
personnes  comprinses  en  ceste  seurté  d'un  costé  et  d'aultre,  et 
seront  et  porront  estre  amiablement  et  seurement  receuz  en 
alant  demourer  et  retournant  en  leurs  besoignes.  Item,  que  par 
les  gens  des  garnisons  de  Calais  et  des  autres  fortresses  tenues 
et  occupées  de  la  partie  d'Engleterre  es  marches  de  Picardie, 
ne  autres  gens  de  la  partie  d'Engleterre,  en  issant  desdictes 
forteresses  ou  des  ferres  tenues  et  occupées  des  Englois  es  dictes 
marches  de  Picardie,  ne  seront  faicJes  courses  ne  autre  fait  de 
guerre  sur  le  pays  de  Flandres.  Et  pareillement  ne  seront  faictes 
courses  ou  autre  fait  de  guerre  par  aucuns  de  notredict  pays 
de  Flandres,  ne  des  garnisons  de  Gravelinghes  ou  autres  for- 
tresses  de  Flandres,  ne  aussi  des  garnisons  des  autres  fortresses 
tenues  de  la  partie  de  France  es  dictes  marches  de  Picardie  en 

12 


—   1G6  — 

issanl  de  Gravelinghes  ou  autres  lieux  de  Flandres  sur  lesdictes 
fortresses  et  terres  tenues  et  occupées  de  ladicte  partie  d'En- 
gleterre  en  Picardie,  ledit  an  durant.  Item,  que  les  maistres  de 
neifs  et  maronniers  de  la  partie  d'Englelerre  à  leur  venue  es 
ports  et  havres  de  nolredit  pays  de  Flandres,  porront  faire  lici- 
tement lier  leurs  neifs  es  diz  ports  et  havres  par  la  manière 
que  feront  François,  Hollandois,  Zellandois  et  Eschoçois,  sans 
encourrir  pour  ce  en  aucune  forfaiture  ou  amende.  Et  scmhla- 
blement  porront  faire  les  maistres  de  neifs  et  maronniers  de 
Flandres  es  ports  et  havres  de  la  partie  d'Engleterre.  Item,  que 
le  terme  dudict  an  durant  les  marchans,  maistres  de  neifs  et 
maronniers  de  notre  dict  pays  de  Flandres  ou  demourans  en 
Flandres,  naviesront  par  fraude  ne  couleur  queleoncque,  au- 
cuns biens  ou  marchandises  des  ennemis  des  Englois  par  mer. 
Et  ou  cas  qu'ilz  en  soient  demandez  par  aucuns  escumeurs  ou 
autres  gens  de  la  partie  d'Engleterre,  eulx  en  feront  juste  et 
plaine  confession.  Et  que  pareillement  les  marchans,  maistres 
de  neifs  et  maronniers  de  la  partie  d'Engleterre  naviesront  par 
fraude  ne  couleur  queleoncque  aucuns  biens  ou  marchandises 
de  estraignes  ennemis  des  Flamens.  Et  s'ilz  en  estoient  deman- 
dez par  aucuns  de  Flandres,  qu'ilz  en  feront  juste  confession 
comme  dit  est.  Item  que  les  quatre  membres  de  Flandres  par 
notre  ordonnance  se  obligeront  par  lettres  scellées  de  leurs 
seaulx,  de  tenir  loyalment  inviolablement  tous  les  poins  de  ce 
présent  traiiié  et  chacun  d'iceulx  qui  tant  par  mondit  seigneur 
le  Roy,  notre  et  leur  seigneur  souverain,  comme  par  nous  se- 
ront accordez  et  dont  mondict  seigneur  le  Roy  aura  baillié  ses 
lettres  et  nous  les  nôtres,  sans  enfraindre,  ne  aler  ou  faire  à 
rencontre.  Item,  que  toutes  les  choses  et  chacune  d'icelles  ac- 
cordées par  ce  présent  traitié  seront  gardées  et  observées  pour 
la  partie  d'Engleterre  ou   royaulme  d'Engleterre  à  Calais  et 
en  toutes  les  autres  villes,  seignouries  et  lieux  appertenans  et 
obéissans  au  roy  d'Engleterre,  et  pour  la  partie  de  Flandres 
en  nozdiz  conté  et  pays  de  Flandres  et  es  autres  villes,  seigneu- 
ries et  lieux  appertenans  et  obéissans  à  nous  entre  Flandres 
et  Couloigne  sur  le  Rin,  et  y  porront  seurement  les  marchans 
et  autres  personnes  comprinses  en  ce  traitié  aler,  converser, 


—  d67  — 

cslre,  demoiirer  et  marchander  par  la  manière  susdicic  sans 
cmpeschement  qiielconcque.    Item,   que  pendant  ledit  accord 
l'on  procédera  ou  fait  principal   du  traitié  autrcsfois  encom- 
mencié  sur  le  cours   de  la    marchandise  entre   Englcterre  et 
Flandres,  et  sur  le  fait  de  la  réparation  des  excès,  prinses  et 
dommaiges  qui  par  cidevant  ont  esté  fais  de  l'une  partie  sur 
l'autre,  dont  l'en  a  autrcsfoiz  tenu  parlement  et  traitié,  et  sur 
ce  l'on  prendra  jour  d'estre  ensamble  en  tel  lieu  que  l'en  sera 
d'accort.  Item,  s'il  avenoit,  que  Dieu  ne  veuille,  que  par  au- 
cuns de  l'un  costé  ou  de  l'autre  aucune  chose  feusse  faicte  ou 
attemptée  contre   Testât  de  cest  présent  accort  et  seurlé,  en 
quelconcque   lieux  ou  par  quelconcque  voie,  jà  pourtant  cest 
accort  ne  sera  tenu  ne  entendu  enfraint,  ne  pour  ce  guerre, 
arrest  ne  destourbier  d'aucunes  des  personnes  touchiés  en  cest 
traitié  ne  sera   faict  ne  meu,  mais  sera  le  fait  réparé  par  les 
seigneurs  de  l'une  et  de  l'autre  partie  et  mis  en  son  premier 
estât  el  deu.  Savoir  faisons  que  nous  eue  sur  ce  délibéracion 
par  l'advis  de  notre  conseil  pour  le  bien  et  utilité  de  notre  dict 
pays  de  Flandres  et  l'avancement  de  la  marchandise  en  ycelluy 
et  y  estre  excercée  plus  seurement  tous  les  poins  et  articles 
dessus  déclairez  et  chacun  d'iceulx  ainsi  accordez  comme  dict 
est  par  noz  diz  commis  avec  les  diz  ambassadeurs  de  ladicte 
partie  d'Engleterre,  Nous  comme  Lieuxtenans  de  mondict  seig' 
le  Roy  es  dictes  marches  de  Picardie  et  aussi  en  notre  nom 
pour  noz  contez  et  pays  de  Flandres  et  d'Artois  et  pour  toutes 
noz  autres  terres,  villes  et  seigneuries  que  nous  avons  apper- 
tenant  et  obéissans  à  nous  entre  noz  diz  contez  et  pays  de 
Flandres  et  Coloigne  sur  le  Rin  et   pour  tous   nos  subgiez 
d'iceulx  pays,  villes,  seigneuries,  avons  loé,  gréé  et  approuvé, 
loons,  gréons  et  approuvons,  et  les  promettons  par  la  foy  de 
notre  corps  el  sur  notre  honneur,  à  tenir  et  faire  tenir  ferme- 
ment et  loyaulment,  sans  enfraindre  par  le  teneur  de  ces  pré- 
sentes. Si  donnons  en  mandement  à  tous  capitaines,  gouver- 
neurs, bailliz,  chastellains,  prévost,  maieurs.sergens,  justiciers, 
officiers  et  subgiez  de  nosdiz  contez  et  pays  de  Flandres  et 
d'Artois,  leurs  lieuxtenans  et  à  chacun  d'eulx,  que  les  poins 
et  articles  dessus  exprimez,  et  chacun  point  a  par  lui  tiegnent 


—  468  — 

et  gardent,  facent  tenir  et  garder,  et  en  laissent  lesdiz  mar- 
chans,  leurs  facteurs  et  familliers,  maistres  de  neifs  et  maron- 
niers,  pèlerins,  clers,  pescheurs  et  autres  dénommez  es  dictes 
lettres,  et  chacun  d'eux  d'un  costé  et  d'autre  plaisiblement  et 
plainement  joir  et  user  sans  empcschement,  ne  faire  ou  aler  ne 
souffrir  estre  fait  ou  aie  à  rencontrer  en  aucune  manière  ledict 
terme  d'un  an  durant.  Et  ces  présentes  et  tout  le  contenu  en 
ycelles  noz  diz  officiers  qu'il  apparlendra  publient  ou  facent  pu- 
blier en  toutes  les  villes,  ports,  havres  et  autres  lieux  de  noz  diz 
pays  de  Flandres  et  d'Artois,  où  l'on  a  accostume  à  faire  criz 
et  publications  ou  mestier  sera,  et  dont  ilz  seront  requis  affin 
que  aucun  n'y  puisse  prétendre  ignorance.  Et  les  transgresseurs 
se  aucuns  feissent  ou  alassent  à  l'encontre  en  aucuns  des  poins 
dessus  déclairez,  punissent  vigoreusement  en  corps  et  en  biens 
selon  la  qualité  du  meffait,  si  que  ce  soit  exemple  à  autres 
d'eulx  en  garder,  et  avec  ce  facent  faire  restitution  des  dom- 
mages à  ceulx  et  par  la  manière  qu'il  appartiendra  sans  déport 
ou  délay,  ne  sur  ce  attendre  autre  mandement  de  nous.  En 
lesmoing  de  ce,  nous  avons  fait  mettre  notre  scel  à  ces  présen- 
tes. Donné  en  notre  ville  de  Lille,  le  vi"  jour  de  Février  l'an 
de  grâce  mil  quatre  cens  et  six.  Et  il  soit  ainsi  que  mondict 
seigneur  le  Roy,  considérans  que  le  terme  de  ladicte  année  n'a 
à  durer  que  jusques  au  xv"'  jour  du  mois  de  Juing  prouchain 
venant  doit  briefvcment  expirer,  ait  pour  plusieurs  considéra- 
tions, contenues  en  ces  dictes  lettres,  prorogué  et  prolongué 
lesdiclcs  provisions  et  accors  par  luy  fais  jusques  à  trois  ans,  à 
compter  et  commencier  ledict  xv^  jour  de  Juing  prochain  ve- 
nant. Savoir  faisons  que  nous  pour  plusieurs  considérations 
que  à  ce  nous  meuvent,  avons  pareillement  prorogué  et  pro- 
longué, prorogons  et  prolonguons  par  ces  présentes  lesdictes 
provisions  et  accors  contenuz  en  noz  dictes  aultres  lettres  cy 
dessus  escriptes  jusques  à  trois  ans,  à  compter  et  commencer 
ledit  xv'=  jour  de  Juing  prochain  venant,  promeltans  par  la  foy 
de  notre  corps  et  sur  notre  honneur,  tenir  et  faire  tenir  ferme- 
ment et  loyaulment  tous  les  poins  et  articles  dessus  déclairez 
ensamble  et  tous  les  autres  poins  et  articles  contenuz  es  lettres 
de  mondit  seigneur  le  Roy,  qui  contiennent  la  prorogation  de 


—  169  — 

ladicte  seuric  d'un  an,  jusques  à  trois  ans  cnsuivans  prochaine- 
ment aprèï  ledict  xV^  jour  de  Juing  prochain  venant,  sans  en- 
fraindre  aucunement.  Si  donnons  en  mandement  à  tous  capi- 
taines, gouverneurs,  baillis,  chastellains,  provostz,  mayeurs, 
sergens,  justiciers  et  subgiez  de  noz  diz  contez  et  pays  de 
Flandres  et  d'Artois,  leurs  lieuxtenans  et  chacun  d'eulx  que  les 
poins  et  articles  dessus  exprimez  et  chacun  point  a  par  luy 
tiegnent  et  gardent,  facent  tenir  et  garder,  en  laissent  lesdiz 
marchans,  leurs  facteurs  et  familliers,  maislres  de  neifs  et  ma- 
roniers,  pèlerins,  clers,  pescheurs  et  autres  dénommez  es  dictes 
lettres  et  chacun  d'iceulx  d'un  costé  et  d'autre  paisiblement  et 
plainement  joir  et  user  sans  empeschement,  ne  faire  ou  aler, 
ne  souffrir  eslre  faict  ou  aie  à  l'encontre  en  aucune  manière 
ledict  terme  de  trois  ans  durans.  Et  ces  présentes  et  tout  le 
contenu  en  icelles,  noz  officiers  qu'il  apperlendra  publient  ou 
facent  publier  en  toutes  les  villes,  ports,  havres  et  autres  lieux 
de  noz  diz  pays  de  Flandres  et  d'Artois  ou  lieu  accoustumé  à 
faire  criz  et  publications  ou  mestier  sera  et  dont  ilz  seront 
requis,  afin  que  aucun  n'y  puisse  prétendre  ignorance,  et  les 
transgresseurs  saucuns  fuissent  ou  alassent  à  l'encontre  en  au- 
cun des  poins  dessus  déclairez,  punissent  vigoreusement  en 
corps  et  en  biens  selon  la  qualité  du  meffait,  si  que  ce  soit 
exemples  à  autres  d'eulx  en  garder,  et  aveuc  ce  facent  faire 
restitution  des  dommaiges  à  ceulx  et  par  la  manière  qu'il  ap- 
perlendra sans  déport  ou  délay,  ne  sur  ce  attendre  autre  man- 
dement de  nous.  En  tesmoing  de  ce  nous  avons  fait  mettre 
notre  scel  à  ces  présentes.  Donné  à  Paris,  le  xv' jour  de  niay 
l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  et  huit.  Ainsi  signé  par  Mon- 
seigneur le  Duc  en  son  conseil,  au  quel  vous  et  plusieurs  autres 
estiés  sauls.  Nous,  par  ordonnance  de  notre  dict  très  redoublé 
seigneur,  avons  promis  et  promettons  en  bonne  foy,  et  avec  ce 
nous  obligons  par  ces  présentes  et  chacun  de  nous  pour  et  ou 
nom  de  la  ville  ou  lieu  dont  nous  avons  la  charge  et  gouverne- 
ment, de  tenir  et  garder  loyalmeut  et  inviolableraent  tous  les 
poins  contenus  audit  traitié,  et  chacun  d'iceulx  accordez  tant 
par  le  Roy  notre  seigneur,  comme  de  notre  dit  très  redoublé 
seigneur,  et  proroguicz  jusques  oudit  terme  de  trois  i\i\s  comme 


—  170  — 

(lit  est,  sans  enfraindre  ne  aler  ou  faire  à  rencontre  en  aucune 
manière.  En  tesnioing  de  ce  nous,  Bourgmaistres,  Advoé,  Esche- 
vins  et  conseil  des  villes  de  Gand,  Bruges  et  Ypre,  avons  mis 
noz  seaulx  à  ces  présentes.  Et  pour  et  au  nom  de  nous  Bourg- 
maistres et  Eschevins  du  terroir  de  Francq,  qui  n'avons  point 
de  scel  commun,  est  mis  le  scel  de  Révérend  père  en  Dieu 
l'abbé  de  Saint-Andrieu  lez-Bruges.  Lesquelles  lettres  furent 
faictes  et  données  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  et  huit,  le 
xiii^  jour  de  Juing. 

{Archives  de  la  ville  de  Bruges,  Groenenboeck, 
A,  fo  1.  —  1408). 


m. 

(Voir  page  140). 

Dit  zijn  de  nieuwe  poincte  veraccordeirt  in  de  vrede  tusschen 
Vlaenderen  ende  Inghelande  van  vyf  jaren,  beghinnende  den 
XV  dach  van  ivedemaent  anno  m.  cccc.  ende  elleven. 

Jehan,  duc  de  Bourgoingne,  conte  de  Flandres,  d'Artois  et 
de  Bourgoingne,  palatin,  seigneur  de  Salins,  à  tous  ceulx  qui 
ces  présentes  lettres  verront  ou  oiront,  salut.  Comme  es  traitiés 
que  tant  des  licence  povoir  et  auctoriié  à  nous  sur  ce  donnez  de 
monseigneur  le  Roy  comme  de  par  nous  et  en  notre  nom  ont 
esté  tenuz  par  noz  commis  avecq  les  ambassadeurs  de  la  partie 
d'Engleterre  plusieurs  poins  et  articles  aient  esté  accordés, 
premiers  pour  ung  an  et  depuis  proroguiez  jusques  à  trois  ans, 
qui  doivent  expirer  le  xv*  jour  du  mois  de  juing  prouchain  ve- 
nant pour  la  marchandise  par  manière  de  provision  avoir 
cours  seurement  entre  le  royaume  d'Engleterre  et  nostre  pays 
de  Flandre.  Les  pèlerins  d'un  costé  et  d'autre  passer  pour 
faire  leurs  pèlerinaiges,  les  clers  dudict  royaulme  d'Engleterre 
aler  vers  la  cours  de  Rome,  et  les  pescheurs  généralement  aler 
jieschier  sur  mer.  Supposé  et  non  obstant  que  cependant  la 
guerre  fust  ouverte  entre  mondit  seigneur  le  Roy  et  son 
royaulme  et  ladicte  partie  d'Angleterre.  Et  avec  ce  pour  ladicte 
marchandise  cslrc  exercée  plus  seurement,  ait  esté  par  dessus 


—  171  — 

et  en  oultrc  lesilis  poins  et  articles  otlroyée  et  accordée  seurté 
générale  sur  mer  entre  les  havres  de  Saint-Walery  et  de  VV^en- 
clesa  etd'illccqncs  en  avant  par  tout  sur  mer,  le  north  et  leoist, 
ledit  ternie  de  trois  ans  durant.  Et  pour  ce  que  les  provisions 
cl  seurtez  accordez  tant  par  lesdiz  poins  et  articles,  conic  par 
ladicte  seurté  générale  sur  mer,  lesquelles  de  rechief  sont  pro- 
roguiez  et  ralongiez  jusques  à  cinq  ans  ensuivans  ledit  xv"  jour 
de  juing,  si  corne  par  lettres  de  niondit  seigneur  le  Roy  et  les 
nostres  sur  ce  faictes  peut  apparoir  plus  à  plain,  ont  esté  très- 
mal  tenues  et  gardées  par  terre  et  par  mer  jusques  à  ores  par 
les  prinses,  arrestz  et  dommaiges  qui  ont  esté  fais  par  cy  de- 
vant d'un  coslé  et  d'aullre,  au  préjudice  et  grand  dommaigc 
des  subges  de  chacune  des  parties  et  la  destourbance  et  cm- 
peschement  du  fait  de  ladicte  marchandise,  en  venant  notoire- 
ment contre  les  lettres,  promesses,  publications  et  deffenses  qui 
sur  ce  ont  esté  faictes  d'un  costé  et  d'autre,  ainsi  que  par  les 
complaintes  que  nous  avons  eues  et  autrement  à  nostre  cognois- 
sance  est  bien  venu.  Et  aflîn  que  doresnavant  durant  la  der- 
nière prorogation  de  cinq  ans  les  dernières  provisions  et  seurtés 
soient  bien  tenues  et  gardées  à  la  seurté  des  marchans  et  des 
autres  personnes  en  ce  comprinses,  pour  nos  diz  coramiz  avec 
les  ambassadeurs  de  la  dicte  partie  d'Engleterre  à  leur  darre- 
nier  assemblée,  en  oultre  et  pardessus  les  poins  et  articles 
contenuz  es  lettres  desdicles  provisions  et  seurtés,  tant  par 
terre  comme  par  mer,  ont  esté  ainsi  accordé  les  poins  qui 
s'ensuit,  sicome  par  noz  diz  commis  nous  a  esté  rapporté. 
Premières,  que  conservateurs  demourans  sur  les  marches  soient 
ordonnés  d'uu  costé  et  d'autre,  lesquelz  auront  povoir  soufii- 
sant  et  mandement  espécial,  chacun  d'eulx  de  son  seigneur,  de 
tenir  et  faire  tenir  lesdictes  seurtés  et  provisions  sans  eii- 
fraindrc.  Et  s'aucune  chose  estoit  faicte  ou  altemptée  à  ren- 
contre de  ce,  faire  réparer  et  remettre  au  premier  estât  et  deu 
sitost  qu'il  sera  venu  à  leur  cognoissance,  soit  par  dénunciation 
de  partie  blecée  ou  autrement  deuement,  et  de  punir  et  faire 
punir  les  délinquens  vigeureusement  selon  le  genre  du  cas,  et 
jureront  les  dicts  conservateurs  de  le  faire  ainsi  accomplir 
diligammenl  sans  faveur,  ne  déport,  ne  aucune  faulie. 


—  472  — 

îtcm,  s'aucune  piinse  estoit  faite  par  escumeurs,  robeurs  ou 
autres  de  la  partie  d'Engleterre  sur  ceulx  de  Flandres,  ou  par 
ceulx  de  Flandres  sur  ceulx  de  la  partie  d'Engleterre,  siinst  que 
la  prinse  sera  amenée  en  aucuns  des  ports  de  Tune  partie  ou  de 
l'autre  que  lesdiz  conservateurs  ou  les  officiers  des  lieux  ou  leurs 
lieuxienans  arresteront  ou  feront  incontinent  arrester  de  fait  les 
personnes,  neifs  et  biens  quelzconcques  ainsi  prins  et  mettre  les 
biens  en  seurté  et  bon  et  loial  inventaire  au  droict  de  cellui  à  qui 
ilz  devront  appartenir  pour  en  estre  fait  raison  et  justice  et  aussi 
feront  crier  et  deffendre  publicquement  que  aucun  de  quelque 
estai  qu'il  soit,  ne  récepte  ne  conforte  de  vitailies  ne  autre- 
ment lesdiz  escumeurs  ou  robeurs,  ne  ne  achate  aucuns  des 
diz  biens  par  eulx  ainsi  prins,  sur  paine  corporelle  et  leurs  biens 
estre  consisgniez  h  leur  seigneur  aucquel  ce  lesdjz  conserva- 
teurs ou  officiers  prenront  lesdiz  escumeurs  et  robeurs,  ensemble 
leurs  barges,  ballingiers  ou  autres  neifs  et  leurs  biens,  sans  en 
faire  aucune  délivrance,  jusques  à  ce  que  par  le  seigneur  à  qui 
il  appartenra  il  aura  esté  antièrement  ordonné.  Item,  si  tost 
que  les  marchans  de  l'un  partie  et  de  l'autre  sur  qui  la  prinse 
aura  esté  faite  ou  leurs  facteurs  ou  messages  apporteront  lettres 
certilicatoires  de  la  ville  dont  eulx  seront  bourgois  ou  manans, 
que  les  biens  ainsi  prins  appartiennent  à  eulx  et  à  leurs  com- 
paignons,  marchans  d'Engleterre  ou  de  Flandres,  sans  autres 
non  asseurés  par  lesdiz  provisions  et  seurtez  y  avoir  part  que 
iceulx  biens  s'ilz  sont  en  nature  de  chose  leur  seront  laniost 
mis  au  dehore  ensemble  les  neifs  et  personnes  pour  ce  cm- 
peschiees.  Et  ce  iceulx  qui  anroient  fait  la  prinse  y  veulleut 
demander  aucun  droict  que  lesdiz  biens,  ensemble  les  person- 
nes et  neifs  seront  délivrés  auxdiz  marchans  sur  caution  com- 
pétente pour  en  ce  cas  attendre  sur  ce  justice  et  raison.  Item, 
et  se  lesdiz  biens  et  neifs  estoient  d'aventure  vendus,  partiz  ou 
butinez  que  en  ce  cas  à  la  requeste  et  poursuite  des  adommai- 
giez,  les  preneurs  d'iceulx  biens  et  neifs  ou  ceulx  qui  les  au- 
ront euz  à  leur  prouffit  seront  tenuz  et  à  ce  constrains  de  faire 
caution  et  seurté  d'autant  come  les  biens  et  neifs  porront 
monter  pour  en  faire  restitution  aux  diz  adommagiez,  s'il  esioit 
trouvé  la  vérité  seene  que  la  prinse  auroit  indeuement  esté 


-   173  — 

faite.  Et  se  Icsdiz  preneurs  oii  ceulx  qui  les  avoient  ainsi  eues 
à  leur  |)rou(rit  n'estoient  souffis  de  bailler  ladite  caution,  que 
soient  detenuz  en  prison  sans  estre  délivrez  aucunement  jus- 
ques  à  ce  qu'ilz  auront  fait  satisfaction  auxdiz  adommaigiez  de 
leurs  dornmaiges  ou  que  par  le  seigneur  en  aura  autrement 
esté  ordonné.  Item,  pour  la  dicte  marchandise  estre  plus  seu- 
rement  exercée  de  l'une  partie  et  de  l'autre  et  obvier  aux  em- 
peschemens  dont  icelle  pourroii  estre  destourblée  a  esté  aussi 
avisé  et  accordé  par  lesdiz  ambassadeurs,  et  comme  que  pour 
quelque  attemptat  fait  par  l'une  partie  ou  l'autre  par  avant 
la  date  des  lettres  desdites  provisions  et  seurtez  proroguiées 
comme  dict  est  jusques  audit  terme  de  cincq  ans  ou  que  por- 
roit  estre  fait  en  terre  ou  par  mer  ce  terme  pendant  par  les 
subgez  de  l'une  partie  ou  de  l'autre  sans  l'auclorité  et  mande- 
ment exprès  du  Roy  d'Engleterre  et  de  nous  ou  de  l'un  de 
nous  et  desquelz  auctorité  et  mandement  par  avant  notoire- 
ment apparust  par  évidence  de  fait  manifeste  ou  par  la  con- 
fession d'icellui  de  nous  les  deux  seigneurs  dessusdiz,  duquel 
lesdiz  auctorité  et  mandement  seroient  venuz,  les  marchans  de 
l'une  partie  ou  de  l'autre,  leurs  facteurs  et  familiers  et  aussi 
les  clers,  pèlerins,  maistres  de  neifs  et  maronniers,  les  pescheurs 
et  quelconques  autres  personnes  contenuz  et  spécifiez  esdites 
provisions  et  seurtez,  durant  ladite  prorogation  ne  seront  au- 
cunement arrestez,  molestez,  inquiétez  ne  grevez  en  leurs  per- 
sones  ne  en  leurs  navires,  debtes,  biens  et  choses  quelconques 
par  manière  de  marcque,  contremarcque,  entrecours,  représail- 
les, ne  par  quelconque  autre  manière,  occasion  ou  couleurs, 
supposé  aussi  que  la  chose  fust  adiugiée  et  non  aucunement 
exécutée.  Toutesvoies  nous  les  seigneurs  dessusdiz  d'un  costé 
et  d'autre,  sicome  à  chacun  de  nos  deuz  appartendra  et  noz 
hoirs  roy  d'Engleterre  et  contes  de  Flandres  qui  le  seront  pour 
le  temps  seront  tenuz  et  chacuu  de  nous  sera  tenu  en  son 
temps  de  faire  faire  mettre  à  exécution  deue  par  ses  officiers 
les  choses  qui  seroient  jugiées  dedens  trois  mois  après  le  juge- 
ment rendu  et  aussi  de  réformer,  réparer,  amender  et  remettre 
eu  estât  deu  lesdiz  attemptas  et  de  punir  et  corrigier  deue- 
ment  les  délinqucns  et  mcffaicteurs,  selon  la  qualité  du  délict 


—  174  — 

et  l'exigence  du  cas  le  plus  tost  que  nous  pourrons  bonnement 
chacun  de  nous  après  ce  que  les  dis  attemptas,  soit  par  la  par- 
tie blecié  ou  autrement,  seront  venuz  à  nostre  coguoissance, 
cessans  toutes  fraude,  dilacion  et  malice  queiconcques.  Et  s'il 
estoit  que  ja  naviegnc  que  de  l'auctorité  et  comandement  du 
seigneur  de  l'une  partie  ou  de  l'autre  contre  les  personnes 
comprinses  esdites  provisions  et  seurtez  ou  leurs  biens,  aucune 
chose  fust  attemptée  pour  ce  ne  sera  point  mise  main  soudai- 
nement, ne  arrest  ne  aucun  grief,  empeschement  ne  violence 
fait  aux  dix  marchans  ne  aux  autres  personnes  dessus  expri- 
mées, fait  ne  à  leurs  biens  ne  debtes,  mais  sera  la  chose  at- 
tendue jusques  à  ce  que  le  seigneur  de  l'auctorité  et  comman- 
dement duquel  l'attemptat  ainsi  seroit  fait,  aura  esté  deuement 
requiz  d'icellui  attemptat  refourmer.  Et  s'il  avient  qu'il  soit 
refusant  de  ce  faire  après  ce  qu'il  soit  deuement  requis  ou 
oultre  six  mois  indeuement  le  mette  en  délay  et  non  pas  devant 
sera  loisible  contre  les  marchans  ou  contre  les  autres  person- 
nes dessus  dites  ou  leurs  biens  aucun  procès  se  ne  eulx  ne  leurs 
biens  pour  ce  arresier,  molester  ne  en  aucune  manière  grever. 
Savoir  faisons  que  lesdiz  poins  par  nous  veuz  et  sur  iceulx 
délibération  par  ains  de  notre  conseil  pour  ce  que  nous  dési- 
rons que  ladite  marchandise  se  puisse  bien  et  scuerement 
exercer  au  bien  commun  de  la  chose  publicque  de  nostre  dit 
pays  de  Flandres  et  pour  la  plus  grand  seurlé  des  marchans 
et  des  autres  personnes  comprinses  èsdites  provisions  et  seurtez 
et  de  leurs  biens  et  marchandises,  les  dessusdiz  poins  et  chacun 
d'eulx  avons  loé,  gréé  et  approuvé,  loons,  grééons  et  approu- 
vons et  les  promectons  par  la  foy  de  nostre  corps  et  sur  nostre 
honneur  à  tenir  et  faire  tenir  fermement  et  loiaulment  sans 
onfraindrc  par  la  teneur  de  ces  présentes.  Si  donnons  en  man- 
dement à  tous  conservateurs  ordonner  et  à  ordonner  à  la 
garde  desdites  provisions  et  seurtez  à  tous  capitaines,  gouver- 
neurs, bailliz,  chastellains,  prévost,  maieurs,  sergens,  justiciers 
et  autres  noz  officiers  et  subgez  queizconqnes  de  nostre  dit 
pays  de  Flandres,  leurs  lieuxtenans  et  à  chacun  d'eulx  sicome 
à  lui  appartendra,  que  les  poins  et  articles  dessus  exprimés  et 
chacun  point  et  par  luy  mettent  à  exécution  deue  réalement 


—  175  — 

et  de  fait,  quand  le  cas  escherra,  icculx  tiegncnt  et  gardent, 
facent  tenir  et  garder  et  en  laissent  lesdis  raarchans  et  autres 
comprinses  èsdites  provisions  et  seurtés,  paisiblement  et  plaine- 
ment  joir  et  user  sans  empeschement,  ne  destourbier,  ne  faire 
ou  aler,  ne  souffrir  estre  fait  ou  aie  à  rencontre  en  aucune 
manière  ledict  terme  de  cincq  ans  durant.  Et  ces  présentes  et 
tout  le  contenu  en  icelles  publient  et  facent  publier  es  villes, 
ports,  havres  et  autres  lieux  de  nostre  dit  pays  de  Flandres  où 
l'on  a  accoustumé  de  faire  criz  et  publicacions  de  par  nous  ou 
mestiersera  et  dont  ilz  seront  requiz,  affin  que  aucun  n'y  puisse 
prétendre  ignorance,  en  punissant  vigeureusement  les  trans- 
gresseurs  s'aucuns  fassent  à  rencontre  desdis  poins  ou  d'au- 
cuns d'iceulx  de  telle  punition  en  corps  et  en  biens  come  au 
cas  appartendra  sans  faveur,  ne  déport  aucun,  tellement  que  ce 
soit  exemple  à  autres  d'eulx  en  garder.  En  témoing  de  ce,  nous 
avons  fait  mettre  notre  scel  à  ces  lettres.  Donné  le  xv'=  jour  de 
juing  l'an  de  grâce  mil  iiij"  et  onze. 

{Archives  communales  de  la  ville  de  Bruges.  —  Groenenboek, 
A,  fol.  14  et  suiv.). 


il6  — 


L'ILE    DES    BATAVES, 
lusnla  BataToriim. 


IX. 

LA     TOL'n     DE     DODOWERT. 
liC  nioniiiueiit  et  sa  descriptiou  explicative. 

Les  résultats  de  nos  iiivesligalions  dans  l'île  des  Balaves 
que  nous  venons  d'exposer,  suffisent,  pensons-nous,  pour 
établir  les  fondements  de  la  géographie  ancienne  de  la 
contrée.  Nous  pouvons  donc  examiner  plus  spécialement 
désormais  les  routes  militaires  romaines  tracées  dans  l'île 
et  en  aborder  les  détails,  nous  assurant  ainsi  que  nous 
pourrons  répandre  quelque  lumière  dans  l'antique  laby- 
.rintlie  de  ces  roules  stratégiques. 

Afin  d'éviter  la  fausse  voie  que  nous  avons  signalée 
dans  l'Introduction,  et  dans  laquelle  s'étaient  égarés  tant 
d'hommes  de  mérite  d'ailleurs,  mais  qui  ne  quittaient  ja- 
mais leurs  cabinets  d'étude,  il  m'a  paru  indispensable 
d'abandonner  complètement  leurs  hypothèses  et  d'aller  sur 
les  lieux  mêmes  pour  dresser  une  enquête  substantielle  et 
impartiale.  Par  conséquent,  j'ai  successivement  réalisé  ce 
projet,  par  mes  promenades  de  1854  à  1860  (i);  par  leur 
reprise  en  18G5  et  1864,  et  mes  investigations  dans  le 
Betuwe  ensuite  (2),  et  enfin  par  mes  nouvelles  recherches 

(J)  WandcUngen,  Tliicl,  1862. 
(2)  Idem,  1866. 


—  i-7  — 

dans  la  province  (rUlreclit  cl  dans  la  Hollande  méridio- 
nale, en  1807  el  1870  (i). 

Duranl  ma  pérégrination  novcnnaire  dans  l'iie  des  Ba- 
laves,  que  j'effectuai  Tété  pendant  mes  vacances  annuelles, 
j'ai  non  seulement  parcouru  el  croisé  en  tous  sens  le  ter- 
ritoire de  l'ile  et  appris  à  le  connaître,  comme  il  en  avait 
été  pour  le  couchant  en  1859,  mais  encore  j'ai  fait  une 
découverte  à  Dodowero,  entre  Nymègue  (Neo-tnagits)  et 
Tiel  {Castra  Tyla),  qui  m'a  paru  comme  un  trait  de  lu- 
mière sur  l'origine  de  celte  île  si  attrayante.  J'ai  atteint  la 
conviction  certaine,  que  pour  expliquer  les  anciens  noms 
des  lieux,  incrustés  pour  ainsi  dire  dans  le  sol,  et  pour 
exposer  convenablement  la  condition,  l'état  ancien  du  Be- 
Uiwe  avant  cl  pendant  l'époque  romaine,  les  investigations 
locales  el  la  connaissance  de  la  langue  germanique,  sont 
également  indisj)ensables. 

Ces  pérégrinations  ont  encore  eu  pour  résultat  de  four- 
nir un  exemple  de  ce  qu'il  est  possible  d'éclaircir  après  un 
long  laps  de  temps  au  moyen  d'investigations  locales, 
jointes  à  l'application  des  mois,  et  sous  la  conduite  de 
Tacite,  mon  guide  fidèle. 

Mon  attention  a  été  tout  particulièrement  attirée  par  une 
vieille  tour,  antérieure  à  la  profession  du  Christianisme 
dans  ce  pays,  el  ornée  d'une  inscription  latine. 

Je  savais  que  l'archéologue  Cannegieler  (2),  el  après  lui 
le  prédicant  philanthrope  Heidring  (3),  avaient  considéré 
comme  monument  funéraire,  la  vieille  pierre  commémora- 
tive,  et  l'avaient  lue  el  expliquée  de  cette  manière  : 

M  IRAI  AN  ivc 

GVMATTIVS   GAI 

SIONIS  F  VET  AL/E 

AFROR  T.  P.  J 


(1)  Nieuwe  Wandclingcn,  Tiel. 

(2)  Monumenlo  Dodewardense. 

(5)  Geldcrsch  Volksalmanak,  1836, 


—   178  — 

C'esl-à-dire  d'après  eux  :  «  Marais  Trajaniis  Jucgumallius 
Gaisionis  filins  veteranus  alae  Afrorum  Titulum  (seu 
testamenlum)  ponijussit.  » 

Bien  que  n'étant  pas  latiniste,  cette  explication  ne  me 
satisfit  pas.  Me  fondant  sur  tout  ce  que  j'avais  remarqué, 
examiné  avec  soin  et  reconnu  dans  le  Betuwe,  je  ne  pus 
admettre  qu'une  pierre  maçonnée  dans  un  mur,  à  la  hau- 
teur d'environ  cinquante  pieds  du  sol,  put  être  une  épita- 
phe  ou  une  pierre  funéraire  enlevée  postérieurement  de  la 
voie  pour  être  encastrée  à  celle  place;  mais  qu'au  contraire 
elle  était  dès  l'origine  une  partie  intégrante  de  la  tour. 
Conséquemment  je  fus  d'avis  qu'il  fallait  considérer  la 
vieille  tour  en  elle-même  comme  l'un  des  plus  beaux  mo- 
numents érigés  dans  l'Ile  des  Bataves  lors  de  l'époque  ro- 
maine; cette  inscription  donc,  qui  est  sa  parole,  sa  langue, 
peut  être  considérée  comme  un  ancien  témoin  véridique  de 
son  origine.  Je  lus  donc  : 

«  Marco  Trajano  Jucgum  Attius  Gaisioms  filius  vetera- 
nus AL^  Afrorum  Turrim  poni  jussit.  »  C'est-à-dire  :  A 
Marcus  Trajan  l'Alman  (i)  Jucgum  (Joachim?),  fils  de 
Gaisio,  vétéran  de  l'aile  des  Africains,  a  ordonné  de  poser 
celle  TOUR. 

Tout  ce  qui  frappait  mes  regards  contribuait  à  justifier 
mon  opinion,  témoin  l'emplacement  de  cette  vielle  tour 
au  pied  d'une  digue,  destinée  à  préserver  le  Betuwe  de 
l'inondation  du  Wahal;  le  genre  de  bâtisse  et  le  vieux  nom 
lui-même  de  Dodowero,  qui  est  alliléré;  tout,  jusqu'à  l'as- 
siette environnante. 

Dans  la  partie  supérieure  de  la  pierre  monumentale  (ci- 
joinle  l'esquisse),  je  voyais  une  représentation  de  la  belle 

(1)  Attius  =  Alraan,  un  juré,  Alh,  Eed  =  serment.  Aussi  en  Drentbe,  le 
Atle,  Attius  ou  Atman  élait  un  juré,  un  juge.  Voyez  Onderzoekingcn  in  de 
Betuwe,  Tie\,  1865,  p.  55,  note. 


i^ 


I.-  -- 


ti-  -.0 


m. 


i 


—  179  — 

île  de  Beluwe,  sous  l'aspecl  virginal  de  Ualhua,  encore 
entravée  par  un  fleuve  aux  vagues  menaçantes  (i),  mais 
surgissant  du  sein  des  ondes,  sortant  du  bain. 

Sur  la  seconde  partie  de  la  pierre,  je  vis  une  roprésen- 
lalion  figurée  de  la  fertilité  du  sol  de  l'île  et  une  allusion 
faite  au  pouvoir  judiciaire  du  magistrat  Auius.  Je  me  con- 
firmai de  plus  en  plus  dans  l'opinion  que  celte  tour,  qui 
absorbait  toute  mon  attention,  était  un  monument  de  l'épo- 
que romaine  ayant  servi  de  Wart  ou  de  poste  militaire,  où 
Ton  se  défendait  jusqu'à  la  mort  :  Dodo-ivero,  aujourd'bui 
Dodenwert,  qui  a  celte  signification. 

Je  joignis  l'hypolbèse  de  Cannegieter  et  de  Heldring  à 
cette  acception  explicative,  savoir  que  Jucgum  et  Gaisio 
étaient  tous  deux  des  noms  propres  germains  ou  bataves; 
ce  qui  pour  Gaisio,  Gys,  n'était  pas  douteux.  Mais  devant 
la  dédicace  de  la  tour  elle-même  à  M.  Trajan,  comme  je 
l'ai  indiquée,  s'évanouissait  leur  opinion  que  YAttius  (que 
tous  trois  nous  séparions  de  Jucgum),  eût  pris  ici  le  nom 
de  Marcus  Trajanus,  son  protecteur.  Cependant,  un  de  mes 
savants  amis  et  arcbéologues,  le  D""  Ten  Brink,  m'a  fait 
aussi  abandonner  le  mot  Jucgum.  Complélement  d'accord 
avec  moi,  du  reste,  qu'il  ne  s'agissait  pas  d'un  monument 
funèbre  ni  d'une  pierre  sépulcrale,  à  propos  d'une  inscrip- 
tion se  trouvant  dans  la  tour  à  cinquante  pieds  au-dessus 
de  l'ancien  sol,  mais  qu'il  faut  y  reconnaître  l'inscription 
de  la  tour  elle-même.  C'est  donc  volontairement  que  j'aban- 
donne la  découverte  de  Cannegieter  et  de  Heldring,  pour 
une  explication  plus  claire  et  plus  satisfaisante.  M.  Ten 
Brink  ne  regarde  point  l'inscription  comme  étant  propre- 
ment la  dédicace  de  la  tour,  mais  comme  une  indication 
chronologique.  Il  la  lit  ainsi  : 


(1)  Waterleexiwen  =  vagues,  flots.  T.  Leeuw,  Léo  =  Loo,  allusion  à  l'eau; 
les  deux  lions  représentent  les  deux  fleuves.  D.  B. 


—  180  — 

M.   TRAlAiN  I.  V.  C. 

G.  V.  M.   ATTIVS.    GAI 

SIO.MS   F.  VET.  AL^ 

AFROR.   T.   P.    I. 

Il  oblienl  donc  par  ces  dispositions  :  M/arco  Trajan/o 
1/mperatore,  V.  C/oNSULE  G/ermanorum  V/ictore,  M/arcus 
Attius  Gaisionis  F/iLius  Vet/eranus  Al^  Afror/um  T/urrim 
P/oNi  J/ussiT.  Tilulum  ou  testamentiim,  disparaissent  par 
celle  leclion,  et  le  Turris  lui-même  arrive  en  vue.  11  tra- 
duit donc  :  «  Sous  Tempereur  Marcus  Trajan,  consul  pour 
la  cinquième  fois,  vainqueur  des  Germains,  TAltius  Mar- 
cus, fils  de  Gaisio,  vétéran  de  l'aile  des  Africains,  a  com- 
mandé qu'on  plaçai  celle  lour.  »  Ainsi  donc  elle  fut  bâtie 
l'an  105  (cinquième  consulat),  et  il  se  peut  que  le  fils  de 
Gaisio  (Gyssen)  ait  adopté  le  nom  de  Marcus,  comme  on 
sait  que  Trajan  le  fil  lui-même  à  l'égard  du  nom  de  Nerva, 
en  succédant  à  celui-ci. 

Au  surplus,  je  visitai  plusieurs  fois  cette  lour  :  plus  je 
l'examinai  avec  attention  dans  sa  condition  intérieure  et 
son  aspect  extérieur,  plus  je  me  sentais  confirmé  dans 
l'opinion  qu'il  fallait  répudier  l'explication  de  Cannegieler, 
qui  avait  vu  sur  la  pierre  sculptée  :  «  La  Victoire  dans  les 
Champs  Elysées  et  le  festin  de  ces  lieux  de  Délices,  »  fes- 
tin que  goûtait  aussi  M.  Heidring;  pour  m'en  tenir  à  mon 
exposé  de  Bathua  el  de  sa  ferlilité.  J'admettais  en  outre 
qu'il  fallait  renoncer  à  la  leclion  de  Cannegieler,  et  à  l'ap- 
plication au  monument  de  la  qualité  de  pierre  sépulcrale, 
pour  embrasser  au  contraire  mon  opinion,  qui  en  fait  la 
langue  de  la  lour;  qui  peut  être,  soit  une  dédicace,  soil  un 
fait  chronologique. 

Celle  première  explication  de  Cannegieler  n'a  aucun 
sens  et  repose  sur  le  vide;  selon  ma  conviction,  la  dernière 
explication  concorde  parfaitement  avec  la  localité.  Par  con- 
séquent, j'acquis  la  certitude  que  dans  Dodowero,  j'avais 


—  \Bi  — 

trouvé  le  Ad  XII  {Duodecimum)  de  la  Table  de  Peulinger, 
opinion  dont  nous  déduirons  plus  loin  les  motifs.  Je  trou- 
vai ainsi  le  point  d'appui  de  toute  une  série  de  nouvelles 
et  indubitables  découvertes,  dont  j'avais  laissé  toutefois  à 
d'autres  le  soin  d'étendre  les  recherches. 

Si,  d'accord  avec  D'Anville  et  Saint-Simon,  qui  n'avaient 
point  vu  celle  tour,  nous  reconnaissons  en  elle  le  Ad  XII 
des  Romains,  c'est  dans  le  Betuwe  et  non  hors  de  ses  li- 
mites qu'il  faudra  trouver  aussi  Grinnes.  On  n'ira  donc 
plus  avec  M.  Leemans,  au-delà  du  Wahal,  pour  chercher 
la  route  militaire,  mais  bien  dans  l'île  même.  J'ai  la  con- 
viction que  jusqu'aujourd'hui  on  n'a  pas  étudié  suffisam- 
ment le  Betuwe  au  point  de  vue  archéologique;  sinon,  on 
y  eût  cherché  et  trouvé  ce  qu'hypothétiquement  on  établit 
ailleurs,  au  midi  du  Wahal,  Grinnes,  et  l'attaque  de  Classi- 
cus  contre  ce  poste;  tandis  que  l'on  cherche  sur  la  même 
rive  Vada,  où  comballil  Civilis,  alors  que  Batavodiirum, 
la  tour  Batave,  Duurstede,  est  en  même  temps  placée  dans 
le  Betuwe  !  —  De  là  surgirent  dans  le  domaine  de  l'histoire 
de  nombreuses  erreurs,  puis  des  controverses.  J'y  ai  long- 
temps pensé,  et  c'est  ma  plus  grande  satisfaction  d'avoir 
en  quelque  sorte  réduit  le  nombre  de  ces  erreurs  par  ma 
découverte  de  Ad  XII.  Cette  satisfaction  n'est  pas  demeu- 
rée sans  résultat.  Quelques  hommes  de  science  me  firent  le 
plaisir  de  me  déclarer  spontanément,  qu'ils  partageaient 
complètement  mon  sentiment  et  mes  déductions  à  l'égard 
du  monument,  tour  et  pierre  commémoralive  de  Dode- 
wert.  Toutefois  il  y  eut  une  seule  personne,  à  la  bienveil- 
lance de  qui  je  croyais  avoir  droit  pour  mes  informations 
fournies  sur  la  route  romaine  méridionale  dans  l'Ile,  qui 
résultaient  de  ma  découverte;  une  seule  personne,  dis  je, 
qui  fit  un  effort  désespéré  pour  sauver  son  propre  système, 
qui  plaçait  Grinnes  à  Rossum,  alors  qu'il  transportait  ma 
découverte  dans   le  domaine  de  la  science  hydrotechni- 

13 


—  482  — 

que  (loaterbouiv).  C'est  à  dessein  que  nous  passons  ici  son 
nom  sous  silence,  nom  d'ailleurs  si  recommandable,  parce 
que  nous  avons  terminé  autre  part  avec  lui  (»);  et  que, 
depuis  lors,  il  ne  s'est  plus  fait  entendre,  rendu  muet 
sans  doute,  en  s'abrilant  sous  les  fondements  de  la  tour, 
R.  I.  P.  (2).  Tout  en  gardant  un  prudent  silence  sur  l'en- 
droit où  le  bât  le  blessait,  ce  personnage  dirigea  son  atta- 
que finale  contre  la  pierre  monumentale  et  ma  lection  de 
y  inscription.  La  méfiance  que  cette  manière  d'agir  excita 
en  moi,  me  porta  à  reprendre  mes  nouvelles  investigations. 
Je  m'y  trouvais  d'autant  plus  entraîné,  qu'en  18G3  cet 
intéressant  monument  qui,  pendant  plus  de  dix-sept  siè- 
cles et  demi,  avait  été  l'inlerprèle  de  la  tour,  fut  enlevé  par 
un  destructeur.  Le  prétexte  inventé  pour  cette  destruction 
fut  que  ce  monument  devait,  à  l'avenir,  être  mis  à  l'abri  du 
vent  et  de  V intempérie  des  saisons!  Aussi  a-l-on  qualifié 
de  mesquinerie  cet  acte  irréparable  de  vandalisme.  L'en- 
castrement de  la  pierre  commémoralive  et  son  inscription 
nous  reportent  l'un  et  l'autre  à  l'époque  de  iMarcus  Tra- 
janus,  et  bien  spécialement  à  son  cinquième  consulat,  qui 
répond  à  l'an  105  de  l'ère  vulgaire,  comme  nous  venons 
de  le  voir.  Quoique  la  tour  soit  maintenant  privée  de  sa 
Parole  et  qu'elle  se  montre  là  comme  une  énigme,  on  ne 
pourra  pourtant  pas  nier  son  origine  romaine.  Elle  se  dé- 
nonce clairement,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  pour  avoir 
été  une  tour  de  garde  {wachtloren)  romaine,  construite  en 
pierres  de  grès,  d'un  style  antique,  plus  ancien  que  l'ap- 
pareil flamand  et  le  plus  ancien  appareil  en  pierres  connu 
dans  notre  île  de  Beluwe.  Le  style  de  bâtisse  n'appartient 
à  aucun  des  styles  de  bâtisse  connu;  ce  n'est  ni  l'appareil 


(1)  Voyez  mes  Nieuwe  Wandelingen  of  Onderzoekingen,  Tiel,  18G3. 

(2)  Il  s'agit  du  Df  Leeraans,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  le  profes- 
seur du  mènie  nom.  T. 


—  185  — 

flamand,  ni  l'appareil  debout,  quoiqu'il  présente  une  ma- 
çonnerie régulière.  Pour  confirmer  mon  exposé,  j'insère 
ici  ce  que  m'écrivait  un  spécialiste,  ingénieur  en  chef  (i), 
qui  a  examiné  soigneusement  ce  beau  monument,  à  l'in- 
térieur comme  à  l'extérieur,  et  en  a  fait  le  métré  : 

«  La  tour,  dit-il,  présente  l'aspect  d'une  coupe  carrée, 
ayant  à  l'extérieur  une  largeur  de  8  mètres  et  6  mètres 
seulement  à  l'intérieur.  L'épaisseur  du  mur  de  soubasse- 
ment est  de  I'°,10,  au  premier  étage  de  O^jOO,  et  seule- 
ment de  0'",67  près  des  lucarnes  ou  dalots  à  2", 85  au- 
dessous  du  chaperon  du  mur. 

»  A  partir  du  sol  actuel,  fort  exhaussé  en  cet  endroit, 
la  tour  elle-même  a  18^,04  de  hauteur  jusqu'au  cha- 
peron. 

»  Les  pierres  employées  pour  matériaux  de  construction 
et  qui  constituent  la  tour  entière,  sont  de  grandeur  inégale, 
tant  en  longueur,  qu'en  largeur  et  en  épaisseur.  Les  rangs 
de  pierres  sont  en  ligne  horizontale  partout,  et  celles  de 
chaque  rangée  sont  d'épaisseur  égale. 

»  La  construction  ou  l'appareil  date  d'une  si  haute  anti- 
quité, qu'il  précède  les  autres  appareils  connus,  même 
l'appareil  flamand,  et  c'est  pourtant  un  appareil  régulier. 
On  remarque  facilement  que  l'intérieur  de  la  tour  se  com- 
posait de  divers  compartiments  voûtés  et  superposés,  par 
les  traces  de  la  naissance  des  voûtes,  qui  se  reconnaissent 
aisément.  Ces  voûtes  primitives,  que  remplacent  mainte- 
nant des  planchers,  correspondaient  selon  les  divers  étages; 
en  bas,  avec  les  dalots  ou  meurtrières,  en  haut,  avec  les 
ouvertures  des  fenêtres  cintrées  ou  lucarnes.  Les  ouver- 
tures des  fenêtres  sont  alignées  par  deux  et  sont  surmontées 


(1)  Mr  A.  J.  van  der  Toorn,  ingénieur  en  clief  du  waterslaat  el  auteur  de 
plus  d'un  traité  qui  a  pris  part  à  des  concours,  entre  autres  :  Over  de  Vlugt- 
lieuvels  (Sur  les  tertres  de  refuge). 


—  184  — 

d'une  ouverture,  el  les  quatre  meurtrières  iuférieures,  deux 
de  chaque  côté,  sont  surmontées  de  deux  autres.  Sur  la 
face  méridionale,  on  a  fermé  par  de  la  maçonnerie  deux 
de  ces  ouvertures,  comme  aussi  les  deux  ouvertures  des 
fenêtres  inférieures,  Tune  entièrement,  l'autre  à  l'excep- 
tion d'une  petite  lucarne.  Le  côté  nord,  qui  regarde  le 
Betuwe,  présente  le  même  aspect,  tant  à  l'égard  des  ou- 
vertures cintrées  des  fenêtres  que  pour  une  des  meurtrières 
inférieures  el  de  l'ancienne  entrée  du  nord,  remplacée  par 
une  ouverture  nouvelle,  pratiquée  au  niveau  de  cette  meur- 
trière. Le  changement  de  destination  a  fait  subir  des  mo- 
difications bien  plus  visibles  sur  les  façades  du  couchant 
el  du  levant. 

»  C'était  évidemment  à  dessein  que  l'architecte  avait  ré- 
servé un  espace  au-dessus  des  quatre  meurtrières  et  au- 
dessous  des  deux  ouvertures  des  fenêtres  ou  lucarnes  infé- 
rieures, sur  la  face  du  midi  :  c'était  pour  y  poser  la  pierre 
monumentale  romaine,  en  l'appuyant  sur  la  seconde  section, 
la  plus  épaisse,  du  mur.  Il  l'avait  fait  maçonner  de  telle 
sorte  dans  une  bordure  composée  de  la  même  pierre  et  du 
même  mortier,  qu'elle  fait  saillie  de  quelques  pouces  — 
hélas!  faisait  saillie!  —  sur  la  troisième  section  du  mur, 
celle  de  67  centimètres.  » 

Jusqu'ici  ce  sont  les  paroles  de  notre  honorable  corres- 
pondant. Alors  il  était  encore  impossible  de  méconnaître 
l'unité  complète  et  inviolée  de  la  tour  et  du  monument. 
Celui-ci,  encadré  d'une  forte  bordure,  formée  des  mêmes 
matériaux  el  du  même  ciment,  sans  aucun  ancrage,  était 
partagé  en  trois  sections,  savoir  :  A)  Bathaue,  avec  les  deux 
emblèmes,  mesurant  44  centimètres  d'après  les  dimensions 
prises;  B)  I'Attius,  avec  ses  symboles  et  ses  attributs, 
72  centimètres,  el  C)  la  table  épigraphique  qui  nomme 
Marcus  Trajanus,  48  centimètres.  La  pierre  commémora- 
live  a  donc  1"',64  de  longueur,  sur  1  mètre  de  largeur  el 


—  185  — 

13  ccnlimèlrcs  d'épaisseur,  ce  qui  donne  une  surface  car- 
rée de  14,400  cenlimèlres  et  une  contenance  cubique  de 
187,000  centimètres;  d'après  quoi,  l'on  peut  en  quelque 
sorte  en  estimer  le  poids. 

Maintenant  celte  pierre  repose  au  Musée  archéologicjue 
de  Leyde,  oîi  ces  dimensions  ont  été  prises.  Désormais  la 
tour  et  le  monument  ne  sont  plus  que  deux  fragments  d'un 
tout.  Toutefois  le  vandalisme  commis  sur  le  plus  beau  mo- 
nument de  l'époque  de  Marcus  Trajanus  n'est  pas  parvenu 
à  effacer  la  destination  primitive  de  la  tour  et  la  significa- 
tion de  son  nom,  malgré  la  substitution  d'une  nouvelle 
pierre  monumentale  avec  une  inscription  hollandaise  fal- 
lacieuse. Celte  nouvelle  pierre,  au  contraire,  peut  être 
considérée  comme  le  monument  commémoratif  du  van- 
dalisme même  qui  a  été  commis  sur  la  tour  et  sa  pierre 
primitive  (i). 

On  sait  que  le  célèbre  empereur  romain,  en  sa  qualité 
préalable  de  gouverneur  de  la  Basse-Germanie,  qui  com- 
prenait l'île  des  Bataves,  s'est  rendu  recommandable  par 
la  construction  de  routes  militaires,  telle  que  celle  de 
Vetera  ou  Xanlen  à  Nymègue.  Comme  gouverneur,  il 
portait  encore  le  nom  de  Marcus  Trajanus,  repris  sur  le 
monument.  Après  son  avènement  au  trône,  et  comme  Em- 
pereur [Imperalor)  et  César,  successeur  de  Nerva,  il  porta 
le  nom  de  Nerva  Trajanus  :  peut-être  notre  Atthis  a-t-il 
suivi  cet  exemple  pour  lui  rendre  hommage  et  prit-il  le 
nom  de  son  protecteur  M(arcus  Gaisionis  F(ilius). 
•  Van  Someren  nous  apprend  qu'une  pierre  commémora- 
tive  avait  été  dédiée  à  Trajan  en  sa  qualité  de  constructeur 
de  la  route  militaire  susmentionnée,  qui  unissait  Vetera  à 
Neomagus.  Elle  portait  l'inscription  suivante  : 


(I)  Voyez  mes  Onderzoekingcn,  Tiel,  1865,  pp.  69-74  et  notre  appendice. 


—  186  — 

hi/peralor  CAEs/ar  Ner- 

VA  Traianus  Aug/usIus 

GER/manicus  PoNî/lfex 

MAx/imus  TRic/unilise 

PoT/eslalis  P/ater  P/alrise 

CoNs/ul  iiii  F/ecit. 

M.  P.  X. 

Celte  roule  mililaire  ne  s'arrêtait  pas  à  Novio-magiis  ou 
JSeo-magus,  mais,  d'après  la  table  de  Peutinger,  se  pour- 
suivait au-delà  du  fleuve  Patabus  ou  balave,  qui  est  le 
Wahal,  Vahalîs,  au  travers  de  l'ile  des  Bataves,  jusqu'à 
Lugdumtm.  Nous  allons  continuer  nos  recherches  le  long 
de  celte  route,  dont  la  tour  de  Dodewert  est  devenue  la 
base  solide  et  le  point  de  départ,  et  nous  la  nommerons 
la  voie  méridionale. 

X. 

VOIE    MÉRIDIONALE    DE    LA    TADLE    DE    PEUTINGER. 

i .  Muni  de  la  table  de  Peutinger  comme  feuille  de  route, 
il  ne  nous  sera  plus  difficile  maintenant  d'établir  et  de  faire 
ressortir  de  toutes  parts  que  D'Anville,  ainsi  que  Saint- 
Simon  avaient  parfaitement  raison  de  placer  Ad.  XII,  ici 
à  Dodewert,  bien  qu'ils  n'eussent  point  vu  cette  tour  re- 
marquable. Il  résulte  nécessairement  de  ceci  que  la  route 
mosane,  supposée  par  un  de  nos  archéologues  les  plus 
recommandables  d'ailleurs,  n'a  pu  exister  si  Ad  XII  ré- 
pond à  Dodewert,  sur  la  roule  mililaire.  C'est  pourquoi 
nous  nous  arrêterons  encore  un  peu  dans  ces  lieux,  afin 
de  considérer  plus  attentivement  les  localités  environnan- 
tes. Nous  partirons  de  Novîomagus  comme  point  d'appui. 
Il  serait  à  peine  nécessaire  de  rappeler  que  tous  les  vieux 
géographes  et  archéologues  sont  d'accord  sur  la  position 


—  187  — 

de  celle  ville,  si  son  nom  même  de  NcO'nia(r-)gus  =  nou- 
veau fleuve  à  la  mer,  n'indiquait  sa  silualion  sur  le  Wahal. 
Cluvier,  Alling,  D'Anville,  Sainl-Simon;  les  Allemands 
Mannerl,  Wilhelm,  Reichart,  Sprùner;  les  archéologues 
Reuvens  et  Leemans,  lous  reconnaissent  celte  place  pour 
Nymègue,  si  riche  en   antiquités  romaines  que  sous  ce 
rapport  il  ne  reste  plus  de  place  au  doute.  Bien  que  les 
Smetius,  père  et  fils,  Saint-Simon,  Wilhelm  et  Reuvens 
regardent  celte  ville  comme  répondant  aussi  à  Oppidum 
Batavoriim,  ce  que  toutefois  Ledebur,  songeant  à  Balen- 
bitrg,  n'admel  pas,  nous  laisserons  celle  question  indécise  (i), 
tout  en  tenant  compte  de  Batavodtirum,  soit  la  Tour  ba- 
lave.   La  Table  de  Peulinger  nous  conduit  ici,  près  de 
Nymègue,  au-delà  du  Wahal,  le  fleuve  balave.  Continuant 
la  route  sur  la  rive  droite  du  nouveau  fleuve,  nous  ren- 
controns tout  juste  à  la  dislance  de  douze  milles,  silualion 
de  Dodewert  à  l'égard  de  Nymègue,  le  Ad  XII  de  la  carte 
routière.  L'on  ne  peut  omettre  une  remarque  importante 
sur  cette  correspondance  de  lieux.  Lorsque  l'on  marche  de 
Neomagus  vers  Ad  XII,  selon  la  Table  qui  est  notre  guide 
et  qui  continuera  à  l'être,  on  trouve  à  droite  un  chemin 
allant  au  N.  0.,  longeant  Castra  Berculis,  pour  atteindre 
Carvo,  c'est-à-dire  «  Karre-  of  Wagenweg  »  =  chemin  des 
chars.  Cet  embranchement  d'une  chaussée  magistrale  N.O., 
qui  traverse  le  Beluwe,  se  présente  encore  réellement  au- 
jourd'hui. Laissant  à  droite  Castra  Herculis,  auquel  nous 
reviendrons,  et  longeant  le  Wahal,  nous  atteignons  égale- 
ment Dodewert,  à  douze  milles  de  distance.  C'est  par  ce 
moyen  qu'on  obtient  la  certitude  de  la  correspondance  de 
la  voie  militaire  romaine  à  Ad XII.  Mais  d'une  autre  part, 
on  arrive  à  la  même  conviction.  En  efl'et,  partant  de  Castra 


(I)  n  Oppidum,  Batavoruni  armis  lucri.  »  Cf.  Schaeyes,  La  Belgique  et  les 
Pays-Bas,  t.  IIF,  p.  108.  T. 


—  188  — 

Tijla,  plus  lard  villa,  civitas,  pour  suivre  soit  la  digue,  soit 
la  voie  qui  traverse  Echtelt,  dans  la  direction  de  Nymègue, 
à  la  dislance  de  huit  milles,  on  atteindra  indubitablement 
le  village  d'Achten  (Octo),  nom  pareillement  numérique, 
et  quatre  milles  plus  loin,  on  atteint  la  même  tour  si  im- 
portante de  Dodewerl,  le  Ad  XII.  L'opinion  de  D'Anville 
sur  la  concordance  de  Peutinger  avec  Dodewerl,  atteint 
donc  la  certitude  de  toute  manière,  tandis  qu'on  peut  en- 
core déduire  de  la  preuve  fournie  par  Ochten,  que  la  sup- 
putation des  milles  partait  de  Tiel  également.  Leemans 
lui-même  a  renforcé  involontairement  notre  opinion,  en 
plaçant  Ad  XII  au  village  de  Drulen,  situé  à  une  même 
dislance  de  Neomagus,  en  face  de  Dodewerl,  mais  sur  la 
rive  gauche  du  Wahal,  il  est  vrai,  et  le  long  de  sa  voie 
hypothétique,  tout  en  commettant  en  outre  l'erreur  de 
compter  par  lieues  gauloises,  leucae,  au  lieu  de  compter 
par  milles  {inillia  passuum).  Si  nous  sommes  bien  informé, 
on  ne  trouve  à  Drulen  ni  traces  d'anliquilés  romaines,  ni 
lour,  ni  monument  qui  puisse  s'y  rapporter,  comme  on  en 
trouve  dans  le  Beluwe,  ainsi  que  Menso  Alting  en  a  fait 
la  remarque.  Le  vieux  Van  Loon  s'était  réellement  mieux 
orienté  de  son  cabinet  d'études  que  l'auteur  de  la  roule 
mosane.  Il  plaçait  Ad  XII  près  de  Dodewerl,  entre  Appel- 
burg  et  Oyen,  dans  le  Beluwe,  sur  la  rive  droite  du  Wahal. 
En  suivant  la  voie  de  Dodewerl,  on  trouve  partout  des 
preuves  incontestables  de  l'existence  de  celle  route  mili- 
taire romaine  dans  le  Beluwe.  La  Table  de  Peutinger  porte 
VI  M.  p.  deAdDuodecimum  jusqu'au  Castra  Grinnes,  que 
ce  document  écrit  Grinnibiis.  Remarquons  que  le  vieux 
chemin  a  de  dalweg,  »  dit  :  Dalwacjen,  part  de  la  tour  de 
Dodewerl  et  traverse  la  vieille  ile  dans  la  partie  la  plus 
étroite  du  Beluwe.  Il  s'étend  le  long  du  Lage  veld  ou  plaine 
basse,  dans  laquelle  nous  reconnaissons  le  lac  innomé  de 
Peutinger;  et,  juste  à  VI  M.  p.,  soit  1"  50",  il  atteint  un 


—  189  — 

vieux  Castra,  aujourd'hui  Kesteren,  que  je  trouve  ainsi 
répondre  au  nom  de  C.  Grinnes  ou  Grinnibus  (=  aan  de 
Rinnen),  par  suite  du  défaut  de  tout  autre  nom  dislinclif 
ancien,  comme  le  montre  le  Castra  Herculis.  Celle  déno- 
mination est  conforme  à  celle  de  Urina  =  Uhencn,  située 
en  face  et  également  nommée  ainsi  d'après  ces  deux  bran- 
ches du  lit  du  Rhin.  Cluvier,  Saint-Simon,  Van  Someren 
et  Stuart  ont  cherché  ici  Castra  Grinnes,  vis-à-vis  de  Rhe- 
nen  dans  le  Beluwe,  et  l'ont  placé  aux  Rinnen,  là  où  la 
Table  l'indique.  Qu'est-ce  donc  que  le  nom  de  Grinnes, 
Grinnibus?  De  même  que  nous  l'avons  fait  }[>o\ir  An-Grina, 
nous  le  déduisons  ici  de  Rin,  Rina.  Ce  que  Leemans  a  voulu 
rendre  applicable  au  Wahal,  ne  trouve  son  application  com- 
plète qu'ici  au  Rhin.  «  Si  l'on  supprime  le  G,  l'on  pourrait 
»  trouver  aisément  iîm  =  le  courant  d'une  rivière,  dit-il, 
»  rennan,  reonan;  rina,  en  dialecte  frison,  signifle  fleuve 
»  et  déjà  fait  songer  au  cours  d'eau,  et  déduire  le  nom  de 
»  la  proximité  des  deux  rivières,  ou  de  ce  que  des  inon- 
»  dations  d'une  branchedans  l'autre  s'étaient  produites  dans 
»  cet  endroit  (i).  »  Nous  n'avons  ici  à  nous  inquiéter  que 
du  dialecte  de  la  Gueidre,  riveraine  des  deux  artères  du 
Rhin,  et  dans  celui-ci  on  traduit  encore  Grinnibus  par 
Aan  de  Rinnen,  dans  un  sens  complet;  de  même  que  le 
Gueidrois  nomme  Rinen  la  ville  de  Rhenen. 

Nous  considérons  la  fréquente  inondation  des  deux  bran- 
ches près  de  Castra,  qui  répandue  dans  le  Lageveld  formait 
le  lac  prémentionné,  comme  le  motif  et  la  raison  qui  por- 
tèrent Drusus  à  circonscrire  et  endieuer  la  dérivation 
méridionale  du  Rhin;  ici,  vis-à-vis  du  Parc  et  à  proximité 
du  Spitz  ou  Spees.  Il  détourna  en  même  temps  les  eaux  du 
lac  susdit,  vers  la  Linge,  au  moyen  de  son  canal  {fossa 
Drtisiana),  de  même  qu'il  fit,  au  moyen  de  ses  fossés  (fos- 

(1)  LEEMiNs,  Rossum,  Byl.,  p.  i47. 


—  190  — 

sae  Drusianae),  à  l'égard  du  grand  et  du  petit  lac,  voisins 
de  Dorenburg,  du  Marum  elEimcren,  au  Beluwe  supérieur. 
Avant  de  continuer  notre  marche,  jetons  encore  un  coup- 
d'œil  spécial  sur  Castra  Grinnes.  Tout  ici  à  Kesteren,  la 
grande  quantité  d'antiquités  romaines  trouvées,  la  distance 
exacte,  et  cette  dénomination  d'une  analogie  si  frappante, 
détruit  le  dernier  doute  de  sa  correspondance  avec  Grinnes, 
que  M.  Leemans  plaçait  sur  l'autre  rive  du  Wahal  et  de  la 
Meuse,  à  Rossum,  ou  plutôt  à  Herward,  d'après  quoi  il 
établit  le  plan  de  sa  route  mosane.  Le  Castra  du  Beluwe, 
près  de  l'endiguement  du  vieux  Rhin,  occupe  une  super- 
ficie de  vingt  ares,  selon  Heidring;  en  outre,  toutes  les 
circonstances  du  combat  de  Claudius  Civilis,  en  tant  qu'elles 
se  rapportent  à  Grinnes,  s'expliquent  sans  effort  et  com- 
plètement. Ce  dut  être  ici,  au  Spees  ou  Spitze,  à  proximité 
du  Parc  romain,  que  dans  sa  retraite  sur  Batavodurum, 
Civilis  perça  la  digue  (Moles),  mesure  qui  exposait  le  Cas- 
tra à  l'inondation. 

C'était  beaucoup  plus  bas,  au-delà  de  Batavodurum,  ou 
Wyk  te  Duurstcde,  que  Ramaer,  de  Bibberich,  cherchait 
cette  digue,  qui  porte  encore  le  nom  de  Oudedam,  la  vieille 
digue.  Ce  fut  également  près  de  Kesteren  que  Classicus 
combattait,  pendant  que  ses  bateaux  et  ses  embarcations 
demeuraient  en  réserve  pour  assurer  sa  retraite  en  cas  de 
défaite. 

En  direction  oblique  de  Batavodurum,  un  autre  Castra 
était  situé  sur  le  Rhin,  à  Malderik.  Ce  fut  là  que  Tulor 
combattit  le  même  jour,  pour  détruire  le  pont  que  les 
Romains  avaient  construit  en  cet  endroit  contre  la  tour 
batave,  objectif  de  la  lutte. 

Ces  opérations  militaires,  le  nom  et  la  dislance,  tout  ce 
qu'enfin  nous  avons  observé  à  Kesteren,  confirment  notre 
opinion  inébranlable,  que  nous  trouvons  ici  le  véritable 
Grinnes  signalé  par  Tacite;  tandis  que   la  position  de 


—  191  — 

Grinnes  à  Rossem  ne  repose  que  sur  une  simple  supposi- 
tion, et  dès  lors,  toute  la  roule  mosane,  simple  rêve  de 
cabinet,  pure  fiction,  s'évanouit  définitivement  devant  la 
réalité. 

De  Castra  Grinnes,  notre  roule  militaire  se  poursuit  le 
long  du  chemin  de  Podhem  ou  Poddingliem  jusqu'à  Pod- 
hem  même,  dont  l'antiquité  romaine  est  attestée  par  V Aigle, 
son  emblème  héraldique.  Là,  celle  roule  rejoint  celle  de 
Ad  XII,  qui  traverse  Achten  (Ad  VIII)  et  forme  ainsi  la 
très-large  voie  d'Echlelt.  Ce  chemin  passait  au  pied  de 
a  l'énorme  tour  »  écroulée,  et  se  bifurquait  à  son  exlré- 
mité  près  3Ilieel  =  Millia;  l'une  de  ces  roules  conduisant 
à  Tiel  {castra,  villa,  puis  civitas),  l'autre,  allant  à  un  castra 
en  regard  de  Batavodurum,  celui  de  Malderik,  où  Tutor 
détruisit  le  pont  des  Romains. 

Par  le  Dalweg  (Dalwagen),  noire  Grinnes  se  trouvait 
ainsi  en  communication  d'une  part  avec  Ad  XII,  puis  Cas- 
tra Herciilis  et  Neomugiis;  d'une  autre,  par  la  voie  d'Echlelt 
et  de  Podhem,  avec  deux  points  ou  Castra  importants  et 
avec  Batavodurum,  auxquels  nous  ajouterons  Achten  ou 
Ochten  (Oclo),  où  il  suffit  d'examiner  le  terrain  attentive- 
menl  pour  ne  point  le  passer  sous  silence. 

Pontanus  et  Heldring,  après  lui,  ont  appelé  l'atlention 
sur  l'imporlance  de  la  route  passant  à  Podhem,  le  dernier 
en  disant  :  «  On  apprendrait  peut-être  avec  peu  d'efforts, 
»  au  moyen  de  cette  route,  ce  qu'étaient  dans  notre  pays 
»  les  anciennes  hautes  chaussées  ou  7^oittes  militaires  (i).  » 
Nous  ajoutons  ici  que  la  grande  pierre,  brisée  en  quatre 
fragments  et  portant  une  Aigle  romaine,  que  j'ai  trouvée  à 
Podhem,  et  qui  avait  été  encastrée  comme  pierre  commé- 
moralive  dans  un  pignon  ou  une  paroi,  rappelle  indubi- 

(1)  IIELDRl^G,  Wandiltngen,  2"  st.,  p.  182. 


—   192  — 

lablement  la  dominalioii  des   Romains   sur   le  Beluwe, 
délruile  depuis  si  longtemps. 

Mais,  indépendamment  de  ces  deux  remarques,  il  existe 
encore  d'autres  motifs,  d'autres  preuves  de  l'existence  de 
la  route  militaire  romaine  dans  le  Betuwe,  surtout  pour 
la  route  méridionale  de  la  Table  de  Peulinger,  que  nous 
avons  scrupuleusement  suivie  jusque  maintenant.  De  même 
que  nous  avons  fait  dans  notre  aperça  géographique  préa- 
lable de  la  vieille  île,  nous  nous  arrêterons  encore  à  la 
signification  des  anciens  noms,  données  auxquelles  nous 
avons  consacré  une  attention  toute  spéciale;  car,  en  ceci, 
nous  sommes  parfaitement  d'accord  avec  un  archéologue 
éminent  qui  s'exprime  en  ces  termes  :  «  Les  vieux  noms 
sont  des  mémoriaux  authentiques.  A  défaut  de  preuves 
écrites,  d'actes  officiels,  de  documents  administratifs  ou 
de  notices  historiques,  les  noms  sont  souvent  du  plus  grand 
poids  et  répandent  la  lumière  là  où  ne  se  trouvait  qu'ob- 
scurité. Le  nom  est  souvent  la  plus  vieille  preuve  à  l'égard 
de  la  chose,  car  les  noms  vivent  dans  la  bouche  du  peuple 
longtemps  avant  d'être  inscrits  dans  des  pièces  officielles 
destinées  à  la  postérité;  des  noms  qui  se  sont  perpétués  de 
génération  en  génération  pendant  que  des  écrits  restaient 
exposés  à  la  destruction,  et  n'ont  été,  hélas  !  que  trop  fa- 
cilement détruits;  des  noms,  disons-nous,  conservent  pen- 
dant des  siècles  le  souvenir  vivace  et  indéniable  de  vieilles 
traditions,  qui,  à  défaut  du  nom,  seraient  tombées  dans  un 
éternel  oubli  »  (Ter  Gouw).  —  Nous  n'avons  plus  besoin 
de  corroborer  ces  paroles  par  des  exemples,  comme  les 
noms  de  Neomagus,  HerveU,  Dodowero,  Dalwugen,  Kesle- 
ren,  Achten  ou  Ochlen,  Achtalh  ou  Echlelt,  etc.  Ces  noms, 
leurs  rapports,  l'indication  des  lieux,  et  la  comparaison  de 
la  Table  de  Peutinger  avec  les  situations  topographiques 
réelles,  ne  laissent  plus  subsister  le  moindre  doute  que 
nous  n'ayons  suivi  jusqu'ici  la  chaussée  ou  route  militaire 


—  195  — 

romaine.  Sinon,  le  dernier  doute  devrait  s'évanouir  devant 
le  nom  de  Keizersstraat  (Via  Cœsaris  =  roule  impériale), 
que  porte  la  voie  à  partir  de  Podfiem,  celte  localité  où  en 
1863  je  découvris  la  pierre  brisée  portant  l'Aigle,  nom 
conservé  à  la  large  voie  d'EchleIt  et  qu'elle  porte  encore 
à  M/ieel  =  Millia. 

Keizersstraat,  Mheel  :  à  cause  de  leur  importance,  nous 
nous  arrêterons  à  ces  deux  noms.  D'où  vient  le  nom  de 
Keizersstraat?  loni  archéologue  et  historien  investigateur, 
qui  comme  moi  déduit  le  nom  de  Keizers-wert  de  Cœsaris- 
wart,  el  considère  l'endroit  comme  un  poste  militaire  du 
César  ou  de  l'Empereur,  n'hésitera  pas  à  reconnaître  ici 
la  voie  du  César,  en  pensant  à  l'Aigle  découverte  au  point 
de  départ  :  d'autant  moins,  quand  on  porte  son  attention 
sur  celle  voie  longue  et  large  qui  se  poursuit  en  ligne  droite 
parallèlement  au  canal,  également  long  et  large,  ayant  dû 
entraîner  les  eaux  étendues  entre  Dodowero,  Castra  et  Oclo, 
le  lac  de  la  Table  de  Peulinger,  pour  les  mettre  en  rapport 
avec  la  Linge  ==  Lange  A.  Nous  reconnaissons  ici  le  canal 
de  Drusus.  Tous  deux,  canal  el  chaussée,  Fossa  el  Via, 
sont  l'œuvre  de  la  main  des  hommes;  V Aigle  el  César 
rappellent  les  Romains  à  l'esprit.  Dans  le  nom  de  César, 
Keizer,  nous  voyons  un  souvenir  de  l'empereur  Marcus 
Trajanus,  plus  tard  Nerva  Trajamis,  le  fondateur  et  l'exé- 
cuteur de  la  voie  de  Castra  vetera  à  Neomagus,  dite  éga- 
menl  Keizersstraat,  où,  comme  nous  l'avons  rapporté  plus 
haut,  une  borne  milliaire  lui  était  dédiée,  tandis  que  jus- 
qu'en 1863,  le  monument  dérobé,  hélas!  à  Dodowero, 
conservait  également  le  souvenir  de  son  nom  (Marcus 
Trajanus). 

La  roule  que  nous  avons  suivie  jusque  maintenant,  se 
prolongeait  entre  le  Rhin  el  le  Wahal,  sur  le  territoire 
entier  de  l'ile,  jusqu'à  Brittenburg,  Arx  Britannica,  en 
passant  par  Lugdunum.  Ici,  à  l'extrémité  de  la  voie,  l'on 


-    194  — 

trouva  également  une  pierre  commémoralive  dédiée  au 
même  Marcus  Trajanus.  Ainsi  donc,  le  point  de  départ  et 
celui  d'arrivée  de  celte  voie  militaire  de  l'île,  —  Dodewert 
et  Brillenburg,  —  conservaient  le  nom  de  l'empereur  alors 
régnant,  du  César,  et  conséquemment  il  n'y  a  rien  d'étrange 
à  ce  que  l'importante  section  centrale  de  la  voie  ait  em- 
prunté à  l'empereur  M.  Trajanus  son  nom  de  Keizers- 
straat,  pour  son  parcours  qui  longeait  le  canal  de  Drusus 
—  Fossa  Drimana  —  et  l'ait  conservé  jusqu'aujourd'hui. 

Nous  ne  pouvons  nous  étonner  davantage  de  ce  que  la 
tour  de  Dodewert  trahisse  son  origine  encore  de  nos  jours, 
quoique  cette  respectable  vieille  ait  subi  l'opération  de  sa 
langue. 

On  n'oserait  encore  affirmer  aujourd'hui  s'il  se  trouvait 
à  31/ieel  ou  Milt,  là  où  la  voie  se  bifurque  et  conduit  à 
deuxCaslra,  une  borne  milliaire  pourvue  d'une  inscription 
comme  celle  sur  la  roule  de  Xanlen,  route  à  laquelle  est 
attaché  le  nom  de  César  ou  Keizer.  Il  est  certain  qu'il 
existe  en  cet  endroit  des  subslructionsd'un  antique  édifice, 
et  que,  conformément  au  dialecte  de  la  Gueidre,  ce  nom  de 
M/ieel  {Mill)  provient  aussi  sûrement  de  Millia  ou  Mille, 
que  Rhenen  de  Rinnen,  et  Soelen  de  Sul,  pilastre.  Ces  sub- 
slruclions  d'un  vieil  édifice,  situé  à  la  traverse  du  chemin, 
mériteraient  d'être  soigneusement  étudiées  (i). 

La  haute  chaussée  se  poursuit,  selon  la  Table,  le  long 
de  la  Linge,  Suie,  soit  Soelen,  vers  Caspmgium.  Mais,  sur 
des  bases  que  je  me  suis  vainement  efforcé  de  découvrir, 
Reuvens,  et  Leemans  par  suite,  placent  l'antique  Vada, 
non  repris  toutefois  sur  la  Table,  entre  son  Grinnes  et 
Caspingium,  sur  sa  roule  imaginaire  de  la  Meuse.  C'est  à 
Werkendam,  vis-à-vis  de  Bommel,  qu'ils  voient  cette  lo- 

(1)  Je  me  suis  efforcé  d'exciter  à  cette  étude,  quoique  vainement,  par  mon 
article  du  Tielsche  courant,  en  date  du  15  décembre  1865. 


—  195  - 

calilé!  Parles  résultais  de  mes  invesligalions  locales,  je 
me  regarde  comme  autorisé,  de  mon  côté,  à  agir  sembia- 
blemenl,  en  plaçant  Vada  entre  Grinnes  et  Caspingium. 
Alting,  Van  Loon,  D'Anville  et  Wagenaar  nous  ont  montré 
que  Caspingium  répond  à  Asperen,  sur  le  cours  inférieur 
de  la  Linge,  et  bientôt  nous  en  serons  complètement  per- 
suadés. 

Il  est  vrai  que  la  Table  de  Peutinger  ne  porte  que 
XVIII  milles  de  Grinnes  jusqu'à  Caspingium  (Asperen), 
ce  qui  est  en  désaccord  avec  la  distance  réelle  de  ces  deux 
localités,  savoir  XXXVI,  étappe  ou  distance  que  nous  ne 
rencontrons  nulle  part  dans  notre  pays.  C'est  en  consé- 
quence, qu'en  plaçant  Vada  à  Werkendam,  entre  ces  deux 
endroits  prénommés,  Leemans  se  basa  sur  l'hypothèse  que 
le  moine  insouciant  qui  avait  copié  la  carte,  avait  oublié 
un  nom  de  lieu,  attendu  que  la  Table  renferme  plus 
d'élappes  que  de  noms.  Si  nous  accueillons  cette  hypothèse, 
nous  remarquerons  que  juste  à  XVIII  milles  de  Grinnes, 
et  au  point  du  milieu  entre  les  deux  endroits,  nous  trou- 
vons un  Vada  ou  Vadahem,  qui  se  nomme  Wadenoy  encore 
aujourd'hui,  et  qui  a  emprunté  son  nom,  Wade,  un  gué, 
à  la  rivière  la  Linge,  qui  est  guéable  en  ce  lieu. 

Si  nous  acceptons  ce  Wade  ou  Wadenoy  (i)  pour  l'an- 
cien Vada  de  Tacite,  il  suffira  de  transporter  le  chiffre 
XVIII  entre  Grinnes  et  Vada,  chiffre  qui  très-positivement 
figure  par  erreur  sur  la  Table  entre  Neomagiis  el  Ad  XII, 
et  l'on  a  la  distance  exacte.  Les  autres  XVIII  demeurent 
pour  l'espace  entre  Vada  et  Caspingium,  ce  qui  est  égale- 
ment d'accord  avec  la  distance  réelle,  savoir  :  4  lieues 
30  minutes. 

C'est  donc  ici  à  Vada,  sur  la  Linge  et  la  route  militaire, 
en  vue  des  antiques  demeures,  les  deux  Ave-saten,  que 

(1)  Se  nommait  Watica  au  Xlle  siècle.  Altinc,  fn  voee,  p.  200.  T. 


—   I9C  — 

CiviLis  livra  sa  dernière  bataille  pour  la  défense  de  la 
liberté  el  des  autels,  taudis  qu'à  peu  dislance,  à  Arnacum, 
aujourd'hui  Erichem,  Verax,  sou  neveu,  couvrait  son  ar- 
rière-garde. Quoiqu'au  début  il  ail  été  victorieux,  Civilis 
fut  forcé  de  fléchir  sous  les  forces  supérieures  de  Cerealis 
et  de  prendre  la  fuite.  Comme  César  à  Pholin,  il  se  sauva 
à  la  nage,  traversant  la  rivière  voisine,  à  l'endroit  proba- 
blement auquel  se  rattache  la  tradition  ou  la  légende  d'un 
prince  qui  traverse  le  gué,  ou  se  jette  à  la  nage  dans  cette 
rivière  de  Linge,  au  lieu  dit  Prinket,  soit  Prince-lo.  Sur 
les  lieux  mêmes,  on  m'assura  que  des  pointes  de  flèches 
se  trouvent  fréquemment  dans  les  environs. 

Comme  nous  l'avons  dit,  on  trouve  également  XVIII 
milles  de  Vada  à  Caspinghim,  soit  4  lieues  30  minutes. 
La  route  se  poursuit  sur  les  deux  côtés  de  la  Linge  par 
Malsna,  la  traverse  près  de  Tric/it  =  Trajectum,  présen- 
tant de  nombreuses  traces  du  séjour  des  Romains  et  de 
la  continuation  de  leur  route  militaire.  Ainsi,  sur  la  rive 
gauche,  on  rencontre  entre  autres  le  significatif  champ 
d'exercice  (Dislerveld),  et  la  tour  si  antique  de  Dyl  = 
Tilo;  indépendamment  des  diverses  pierres  commémora- 
lives  de  la  vie  guerrière  des  Romains  el  des  Bataves, 
trouvées  en  ces  lieux  par  le  prédicant  Romer,  chez  lequel 
je  les  ai  examinées  dans  son  cabinet  d'études. 

Pour  la  rive  droite,  tenons  encore  note  de  la  remarque 
du  prédicant  De  Veur,  de  Soelmond  :  que  la  voie  impé- 
riale ou  route  militaire  porte  ici  à  Marienwerth,  de  même 
que  sur  le  Rhin,  le  nom  de  Chaussée  du  Diable,  et  qu'un 
tronçon  de  cette  route  vers  Bee-st  =  Bee-sla  est  pavé, 
ainsi  qu'à  Hervelt  ou  Castra  Herculis.  Des  recherches 
ultérieures  le  long  de  ce  chemin  fourniront  indubitable- 
ment une  plus  grande  quantité  des  restes  de  l'époque 
romaine.  Conservant  par  places  sa  largeur  primitive,  la 
voie  se  poursuit  sur  les  deux  rives  de  la  Linge  endiguée, 
allant  à  Caspingium.  Mais  que  signifie  Casp-mrjium? 


—  197  — 

En  tenant  compte  que  le  C  se  place  pour  G,  ce  nom 
semble  provenir  de  Gaspe,  selon  Adeluiig,  ou  Gazzo,  selon 
Graff,  et  d'ingium.  Dans  le  voisinage  de  lïemmcn,  on 
trouve  un  Gaspo-verdiim,  composé  également  de  Gasp  ou 
Casp  et  de  verdum.  L'explication  des  deux  désinences  ou 
syllabes  pénultièmes  n'est  point  difticile  à  donner  :  inghnn 
représente  ing,  iuc:  Verdum,  verd  ou  wert.  Reste  la  ques- 
tion de  savoir  ce  que  signifie  Gasp,  Gaspo  ou  Gazzo? 
Selon  Graff,  Gazzo  ou  Gasse  est  une  rue,  et  selon  Adeluns  : 
«  Ein  Durchgang  zwiscben  zwei  Reihen  von  Ilâusern  oder 
»  Lagerzelten,  im  allgemeinen  ein  weg,  jelzl  eine  Slrasse.  » 
L'un  des  deux  chemins  qui  longent  les  deux  rives  de  la 
Linge  et  se  réunit  à  l'autre  à  Caspingium,  se  nomme  Velt- 
gasse  et  l'autre  Felt-gat,  ce  qui  pour  chacun  retrace  Gasp 
ou  Gazzo.  Comme  Vell-gasse,  qui  signifie  roule  de  la 
plaine,  paraît  expliquer  cette  dénomination,  nous  n'hési- 
tons pas  à  voir  ici  un  inc  ou  ing,  dans  lequel  la  grande 
roule  continuait  entre  deux  rangées  de  tentes  d'un  camp 
ou  entre  des  maisons.  !Mes  investigations  sur  place  m'ont 
complètement  confirmé  cette  explication.  Il  suffit  de  consi- 
dérer la  largeur  de  la  haute  chaussée  entre  les  deux  ran- 
gées de  maisons,  pour  y  reconnaître  une  plaine,  un 
champ  (veld),  où  les  chemins  des  deux  rives  très-sinueuses 
de  la  Linge  venaient  se  confondre  d'une  façon  très-remar- 
quable en  une  ku^ge  rue,  constituant  un  Gasse.  Dans  l'an- 
tique Eliste,  au  Betuwe  supérieur,  nous  avons  remarqué 
les  mêmes  circonstances;  ainsi  que  dans  l'un  des  Avezaten 
et  à  3Ialsna,  aujourd'hui  Geldermalsen,  un  aspect  con- 
forme en  tous  points  à  la  description  d'un  Gussse  donnée 
par  Adelung.  Les  deux  voies  se  poursuivaient,  d'une  part 
par  Aquoy  et  Renoy,  à  la  droite  de  la  Linge,  de  l'autre 
par  Gallecum  (Gall-inchem),  à  la  gauche  de  la  rivière.  Il 
n'est  pas  douteux  que  l'on  retrouve  une  origine  romaine 
dans  les  noms  de  ces  deux  premiers  villages  Aqua,  Rhena, 

14 


—   198 


noms  parfaileinent  d'accord  avec  leur  silualion  sur  la 
haule  digue  de  la  Linge  et  près  de  l'eau,  tandis  que  Galle 
indique,  d'autre  part,  une  terre  ou  plaine  aquatique  pres- 
que toujours  inondée.  Elle  s'étendait  ici,  paraît-il,  de 
l'extrémité  inférieure  de  la  Linge  jusqu'au  Goor.  Gall-inc- 
hem  et  Gor-inc-hem  sont  donc  des  noms  topographiques 
procédant  du  terrain. 

Reprenons  maintenant  à  la  limite  du  Betuwe,  au  dit 
Tieler-waard,  pour  voir  ce  que  la  reconnaissance  de  Dode- 
wert  pour  le  Ad  XII  des  Romains  nous  a  fait  découvrir. 
Préalablement,  cette  découverte  nous  faisait  supposer  que 
la  route  méridionale  de  la  Table  de  Peutinger  devait  se 
trouver  dans  le  Betuwe.  Aussi  nos  recherches  ont-elles 
eu  pour  résultat  indéniable,  la  preuve  de  l'existence  réelle 
de  cette  route  impériale  ou  militaire,  par  des  traces  mani- 
festes qui  témoignent  sur  tant  de  points  la  véracité  de 
Texislence  de  cette  route. 


Neomagus  XII 
Nymégue  S»  5' 


Ad  DuodecimumVF 


Dodewcrl  1»  50' 


GrinnibusXVIII 


VadaXVIII 


Wadenoy  4°  30' 


Caspingium 


Asperen 


Kesleren  4»  50' 

Nous  voilà  maintenant  à  la  frontière  de  la  Gueidre  ici 
près  Asperen,  mais  non  à  celle  de  l'ile  des  Bataves,  qui, 
entre  la  Meuse  et  le  Rhin,  embrasse  encore  le  pays  primi- 
tif des  Caninésales. 

J'avais  d'abord  porté  mes  investigations  jusqu'à  Caspin- 
gium et  j'en  avais  dressé  la  carte,  sur  laquelle  était  indi- 
quée la  continuation  de  la  voie  romaine  jusqu'à  \ia-7ien, 
par  une  ligne  pointillée.  J'appliquai  en  1864  mes  dernières 
vacances  académiques  de  Delft,  à  l'investigation  de  cette 
contrée  et  de  ses  routes,  comme  plus  tard,  en  partant 
d'Utrecht,  je  recherchai  les  autres  voies  anciennes. 

Caspingium  me  fournil  encore  cette  fois  de  nouvelles 
preuves  du  séjour  des  Romains  dans  ses  localités.  Telle 
par  exemple  que  l'amélioration  apportée  au  cours  sinueux 
de  la  Linge,  par  l'établissement  de  ce  que  l'on   nomme 


-  199  — 

Braaknap  {Brachium  Nabalis?),  tel  aussi  que  le  pourtour, 
Singcl,  cingulum,  d'une  leur  cylindrique,  indiquant,  l'un 
et  l'autre,  des  ouvrages  de  Tépoque  romaine.  La  tour  a 
maintenant  disparu;  mais  une  autre  œuvre  grandiose, 
d'origine  indubitablement  romaine,  excite  encore  de  nos 
jours  l'étonnement.  De  même  que  dans  le  Betuwe  il  avait 
fallu  contourner  le  lac  entre  Dodewert  et  Kesleren  main- 
tenant disparu,  par  le  Dalwerj  ou  Warje,  de  même,  près 
de  Caspingium,  là  où  Ledebur  place  l'extrême  limite  du 
Betuwe,  il  fallut  établir  un  cbemin  au  travers  du  large 
vallon  nommé  Bra-thal  (Breeddal)  et  élever  une  digue 
ou  barrage,  contournant  le  lac  bien  plus  important  d'^/- 
plas  ou  Lâcha,  afin  d'atteindre  au  nord  la  haute  berge  de 
la  rivière  au-delà  du  vallon.  Celte  haute  berge,  nommée 
Ho-lands-weg  =  haute  chaussée,  Via  alla,  conduisait  à 
Tablœ  par  Vianen.  Pour  rallier  Caspingium  à  cette  haute 
chaussée  juxla  fluvium,  un  barrage  fut  élevé  au  travers 
de  la  large  plaine  Brah-lhal;  c'est  la  digue  du  fond,  si 
connue  sous  le  nom  de  Tief-deich  ou  Diepdyk,  qui  dès  lors 
sépara  les  eaux  supérieures  de  celle  vallée  de  celles  de 
VAl-plas.  Indubitablement,  ce  travail  grandiose  avait  élé 
entrepris  par  les  Romains.  Un  canal  ou  large  fossé,  qui 
rappelle  ceux  de  Drusus,  fut  creusé  au  levant  du  barrage 
pour  amener  ces  eaux  dans  la  Linge.  Ce  que  nous  avons 
remarqué  du  haut  rempart  élevé  entre  les  fossés  de  Drusus, 
dans  le  Betuwe,  se  reproduit  ici  au  Tief-deich,  et  nous  en 
tirons  la  preuve  qu'ici  encore  nous  avons  affaire  à  un  tra- 
vail romain  d'endiguement,  requis  pour  l'achèvemenl  de 
leurs  routes  militaires. 

A  l'extrémité  exacte  de  chaque  3Iillia  p.  ou  mille  ro- 
main, se  trouve  ici  une  maison  (i);  et  souvent  un  embran- 


(i)  Le  même  fait  se  remarque  sur  le  tronçon  de  la  vole  romaine  entre 
Meersen  et  Fauquemont.  Hadets,  Notice  sur  quelques  marques  de  potier,  dans 
les  Annales  du  cercle  archéologique  de  Mons.  T. 


—  200  — 

chement  =  steeg  =  steig,  vient  aboutir  à  la  digue,  ce  qui 
établit  sans  conteste  que  la  route  ou  baute  cbaussée  avait 
plus  (rultitude  que  le  cbemin  montant  (i).  D'une  autre 
part,  les  demeures  écartées  l'une  de  l'autre  de  15  à 
17  minutes,  soit  d'un  mille  romain,  sur  toute  l'étendue  de 
la  digue  comme  le  long  du  haut  rempart,  Flooge-wal,  du 
Betuwc  supérieur,  rappellent  les  Weilers,  Villare,  Villers, 
que  l'on  rencontre  enco."e  ailleurs  le  long  des  voies  romai- 
nes. Il  est  important  de  remarquer  que,  comme  dans  le 
Beluwe,  nous  rencontrons  ici  un  nom  de  village  emprunté 
à  une  borne  milliaire  du  barrage,  le  Achten  =  Octo;  ici, 
juste  à  la  dixième  borne  milliaire,  Tien-ho\'en  (couri-Dix). 
Cette  localité  est  suivie  de  Hage-stein,  sur  le  Ho-Iands-vveg, 
soit  chaussée  baute,  montrant  les  nombreuses  fondations 
de  ses  vieux  édifices  écroulés  et  des  noms  adhérents  au 
sol.  Aussi  ce  lieu  me  parait-il  avoir  été  une  Halte  impor- 
tante. Longeant  la  haute  chaussée  et  juste  à  deux  milles 
de  Tienhoven,  soit  XII  M.  p.  de  Casphiginm,  on  atteint 
Tablo,  Tahlœ,  à  Vianen,  près  de  la  rivière  Lek,  situation 
conforme  à  la  Table  de  Peutinger.  La  signification  seule  du 
nom  de  Tablœ  ou  Tablo  =  'l-ab-lo,  indiquant  le  déverse- 
ment des  eaux  du  Rhin  dans  le  Lek  (Lâcha),  n'a  pas  suffi 
pour  détruire  complètement  en  moi  le  doute  sur  celte  con- 
cordance; mais,  en  outre,  le  nom  même  de  Via-nen  et  les 
antiquités  et  les  monnaies  qu'on  y  a  découvertes  m'ont 
confirmé  dans  ce  sentiment.  Il  importe  encore  de  tenir 
compte  qu'on  a  coupé  cette  route  romaine  ou  Ho-lands- 
weg.  Via  alla,  d'un  côté  de  Vianen,  en  creusant  le  canal 
Sederic,  sous  le  niveau  duquel  elle  était  enfouie  de  quel- 
ques pieds;  et  que  juste  au  déversoir  de  l'autre  côté  de  la 
ville,  à  l'extrémité  de  la  voie,  Via,  on  voyait  une  tour  im- 
posante {onbesuisde  lor'en),  nommée  Simpol  (mot  dont  la 

(i)  Skeg,  de  stijffcn.  monter.  ï. 


-  201  — 

signification  m'esl  inconnue),  qui  a,  sans  aucun  doute, 
servi  à  la  défense  et  de  refuge  en  cas  d'inondation,  à  en 
juger  par  la  description  qu'en  a  donnée  Ludolf  Smids. 
Cette  tour  était  semblable  aux  autres  tours  que  j'ai  ren- 
contrées sur  ma  route  :  Dodewert,  Echlelt,  Dijlo  et  Caspin- 
giiim.  La  tradition  rapporte  que  le  château  de  Belvere, 
près  Echteit,  fut  assailli  de  projectiles  lancés  pour  la  dé- 
fense de  l'énorme  tour  d'EchteIt;  ici,  à  Via-nen,  on  raconte 
que  là  les  gens  d'Utrecht,  se  tenant  vis-à-vis  de  la  tour  dite 
Sinipol,  au-delà  de  la  rivière,  furent  également  criblés  de 
projectiles  lancés  du  haut  de  la  Sùnpol  ou  «  onbesuisde 
toren  9  de  Vianen,  nom  écrit  Sinkpoel  par  Smids.  La  tour 
d'EchteIt  était  construite  en  tuf,  qui  entièrement  consommée 
au  commencement  du  siècle  présent,  s'affaisa  par  un  temps 
calme  et  sans  la  pression  du  moindre  vent.  Simpol,  con- 
struite en  briques,  a  été  démolie  aussi  au  commencement 
du  siècle  avec  le  château  de  Batensteîn,  duquel  elle  était 
l'ornement.  Quant  aux  tours  de  Dylo  et  de  Dodowero, 
elles  bravent  encore  la  tempête  et  l'aquilon. 

Nous  remarquerons  encore  que  Vianen  présente  à  l'in- 
térieur de  la  ville  une  rue,  Gasse,  se  poursuivant  entre 
deux  rangées  régulières,  comme  nous  en  avons  signalé 
à  Caspingium  et  ailleurs.  En  résumé,  les  deux  noms  de 
Via  et  T-ab-lœ,  l'existence  de  cette  large  rue  régulière,  les 
monnaies  et  les  antiquités  découvertes  en  cet  endroit,  la 
tour,  et  l'exactitude  de  la  distance  de  XII  M.  p.  de  Cas- 
pingium, prouvent  suffisamment  que  nous  avons  retrouvé 
ici  le  Tablœ  (T-ab-lae)  de  Peutinger.  En  suivant  le  fil  de 
nos  recherches,  il  sera  également  aisé  pour  nous  de  re- 
trouver le  dernier  endroit  de  cette  Table  :  Flenium,  situé 
XVIII  milles  plus  loin.  Flee  se  dit  Flie,  une  eau  courante; 
nous  écrivons  maintenant  Vliel;  ium,  um,  se  translate  par 
heitn,  hem  =  demeure  ou  maison;  de  sorte  que  le  mot 
latinisé  Flenium  reproduit  le  nom  germanique  de  Flie-hem, 


202  

Si,  en  quiilant  Tablae,  nous  suivons  la  voie  au-delà  de 
la  dérivalion  conlournant  le  Lâcha,  en  passant  par  Yssel- 
slein  el  Monlforl,  entre  lesquels  on  retrouve  la  large  chaus- 
sée longeant  Vlsula  ou  Yssel,  à  XVIII  milles  on  atteint 
Ouilewater,  exactement  à  l'endroit  où  le  nom  de  Fleliem 
=  Flenium  s'est  conservé  dans  'f  Huis  te  vliel,  traduction 
littérale  du  vieux  Flenium.  Si  ces  conditions,  unies  à  l'exac- 
tilude  de  la  dislance,  ne  suffisent  pas  à  établir  que  nous 
retrouvons  ici  le  Flenium  de  la  Table  de  Peutinger,  nous 
en  appelerons  aussi  à  une  vieille  tour,  actuellement  dé- 
truite, et  à  un  vieux  pont  voisin,  qui  tous  deux  portant 
l'épithète  de  Romain  {Romeinsche  brug,  Romeinsche  toren), 
conservèrent  ces  souvenirs  jusqu'à  ce  qu'en  dernier  lieu, 
ils  s'effondrèrent  par  vétusté  et  furent  démolis.  C'est  cet 
édifice  ou  caslel  avec  sa  tour,  placé  sur  V Yssel  pour  la 
défense  du  pont  romain  sur  le  Vliet,  que  nous  tenons 
pour  l'ancien  Flenium.  Ce  vieux  castel  est  nommé  Oude 
warter  par  Smids;  il  formait  un  triangle  important  avec 
Monlfoort  et  Warder  ou  Wart,  voisin  de  Woerden.  Nous 
pensons  que  ces  éclaircissements  sont  complets  et  d'autant 
plus  vrais  que  Monlfoort  présente  aussi  des  traces  du  séjour 
des  Romains.  Le  cas  est  identique  pour  Gouda,  où  l'on  a 
également  découvert  des  restes  de  l'époque  romaine,  le  long 
de  l'Yssel.  Kinschot,  auteur  de  la  description  ù'Oudewater, 
qu'il  explique  par  Àqua  vêtus,  considère  aussi  sa  vieille 
tour  comme  romaine  d'origine.  «  Elle  est  conslruile  en 
pierres  exlraordinairement  grandes,  dit-il,  et  l'on  croit, 
d'après  les  fondements,  qu'elle  a  été  bàlie  cerlainemcnlsous 
les  Romains,  d'abord  comme  tour  de  garde,  pour  devenir 
ensuite  un  bureau  de  péage,  Tolhuis,  vu  sa  situation  sur 
la  rivière  dans  la  direction  d'Ysselpoort.  De  celle  tour  de 
garde  de  Flenium,  la  roule  militaire,  après  avoir  traversé 
Gouda,  et  en  droite  ligne  Forum  Uadriani,  va  à  Lugdu- 
num,  point  extrême  de  celle  voie.  » 


—  205  — 

Le  Nestor  de  nos  arcliéologues,  iM""  H.  Van  Wyn,  place 
ce  Forum  romain  à  Veur,  Voor  =  Forlrapa,  point  sur  le- 
quel la  chaussée  se  dirige  en  ligne  droite  et  d'après  lequel 
Foor-burg  et  Foor-scholen  paraissent  dénommés.  C'est  ici 
que  se  trouvait  le  castel  de  Hadrien,  à  l'époque  romaine. 
Le  nom  s'en  est  perpétué  dans  celui  i^'Arensbiirg,  sous  le 
sol  duquel  furent  conduites,  en  1829,  sous  la  surveillance 
de  Reuvens,  des  fouilles  intéressantes.  Nous  faisons  une 
distinction  entre  Forum  Hadriani  et  ce  Arensbiirg. 

Toutefois  la  Table  de  Peulinger  n'indique  qu'une  dis- 
tance de  XII  mille  p.  entre  Flenium  et  Forum,  et  n'en 
indique  aucune  entre  ce  dernier  endroit  et  Lugchmum. 
Mais  la  distance  entre  Flenium  et  Forum  (où  l'on  reconnaît 
parfaitement  la  place  circulaire  du  marché)  peut  être  éva- 
luée à  XXII  milles;  ce  qui  nous  porte  à  supposer  qu'il  y  a 
ici  une  omission  dans  le  chiffre  des  dislances,  ce  que  d'au- 
tres ont  fait  déjà  avant  nous. 

Dans  Gouda,  la  route  ou  chaussée  semble  se  bifurquer; 
l'une  de  ces  voies  conduit  a  Rotterdam,  en  traversant  Kra- 
lingen;  l'autre,  haute  chaussée,  conduit  à  Forum  et  à 
Lugdunum,  comme  nous  l'avons  dit.  L'ancienneté  de  la 
voie  de  Kralingen  a  passé  en  proverbe  -.Aussi  vieux  que 
le  chemin  de  Kralingen  (i).  C'est  à  l'infatigable  historien 
Van  Loon  que  nous  devons  de  savoir  qu'il  s'agit  ici  d'une 
roule  romaine.  Il  en  découvrit  les  tronçons  dans  sa  pro- 
priété rurale  et  put  suivre  leur  direction  jusqu'à  un  édifice 
construit  en  tuf,  situé  à  Krooswyk  =  Grosswyk  ou  Groole 
wyk,  =  grand  vicus.  Il  importe  de  remarquer  qu'au  milieu 
de  l'autre  haule  chaussée  qui  conduit  de  Gouda  à  Forum, 
se  trouvait  un  Warl  ou  corps-de-garde  (Segwart),  de  même 
qu'il  s'en  trouvait  un  à  mi-chemin  de  Tyla  à  Neomagus  (Do- 
dewerl).  Ils  sont  distingués  par  leurs  noms  :  ici  Dodoivart, 

(1)  «  Zoo  oud  als  de  weg  van  Kralingen.  » 


—  204  — 

là  Segwart  (de  sieg,  victoire).  Celte  dernière  dénomination 
est  d'autant  plus  remarquable  que  l'endroit  parait  voisin  de 
deux  garnisons  légionnaires,  Bentplaatsen,  savoir  :  Bcnt- 
huisen  et  Benl\\ov\\  ;  ce  qui,  mis  en  regard  du  Wart,  semble 
rappeler  une  Legio  victrix.  Toutefois  ces  lieux  réclament 
un  examen  plus  approfondi  que  celui  que  nous  avons  tenté 
naguères.  Aussi  Seg-wart  présente  une  Gasse,  comme 
Vianen. 

C'est  bien  à  Lugdamim  que  se  termine  la  route  de  la 
Table.  Van  Loon,  en  déduisant  ce  nom  de  Lux-dunum, 
fait  songer  à  un  fanal.  Mais  au  delà,  des  voies  se  poursui- 
vaient vers  la  mer  du  Nord;  l'une,  (.VArensburg,  et  l'autre, 
de  Lugdunum.  La  première  s'étendait  au  couchant,  dans 
le  Wesl-land,  où,  sous  Naaltwyk,   l'on  a  découvert  une 
aiguille  ou  borne  milliaire  romaine  avec  inscription,  et 
près  de  Monster,  quelques  médailles  de  l'Empire.  Selon 
l'épigraphe,  cette  borne  fut  placée  là  par  les  deux  succes- 
seurs d'Adrien,  M.  Aurelius  Antoninus  et  Aurelius  Verus, 
vers  l'an  163  de  notre  ère,  et,  indubitablement,  sur  une 
route  militaire  ou  impériale  qui   menait  à  l'Océan.    De 
l'autre  côté,  le  chemin  ou  roule  militaire  conduisait  de 
Lugdunum,  d'une  manière  certaine,  par  Rynsburg,  Val- 
kenburg  et  Katwyk,  à  la  forteresse  nommée  Arx  Brilan- 
nica  ou  liriltenburg,  qui,  située  à  l'embouchure  du  Rhin, 
a  été  engloutie  par  les  flots  (i).  Fréd.  De  Wit  inscrivait 
sur  sa  carte,  «  Comitatus  Ilollandia  Tabula  (2)  »  :  Olim  hic 
ostium  R/ieni  et  arx  britannka  anno  1320,  loo'â,  1562, 
1571,  1588  visa,  mullaeqiie  admirationis  siimmae  anti- 
quilales  effosae.  Il  résulte  de  la  grande  quantité  d'antiquités 
romaines  que  l'on  découvrit  en  ce  lieu,  à  marée  basse,  dans 
les  années  susdites,  et  selon  la  remarque  de  Westendorp, 


(1)  Cfr.  Tacite,  Hisl.,  IV,  S  13.  «  CasU-a  ad  Oceanum.  » 

(2)  Ex  oflicina  J.  Covens  cl  C.  Mortier. 


—  203  — 

que  celle  grande  coiislruclion  devait  exisler  déjà  sous  l'em- 
pire de  Claude,  en  41  à  54,  el  peul-èlre  ce  prince  l'a-l-il 
fondée.  La  XXX''  légion  «  Ulpia  Viclrix  »  de  l'armée  de 
la  Germanie  inférieure  (Exercilus  Germaniae  inferioris) 
tint  garnison  ici,  comme  aussi  à  Arensburg  sous  Voorburg. 
Des  masses  considérables  d'anliquilés  romaines  ont  élé  dé- 
couvertes à  Arensburg,  Oegsgeesl,  Rbynsburg,  Valkenburg 
d'une  pari;  sous  Voorscbolen,  dans  le  Scbakerboscb  et  le 
West-land,  de  Taulre,  en  même  temps  que  Ton  reconnais- 
sait les  tronçons  de  la  roule  militaire  entre  Rhynsburg  el 
Valkenburg,  ainsi  que  des  subslruclions  en  tuf  d'un  castel 
antique  el  de  quelques  autres  édifices  (i). 

ù.  Avant  d'abandonner  ce  district  de  VInsiila  Balavonim, 
nous  devons  rappeler  ici  ses  conditions  pbysiques  telles  que 
nous  les  avons  antérieurement  décrites.  L'Ile  loule  entière 
était  régulièrement  exposée  à  la  moindre  inondation;  mais 
cette  partie-ci  l'était  davantage  que  le  reste,  car  elle  était 
primitivement  sans  défense,  tant  contre  les  eaux  du  Rbin 
el  de  la  Meuse  qu'aucun  endiguement  ne  contenait  encore, 
que  contre  les  tempéles  et  les  hautes  marées  de  l'Océan. 
Ce  fut  plus  tard  que  celle  terre  surgit  des  eaux,  après  que 
Domilius  Corbulon  eût  assujéti  les  habitants  des  bateaux 
(Caninesates)  dans  celte  partie  occidentale,  et  que,  suivant 
l'exemple  donné  par  Drusus  dans  la  partie  supérieure  de 
l'ile,  il  eût  fait  creuser  un  canal  du  Rhin  jusqu'à  la  Meuse, 
pour  détourner  la  surabondance  des  eaux,  travail  connu 
sous  le  nom  de  Fossa  Corbulonis  (2).  D'après  l'inscription 
de  la  borne  milliaire  du  Weslland,  ce  fut  à  XII  milles  de 


(1)  Le  Dr  Westendorp  a  composé  :  Een  overzigt  over  de  romeinsche  oud- 
heden,  enz.,  el  Ta  publié  dans  les  Traités  de  la  Société  de  Groningue,  Pro 
excolendo  Jure  Palriae,  t.  VI,  Groningue,  1846. 

(2)  «  Ne  taraeii  miles  otium  exuerel  Inter  Mosam  Rhenumqiie  trium  ac 
viginti  millium  spatio  fossam  produxit  Domitius  Corlniio  qna  incerta  Oceani 
vetarenlur.  »  Tacit.,  Atin.,  XI,  20. 

IS 


—  206  — 

la  mer  que  Corbulon  fit  creuser  ce  canal,  Fossa  =  Vliel, 
sur  une  longuenr  de  XXIII  milles.  Selon  Smids,  Tinscrip- 
(ion  se  lit  ainsi  : 

A.  M/ari  A/d  F/ossam  C/orbulonis  M/illia  P/assuum 
XII  (i).  De  même  que  le  Beluvve  fut  redevable  primitive- 
ment au  canal  de  Drusus  de  son  origine  et  de  sa  condition 
actuelle,  de  même  le  pays  des  anciens  Caninesates  ou  loca- 
taires de  bateaux  est  redevable  des  mêmes  améliorations 
au  canal  de  Corbulon.  Ce  canal  commence  au  Rhin  au- 
dessus  de  Lugdunum  et  descend  par  Forum,  Arensburg, 
Alfiuum  (Delfl),  Scipleda  (Schipluiden)  pour  se  rendre 
dans  la  Meuse,  près  de  Vlaardingen  et  de  Maassiuis,  et  y 
décharger  les  eaux  surabondantes  du  Rhin  (2).  Il  n'y  a 
donc  rien  d'étrange  de  ce  qu'on  ait  trouvé  des  antiquités 
romaines  à  Deift  et  Schipluiden,  comme  le  long  du  canal 
de  Drusus.  Kenenburg,  près  Scipleda,  pourrait  bien  re- 
présenter le  nom  des  Canmesales  (0). 

C'est  à  ce  canal  de  Corbulon  que  nous  croyons  devoir 
attribuer  la  disparition  des  trois  endroits  dont  le  nom  est 
lout-à-fait  aquatique,  de  Matilo,  Niger  Pullus  et  Lauric, 
mentionnés  sur  la  route  septentrionale  de  la  Table  de 
Peutinger,  et  dont  il  n'est  plus  question  dans  les  Itiné- 
raires d'Anlonin,  comme  nous  Verrons  plus  tard. 

Paullinus  PoMPEiis  csl  sigualé  pour  avoir  continué  les 
travaux  entrepris  par  Drusus,  en  59  de  notre  ère.  Où?  on 
ne  le  dit  pas.  Mais,  si  nous  remarquons  les  œuvres  de  ses 
deux  prédécesseurs  Drusus  et  Corbulon  (4),  les  tranchées 
et  les  dérivations,  les  digues  et  les  barrages  pour  s'affran- 
chir de  la  surabondance  des  eaux,  nous  constaterons  que 


(1)  Voir  la  remarque  f. 

(2)  Voir  note  g. 

(3)  Voir  note  h. 
(■4)  Voir  noie  I. 


—  207  — 

leur  système  d'assèchement  du  sol  est  imité  et  appliqué 
de  toutes  parts.  Le  Betuwe,  supérieur  et  inférieur,  le  Tie- 
lerwaard,  VAl-plas  et  le  Lâcha,  à  partir  du  Diepdyk,  et 
même  toute  la  partie  de  la  vieille  île  sous  Utrechl  et  sous 
la  Hollande  méridionale,  dans  toutes  les  directions,  nous 
montrent  des  canaux  ou  dérivations  qui  en  coupent  le  sol 
en  tous  sens,  des  digues,  des  barrages,  des  quais  qui  s'en- 
trecroisent à  la  surface  des  kopen.  Ces  kopen  ou  copen 
sont  des  terres  desséchées  surgies,  dans  toutes  les  direc- 
tions. Auparavant  ces  terres  se  trouvaient  sous  les  eaux 
ou  ne  présentaient  que  des  fonds  marécageux,  des  tour- 
bières ou  des  terres  putrides;  c'étaient  en  un  mol  des  lieux 
impropres  à  l'habitation  et  à  la  culture  (i). 


D.    BUDDINGH. 

{Pour  èlre  continué). 


(1)  Cfr.  remarque  k. 


—  208  — 


LA  PEINTURE  ET  LA  SCULPTURE  A  MALINES. 


PREMIERE  PARTIE. 


XiES    PEINTRES    IMA-LINOIS. 


III. 


lies  peintres  tlii  XV!"  siècle. 


Sommaire;  Les  Coxie.  —  G.  Beerincx.  —  Bol.  —  Crabbe.  —  Engelrams.  — 
Geldermans.  —  J.  Iloogenberg.  —  J.  de  Poinlere.  —  Snellinck.  —  Sle- 
vens.  —  Toeput.  —  Les  Valckenborgh.  —  F.  Verbeeck.  —  Les  Yinckboons. 
—  M.  Willems.  —  Les  peintres  secondaires. 


Les  Coxie. 

A  la  léte  des  nombreux  peinires  malinois  du  XVI*  siècle 
vient  se  placer  Michel  van  Cocxyen,  plus  généralement 
connu  sous  le  nom  de  Coxie.  Cet  artiste  peut  être  consi- 
déré comme  le  fondateur  de  sa  famille,  car  c'est  à  lui 
qu'elle  dut  toute  l'illuslralion  qu'elle  a  acquise  dans  la 
suite.  Cette  maison  se  divisa  de  bonne  heure  en  deux  ra- 
meaux distincts;  l'un  parvint,  en  Brabant,  à  une  position 
politique  et  nobiliaire  élevée,  qu'elle  maintint  jusqu'à  son 
extinction;  l'autre  hérita  du  grand  coloriste  le  sens  artis- 
tique qui  la  distingua  pendant  trois  siècles.  Nous  donnons 


^Sg;-ife*|Hai^ï«ïT-' 


©  R{]  1  Pi    (g  (0)  M  0 


—  209  — 

ci-joinl  un  lableau  généalogique,  qui  établit  les  relations 
de  parenté  qui  unissaient  les  divers  membres  de  cette  sou- 
che entre  eux. 

La  famille  van  Cocxyen  se  fixa  à  Malines  vers  les  der- 
nières années  du  XV"  siècle.  Les  registres  d'admission  à 
la  bourgeoisie  consignent  le  nom  du  premier  personnage 
de  ce  nom  qui  acquit  à  Malines  le  droit  de  cité;  c'est 
Guillaume  van  den  Coxyen,  alias  Zielsdung  : 

«  Willem  van  den  Coxyen,  alias  Zietsdung,  es  poerler. 
»  Testes  nec  plegios  indiguit. 
»  Scabini  :  Heelt  et  Adegheem. 
»  Actum  secunda  Junij  A"  M  CCCC  LXXV  (0-  » 

La  source  à  laquelle  nous  puisons  ce  document  néglige 
de  faire  mention  de  la  patrie  de  Guillaume;  nous  croyons 
néanmoins  qu'il  était  Flamand  d'origine  et  que  lors  de  son 
arrivée  dans  la  commune  malinoise,  on  l'inscrivit  sous  le 
nom  de  son  lieu  de  naissance,  n'y  ajoutant  que  subsidiai- 
rement  son  nom  propre,  Zietsdung  :  l'on  sait,  en  effet, 
que  vers  la  fin  du  XV^  siècle  se  trouvait  entre  l'Ecluse 
et  Rupelmonde  un  village  appelé  Coexyde  ou  bien  Coxie, 
Coxia  (2).  Dans  la  Flandre  occidentale,  on  retrouve  éga- 
lement des  localités  dont  la  dénomination  se  rapproche  de 
ce  mot. 

L'appelalion  de  Coxyen,  qui  serait  donc  devenue  patro- 
nymique à  Malines,  se  transforma  de  bonne  heure  en  celle 
de  Coxie  :  dès  le  vivant  même  de  Michel,  le  plus  grand 
peintre  de  cette  lignée,  on  trouve  celui-ci  désigné  Coxie, 
bien  que  dans  ses  signatures  il  continuât,  en  général,  à 
user  de  son  nom  tel  que  l'orthographiait  son  père.  Quant 
à  nous,  nous  nous  servirons  de  la  forme  Coxie,  qui  est  la 
plus  commune  et  la  plus  usitée;  les  autres  variations  qu'elle 


(1)  Registre  de  la.  poorterye.  Archives  de  Malines. 

(2)  WiLiEMS,  Mcngeiingcn  vun  luslorisch  vadcrlandschen  inhoud,  1855. 


—  210  — 

a  subies,  sont  tanlôl  van  Cocxyen,  van  Coxien,  lanlôl 
Coxiiis  (i)  el  même  Coxia;  les  auteurs  étrangers  en  ont 
fait  jusqu'à  Coxier  et  Cockier  (2)  ou  Cockisien  (s). 

Le  blason  de  celte  famille  était  d'argent  à  sept  billeltes 
de  gueules,  couchées  3,  5,  1;  au  chef  d'or  à  la  double 
aigle  éployée,  naissante  de  sable;  contrairement  à  la  des- 
cription que  Jean  de  Launay  donna  de  ces  armoiries, 
en  1685,  dans  une  généalogie  de  complaisance. 

Ce  fut  le  fils  de  Michel,  Raphaël  Coxie,  qui  donna  nais- 
sance aux  deux  branches  de  la  famille,  dont  l'une  marcha 
avec  succès  dans  la  carrière  des  arts  et  dont  l'autre  se 
voua  honorablement  à  l'étude  des  lois  et  à  la  magistrature; 
l'un  des  membres  de  celle  dernière  remplit  le  poste  élevé 
de  chef-président  du  conseil  privé.  Malheureusement  ces 
juristes  et  ces  magistrats  perdirent  complètement  le  senti- 
ment artistique  auquel  ils  étaient  redevables  de  l'élévation 
de  leur  maison  et  qui  ne  cessait  de  maintenir  la  renommée 
d'une  ligne  collatérale  de  leur  race  :  chose  étrange,  ce  fui 
sur  la  proposition  de  Corneille  de  Coxie,  trésorier  de  Ma- 
lines,  que  le  Magistrat  résolut  le  7  décembre  1671,  de 
supprimer  les  fonctions  de  peintre  de  la  ville,  charge  de- 
venue vacante  par  le  décès  de  Georges  Biset  (4). 

Nous  poursuivrons  seulement  l'élude  de  la  branche  des 
peintres  Coxie;  nous  réunirons  ainsi  sous  le  litre  de  ce 
nom,  les  biographies  de  lous  les  personnages  qui  manièrent 
le  pinceau  et  la  palette. 


(1)  C.  Seffen  (C.  Neeffs  du  Trien),  art.   Coxie.  Vlaamsche  schoot^  2«  jaar. 
-  F.  V.  GoETHALS,  Lectures  relatives  à  Vhistoire  des  arts,  sciences^  t.  III. 

(2)  Lanzi,  Histoire  de  la  peinture  en  Italie. 

(3)  Vasari. 

(4)  Résolutions  du  Magistrat  de  Malines.  Archives  de  la  ville. 


2  H; 


I  1 .  Michel  Coxie  I,  le  Vieux,  et  Michel  Coxie  II,  le  Jeune, 

Vers  la  fin  du  XV'=  siècle  vivait  à  Malines  un  peintre 
dont  nous  oe  pourrions  apprécier  la  valeur,  à  défaut  de 
renseignements;  son  nom  était  Michel  van  Cocxyen;  il  eut 
un  fils  qui  reçut  au  baptême  le  nom  de  son  auteur  et  qui 
vit  le  jour  dans  celte  même  ville  en  U^9. 

Ce  premier  Michel  était,  d'après  M-"  A.  Michiels,  un 
assez  bon  peintre,  estimé  de  la  régente  et  des  seigneurs  de 
la  cour;  il  avait  même  travaillé  sous  la  direction  de  Ra- 
phaël (i).  Cet  historien  assure  que  l'artiste  en  question 
était  noble  de  race  :  détail  erroné,  dû  à  l'imagination  du 
roi  d'armes,  Jean  de  Launay;  les  lettres-patentes  de  no- 
blesse ne  furent  conférées  aux  Coxie  que  postérieurement 
par  le  roi  d'Espagne. 

La  date  de  naissance  de  notre  peintre  principal,  qui  est 
Michel  II,  est  différemment  rapportée  :  Van  Mander  la  place 
en  1497;  d'autres  disent  qu'il  vint  au  monde  en  1500. 

Ce  point  est  péremptoirement  tranché  par  l'artiste  lui- 
même,  qui  donne  de  son  âge  un  triple  témoignage;  d'abord 
sur  deux  de  ces  œuvres,  conservées  dans  l'église  métropo- 
litaine de  Saint-Rombaut.  On  lit  sur  l'une,  le  Martyre  de 
saint  Georges  : 

MICHAëL  VAN  COXCIEN   PICTO   REGS 
ME    FECIT.   ANN.   1588. 
yETATIS  SUyE   89. 

Sur  l'autre,  le  triptyque  de  saint  Sébastien  : 

MICHAëL   D.  COXCIEN   FICTOR    REG. 
FECIT   ANNO   1587. 

/ETAT,  su.t;  88. 


(t)  Histoire  de  la  pcinlure  flamande,  t.  V,  2«  édition. 


—  212  — 

Le  tableau  de  suint  Sébastien,  qui  esl  au  Musée  d'An- 
vers, révèle  également  que  son  auteur  avait  soixante-seize 
ans  en  137d. 

Les  premières  notions  de  Tari,  dans  lequel  Coxie  devait 
trouver  sa  célébrité,  lui  furent  données  dans  l'atelier  pa- 
ternel; après  avoir  profité  de  ces  enseignements  prélimi- 
naires, le  jeune  homme  quitta  Malines  et  vint  se  mettre, 
à  Bruxelles,  sous  la  direction  de  Bernard  van  Orley  :  il 
saisit,  dit-on,  si  bien  le  style  et  la  manière  de  son  maître, 
qu'un  tableau  de  l'élève  fut  offert  à  l'archiduc  Mathias  sous 
le  nom  de  maître  Bernard. 

Coxie  était  contemporain  de  la  Renaissance,  période  où 
tous  les  yeux  étaient  tournés  vers  l'Italie,  la  patrie  de  la 
révolution  artistique  qui  venait  renverser  la  vieille  École. 
Il  suivit  le  courant,  et  prit  le  chemin  de  «  la  terre  classique 
des  arts  » .  Certains  auteurs  affirment  que  Michel  arriva  à 
temps  pour  profiter  encore  des  leçons  de  Raphaël;  nous 
avons  vu  que,  d'après  M.  Michiels,  ce  fut  le  père  de  Michel 
qui  travailla  sous  les  ordres  de  Raphaël;  mais  nous  ignorons 
la  preuve  de  cette  assertion.  D'autres  écrivains,  parmi  les- 
quels Burtin  (i),  rejettent  l'existence  de  toute  relation  per- 
sonnelle entre  Coxie  et  Sanzio,  alléguant  que  lorsque  ce 
dernier  mourut  (1520),  le  premier  n'aurait  eu  que  vingt- 
et-un  ans.  Cette  conclusion  n'a  rien  de  décisif  pour  nous; 
mais,  peu  importe,  que  Coxie  ait  connu  ou  non  le  chef  de 
l'Ecole  italienne,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  l'influence 
du  maître  d'Urbino  se  fait  sentir,  à  chaque  instant,  dans 
ses  productions.  Il  semble  généralement  admis  par  les  his- 
toriens que  le  maître  malinois  exécuta,  sous  la  direction  de 
Sanzio,  plusieurs  œuvres  dans  l'église  de  Sainte-Marie  dell' 
Anima,  à  Rome,  et  qu'il  surveilla  avec  Bernard  van  Orley 
l'exécution  des  tapisseries  du  Vatican,  faites  d'après  les  car- 
Ci)  Traité  théorique  et  pratique. 


—  213  — 

Ions  de  Raphaël.  Le  cardinal  van  Enckevoorl,  n'obtenant 
point  les  peintures  qu'il  avait  commandées  dans  ce  temple 
à  Sébastien  de  Venise,  les  confia  encore  à  Michel  Coxie. 

Pendant  son  séjour  à  Rome,  dit  le  peintre-biographe 
E.  J.  Smeyers,  Coxie  peignit  en  fresque,  à  l'ancienne  ba- 
silique de  Saint-Pierre,  V Ascension  du  Christ,  œuvre  qui 
établit  solidement  sa  renommée;  selon  van  Mander,  le  sujet 
de  cette  peinture  murale  aurait  été  la  Résurrection. 

Parmi  les  autres  productions  que  l'artiste  laissa  dans  la 
capitale  du  monde  catholique,  nous  citerons  un  portrait  de 
son  protecteur,  le  cardinal  van  Enckevoort,  à  l'église  Dell' 
Anima  (i).  Nous  avons  rencontré  au  couvent  des  Sœurs- 
noires,  à  Malines,  un  portrait  de  ce  prélat,  et  nous  n'hési- 
tons guère  à  l'attribuer  au  pinceau  du  même  coloriste  (2). 

Dans  l'église  allemande  de  Sainte-Marie  del  Pace  et 
dans  d'antres  temples  on  possédait,  toujours  d'après  Karel 
van  Mander,  des  études  de  Coxie. 

Le  même  auteur  écrit  qu'à  son  retour  en  Belgique, 
Michel  revint  accompagné  d'une  épouse,  jeune  Italienne  à 
laquelle  il  s'était  marié  à  Rome.  «  Maitresse-femme  »  qui 
contribua  puissamment  par  ses  conseils  à  encourager  les 
travaux  de  son  mari  et  à  le  maintenir  dans  la  bonne  voie 
dans  laquelle  il  s'engageait;  de  cette  manière,  elle  eut  une 
large  part  dans  l'illustration  qui  entoure  le  nom  de  Coxie. 

Il  serait  difficile  de  déterminer  exactement  la  date  à 
laquelle  Coxie  revint  dans  sa  ville  natale.  Vasari  le  ren- 
contra encore  dans  la  ville  éternelle  en  1552,  où  il  peignait 
en  trente-deux  morceaux  VHistoire  de  Psyché  et  VÊpisode 
du  serpent  d'airain;  ce  n'est  que  le  11  novembre  1539 
qu'il  fut  immatriculé  dans  la  gilde  de  S'-Luc,  à  Malines. 


(1)  Ce  tableau  existe  encore  dans  celle  église.  V.  Gailiaro,  Epilaplus  des 
Néerlandais  enterres  à  Rome,  p.  15. 

(2)  Ce  porlrail  est  la  propriété  de  M.  le  chanoine  Sclioeffer. 


—  214  — 

La  question  de  son  union  avec  une  jeune  Italienne,  nous 
parait  douteuse.  Nous  constatons,  archives  en  mains,  que 
Coxie  eut  deux  femmes  :  la  première,  Ide  van  Hassell  ou, 
selon  la  prononciation  malinoise,  van  Hesselt;  la  seconde, 
Jeanne  van  Schelle.  Le  seul  moyen  de  concilier  la  décla- 
ration de  van  Mander  avec  les  documents  authentiques,  est 
de  supposer  que  la  «  jeune  Italienne  »  n'était  autre  qu'Ide 
van  Ilasselt,  fille  d'origine  flamande,  mais  qui  aurait  habité 
Rome  au  moment  de  sou  mariage  avec  son  compatriote. 
Ce  fait  n'aurait  rien  d'étrange,  car  il  est  hors  de  doute 
qu'il  y  avait  à  Malines  une  honorable  famille  bourgeoise 
du  nom  de  van  Hasselt,  alias  Smout;  qu'elle  était  contem- 
poraine de  Coxie,  et  que  certains  de  ses  membres  avaient 
cultivé  les  beaux-arts,  qu'ils  ont  peut-être  étudiés  à  Rome. 

Le  roi  d'armes  Jean  de  Launay  attribue  comme  pre- 
mière épouse  à  Michel,  une  Catherine  d'inceveit,  dont  il 
aurait  eu  Raphaël.  Aucune  preuve  historique  ne  confirme 
cette  alliance,  ni  même  l'existence  de  cette  personne;  tandis 
qu'il  est  avéré  que  Raphaël  est  le  fils  d'Ide  van  Hasselt. 

Ide  van  Hasselt  mourut  en  1569,  dans  le  courant  de 
l'été.  Peu  avant  son  trépas,  le  17  mai  1569,  elle  fit,  con- 
jointement avec  son  mari,  un  testament  devant  le  notaire 
Pierre  van  den  Ilove,  résidant  à  Malines  (i). 

Le  30  juillet  1569,  Michel  Coxie,  peintre  du  roi,  ratifia 
avec  sa  femme,  Jeanne  van  Schallen  (van  Schelle),  devant 
les  échevins  de  Malines  un  autre  testament,  qu'il  venait 
d'élaborer  en  compagnie  de  celle-ci  (2). 

Il  semble  résulter  des  deux  annotations  qui  précèdent, 
que  Coxie  ne  fut  guère  de  force  à  supporter  un  long  veu- 
vage et  qu'il  convola  en  secondes  noces  presqu'immédia- 


(1)  Arcliives  de  Malines,  Inventaire  des  papiers,  section  des  Beaux-Arts, 
art.  Peinture. 

(2)  Registres  aux  testaments,  vol.  XV,  a»  1565  à  1574.  Archives  de  Malines. 


—  215  — 

nienl  après  le  décès  d'Ide,  enlre  les  dales  du  17  mai  et 
du  30  juillet  loC9. 

Les  principales  dispositions  de  ce  premier  testament  se 
résument  en  trois  points  principaux  :  1"  Le  désir  que  ma- 
nifestent les  conjoints  d'être  enterres  dans  l'église  claustrale 
des  Augustins,  devant  l'autel  de  Saint-Augustin,  2°  Le  sur- 
vivant aura  la  jouissance  de  la  maison  située  rue  du  Brul. 
5°  Michel  abandonne  tous  ses  modèles  ou  études  de  peinture 
«  patrootien  »  à  ses  deux  fils,  Raphaël  et  Guillaume,  sans 
que  des  enfants  à  naître  d'un  lit  postérieur  puissent  jamais 
élever  des  prétentions  de  partage  au  sujet  de  ces  œuvres. 

L'acte,  que  nous  dépouillons,  cite  outre  ces  deux  garçons, 
une  fille  du  nom  d'Anne.  11  appelle  la  testatrice  «  Yda 
van  Hesselt.  » 

Anne  de  Coxie  s'occupa  de  sculpture. 

M-"  A.  Michiels  dit  que  le  15  juin  1573,  Coxie  prit  avec 
sa  femme  de  nouvelles  dispositions  testamentaires,  encore 
en  présence  de  maître  Pierre  van  den  Hove,  et  que  cette 
détermination  lui  avait  été  inspirée  par  la  frayeur  de  l'ap- 
proche des  Espagnols.  L'historien  de  l'Ecole  flamande  se 
trompe  sur  la  date  de  ce  document,  qui  est  du  25  juin> 
Guidés  par  cette  indication,  nous  nous  sommes  mis  à  la 
recherche  de  cette  pièce;  mais  malheureusement,  dans  le 
vaste  dépôt  des  archives  des  notaires,  reposant  au  greffe 
du  tribunal  de  Malines,  les  protocoles  de  van  den  Hove 
font  défaut.  Par  contre,  nous  avons  trouvé  dans  le  dossier 
des  minutes  du  notaire  Guidon  de  Iloudecoutre,  un  testa- 
ment de  Michel  et  de  Jeanne,  du  6  octobre  1579.  La  tes- 
tatrice y  est  appelée  Jeanne  van  der  Schelle.  Cet  acte  en 
lui-même  est  peu  important.  Il  y  est  dit  que  les  comparants 
sont  en  bonne  santé;  qu'ils  ratifient  le  testament  fait  par 
eux  devant  Pierre  van  den  Hove,  le  25  juin  1573,  et  ap- 
prouvé par  le  Magistrat  le  29  suivant.  Au  moment  de  la 
passation  de  l'acte  (1579),  ils  ont  deux  enfants,  un  fils  et 


—  216  — 

une  fille.  Michel  déclare  qu'il  a  par  rinlermédiairede  Pierre 
van  den  Hove,  liquidé  avec  ses  deux  enfants  du  premier 
lit,  le  9  février  1571.  Les  époux  conviennent  que  le  sur- 
vivant aura  la  tutelle  des  enfants,  avec  maître  Mathieu 
Reyns,  procureur.  Toutes  les  autres  clauses  se  rapportent 
à  des  stipulations  pécuniaires,  réglant  les  droits  des  enfants 
et  du  survivant.  Les  témoins  de  l'acte  étaient  Denis  Ser- 
neels,  serrurier,  et  Arnould  Maihys,  chaussetier;  il  fut 
enregistré  à  l'hôtel-de-ville  le  23  octobre,  par  les  échevins 
Schoolf  et  van  Wachtendonck. 

Nous  avons  aussi  découvert  l'existence  d'un  cinquième 
testament,  fait  par  le  ministère  du  notaire  Philippe  van  Rye. 
La  teneur  de  cette  pièce  nous  est  inconnue,  nous  ne  pou- 
vons que  constater  qu'elle  a  été  approuvée  par  l'échevin  de 
Gottignies,  le  o  octobre  1588  (i).  Les  protocoles  de  Philippe 
van  Rye  ne  sont  pas  au  greffe  de  Malines. 

La  terreur  qui,  d'après  M.  Michiels,  se  serait  emparée  de 
Coxie  aurait  été  bien  peu  justifiable,  car,  outre  que  Michel 
était  le  peintre  en  titre  du  roi  d'Espagne,  il  était  le  protégé 
du  gouvernement  de  S.  M.  catholique;  c'est  pour  ce  motif 
que  le  duc  d'Albe  adressa,  le  27  décembre  1570,  une  lettre 
autographe  au  Magistrat  de  Malines,  le  priant  de  libérer  le 
peintre  et  son  fils  Raphaël  des  logements  militaires.  Coxie 
n'eut  jamais  aucune  accointance  avec  les  propagateurs  des 
idées  nouvelles  du  XVl^  siècle;  il  ne  s'occupait  pas  des 
questions  politiques  et  religieuses  qui  divisaient  sa  patrie; 
il  ne  pouvait  donc  de  ce  chef  encourir  aucune  poursuite, 
ni  aucun  soupçon.  Notre  artiste,  au  contraire,  était  pieux, 
car  il  inscrivit  son  nom  et  celui  de  sa  seconde  femme  dans 
le  resistre  de  la  confrérie  de  Notre-Dame  d'IIanswyck  (2). 


(1)  Registres  aux  leslamenls.  Archives  de  Malines. 

(2)  Regislie  de  1522  à  1586.  On  y  lit  :  «  Meeslcr  Machiel  van  Cocxsyn, 
syn  huysvrouw  Jcnneken.  » 


—  217  — 

D'autres  actes  viennent  encore  jeter  le  jour  sur  les  opinions 
de  maître  Michel  :  telle  est  une  lettre,  datée  de  l'Escurial, 
d'après  laquelle,  le  1"  avril  1589,  le  duc  de  Panne  était 
chargé  de  la  part  du  roi  de  remettre  à  Coxie  une  somme 
de  deux  mille  cinq  cents  florins,  à  litre  d'indemnité  des 
pertes  qu'il  avait  suhies  pendant  la  guerre,  par  suite  des 
arrérages  de  quelques  rentes  qu'il  avait  sur  le  domaine  (i). 
Entre  les  années  1564  et  1570,  Michel  Coxie  fit  un  legs 
pour  le  repos  de  son  âme,  au  serment  des  arquebusiers, 
dont  il  était  un  des  membres.  Celte  fondation  est  écrite  de 
sa  main  propre  dans  le  registre  spécial  de  cette  gilde. 

«  Ick  Machiel  van  Coxyen  maecke  de  guide  van  de  Cal- 

»  vieneres  de  somme  van  een  zieijaer  van  VII  (?)  ghildcn 

»  nae  myn  doeel  /  endc  by  al  so  dat  aie  dede  —  so  sait  myn 

»  sone  geven  Ravel  ter  eeren  van  myn  siclen  /  biet  voer 

»  de  ziele.  / 

»  Machiel  van  Coxcyen  (a).  » 

Le  registre,  dont  il  s'agit,  et  celui  de  la  confrérie  d'Hars- 
wyck,  nous  appartiennent. 

Nous  avons  vu  que  Coxie  épousa  en  secondes  noces 
Jeanne  van  Schelle;  cette  femme  se  remaria  avec  Philippe 
van  de  Rye,  amman  de  Malines, avant  le  27  octobre  1 604  (3). 
Dans  la  suite,  nous  la  retrouvons,  dans  un  acte  de  la  cham- 
bre pupillaire  du  13  mars  1607,  comme  unie  malrimonia- 
lement  à  M^  Antoine  Reyns. 

Elle  eut  du  premier  lit  deux  fils,  Michel  et  Conrad  Coxie. 

Jeanne  van  Schelle  était  noble  de  naissance;  cette  qualité 
est  prouvée  par  un  acte  passé  entre  celle-ci  et  Raphaël,  le 
fils  de  son  premier  mariage. 


(1)  A.  PiNciur.T,  Archives  des  Lettres  et  des  Arts,  l.  II,  p.  320. 

(2)  Nous  ne  reproduirons  point  celle  signature,  dont  la  calligraphie  se 
rapproche  de  celle  donnée  par  M.  PiNCHiRT,  l.  Il,  p.  8,  n"  50,  ouvrage  cité. 

(3)  Adhérilances  de  Malines;  chambre  pupillaire,  même  date. 


-  ^2!8  — 

Dans  celle  pièce,  Jeanne  est  inlilulée  damoiselle  «  eer- 
bacre  Jonckvrouw,  »  tandis  qu'Ide  van  Hasselt  y  est  qualifiée 
de  «  jouffrouw,  »  seule  désignation  honorifique  à  laquelle 
les  femmes  de  la  bourgeoisie  pussent  aspirer. 

D'après  cette  pièce,  qui  nous  appartient,  Michel  Coxie 
mourut  dans  sa  ville  natale,  le  10  mars  lo92. 

Ayant  été  appelé  à  Anvers  pour  y  décorer  rhôlel-de- 
ville  d'une  œuvre  originale  selon  les  uns,  selon  d'autres 
pour  travailler  à  la  restauration  du  Jugement  de  Salo- 
mon,  pendant  qu'il  vaquait  à  sa  besogne,  Coxie  fit  un 
(aux  pas  et  tomba  de  l'échafaudage  sur  lequel  il  se  trou- 
vait. Il  fut  transporté  à  iMalines  et  y  rendit  l'àme  peu  de 
temps  après. 

Le  nom  du  défunt  ne  se  retrouve  point  dans  l'obituaire 
de  Saint-Rombaut,  paroisse  dont  dépendait  Coxie  :  il  faut 
attribuer  celte  omission  à  la  lacune  des  dernières  années 
du  XVI*  siècle,  qui  existe  dans  la  série  des  registres  aux 
décès  de  cette  église. 

Michel  Coxie  eut  de  sa  première  union  deux  fils  et  une 
fille,  Guillaume,  Michel  et  Anne  {2);  avec  la  seconde,  il  pro- 
créa encore  deux  enfants  du  sexe  masculin  :  Michel  et 
Conrad  (2)  et  une  fille  dont  le  prénom  nous  est  inconnu  (3). 

Conrad  Coxie  contracta  de  si  nombreuses  dettes,  qu'il 
(lut  chercher  un  refuge  en  Hollande;  une  grande  quantité 
de  pièces  attestent  ce  trisle  état  financier  du  fils  de  Michel; 
nous  citerons  notamment  une  plainte  du  21  juin  1619, 
émanée  de  Jean  de  Grauw,  qui  réclame  du  fugitif  une 
somme  de  49  florins  9  sous  pour  draps  livrés  à  celui-ci. 

Une  curieuse  transaction  fut  passée,  après  la  mort  du 
peintre,  entre  sa  veuve  et  entre  Raphaël,  représentant  les 
enfants  issus  de  son  premier  mariage.  En  sa  qualité  d'hé- 


(1)  Registre  aux  adliérilances  de  Malines,  a»  1593. 

(2)  Chambre  pupillaire;  registre  1601-iG08. 

(3)  Testament  du  G  octobre  1379. 


—  219  — 

rilier,  Rapliaël  pria  sa  belle-mère  de  renoncer  à  la  demeure 
conjugale,  qu'elle  avait  occupée  avec  Michel  dans  la  rue 
du  BruI,  en  conséquence  des  clauses  lestamenlaires  du 
17  mai  1S69.  La  veuve  consenlit  sans  peine  à  admettre 
les  droits  de  ses  beaux-enfants;  toutefois  Raphaël  lui  per- 
mit d'y  séjourner  jusqu'à  la  Saint- Jean  prochaine  et  même 
d'y  continuer  sa  résidence,  sous  la  condition  de  prendre 
dès  lors  la  maison  à  bail,  à  raison  de  60  florins  rhénans 
par  an;  mais  Jeanne  van  Schelle,  qui  s'était  pourvue  d'une 
autre  demeure,  nommée  la  Plume  d'or,  ne  voulut  point 
accepter  cette  olfre. 

Déjà,  est-il  dit  dans  cet  acte,  depuis  douze  ou  treize 
années  Raphaël  possédait,  à  Bruxelles,  un  grand  nombre 
d'études  de  feu  son  père,  parmi  lesquelles  il  y  en  avait  de 
certaine  importance;  il  en  avait  aussi  donné  quelques-unes 
à  son  frère  consanguin,  Michel. 

Telles  sont,  à  part  quelques  stipulations  d'intérêt,  les 
principaux  points  de  cet  accord. 

L'habitation  de  Michel  Coxie  était  située  dans  la  rue  du 
BruI,  vis-à-vis  de  la  ruelle  dite  Korte  Wyngaert  slraet  et 
près  de  la  rue  des  Lièvres,  à  l'endroit  où  habile  actuelle- 
ment le  comte  de  Bergeyck.  Dans  cette  maison,  le  maître 
avait  une  collection  précieuse  d'œuvres  d'art,  tant  de  sa 
main  que  de  peintres  étrangers.  Sa  fortune  était  considé- 
rable, consistant  en  partie  en  propriétés  immobilières,  en 
partie  en  rentes  et  en  meubles  de  prix;  néanmoins  van 
Mander  exagère  cette  position  quand  il  raconte  que  Coxie 
avait  à  Malines  trois  palais. 

Ce  fut  en  1559  que  notre  artiste  fit  l'acquisition  de  cette 
demeure  à  Malines,  antérieurement  il  habitait  Bruxelles. 

Maître  Michel,  dès  son  retour  dans  sa  ville  natale,  avait 
commencé  à  y  appliquer  ses  capitaux  :  le  4  avril  1559 
il  acheta  une  rente  sur  l'hôtel  Schooff,  au  Marché  aux  Lai- 
nes; le  13  suivant,  il  en  acheta  une  autre  sur  l'hôtel  de 


—   220  — 

Philippe  van  der  Aa,  édifice  qui  était  connu  sous  le  nom 
de  «  Hof  van  Sdœplaken  »  (i). 

Nous  conservons  une  requête  originale,  adressée  à  l'au- 
torité malinoise  par  Laurent  de  Bricquegny,  dans  laquelle 
nous  puisons  ces  renseignements  : 

Le  3  juin  1559,  Bricquegny  avait  échangé  sa  maison, 
rue  du  BruI,  à  Malines,  avec  celle  que  Coxie  avait  en  pro- 
priété à  Bruxelles  :  le  peintre  suppléa  660  florins  du  Rhin, 
à  20  sous  chacun,  pour  parfaire  le  marché.  La  façade  du 
bâtiment  de  Malines  venait  d'être  arrangée  par  son  pro- 
priétaire, dépense  qui  lui  avait  coûté  1400  florins  de  la 
même  monnaie. 

A  l'occasion  de  cette  vente,  messire  de  Bricquegny  de- 
manda au  Magistrat  d'être  affranchi  du  droit  d'issue,  auquel 
il  était  légalement  soumis:  à  cet  effet,  il  fit  ressortir  dans 
sa  lettre  les  avantages  que  la  cité  retirerait  de  l'arrivée  dans 
son  sein  d'un  aussi  excellent  maître  que  Michel,  qui  ne 
manquerait  pas  d'attirer  en  ville  de  nombreux  artistes  et 
des  marchands  de  tableaux.  Le  talent  de  Coxie  était,  du 
reste,  tellement  en  considération  à  Bruxelles,  ajoute  le 
requérant,  que  la  ville  le  favorisait  d'une  gratification  an- 
nuelle de  50  florins  du  Rhin, 

La  régence  abonda  dans  le  sens  de  la  requête  et  l'ac- 
cueillit le  5  juin  suivant. 

Coxie,  allant  habiter  Bruxelles,  avait-il  donné  sa  démis- 
sion de  la  gilde  malinoise  de  Saint-Luc,  dans  laquelle  il 
avait  été  immatriculé  en  1539?  Nous  avons  tout  lieu  de  le 
croire;  car  en  1561,  un  Michel,  fils  de  Michel  Coxie,  fut 
inscrit  dans  la  jurande.  Or,  cet  artiste  ne  peut  être  que 
celui  dont  nous  nous  occupons,  puisque  son  fils  Michel, 
le  seul  de  ces  nom  et  prénom,  était  encore  en  bas-âge. 

Michel  Coxie  était  artiste  dans  l'âme;  était-il  un  instant 

(1)  Registres  aux  adhérilances  de  Malines. 


—  221   — 

désœuvré,  aussitôt  il  saisissait  la  craie  ou  le  charbon  pour 
ébaucher  un  croquis  sur  le  premier  objet  qui  lui  tombait 
sous  la  main,  et  même,  à  défaut  d'autre  chose,  il  dessinait 
sur  les  murailles.  Il  était  d'un  commerce  agréable,  son  es- 
prit était  vif  et  sa  réponse  prompte  et  facile,  parfois  mor- 
dante, particulièrement  dans  ses  moments  d'ébriété.  Van 
IMander  rapporte  à  ce  sujet  qu'un  jeune  artiste,  revenant 
d'Italie,  soumit  à  Coxie  les  éludes  qu'il  avait  faites  et  lui 
dit  que  ses  épaules  étaient  encore  endolories  du  poids  de 
celle  charge  qu'il  avait  traînée  si  longtemps  avec  lui.  Coxie 
se  prit  à  rire  et  lui  répliqua  :  Pourquoi  porter  cela  sur  les 
épaules?  que  ne  le  porlais-lu  devant  toi? 

Le  jeune  homme  comprit  qu'il  lui  fallait  avoir  son  bagage 
dans  la  léle. 

Bien  que  le  peintre  eût  son  siège  principal  à  Malines,  il 
n'en  parcourut  pas  moins  diverses  villes  du  pays.  De  15b7 
à  1[)o9,  pendant  qu'il  avait  une  maison  ouverte  à  Bruxelles, 
il  travaillait  à  Gand  à  la  reproduction  de  l'Agneau  pascal 
de  van  Ëyck;  en  1578,  il  fut  mis  à  Anvers  au  nombre  des 
souscripteurs  à  la  caisse  de  secours  de  la  gilde  de  Saint-Luc; 
en  1584,  il  y  occupait,  en  qualité  de  locataire,  une  maison 
appartenant  à  l'abbaye  de  Saint-Michel  (i). 

Le  talent  remarquable  de  Coxie  s'était  fait  jour  lorsqu'il 
rentra  dans  sa  patrie.  Charles-Quint  fut  le  premier  à  l'ap- 
précier; après  lui,  son  fils  Philippe  II  lui  octroya  le  titre 
de  peintre  royal;  de  son  côté,  François  I",  roi  de  France, 
fit  à  l'artiste  les  plus  flatteuses  ouvertures  pour  l'attirer  au 
Louvre,  afin  que  par  son  exemple  et  par  son  influence,  il 
introduisit  le  goût  de  la  peinture  dans  le  royaume,  pour 
lequel  le  monarque  rêvait  une  école  nationale. 

Il  décora  les  murs  et  les  cheminées  du  château  de  Bin- 
che  pour  compte  de  l'empereur  Charles-Quint.  Cette  rési- 

(f)  RoMBAUTS  el  Van  Lerius,  Le  liggere  d'Anvers. 


000 


deiice  fut  brûlée  par  les  Français  eu  1552,  sous  Henri  IL 

Charles-Quinl  avait  une  haute  opinion  du  savoir-faire  de 
Coxie,  puisqu'il  emporta  dans  sa  retraite  de  Saint-Yuste 
quatre  morceaux  du  maître,  dont  les  sujets  étaient  :  \°  Jésus 
allant  au  calvaire;  2"  Le  Sauveur  en  croix  (diptyque);  5"  La 
sainte  Vierge;  4°  La  sainte  Vierge  rencontrant  Jésus,  qui 
marchait  au  supplice. 

Ce  n'était  pas  une  admiration  de  faveur  que  les  princes 
accordaient  à  un  peintre  protégé  ou  privilégié  ,  car  les 
artistes  eux-mêmes  partagèrent  à  cet  égard  les  sentiments 
de  leurs  gouvernants,  lorsque  la  corporation  de  Saint-Luc 
d'Anvers  présenta  à  l'archiduc  Mathias  une  peinture  du 
maître  malinois,  faite  d'après  Bernard  van  Orley. 

Le  même  archiduc  prit  en  1580,  comme  butin,  les  volets 
que  Coxie  avait  exécutés  pour  l'autel  du  métier  des  peintres 
à  Malines  (i). 

D'après  tout  ce  que  nous  venons  de  dire,  l'on  voit  que 
Coxie  cultivait  tous  les  genres,  depuis  la  peinture  monu- 
mentale jusqu'à  la  peinture  de  chevalet;  ce  fut  toutefois 
cette  dernière  qui  l'occupa  spécialement. 

Les  tableaux  de  Coxie  sont  aussi  abondants  qu'ils  sont 
généralement  bien  soignés.  Les  œuvres  les  plus  remar- 
quables sont  celles  qu'il  produisit  vers  le  milieu  de  sa 
carrière.  Dans  le  principe  il  s'attacha  à  imiter  la  manière 
de  Raphaël,  sans  en  comprendre  le  genre;  aussi  n'est-ce 
qu'avec  une  extrême  réserve,  dit  M""  G.  F.Waagen,  qu'il 
faut  accepter  le  surnom  qui  lui  avait  été  décerné  de  Raphaël 
flamand  (a);  vers  la  fin  de  sa  vie,  sa  touche  devint  molle 
et  froide. 

L'influence  d'une  patrie  autre  que  celle  de  Sanzio,  fil 
que  dans  ses  peintures,  Coxie  n'eut   point  la  grâce  et  la 


(1)  Voir  la  gilde  de  Sainl-Luc,  p.  19. 

(2;  Manuel  de  ihisloire  de  la  peinture,  t.  II,  ji.  137. 


—  225  — 

Iransparence  des  couleurs  du  maître  d'Urbino;  cepcndaiil, 
de  lemps  à  autre,  comme  dans  le  tableau  qui  est  conservé 
à  rhôtel-de-ville  de  Louvain,  il  se  rapproche  davantage  des 
qualités  distinctives  de  l'artiste  italien  qu'il  s'attachait  à 
imiter.  Celte  œuvre  a  un  caractère  si  raphaëlique  qu'elle 
perd  son  originalité,  sauf  dans  les  portraits  qui  ornent  le 
triplyque. 

La  plupart  de  ses  compositions  se  distinguent  par  le 
velouté,  l'éclat  et  la  vigueur  des  tons,  et,  malgré  ces  con- 
ditions qui  sembleraient  devoir  entraîner  la  vie  et  l'anima- 
tion, on  peut  souvent  reprocher  aux  productions  de  Coxie 
d'être  froides  et  immobiles.  Quant  à  son  dessin,  il  ne  reste 
point  en-dessous  de  celui  des  meilleurs  morceaux  de  son 
temps;  nous  ne  partagerons  donc  point  l'opinion  de  M"" 
Waagen,  qui  trouve  que  les  attitudes  des  personnages  sont 
dépourvues  de  naturel  et  qu'il  y  a  exagération  dans  l'in- 
dication des  muscles.  Si  cette  remarque  est  fondée  dans 
un  cas,  on  ne  peut  certainement  pas  l'appliquer  en  thèse 
générale. 

Dans  ses  débuts,  le  peintre  malinois  manquait  d'initia- 
tive et  il  se  défiait  de  ses  forces;  c'est  alors  particulièrement 
qu'il  se  laissa  entraîner  à  prendre  le  chef  de  l'école  ita- 
lienne comme  modèle  exclusif  et  qu'il  pratiquait  servile- 
ment dans  sa  manière,  lui  empruntant  jusqu'à  l'ordonnance 
de  ses  tableaux.  Mais  Coxie  fut  corrigé  de  son  défaut  lorsque 
Jérôme  Kock  publia  les  œuvres  de  Raphaël  dans  lesquelles 
notre  artiste  avait  abusivement  puisé.  Cette  manie  d'imi- 
tation avait  particulièrement  percé  dans  un  tableau  exposé 
à  Bruxelles  et  figurant  ta  Mort  de  la  sainte  Vierge.  Le  bio- 
graphe van  Mander  se  hâte  d'ajouter  l'excuse  à  l'accusation, 
lorsqu'il  avoue  que  si  tout  plagiat  artistique  se  faisait  aussi 
ingénieusement,  il  serait  à  souhaiter  que  tous  les  peintres 
suivissent  Michel  dans  son  système. 

Coxie  lui-même  ne  tarda  pas  à  venger  victorieusement 


224  

sa  rêpulalion,  compromise  par  son  excès  de  modestie  et 
de  limidilé,  en  meltant  au  jour  une  série  de  Irenle-deux 
compositions,  relatives  à  VHisloire  de  Psyché,  sujet  que 
Raphaël  avait  traité  et  que  le  peintre  flamand  reprit,  pour 
prouver  aux  amateurs  qu'il  savait  entreprendre  une  œuvre 
sans  devoir  recourir  à  d'autres  maîtres.  Ces  dessins  ont 
été  reproduits  par  de  Marc,  de  Venise. 

Les  premières  œuvres  connues  de  Coxie  sont  les  pein- 
tures dont  il  décora  Téglise  dell'  Anima  à  Rome;  elles  sont 
sans  importance,  au  témoignage  de  M.  Waagen. 

En  Belgique,  il  fut  chargé  d'abord  de  peindre  en  1552, 
pour  i'hôlel-de-ville  de  Bruxelles,  le  Jugement  de  Salomon. 
Plus  tard,  il  composa  les  cartons  des  tapisseries  destinées 
à  l'ameublement  du  palais  de  l'Escurial,  dont  les  fonde- 
ments furent  jetés  en  1oo7.  Entre  autres  sujets,  on  dé- 
couvrait dans  ses  patrons  YHistoire  de  Cadmus. 

Ce  travail  ayant  réussi  pleinement,  le  roi  d'Espagne  en 
fut  tellement  charmé  qu'il  confia  à  Michel  Coxie  la  copie 
de  l'Agneau  mystique  de  van  Eyck,  œuvre  merveilleuse 
dont  Philippe  II  voulait  avoir  une  reproduction  digne,  à 
défaut  de  l'original  qui  reposait  dans  l'église  de  Saint- 
Bavon,  à  Gand. 

L'importante  mission  dont  le  souverain  chargea  l'artiste 
malinois,  est  le  plus  beau  gage  d'admiration  auquel  son 
talent  put  aspirer.  C'est  la  mise  en  parallèle  du  plus  grand 
peintre  flamand  du  moyen  âge  avec  le  pinceau  le  plus  ha- 
bile que  le  monarque  connût  dans  ses  vastes  états.  Cette 
lâche,  commencée  par  Coxie  en  15S7,  l'occupa  jusqu'en 
15;i9  («)•  Il  s'en  acquitta,  dit  van  Mander,  à  la  grande 
satisfaction  de  son  royal  commettant,  bien  que  par-ci, 
par-là  le  coloriste  eût  introduit  quelques  légers  change- 
ments dans  sa  copie. 

(1)  L.  GiJicciARDiNi,  Description  de  tout  le  Pays-Bas,  Anvers,  Silvius,  1567. 


—  225  — 

Cel  ouvrage  fui  payé  par  le  prince  deux  mille  ducals, 
outre  le  prix  conveuu  et  malgré  que  la  cour  avait  pris  sur 
elle  les  frais  des  couleurs  et  autres  dépenses  nécessaires  à 
l'exécution.  Van  Mander  ajoute  que  rien  ne  fut  épargné 
pour  procurer  à  l'artiste  toutes  les  facilités  dont  il  avait 
besoin  pour  cette  grande  entreprise  :  ainsi,  ne  trouvant 
point  dans  les  Pays-Bas  de  ton  bleu  assez  fin,  ni  assez 
pur,  on  fil  demander  de  l'azur  naturel  au  Titien,  à  Venise. 

Cette  grande  et  magnifique  composition  est  malheureu- 
reusemenl  séparée  aujourd'hui  et  répandue  dans  divers 
dépôts  publics  de  l'Europe.  Les  panneaux  de  la  Sainte 
Vierge  et  de  Saint  Jean  sont  la  propriété  de  la  Bavière. 
La  Prusse  possède  Dieu  le  Père  et  le  panneau  principal, 
qui  forme  avec  les  six  volets  originaux  un  ensemble.  La 
Belgique  acheta  à  la  vente  de  Guillaume  II,  roi  des  Pays- 
Bas,  les  pièces  qui  pouvaient  remplacer  les  originaux  man- 
quant à  Gand.  Les  tableaux  iVAdam  et  d'Eve  sont  perdus. 

L'œuvre  esl  signée  :  Michael  d.  Coxyen  me  fecit.  a°  1 559. 

L'ensemble  de  ces  peintures  coûta  au  roi  d'Espagne 
quatre  mille  ducats,  somme  plus  forte,  font  remarquer 
MM.  J.  Crowe  et  G.  Cavalcaselle,  que  celle  que  produisit 
l'original  (i). 

Selon  van  Mander,  le  chef-d'œuvre  de  Coxie  aurait  été 
un  tableau,  le  Christ  en  croix,  entre  les  deux  larrons,  qui 
ornait  l'église  de  Notre-Dame  à  Alsemberg,  près  de  Bruxel- 
les. Cette  production  était  si  remarquable  que  les  peintres 
de  celte  dernière  ville  y  venaient  en  foule  pour  l'étudier. 
Pendant  les  troubles  religieux,  cel  intéressant  morceau  fut 
vendu  à  un  brocanteur  bruxellois,  Thomas  Werry,  auquel 
le  cardinal  de  Granvelle  l'acheta  pour  compte  de  Philippe  IL 
Nous  supposons  qu'il  s'agit  de  ce  panneau,  quand  E.  J. 
Smeyers  dit  que  le  cardinal  de  Granvelle  fit,  pour  deux 

(1)  Les  anciens  peintres  flamands,  Iraduclion  par  G.  Delepierke. 


—  226  — 

mille  florins  du  Rhin,  Tacquisition  d'un  tableau  de  la  Pas- 
sion du  Sauveur,  pièce  dont  l'écrivain  déplora  la  perle  au 
moment  où  il  rédigeait  la  biographie  de  Coxie.  M'  A.  Pin- 
chart  nous  a  remis  sur  les  traces  de  celte  composition  (i). 
—  Il  nons  apprend  que  «  Henri  de  Clerck  fit,  en  1623,  une 
»  copie,  haute  de  quinze  pieds  et  large  de  dix,  d'après  le 
»  Christ  eu  croix  entre  les  deux  larrons  de  Michel  van  Cox- 
»  cyen.  Ce  dernier  tableau  était  autrefois  placé  dans  l'église 
»de  Notre-Dame  à  Alsembergh,  près  de  Bruxelles,  et  fut, 
»  au  dire  du  biographe  C.  van  Mander,  acheté  pour  le 
«compte  de  Philippe  II,  vers  la  fin  du  XVI'=  siècle,  après 
»  avoir  été  successivement  la  propriété  d'un  bourgeois  de 
»  Bruxelles  et  du  cardinal  de  Granvelle.  En  1623,  ce  ta- 
»  bleau  était  placé  dans  l'église  du  monastère  de  Sainl- 
»  Laurent  à  l'Escurial,  en  Espagne.  D'après  les  termes  de 
»  la  requête  adressée  à  l'Infante  Isabelle  par  les  marguilliers 
»de  la  chapelle  de  Saint-Josse-ten-Noode  lez-Bruxelles, 
»  afin  d'obtenir  un  subside  pour  payer  le  tableau  de  De 
»  Clerck,  qu'ils  destinaient  à  orner  le  maître-autel,  on  ne 
»  peut  douter  que  Henri  De  Clerck  n'ait  fait  cette  copie 
»  d'après  l'original.  » 

Un  autre  tableau  de  Michel  Coxie,  la  Mort  de  la  Sainte 
Vierge,  ornant  l'église  de  Sainte-Gudule  à  Bruxelles,  fut 
vendu  à  bas  prix,  d'après  van  Mander,  et  revendu  fort 
cher  en  Espagne;  il  est  aujourd'hui  au  Musée  de  Madrid. 

Coxie  travailla  beaucoup  pour  la  collégiale  de  Bruxelles; 
en  1592,  il  peignit  pour  ce  temple,  au  prix  de  800  florins, 
la  Vie  de  sainte  Gudule  (2).  Cette  dernière  œuvre  en  trois 
compartiments  porte  deux  épisodes  de  la  légende  de  la  sainte 
patronne,  la  troisième  partie  présente  une  procession  se 
dirigeant  vers  l'église  dédiée  à  cette  vierge.  Ces  tableaux 


(1)  Archives  des  Arls,  t.  II,  p.  177. 

(2)  Hislorische  samenspraecke  over  Mechelen,  p.  192,  ouvrage  anonyme 
Ju  XVI Ih  siècle. 


227  

sont  sans  action,  mous  et  d'une  faible  composition,  défauts 
pardonnables  à  un  artiste  presque  centenaire  quand  il 
acheva  ce  triptyque;  on  y  lit  :  M^  Michael  van  Coxie  pic- 

TOR  REGIVS  ME  FECIT  ANNO  SALVTIS  1592  ^TATIS  VERO  SU^  92. 

D'après  cette  inscription,  on  pourrait  croire  que  le  pein- 
tre naquit  en  loOO;  cette  différence  résulte  de  ce  qu  il  y 
apposa  son  âge  avant  le  jour  anniversaire  de  sa  naissance. 

Un  triptyque,  la  Cène,  décorait  autrefois  l'église  de  S'^- 
Gudule.  Le  panneau  central  mesure  S^jTd  de  hauteur,  sur 
2™, 45  de  largeur.  Les  vantaux  ont  la  même  élévation  et 
sont  larges  de  1  mètre.  Les  volets  portent  le  Lavement  des 
pieds  et  Jéstis  priant  sur  la  montagne  des  Oliviers.  Cette 
œuvre,  signée  Michel  D.  Coxcie,  figure  au  Musée  de  Bruxel- 
les. Le  catalogue  en  donne  une  description  détaillée. 

La  même  église  conserve  encore,  outre  une  Cène,  trip- 
tyque dont  l'agencement  rappelle  celle  qui  est  au  Musée, 
un  triptyque  de  la  vieillesse  de  Coxie  (1589);  au  milieu, 
on  voit  le  Sauveur  en  croix;  sur  les  portes,  la  Descente  de 
croix  et  le  Portement  de  croix.  Ces  morceaux  valurent  à 
leur  auteur  sept  cents  florins. 

Au  dernier  siècle,  on  trouvait  à  Sainte-Gudule  la  Résur- 
rection de  Lazare,  avec  volets.  —  «  C'est  une  composition 
»  médiocre,  car  Lazare  est  une  trop  petite  figure;  un  enfant 
»  qui  suit,  a  des  formes  qui  ne  conviennent  qu'à  un  homme 
»  de  quarante  ans  (i).  » 

L'inventaire  des  tableaux  de  Dusseldorff,  édité  en  1781, 
parle  d'une  composition  d'un  sujet  semblable  à  celui  qui 
précède.  Est-ce  la  même?  nous  l'ignorons.  Il  l'apprécie 
comme  une  œuvre  un  peu  froide,  mais  remarquable  par 
le  dessin  des  têtes  (2);  elle  mesurait  cinq  pieds  de  haut  sur 
cinq  de  large,  les  figures  étant  de  grandeur  naturelle. 


(1)  Descamps,  Voyage  piltoresque  de  la  Flandre  cl  du  Brabanl. 

(2)  Nicolas  de  Pigace,  Galerie  clecloralc  de  Dusseldorff',  n»  312. 


228  

Coxie  composa  pour  la  même  église  de  Sainle-Guclule 

■divers  carions  de  vitraux;  en  1542,  une  verrière  portant 

Catherine  d'Autriche  et  Jean  III  de  Portugal,  peinte  par 

Jean  Haeck.  L'artiste  reçut  pour  son  concours  70  florins. 

Eu  1547,  il  toucha  72  florins  pour  le  patron  de  la  fe- 
nêtre où  étaient  dépeints  par  le  même  artiste  que  ci-dessus 
Marie  et  Louis  II  de  Hongrie. 

Un  troisième  vitrail,  représentant  le  jeune  Philippe  II, 
exécuté  par  Haeck  sur  le  modèle  de  Coxie,  qui  fut  payé  de 
ce  chef  40  florins. 

En  1556,  Pelgrim  Roesen  peignit  une  verrière,  figurant 
Maximilien  et  la  princesse  iMarie,  fille  de  Charles-Quint, 
d'après  un  carton  de  maître  Michel.  Le  patron  mesurait 
161  pieds,  rétribués  à  5  sous  le  pied  (i). 

On  remarquait  encore  jadis  dans  le  même  endroit  un 
Ecce  liomo,  dans  l'autel  de  Saint-Nicolas;  Sainl  Jean  VÊvan- 
geliste,  dans  la  chapelle  dédiée  à  Saint-Rombaut. 

L'Histoire  des  environs  de  Bruxelles,  par  A.  Wauters, 
attribue  à  notre  peintre  un  tableau,  la  Descente  de  croix,  à 
Merchteu  (2). 

Le  Musée  national  de  Bruxelles  possède  la  Mort  de  la 
sainte  Vierge,  triptyque;  hauteur,  2™, 38;  largeur,  2™, 77, 
B.;  volets,  largeur,  1™,9. 

Les  volets  représentent  l'Assomption  et  la  Descente  du 
Saint  Esprit  dans  le  cénacle;  à  l'extérieur  sont  dépeints 
en  oraison  deux  personnages  de  la  maison  de  la  Tour  et 
Taxis. 

Celle  peinture,  dont  le  catalogue  (n"  164)  donne  une 
ample  description,  provient  de  l'église  du  Sablon. 

Le  Couronnement  d'épines,  hauteur,  1'°,93,  largeur, 
1'",44  (catalogue  n°  165),  provenant  de  l'église  de  Sainl- 
Gery. 

(1)  A.  Wactebs  et  A.  Heame,  Histoire  de  Bruxelles,  t.  III. 

(2)  T.  Il,  p.  90. 


229  

A  Anvers,  Coxie  a  fourni  le  tableau  du  Serment  de  l'arc 
à  Notre-Dame.  Ce  triptyque  est  au  Musée  de  la  ville.  Le 
sujet  principal  est  le  Martyre  de  saint  Sébastien,  signé  : 
MiCHiEL  D.  CoxcYEN.  ^TATis  svjE  FE.  76. 1575.  Lcs  vantaux 
portent  à  l'intérieur  chacun  un  Épisode  du  martyre  de  saint 
Georges;  sur  le  revers  de  l'un,  on  découvre  saint  Georges, 
sur  l'autre,  sainte  Marguerite  (i). 

Dans  cette  cathédrale  flgurait  aussi  le  Triomphe  du 
Christ,  actuellement  au  Musée  (2);  tableau  signé,  que  le 
critique  Descamps  trouvait,  à  son  goût,  trop  uniforme  de 
couleur, 

A  Malines,  Michel  Coxie  eut  l'honneur  de  peindre  les 
portes  du  tableau  de  Jean  de  Maubeuge,  qui  surmontait 
le  rétable  de  l'autel  de  Saint-Luc,  à  Sainl-Rombaut.  Les 
pièces  centrales  et  accessoires  furent  enlevées  par  l'archi- 
duc Mathias.  Nous  avons  vu  que  c'est  par  erreur  que  le 
panneau  du  milieu  a  été  attribué  à  Bernard  van  Orley  (3). 

Les  volets  représentaient,  l'un,  à  l'avers,  Saint  Jean 
dans  Vile  de  Pathmos,  à  l'envers.  Saint  Jean,  en  pied; 
l'autre,  d'un  côté.  Saint  Jean  dans  r huile,  de  l'autre, 
Saint  Luc,  en  pied. 

En  1592,  la  confrérie  de  Notre-Dame  de  Cambrai,  éta- 
blie dans  l'église  de  Noire-Dame  au-delà  de  la  Dyle,  com- 
manda à  Coxie  un  tableau  dont  le  sujet  nous  est  inconnu. 

Après  que  la  ville  de  Malines  se  fut  réconciliée  avec  le 
roi  d'Espagne,  l'administration  résolut,  en  mémoire  de  ce 
fait,  de  faire  peindre  par  le  peintre  royal,  Michel  Coxie, 
les  portraits  du  Magistrat  en  fonctions  à  celte  époque  mé- 
morable. Ce  tableau,  destiné  à  la  salle  de  réunion  de  l'é- 
chevinage,  coula  trois  cents  livres.  Jésus-Christ  crucifié 


(1)  Catalogue  du  Musée  d'Anvers,  n»^  <03,  104,  105,  106,  107. 

(2)  Idem,  n»  108. 

(3)  La  gilde  de  Saiul-Luc,  à  Malines,  p.  19. 


—  230  — 

occupait  le  milieu  de  la  composition;  à  ses  côtés  se  te- 
naient la  divine  Mère  et  saint  Jean  debout;  sainte  Marie 
Madeleine  était  prosternée  au  pied  de  la  croix.  Dieu  le 
Père,  entouré  d'anges,  apparaissait  dans  le  ciel.  Des  deux 
côtés  du  tableau  étaient  groupés  les  membres  du  Magistrat 
agenouillés. 

Ce  morceau  fut  commandé  par  l'autorité  en  1S86- 
1387  (i);  maître  Mathieu  van  Oultre  fut  chargé  de  pré- 
parer la  toile  (2);  ce  ne  fut  que  l'année  suivante  que  le 
tableau  l'ut  achevé  et  que  Coxie  toucha  son  salaire  (3). 

«  Belaeit  M''  Machiel  van  Cocxyen,  zyne  Majestyt  schil- 
»  der,  voor  seker  sluck  schilderyen  hem  aenbesteedt  by  de 
»  stadt  van  Mechelen,  schouteh,  commoegnemeesler  en 
»  raedt  der  selver,  in  dienst  geweest  zynde  ter  leste  recon- 
»  ciliatie  deser  stadt  met  syne  Majestyt,  om  de  selve  schil- 
I)  derye  voor  een  memorie  gestell  te  worden  in  Schepene 
»  camer  métier  figuren  eu  conterfeytselen  van  selven  heere 
>)  wethoudercn  cnielende  voor  tcruys  Christi,  III*^  lib.  » 

Dans  les  comptes  de  l'année  1589-1590,  nous  lisons 
encore  : 

«  Betaeit  M"^  Machiel  van  Coxien  derlich  guldenen  by 
»  hem  verscholen  aen  den  doeck  en  den  selven  doen  pre- 
»  mueren  daer  de  schildene  ofte  crucifix  op  gemaect  is, 
i>  hangende  in  de  vierschare.  » 

L'église  métropolitaine  de  Malines  possédait  jadis  un 
grand  nombre  d'œuvres  de  cet  éminent  artiste;  les  unes 
sont  perdues,  les  autres  ont  été  conservées  en  tout  ou  en 
partie.  Voici  les  tableaux  de  ce  maître  que  nous  connais- 
sons ou  dont  le  souvenir  est  resté. 

Jusqu'en  1761,  on  remarquait  dans  la  sixième  chapelle 


(1)  Archives  de  Malines  (Résolulions  du  Magistral,  16  seplenibre  1S85). 

(2)  Comptes  de  Malines,  1386-1387. 

(3)  Idem,         idem,       1387-1388. 


—  251  — 

du  pourtour  une  Adoration  des  Mages;  radniinislralion  de 
l'église  vendit  ce  panneau  au  XVIII'  siècle,  après  qu'elle 
eût  mis  à  sa  place  une  toile  de  E.  J.  Smeyers. 

Aciuellement,  on  trouve  contre  le  mur  de  la  salle  cliapi- 
Irale  un  tableau  de  mérite,  mais  placé  à  une  trop  grande 
hauteur  :  la  Circoncision  de  Jésus-Christ;  hauteur,  2"", 55; 
largeur,  2"",  10  bois.  La  scène  se  passe  dans  un  temple 
d'architecture  grecque,  peint  par  Hans  Fredeman,  dit  le 
Frison  ou  de  Vries;  elle  est  animée  par  dix-sept  person- 
nages. Dans  cette  composition,  Coxie  a  eu  soin  de  nous 
laisser  son  portrait;  il  occupe  une  place  parmi  les  specta- 
teurs placés  entre  les  colonnades  dans  le  coin  du  tableau. 
L'artiste  signa  cette  œuvre,  faite  pour  le  métier  des  maçons 
en  1589;  malheureusement  elle  subit  au  dernier  siècle  des 
retouches  qui  en  altérèrent  tout  le  cachet,  —  L'inscription 
qui  se  trouve  sur  ce  morceau,  relative  à  l'âge  de  l'artiste, 
n'infirme  nullement  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  par 
rapport  à  l'année  de  sa  naissance.  Si  ici  Coxie  accuse 
quatre-vingt-neuf  ans  en  1589,  c'est  qu'il  peignit  son  pan- 
neau avant  le  jour  anniversaire  de  sa  venue  au  monde. 

Deux  volets  fermaient  ce  tableau;  déjà  avant  la  révolu- 
tion française,  ils  étaient  détachés  du  morceau  principal 
et  pendaient  vis-à-vis  de  l'autel  dans  lequel  celui-ci  était 
encastré. 

Le  11' décembre  1811  eut  lieu  de  la  part  de  l'église  une 
vente  d'objets  d'art  jugés  inutiles.  Il  y  fut  vendu  un  van- 
tail de  notre  maître,  ayant  pour  sujet  le  grand  Prêtre 
offrant  le  pain  au  roi  David;  nous  croyons  avec  raison 
que  cette  porte  faisait  partie  du  tableau  représentant  Abi- 
gail  offrant  du  pain  et  d'autres  mets  à  David  irrité,  sur 
l'autel  de  Saint-Aubert,  appartenant  aux  boulangers. 

Hans  Fredeman,  qui  contribua  à  l'achèvement  de  la  pre- 
mière peinture  en  question,  naquit  à  Lceuwarden  en  1527. 
Il  habita  Malines,  où  il  séjourna  pendant  longtemps  et  as- 


—  232  — 

socia  son  pinceau  à  celui  du  chef  des  peintres  malinois. 
En  1561,  ce  personnage  concourut  à  la  décoration  des 
chars  de  VOmmegang;  l'ensemble  de  sa  besogne  lui  rap- 
porta douze  livres.  Nos  comptes  communaux  appellent  cet 
artiste  :  a  Jean  V^reedtmans  Vriese  »(i). 

Dans  la  suite  (1563-1 364),  Fredeman  quitta  Malines 
pour  s'établir  à  Anvers;  conformément  aux  coutumes,  il 
paya  ici  son  droit  d'issue,  qui  s'élevait  à  quatorze  livres. 
On  lit  à  cette  occasion  dans  les  comptes  communaux  : 

«  Onlfaen  van  Jan  de  Vries,  overmits  zyn  verlrek  van 
»  hier  naer  Antwerpen,  voor  dyssuvve,  XIIII  lib.  »(2). 

Jean  le  Frison  ne  cessait  néanmoins  de  visiter  la  ville 
dont  il  avait  abandonné  le  séjour;  il  continua  à  peindre  et 
entretenir  des  relations  avec  les  artistes  qu'il  y  avait  fré- 
quentés, comme  le  prouve  le  tableau  de  la  Circoncision, 
exécuté  après  son  départ. 

La  gilde  des  archers  confia,  par  contrat  du  3  janvier  1 587, 
au  prix  de  130  florins,  à  Michel  Coxie  un  triptyque  relatif 
à  la  vie  de  saint  Sébastien.  Haut.  S-", 30  B.  Ces  morceaux 
existent  au  complet,  mais  séparés  les  uns  des  autres,  dans 
l'église  de  Saint-Rombaut. 

Le  panneau  central,  large  de  1"',95,  figure  le  .Martyre 
de  saint  Sébastien.  Le  bienheureux,  dépouillé  de  ses  vête- 
ments, est  lié  à  un  arbre,  dont  le  feuillage  s'étend  dans 
toute  la  partie  supérieure  du  tableau;  de  chaque  côté,  des 
archers  décochent  des  flèches  sur  la  victime.  Cinq  grandes 
figures  se  détachent  sur  l'horizon;  elles  sont  touchées  avec 
le  détail  et  l'éclat  du  coloris  qui  distinguent  le  maître.  Au 
loin,  on  aperçoit  encore  ça  et  là  des  figures  éparses. 

Trois  personnages  sont  placés  sur  le  volet  de  droite;  on 
y  voit  saint  Sébastien  rapportant  des  flèches  au  juge,  qui 
est  assis  sous  un  dais. 


(1)  Comptes  de  Malines,  1360-136!. 

(2)  Idem,       idem,         1363-1364. 


—  255  — 

L'autre  porte  nous  montre  saint  Sébastien  terrassé.  Sa 
tète  est  penchée  vers  Texlérieur;  un  soldat  debout  s'apprête 
à  lui  donner  le  dernier  coup  de  glaive;  à  côté  du  martyr, 
git  le  tronc  d'une  première  victime,  dont  la  tète  est  posée 
sur  une  balustrade  faisant  partie  d'un  bâtiment  élevé  à 
gauche  dans  la  composition.  Les  battants  de  ce  triptyque 
sont  d'un  beau  faire,  traités  avec  une  certaine  force,  malgré 
les  quatre-vingt-sept  ans  de  leur  auteur.  Les  nus  et  les  torses 
surtout,  assez  abondants  ici,  sont  supérieurement  rendus  et 
d'une  chair  vivante.  Les  diverses  qualités  qui  distinguent 
cette  grande  composition,  permettent  qu'on  la  range  parmi 
les  meilleures  productions  sorties  des  ateliers  de  Coxie. 

Nous  regrettons  que  les  trois  pièces  de  cette  composition 
ne  soient  point  placées  de  manière  â  faire  un  ensemble. 

La  gilde  des  arbalétriers,  à  son  tour,  demanda  à  Coxie 
un  tableau  pour  l'autel  de  la  compagnie.  Le  sujet  en  devait 
naturellement  être  le  Martyre  de  saint  Georges,  patron  de 
la  confrérie. 

Ici  encore  malheureusement,  la  partie  du  milieu  est 
séparée  des  ailes  du  triptyque.  Cette  première  peinture 
représente  saint  Georges  attaché  à  la  roue;  de  tous  les  côtés 
des  bourreaux  entourent  l'instrument  du  supplice.  Dans  ce 
morceau,  Coxie,  âgé  de  quatre-vingt-neuf  ans,  a  moins  de 
vigueur;  son  crayon  semble  avoir  un  peu  langui  dans  le 
dessin,  et  son  coloris  est  fade.  Dans  le  lointain  s'élève  une 
ville,  sous  les  murs  de  laquelle  chevauchent  des  cavaliers. 
Un  ange,  et  c'est  la  partie  la  plus  faible  de  la  composition, 
entouré  d'un  sombre  et  lourd  nuage,  apporte  à  la  victime 
le  palme  de  l'immortalité.  Le  panneau  est  signé  : 

MiCUAEL  VAN  COXCIEN  PICTO.  REGS.  ME.   FECIT. 
ANN.   1588.    yETATlS  SUiK  89. 

Ce  tableau  mesure  en  hauteur  2'",54  et  en  largeur  2"", 08. 

Le  premier  volet  nous  expose  saint  Georges  devant  son 

juge,  lequel  siège  sous  un  dais,  entouré  de  plusieurs  per- 


—  234  — 

sonnages;  en  tout  six  flgures.  Le  fond  est  occupé  par  quel- 
ques conslruclions  et  par  des  colonnades  grecques.  Sur  le 
côlé  opposé  se  détache  la  Sainte  Vierge  avec  l'Enfant  Jésus. 

Le  second  ballant  représente  la  Décapitation  de  saint 
Georges.  Le  martyr  est  à  genoux  devant  son  bourreau;  il 
n'y  a  ici  à  proprement  parler  que  trois  figures,  dont  deux 
exécuteurs  nus  jusqu'à  la  ceinture.  Coxie  a  peint  cette 
partie  anatomique  de  son  œuvre  avec  grande  connaissance 
de  cause  et  sans  «  exagération  des  muscles;  »  mais  sa  pein- 
ture est  plus  sèche  que  de  coutume.  Au  fond,  dans  la  cam- 
pagne, la  foule  assiste  au  supplice  d'une  sainte,  que  nous 
supposons  être  sainte  Marguerite.  Sur  l'envers  de  ce  volet, 
on  trouve  saint  Georges,  en  pied. 

Lorsque  le  tableau  de  la  gilde  fut  placé  sur  l'autel,  Mi- 
chel Coxie  et  sa  femme  furent  gratifiés  d'un  régal  chez 
Henri  Wuyts,  en  compagnie  des  dignitaires  du  serment. 
Il  y  eut  toutefois  quelques  tiraillements,  touchant  le  paie- 
ment, entre  les  doyens  et  le  peintre  (i).  Ce  fut  le  27  avril 
1588  que  le  triptyque  complet  fut  érigé  à  sa  place. 

L'église  de  Saint-Jean,  à  Malines,  possédait  autrefois 
de  notre  maître  un  triptyque,  placé  dans  la  chapelle  du 
Vénérable. 

L'église  de  Noire-Dame  au-delà  de  la  Dyle,  à  Malines, 
renferme  un  tableau  sur  bois  (hauteur,  l'°,05),  le  Christ 
en  croix,  ayant  à  ses  côtés  Josué  montrant  une  inscription 
flamande,  en  vieux  caractères.  Celte  peinture  a  quelque 
analogie  avec  la  manière  de  Coxie,  auquel  elle  est  attribuée. 

Quant  au  tableau  de  la  Sainte  Famille,  qui  figure  au 
Musée  de  Malines  sous  le  nom  de  Michel  Coxie,  nous  pou- 
vons hardiment  dire  qu'il  est  apocryphe. 

Dans  l'ancienne  église  de  Saint-Pierre,  à  Malines,  on 
voyait  un  vitrail  portant  la  date  de  1548;  le  sujet  en  était 


(1)    Va?(    Melckedeke,    Aanleekeningen    rakende    de    kritisboogi/ilde    van 
Mechclen. 


—  235  — 

le  Sauveur  remettant  à  saint  Pierre  ses  clefs.  Au  fond  s'é- 
lendail  une  mer;  plus  bas,  d'un  côté,  clait  agenouillé, 
revêtu  des  insignes  impériaux,  Charles-Quint,  derrière  le- 
quel se  tenait  debout  Charlemagne;  de  l'autre  côté,  égale- 
ment à  genoux,  se  trouvait  l'impératrice  Elisabeth,  ayant 
sa  patronne  à  côté  d'elle.  L'ensemble  de  celte  verrière  était 
traité  dans  le  style  de  Raphaël;  elle  avait  Michel  Coxie  pour 
auteur  des  cartons  (i). 

L'ancienne  chambre  de  réunion  de  la  nation  des  bouchers, 
à  Malines,  était  décorée  par  un  portrait  peint  par  M.  Coxie. 

M""  A.  De  Bruyne  possède  du  même  auteur,  dans  ses 
collections  d'antiquités,  un  remarquable  dessin  à  la  plume, 
le  Jugement  de  Salomon,  sujet  que  le  peintre  avait  traité 
pour  la  ville  de  Bruxelles. 

A  la  mortuaire  de  M.  Bernaerts,  peintre  à  Malines,  fut 
vendu  de  Coxie  le  Martyre  des  Machabées.  Haut.  1",60, 
larg.  2™  B. 

A  celle  de  M"«  Du  Sart,  le  7  juin  1854,  dans  la  même 
ville,  le  Christ  en  croix,  petit  tableau  placé  antérieurement 
sous  le  triptyque  de  Saint  Sébastien,  à  Saint-Rombaut.  — 
Vendu  fr.  8-50.  Haut.  65  cent.,  larg.  30  cent.  B. 

Enfin,  chez  M.  van  Meldert,  en  1857,  fut  adjugé  pour 
\  1  francs  une  belle  composition  en  grisaille  de  M.  Coxie, 
la  Mort  de  la  Sainte  Vierge. 

La  ville  de  Louvain  comptait  également  plusieurs  pro- 
ductions de  Coxie  (2). 

Le  morceau  capital  que  possède  cette  cité  est  à  l'hôlel- 
de-ville  (3).  Ce  tableau  à  volets  ornait  jadis  l'église  de 
Saint-Pierre,  où  il  servait  de  monument  funèbre  à  Gui 
Morillon,  secrétaire  de  Charles-Quint,  mort  en  1548. 


{{)  Mechelen  opgehcldcrt  in  haere  kvrckcn,  clooslcrs,  enz.,  cnz.  Tome  I. 

(2)  Van  Even,  Louvain  monumental. 

(3)  Le  Messager  des  Sciences  a  donné   en  1857   la  reproduction  de  ces 
tableaux  avec  notice. 


—  25G  — 

Sur  l'un  volel,  se  trouve  Morillon  avec  ses  deux  fils  el 
son  patron;  sur  l'autre,  ou  aperçoit  l'épouse  du  défunt, 
Elisabeth  de  Mil,  accompagnée  de  sa  patronne  et  de  ses 
deux  filles.  Le  panneau  du  milieu  représente  l" Ascension 
du  Christ  :  peinture  savante  conçue  dans  le  slyle  de  Ra- 
phaël; mais  les  vantaux  ont  un  caractère  plus  original  et 
moins  italien  que  l'œuvre  principale.  Toutefois  cette  pein- 
ture est  en  tout  point  remarquable  :  elle  appartient  à 
l'apogée  du  maître  (1S62). 

A  l'église  de  Sainte-Gertrude,  on  découvre  un  triptyque 
détérioré,  exécuté  en  1571  ;  au  centre,  le  Calvaire.  Le  volet 
droit  figure  le  Portement  de  la  croix;  le  volet  gauche, 
la  Résurrection;  à  l'extérieur,  on  voit  V Annonciation . 

Dans  l'ancienne  chapelle  de  Notre-Dame  hors  du  mur, 
à  Louvain,  Coxie  plaça  une  copie  de  la  Descente  de  croix, 
triptyque  par  Rogier  van  der  Weyden,  qui  avait  été  envoyé 
au  roi  Philippe  H  et  qui  existe  encore  à  Madrid. 

Nous  citerons,  d'après  l'excellent  ouvrage  de  M.  Kervyn 
de  Volkaersbeke  «  les  Églises  de  Gand  »  les  productions  que 
Coxie  laissa  en  cette  ville. 

A  Saint- Bavon,  dans  la  chapelle  de  Saint-Quirin,  deux 
volets  représentant  la  Parabole  du  mauvais  Riche. 

Dans  la  chapelle  de  Saint-Pierre,  le  rétable  de  l'autel 
est  orné  d'un  tableau  sur  bois,  les  Œuvres  de  la  miséri- 
corde, dont  nous  avons  vu  les  volets  plus  haut. 

On  trouve  deux  volets  de  notre  mailre  dans  la  même 
église:  l'un  porte,  d'un  côté,  Saint  Jeaii- Baptiste;  de  l'au- 
tre, en  grisaille,  Saint  Liévin.  Le  second  présente  le  Por- 
trait du  chanoine  Jean  de  Hertoghe,  accompagné  de  son 
patron;  sur  le  revers,  Saint  Bavon,  en  grisaille. 

Dans  l'église  de  Saint-Jacques,  M.  Kervyn  trouve  un 
tableau  oval,  ornant  l'autel  de  la  Sainte-Croix,  le  Christ 
entre  les  deux  larrons,  et  deux  panneaux  enchâssés  dans 
la  boiserie  du  mur,  la  Naissance  du  Sauveur  et  la  Résur- 


—  237  — 

reciion.  Ces  morceaux  ont  tant  souffert  que  la  touche  du 
mailre  n'y  est  plus  reconnaissable. 

Michel  Coxie  exécuta  pour  l'église  de  Saint-Jean,  à  Gand, 
le  modèle  de  trois  verrières  destinées  à  y  être  placées  (i). 

M.  Pinchart  cite  dans  l'inventaire  des  tableaux  du  duc 
d'Aerschot,  un  Paradis  terrestre,  par  M.  Coxie. 

Le  maître  malinois  est  représenté  par  ses  œuvres  dans 
la  plupart  des  musées  européens. 

La  galerie  du  Belvédère,  à  Vienne,  renferme  de  Coxie 
la  Vierge  et  l'Enfant  Jésus;  le  groupe  est  posé  sur  un  crois- 
sant d'argent  et  entouré  d'une  gloire  d'anges. 

La  Pinacothèque  de  Munich  est  propriétaire,  outre  les 
copies  d'après  van  Eyck  dont  nous  avons  parlé,  de  deux 
panneaux  attribués  par  elle  à  M.  Coxie,  mais  par  M.Waagen 
à  Barlhélemi  de  Bruyn  :  Sainte  Catherine  lisant  dans  un 
livre;  buste.  Revers  :  VAnge  de  V Annonciation,  fragment. 
L'avers  de  cette  fine  peinture  est  reproduite  par  la  gravure. 
—  Sainte  Barbe,  à  côté  de  la  tour,  avec  une  longue  plume 
de  parure  à  la  main.  Revers  :  la  tète  de  la  Vierge  de  l'An- 
nonciation, fragment. 

Au  Musée  de  l'Ermitage,  à  Saint-Pétersbourg,  VAn- 
nonciation. 

L'Espagne  également  renferme  encore  plusieurs  produc- 
tions de  Michel  Coxie.  Outre  le  tableau  déjà  cité,  le  Musée 
royal  de  Madrid  possède  encore  sainte  Cécile  jouant  de 
l'orgue. 

M.  Michiels  a  fait  connaître  une  Marche  au  Calvaire, 
par  Coxie.  Ce  tableau  est  à  Valenciennes,  dans  la  collec- 
tion de  M.  Courlin. 

L'on  croit  que  Coxie  a  produit  quelques  gravures;  cepen- 
dant, selon  M.  Michiels,  ce  fait  est  incertain  et  difficile  à 
établir,  parce  que  les  initiales  de  cet  artiste  correspondent 

H)  E.  Dr.  BusscHER,  Recherches  sur  les  peintres  el  les  sculpteurs  de  Gand. 

J7 


—  238  — 

à  celles  de  Marlin  van  Cleef.  Oii  lui  attribue  une  planche: 
le  Triomphe  de  la  Vie  (1568)  et  le  Triomphe  de  la  Mort, 
à  peu  près  du  même  temps.  Mais  Jérôme  Cock  et  Sadeleer 
ont  reproduit  dans  leurs  œuvres  quelques  compositions  du 
mailre  malinois. 

Michel  Coxie  forma  de  bons  élèves,  qui  furent  ses  fils 
Raphaël  et  Guillaume,  Marc  Willems  et  plusieurs  autres 
peintres  de  Malines,  dont  les  noms  acquirent  dans  la  suite 
quelque  considération. 

Nous  joignons  à  cet  article  un  portrait  de  Coxie,  à  l'âge 
de  quatre-vingt-neuf  ans.  Celte  reproduction  a  été  prise 
dans  l'église  métropolitaine  de  Malines,  par  M""  J.  Ber- 
ttaerts,  d'après  celle  que  le  grand  artiste  a  placée  lui-même 
dans  le  fond  de  son  tableau  de  la  Circoncision. 

Un  grand  nombre  de  portraits  de  notre  peintre  ont  été 
gravés,  car  la  plupart  des  historiens  qui  ont  parlé  de  ce 
personnage,  ont  tenu  à  orner  leurs  écrits  de  l'effigie  de  cet 
éminent  artiste.  Les  reproductions  des  traits  de  Coxie  que 
nous  donnent  les  ouvrages  de  van  Mander,  Houbraken, 
Weyerman,  Goelhals,  la  revue  «  de  Vlaamsche  School,  » 
l'Académie  des  Sciences  et  des  Arts  et  d'autres,  sont  toutes 
fidèles  à  un  même  type,  que  l'on  retrouve  du  reste  dans  les 
vantaux  du  Martyre  de  saint  Georges  et  dans  ceux  du  Mar- 
tyre de  saint  Sébastien;  mais  tous  ces  portraits  se  rappor- 
tent à  l'âge  mùr  du  peintre. 

La  ville  de  Malines  a  payé,  le  Î6  décembre  1860,  son 
tribut  de  reconnaissance  à  cet  illustre  citoyen,  lorsqu'elle 
inaugura  dans  le  vestibule  de  l'hôlel-de-ville  la  statue  en 
pied  (hauteur  2  mètres),  en  pierre  de  France,  de  Maître 
Michel  van  Cocxyen.  Elle  avait  confié  l'exécution  de  cette 
œuvre  à  un  autre  de  ses  enfants,  Louis  Royer,  statuaire 
du  roi  des  Pays-Bas  et  directeur  de  l'Académie  des  Beaux- 
Arts,  à  Amsterdam. 

Emm.  Nekffs. 
(Pour  être  continué). 


—  259  - 


Annexe. 


Nous  avons  vu  au  §  2  de  l'arlicle  que  nous  venons  de 
consacrer  aux  artistes  du  nom  de  van  Battel,  que  Gauthier 
van  Battel  et  son  fils  Gauthier  érigèrent  en  1474,  dans 
l'église  de  Saint-Rombaut,  un  vitrail  aux  frais  de  la  cor- 
poration des  drapiers.  Les  archives  de  ce  métier,  conser- 
vées à  rhôtel-de-ville  de  Malines,  fournissent  sur  cette 
œuvre  quelques  détails  intéressants. 

La  verrière  en  question  était  placée  dans  le  transept  du 
temple,  du  côté  sud.  On  y  découvrait,  placées  sous  six  dais, 
autant  d'images  de  saints,  à  savoir  :  Notre-Dame,  saint  Rom- 
baut,  saint  Lambert,  sainte  Marie-Madeleine,  saint  Sévère 
et  sainte  

Dans  le  tympan  de  la  fenêtre  figuraient  les  emblèmes 
et  les  attributs  du  métier,  ainsi  que  ses  armoiries. 

Le  travail  que  les  van  Battel  avaient  exécuté  était  de 
de  première  importance,  car  la  fenêtre  qu'ils  décorèrent 
de  vitraux  coloriés,  mesure  dix-huit  mètres  soixante-sept 
centimètres  de  hauteur,  sur  huit  mètres  soixante-quinze  cen- 
timètres de  largeur.  Actuellement  elle  est  ornée  d'un  sujet 
relatif  à  CImmaculée  Conceplwn,  exécuté  par  les  peintres 
verriers  malinois  Jean-François  Pluys  et  Léopold  Pluys, 
père  et  fils. 


240  — 


VARIETES. 


Une  lettre  du  docteur  Warnkoenic  i  M' Albert  Gueldolf. 

Slutlgardt,  le  24  juin  1862. 
Mon  très-honoré  ami, 

J'ai  prié  M.  Gérard  de  vous  annoncer,  que  je  vous  enverrai  des  papiers  el 
documents  concernanl  l'affaire  d'Ypres.  11  est  vrai  que  vous  m'avez  dit  de  ne 
pas  en  avoir  besoin,  mais  il  m'importe  que  vous  sachiez  qui  a  été  mon  guide 
lorsque  j'ai  essayé  l'aperçu  historique  de  cette  remarquable  ville;  ces  papiers 
contiennent  les  réponses  sur  une  foule  de  questions,  que  j'avais  l'habitude 
d'adresser  à  cet  excellent  homme  feu  M.  Lambin,  bien  versé  dans  l'histoire 
de  sa  ville  natale.  Je  vous  prie  de  les  parcourir,  soit  pour  vous  expliquer  mes 
exposés,  soit  pour  les  utiliser,  s'il  y  a  lieu  de  le  faire. 

Il  me  serait  ti'ès-agréable  si  vous  pouviez  vous  procurer  les  lettres  dont 
celles  de  M.  Lambin  sont  les  réponses:  je  suis  sûr  qu'on  ne  les  a  pas  détruites; 
M.  Diegerick,  à  Ypres,  est  certainement  en  étal  de  les  découvrir  et  de  vous 
les  envoyer.  Si  l'on  me  les  rendait,  je  serais  bien  charmé. 

Je  suis  obligé  d'ajouter  à  la  communication  de  ces  papiers  une  condition, 
c'est  celle  de  me  les  renvoyer. 

Car  ils  ne  sont  plus  ma  propriété.  Il  y  a  quelques  années  que  je  les  ai 
donnés,  avec  une  masse  d'autres,  concernanl  l'histoire  de  la  Flandre,  au 
Musée  Germanique  à  Nuremberg,  qui  maintenant  me  les  prête  pour  que  je 
puisse  vous  les  faire  voir. 

Je  ne  croyais  pas  de  m'occuper  encore  de  l'histoire  de  votre  patrie;  j'ai 
voulu  cependant  que  mes  notes  en  fussent  conservées;  à  cette  fin  je  les  ai 
données  au  Musée  germanique. 

Vous  m'apprendrez,  en  me  renvoyant  ces  pièces,  si  elles  vous  ont  intéressé. 
Vous  me  direz  en  même  temps  si  le  cinquième  volume  de  votre  remaniement 
de  mon  ouvrage  paraîtra  bientôt.  Je  le  considère  comme  un  grand  bonheur 
que  c'est  vous  qui  vous  êtes  chargé  de  reproduire  mon  essai  historique  en 
français,  car  vous  l'avez  rendu  bien  supérieur  à  ma  propre  composition, 
travail  bien  hasardé  pour  moi-même,  téméraire  et  seulement  excusable  par 
le  zèle  qui  m'inspirait  alors  de  montrer  comment  on  doit  traiter  Ihisloire 


—  241  — 

sociale  d"uii  pays  lel  que  la  Flandre.  Je  vous  remercie  bien  d'avoir  donné  ù 
ce  travail  une  perfection  que  nul  autre  n'aurait  pu  lui  donner. 

J'ai  été  bien  charmé  de  vous  revoir,  et  fort  content  de  vous  voir  associé  ù 
la  publication  des  sources  de  l'ancien  droit  belgique.  Vous  aurez  bien  appré- 
cié mes  paroles  adressées  à  la  commission  et  vous  exécuterez  les  idées  que 
j'ai  émises  avec  une  parfaite  connaissance  des  choses.  Ces  idées  sont  en  partie 
tracées  dans  un  article  que  j'ai  inséré  au  Messager  des  Sciences  historiques  (je 
crois),  en  1854,  sous  le  titre  :  Recherches  sitr  la  législalion  belge  au  7noyen- 
âge,  article  qui  a  été  aussi  tiré  à  part  (chez  Vander  Haegen). 

J'ai  lu  avec  un  extrême  plaisir  votre  travail  sur  le  Balfart,  publié  dans  le 
bulletin  de  l'Académie  (de  1861).  Je  vous  en  fais  mon  compliment,  c'est  de  la 
vraie  science  historique  et  critique,  même  si  l'on  ne  veut  pas  souscrire  aux 
résultats  de  vos  recherches  dignes  des  Godefroi,  des  Ducange,  etc.  J'ai  lu 
aussi  la  critique  du  travail  par  M.  Kervyn.  —  En  lisant  votre  dissertation, 
il  m'est  venu  seulement  un  doute,  savoir  :  la  partie  de  la  Flandre  où  l'on  a 
payé  le  balfart  ne  pouvait  pas,  du  temps  des  Romains  et  même  sous  les  deux 
premières  races,  être  soumise  au  parfredicum,  puisqu'elle  n'était  que  marais 
et  bois  et  sans  doute  peu  habitée.  —  Dans  votre  5c  volume,  vous  reviendrez 
sur  celte  question,  et  je  suis  curieux  de  lire  voire  réplique  à  M.  Kervyn,  — 
Mais  il  est  temps  de  finir. 

Tout  à  vous,  de  votre  bien  dévoué 

L.-A.  WiRKKOEMG. 

Un  don  iux  ARCHIVES.  —  M.  Bels,  curé  à  Necrlinler,  vient  de  faire  don,  aux 
Archives  du  royaume,  du  cartulaire  de  l'ancien  monastère  de  Terbanck,  près 
de  Louvain. 

Ce  cartulaire,  qui  a  près  de  quatre  cents  feuillels,  a  été  formé  au  XVII«  siè- 
cle; il  fut  commencé,  en  1632,  par  les  ordres  d'Anne-Catherine  de  Sainl-Mart, 
prieure  du  couvent. 

Il  contient  les  actes  de  fondation  du  monastère  par  les  ducs  de  Brabant, 
les  bulles  et  chartes  de  confirmation  de  ces  actes  par  les  papes,  les  évêques 
de  Liège,  les  légats  du  Saint-Siège  envoyés  aux  Pays-Bas,  les  règlements  de 
la  maison,  les  litres  concernant  les  biens,  cens,  renies,  droits  dont  elle  était 
en  possession.  Une  partie  de  ces  documents  a  été  publiée  dans  les  Analecles 
pour  servir  à  Vhisloirc  ceelésiastiquc  de  la  Belgique,  t.  Vil  et  VllI,  années 
1870  et  1871. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  a  chargé  M.  l'archiviste  général  du  royaume 
de  remercier,  en  son  nom,  M.  Bcls. 

{Moniteur). 


242  

DÉcocvERTE  ARCHÉOLOGIQUE.  —  Une  découverte  fort  importante  a  été  faite 
récemment  en  restaurant  les  bâtiments  de  l'ancien  château  de  la  ville  de 
Slons.  Dans  une  chapelle  romane,  autrefois  dédiée  à  saint  Calixte,  et  qui, 
d'après  certains  annalistes,  Vinchant  et  Boussu,  aurait  été  élevée  par  la  com- 
tesse de  Hainaut  Richilde,  en  1031,  on  a  mis  à  nu  deux  peintures  murales  du 
Xll«  ou  du  Xllh  siècle.  Des  dessins  eu  ont  été  faits  avec  le  plus  grand  soin 
par  M.  Dosveld,  architecte  adjoint  de  l'administralion  communale,  qui  a 
rendu  compte  de  la  découverte  dont  il  s'agit,  daos  «n  savant  rapport  adressé 
au  Cercle  archéologique  de  Mons. 

M.  Dosveld,  poursuivant  ses  investigations  par  ordre  de  l'administralion 
communale,  vient  de  découvrir,  sous  la  chapelle  précitée,  l'ancienne  crypte, 
où  l'on  sauva,  en  881,  les  images  des  saints  du  psiys  pour  les  soustraire  à  la 
rapacité  des  Normands. 

L'anlique  caslel  des  comtes  de  Hainaut,  qui  échappa  aux  ravages  des 
pillards  du  Nord,  est  aujourd'hui  restauré,  et  autour  de  celte  résidence  des 
Baudouins,  on  a  planté  un  square  doù  la  vue  domine  tous  les  environs. 

Emile  V... 


—  243  — 

HISTOIRE 

DES    RELATIONS    POLITIQUES 

ENTRE    LA    FLANDRE    ET    L^ ANGLETERRE, 
AU    MOYEN    AGE. 


CHAPITRE  XIX. 

(1419-1407). 

Philippe  le  Bon.  Henri  V. 

Henri  VI. 
Edouard  iV. 

Philippe  le  Bon,  en  prenant  possession  tlu  trône  ensan- 
glanté de  son  père,  déclara  qu'il  voulait  tirer  vengeance  du 
meurtre  de  Jean  sans  Peur,  en  s'alliant  aux  Anglais  o  et  une 
fois  cette  alliance  conclue,  en  toute  criminelle  et  mortelle 
aigreur,  il  tireroit  vengeance  du  mort  (i).  :> 

Pendant  qu'il  était  dans  ces  dispositions,  il  reçut  une 
lettre  du  lieutenant  de  l'étape  de  Calais  «  pour  le  com- 
plaindre  de  la  mort  de  son  père,  »  et  l'engager  à  renouveler 
la  trêve,  qui  allait  expirer  au  1"  novembre  (-2),  —  Philippe 
envoya  d'abord  vers  les  Anglais,  Henri  de  ChaufTour  et 
Georges  d'Ostende,  son  secrétaire,  puis  l'évêque  d'Arras, 
Gilbert  de  Lannoy,  Simon  de  Formelles  et  Guillaume  de 


(1)  Chronique  de  Chatulun,  p.  14. 

(2)  Arch.  dcp.  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1451. 

1873.  18 


—  Ui  — 

Champdivers  (i).  Ces  commissaires  se  rencontrèrent  avec 
ceux  d'Henri  V,  qui  étaient  :  Guillaume  Bardols,  lieutenant 
de  Calais,  David  Pryce,  Guillaume  Bray,  Jean  Chirciie, 
Richard  Bokeland  et  Jean  Pykeryng;  ils  négocièrent  d'a- 
bord la  prolongation  de  la  trêve  marchande  (2). 

Ces  préliminaires  furent  le  point  de  départ  de  négocia- 
tions plus  importantes  au  point  de  vue  politique,  mais  moins 
intéressantes  pour  la  Flandre;  nous  voulons  parler  de  l'al- 
liance entre  le  duc  et  Henri  V,  qui  eut  pour  conséquence 
de  livrer  la  France  aux  Anglais  et  de  déshériter  le  Dau- 
phin (3).  Lorsque  ces  graves  questions  furent  réglées,  on 
songea  à  la  trêve,  et  le  12  janvier  1420,  on  en  décida  la 
prolongation  pour  un  an,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  Tous- 
saint (4). 

A  partir  de  ce  moment,  le  duo  Philippe  guerroya  long- 
temps en  France  avec  son  allié  le  roi  Henri  V,  qui  mourut 
le  31  août  1422,  au  milieu  de  ses  campagnes  et  de  ses 
succès.  Charles  VI  le  suivit  de  près  dans  la  tombe. 

L'année  suivante,  le  duc  de  Bedfort,  régent  de  France 
pour  Henri  VI,  transporta  au  duc  les  chàtellenies  de 
Péronne,  Roye,  Montdidier,  Tournai,  Mortagne  et  Saint- 
Amand  (s),  tandis  que  lui-même  épousait  Anne  de  Bour- 
gogne, sœur  de  Philippe. 

Peu  après,  Jacqueline  de  Bavière,  bravant  le  duc  de 
Bourgogne,  épousa  le  duc  de  Glocester,  du  vivant  de  son 
mari  Jean  IV,  duc  de  Brabant,  et  débarqua  à  Calais  avec 
cinq  mille  Anglais,  pour  aller  ressaisir  son  autorité  dans 


(<)  Rymeb,  édil.  Iioll.,  t.  IV,  p.  III,  p.  134,  135. 

(2)  Rymer,  i-dil.  holl.,  l.  IV,  P.  III,  p.  13G. 

(3)  Id.,  id.,  id  ,  p.  144,  145.   —  Arcli.  di'p.  de  Lille, 
fonds  lie  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1452, 

(4)  Arch.  Uép.  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1453. 
—  RvMER,  édil.  boll.,  t.  IV,  P.  III,  p.  151,  154,  157. 

(3)  Arch.  dép.  de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1461. 


—  243  — 

son  comléde  ilainaut.  Celte  équipée  de  Glocesler,  bien  que 
n'impliquant  pas  la  complieilé  du  royaume  d'Angleterre, 
n'était  pas  sans  faire  courir  un  certain  risque  à  l'alliance 
du  duc  avec  les  Anglais;  à  tout  événement,  les  échevins  du 
Franc  n'eurent  rien  de  plus  pressé  que  d'envoyer  une  dépu- 
tation  à  Calais,  pour  demander  que  pendant  les  démêlés 
entre  leur  seigneur  et  Jacqueline,  démêlés  qui  ne  les  con- 
cernaient pas,  les  troupes  anglaises  respectassent  le  terri- 
toire de  la  Flandre  (i). 

A  cette  époque,  se  place  un  épisode  qui  ne  rentre  pas 
dans  le  cadre  de  notre  sujet,  mais  que  nous  croyons  de- 
voir mentionner,  à  cause  de  la  haute  portée  politique 
qu'auraient  pu  en  avoir  les  conséquences;  il  s'agit  du  projet 
d'assassinat  du  duc  de  Bourgogne,  comploté  entre  Bedford, 
Glocester,  les  comtes  de  Suffolk  et  de  Salisbury  (2). 

Si  la  Flandre  n'était  parfois  pas  comprise  dans  les  sen- 
timents hostiles  des  .Anglais  envers  le  duc,  c'étaient  surtout 
à  cause  des  relations  commerciales  qui  rendaient  l'Angle- 
terre en  quelque  sorte  solidaire  de  sa  fortune.  Voilà  pour- 
quoi, au  milieu  des  difficultés  politiques  comme  au  milieu 
des  guerres,  les  marchands  flamands  furent  presque  tou- 
jours protégés.  Le  13  juillet  1426,  le  roi  d'Angleterre 
ordonna  à  tous  ses  sujets  anglais  de  respecter  les  biens  et 
la  personne  de  ses  sujets  de  Flandre,  comme  il  les  ap- 
pelle (5),  et  le  16  mars  1428  (n.  s.),  il  donna  à  l'évéque 
de  Bangor  des  ordres  pour  garantir  la  liberté  de  la  navi- 
gation et  du  commerce  de  Flandre  au  milieu  des  hostilités 
entre  le  duc  et  Jacqueline  de  Bavière  (4). 

(1)  Keuvyiv,  t.  IV,  p.  239.  —  Comptes  du  Franc  de  Bruges,  ll^i-IiSS, 
fol.  39. 

(2)  Desplanques,  Projet  d'assassinat  de  Philippe  le  Bon  par  les  Anglais 
(Mémoires  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  1867). 

(3)  Archives  de  la  ville  de  Gatid,  Inventaire  n»  544.  Voir  aux  Pièces  Jus- 
tificatives. 

(4)  Rymer,  édit.  Iioll.,  t.  IV,  P.  IV,  p.  134.. 


—  246  — 

Jeanne  d'Arc  parut  quelque  temps  après,  et  ses  succès 
donnèrent  à  réfléchir  au  duc  de  Bourgogne  :  il  n'était  déjà 
plus  éloigné  de  vouloir  faire  sa  paix  avec  Charles  VU; 
mais  pour  cela  il  fallait  renoncer  complètement  aux  An- 
glais, et  les  bonnes  villes  de  Flandre  s'y  opposaient;  les 
princes  anglais  firent  tant  et  si  bien  que  Philippe  consen- 
tit à  se  laisser  nommer  régent  de  France  pour  Henri  Vï, 
et  reçut  à  plusieurs  reprises  de  fortes  sommes  par  l'en- 
tremise du  cardinal  de  Winchester,  pour  l'entretien  des 
troupes  (i). 

En  présence  de  toutes  les  difficultés  politiques,  la  trêve 
marchande  avait  été  renouvelée  entre  la  Flandre  et  l'An- 
gleterre vers  la  fin  de  l'année  145Î,  et  les  magistrats  d'un 
grand  nombre  de  villes,  qui  mettaient  leurs  intérêts  au- 
dessus  des  fantaisies  ambitieuses  des  princes,  présentèrent 
des  requêtes  pour  que  le  bénéfice  de  cette  trêve  pût  s'éten- 
dre à  elles;  ces  villes  étaient  Amiens,  Doullens,  Saint- 
Quentin,  Noyon,  Abbeville  et  Bray-sur-Somme  (2). 

Après  la  mort  de  la  duchesse  de  Bedford,  sa  sœur,  le 
duc  de  Bourgogne  se  décida  à  faire  entièrement  sa  paix 
avec  Charles  VII,  paix  dans  laquelle  l'Angleterre  n'était 
naturellement  pas  comprise;  les  Flamands  étaient  peu  fa- 
vorables à  ce  rapprochement;  ils  eussent  voulu,  dans  leur 
intérêt,  que  cette  paix  fût  générale;  ces  dispositions  em- 
pêchèrent momentanément  le  mécontentement  des  Anglais 
d'éclater  en  démonstrations  hostiles,  et  au  commencement 
de  1455,  le  14  février,  le  roi  Fleuri  VI  nomma  une  com- 
mission de  députés  pour  traiter  avec  les  bonnes  villes  (3). 
Plus  tard,  le  13  juillet,  au  milieu  des  conférences  d'Arras 

(1)  Plancher,  Hisl.   de  Bourgogne,  IV.   Preuves,  \t.  85.  —  Kervvn,  I.  IV, 
page  254. 

(2)  Arch.  dép    de  Lille,  fonds  de  la  chambre  des  comples,  carton  B,  1490. 
—  RvMER,  édil.  holl  ,  t.  IV,  P.  V,  p.  169. 

(3)  Rymer,  édit.  lioll.,  t.  V,  P.  I,  p.   16. 


—  247  — 

entre  Charles  VII  et  le  duc,  le  roi  anglais  envoya  vers  les 
Flamands  son  oncle  Henri,  évéque  de  Winton,  cardinal 
d'Angleterre,  pour  revoir  et  modifier  le  règlement  de  l'étape 
des  laines  à  Calais,  que  les  bonnes  villes  trouvaient  défa- 
vorable à  leur  commerce  (i). 

Le  traité  d'Arras  provoqua  en  Angleterre  un  violent 
mécontentement,  à  tel  point  que  la  population  voulait  ar- 
rêter et  massacrer  tous  les  marchands  flamands  ou  bra- 
bançons qui  se  trouvaient  dans  le  pays,  en  dépit  de  toute 
la  protection  que  leur  accordait  l'autorité.  Henri  VI,  dans 
un  mandement  à  ses  officiers,  déclare  que  sa  volonté  ex- 
presse est  qu'on  ne  fasse  aucun  mal  aux  Flamands,  qui  ne 
sont  nullement  solidaires  des  faits  de  leur  seigneur  :  «  Con- 
»  sidérantes,  dit-il,  quod  sunt  nonnuli,  oriundi  de  patria 
»  Flandrise,  inhabitantes  regnum  nostrum  Angliee,  qui 
9  fidelitatem  suam  et  ligeanliam,  nobis  hactenus  débitas, 
»  inconcusse  observarunt,  observant,  et  omni  tempore, 
»  sicut  creditur  observare  intendunt,  etc.  (2).  » 

Tout  cela  n'empêcha  pas  les  Anglais  de  continuer  à 
considérer  les  Flamands  comme  des  ennemis  et  de  com- 
mencer contre  eux  une  guerre  de  pirates  ;  les  choses 
n'en  allèrent  que  plus  mal,  lorsque  le  duc  résolut  d'aller 
assiéger  Calais,  dont  le  privilège  d'étape  avait  de  tout  temps 
été  un  sujet  de  jalousie  pour  la  Flandre.  Le  siège  de  Ca- 
lais était  pour  le  duc  Philippe  le  seul  moyen  d'avoir  les 
Flamands  de  son  côté  dans  une  guerre  avec  l'Angleterre. 
Les  Anglais  commencèrent  les  hostilités  dès  le  mois  de 
mai;  une  partie  de  la  garnison  de  Calais  alla  piller  les 
environs  de  Bourbourg;  un  grand  nombre  d'habitants  se 
réfugièrent  dans  l'église  de  Looberge;  les  Anglais  allèrent 
en  faire  le  siège,  et  comme  ils  trouvaient  trop  longue  à  leur 


(1)  Rymiîr,  èilil.  holl.,  l.  V.  P.  I,  p.  21. 

(2)  Id.,         id.,  id.,  p.  21. 


—  248  — 

gré  la  résistance  de  ces  malheureux  qui  se  battaient  pour 
leurs  foyers,  ils  mirent  le  feu  à  leur  refuge  et  les  y  brûlè- 
rent tout  vifs. 

L'armée  des  Flamands  se  mit  en  marche;  elle  comptait 
trois  mille  hommes,  et  commença  par  s'emparer  du  château 
d'Oye,  que  tenaient  les  Anglais.  Les  Gantois  voulaient 
passer  par  la  hart  toute  la  garnison,  et  le  duc  eut  grand 
peine  à  sauver  trois  ou  quatre  prisonniers.  Le  9  juillet, 
on  mit  le  siège  devant  Calais.  Cette  expédition  paraissait 
tellement  redoutable  que  Glocester,  devenu  régent  d'An- 
gleterre, résolut  de  passer  la  mer  pour  aller  la  combattre. 
Les  relards  que  mit  la  flotte  flamande,  commandée  par 
Jean  de  Hornes,  à  venir  bloquer  Calais  du  côté  de  la  mer 
furent  extrêmement  favorables  aux  Anglais,  et  leur  permi- 
rent d'achever  leurs  préparatifs,  ainsi  que  de  faire  entrer 
dans  la  place  des  renforts  et  des  vivres.  La  flotte  arriva 
enfin;  elle  fil  peu  de  chose,  et  après  quelques  jours  se  re- 
tira, de  peur  de  se  voir  assaillie  par  les  galères  du  duc  de 
Glocesler.  Celte  retraite  indigna  les  Flamands,  qui  voulu- 
rent aussitôt  quitter  le  siège;  les  Gantois  étaient  les  plus 
mécontents;  ils  étaient,  du  reste,  fort  découragés  depuis 
que  les  Anglais  leur  avaient  enlevé  un  bastion  qu'ils  avaient 
élevé  et  d'où  ils  dominaient  la  ville. 

Malgré  les  instantes  prières  du  duc,  les  Flamands  se 
retirèrent  et  forcèrent  ainsi  le  prince  à  lever  le  siège.  La 
nouvelle  de  leur  retraite  arriva  promptement  en  Angleterre. 
Pour  donner  plus  d'éclat  au  déplaisir  que  la  conduite  hos- 
tile du  duc  inspirait  aux  Anglais,  le  roi  Henri  VI,  en  vertu 
de  ses  droits  de  roi  de  France  et  d'Angleterre,  ôta  le  comté 
de  Flandre  à  Philippe  le  Bon,  et  le  donna  à  son  oncle,  le  duc 
de  Glocester,  par  acte  du  50  juillet  1456.  Le  roi  déclare 
dans  cette  pièce  que  le  perfide  Philippe,  vulgairement  nom- 
mé duc  de  Bourgogne,  après  lui  avoir  juré,  à  son  père  et  à 
lui,  de  le  reconnaître  comme  roi  et  souverain  seigneur,  ne 


—  249  — 

crainl  pus  de  l'oulrager  par  la  plus  perfide  rébellion,  qu'il 
a  usurpé  des  terres  relevant  de  la  couronne  d'Angleterre  et 
de  France  et  cherché  à  s'emparer  de  Calais;  qu'en  considé- 
ration de  ces  faits  il  le  déclare  déchu  de  tous  biens  et  terres 
relevant  de  la  couronne  de  France,  et  d'abord  du  comté  de 
Flandre;  voulant,  d'autre  part,  reconnaître  les  services  de 
son  oncle,  le  duc  Ilumphroi  de  Glocester,  il  lui  fait  don  cl 
concession  du  susdit  comté  avec  ses  droits  et  dépendances, 
à  charge  de  le  tenir  de  lui  et  de  ses  successeurs  (i). 

Non  content  de  cet  acte  de  vengeance,  le  roi  anglais, 
dans  un  mandement  daté  du  8  septembre,  intima  à  ses 
officiers  l'ordre  d'interdire  toute  relation  commerciale  en- 
tre les  pays  de  sa  domination  et  la  Flandre  (2). 

Celle  entrave  au  commerce  était  un  grand  malheur  pour 
la  Flandre;  pour  comble,  des  divisions  y  éclalèrenl  entre 
le  prince  et  le  peuple,  et  le  duc  de  Glocester  en  profita 
pour  envahir  le  pays,  piller  et  incendier  les  villages.  Il 
s'empara  de  Dunkerque,  Bourbourg,  Bergues,  Commines, 
Wervicq,  Poperinghe,  où  il  se  fil  reconnaître  solennelle- 
ment comme  comte  de  Flandre;  à  Bailleul,  il  chargea  son 
butin  sur  deux  mille  chariots  et  retourna  à  Calais.  Les 
habitants  des  environs  de  Cassel  et  Bourbourg  avaient 
voulu  l'attaquer  au  passage  de  l'Aa;  mais  Colard  de  Com- 
mines le  leur  défendit,  sous  prétexte  que  c'était  risquer 
de  s'attirer  de  plus  grands  malheurs.  Cet  excès  de  pru- 
dence fut  plus  tard  un  des  griefs  que  les  Flamands  allé- 
guèrent contre  tous  les  conseillers  et  officiers  du  duc. 

Pendant  que  Glocester  faisait  cette  expédition,  une 
troupe  anglaise  s'avançait  jusqu'à  l'abbaye  des  Dunes,  que 
les  moines  avaient  abandonnée,  et  en  ravagèrent  tous  les 
environs.  La  flotte  anglaise,  de  son  côté,  sortit  du  port  de 


(1)  Rymer,  édil.  lioll.,  l.  V,  P.  I,  p.  33. 

(2)  Ibid. 


—  250  — 

Calais  el  se  dirigea  vers  le  Zwyu;  Tamiral  Jean  de  llornes, 
au  lieu  de  leur  résister,  prit  la  fuite,  el  les  eiineuiis  pu- 
rent, en  toute  sécurité,  piller  Galernisse,  Schoondyck, 
Nieukerke,  dévaster  la  terre  de  Wulpen,  Tile  de  Cadsand 
el  menacer  tout  le  pays  de  Bruges  et  des  Quatre-Méliers. 
Les  milices  brugeoises  s'étanl  armées,  s'avancèrent  vers 
l'Ecluse,  mais  le  capitaine  de  la  ville,  Roland  d'Uutkerke, 
refusa  de  les  recevoir  ou  de  leur  livrer  les  vaisseaux  de  la 
flotte  pour  combattre  les  Anglais;  il  fil  même  tirer  sur 
eux.  Cette  conduite  inqualifiable  permit  aux  Anglais  de  se 
retirer  avec  tout  leur  butin  sans  être  inquiétés;  el  les 
Brugeois  rentrèrent  chez  eux,  en  criant  qu'ils  se  venge- 
raient des  traîtres. 

A  partir  de  ce  moment,  le  sol  de  la  Flandre  fui  ensan- 
glanté par  la  guerre  civile  jusque  vers  la  fin  de  1458;  les 
troubles  ne  cessèrent  que  lorsque  les  communes,  affaiblies 
el  vaincues,  furent  obligées  de  se  courber  devant  l'autocra- 
tie du  duc  Philippe,  que  l'histoire,  par  une  ironie  sanglante, 
a  surnommé  le  Bon.  Alors  les  marchands  étrangers  qui 
avaient  leurs  comptoirs  à  Bruges,  déclarèrent  qu'ils  quit- 
teraient la  ville  s'il  ne  leur  était  accordé  des  garanties 
suffisantes  de  sécurité,  et  demandèrent  le  rétablissement 
des  relations  commerciales  avec  l'Angleterre.  Le  duc  fît 
droit  à  ces  réclamations  et  la  duchesse  fut  chargée  de 
s'entremettre.  Le  roi  d'Angleterre,  dans  l'intérêt  de  son 
peuple,  prêta  l'oreille  aux  propositions  d'accommodement, 
el  par  acte  du  25  novembre  1458,  nomma  ses  ambassadeurs 
auprès  du  duc,  l'archevêque  d'York,  Nicolas  Bellysdon, 
Etienne  VVilton,  Guillaume  Spever,  Robert  Witlyngham 
el  Jean  Haynwel  (i).  Les  conférences,  qui  eurent  lieu  entre 
Gravelines  el  Calais,  durèrent  longtemps;  une  pièce  di- 
plomatique du  25  mai  1439  nous  apprend  qu'à  ce  moment 

(l)RvMti!,  édii.  holl  ,  l  V,  P.  I,  p.  51. 


-  251   - 

elles  n'élaienl  pas  encore  lerminées;  ce  fut  seulement  le 
20  oclobre  que  le  roi  d'Angleterre  ratifia  raccord  conclu 
le  29  septembre  entre  ses  envoyés  et  ceux  de  Flandre;  il 
consistait  en  une  trêve  marchande  pour  trois  ans,  à  com- 
mencer pour  la  terre  ferme  le  29  septembre,  pour  la  pêche 
à  partir  du  5  oclobre,  et  pour  la  mer  ou  la  liberté  com- 
merciale à  partir  du  1"  novembre  (i). 

Le  24  décembre,  le  roi  autorisa  ses  envoyés  à  traiter 
avec  ceux  du  duc,  Henri  Uutenhove,  Paul  Deschamps  et 
Louis  Domessens,  pour  une  prolongation  de  la  trêve  pen- 
dant cinq  ans,  à  partir  de  la  date  de  son  expiration.  Celte 
prolongation  fut  sanctionnée  le  21  janvier  suivant  par  lui 
à  Redyng  (2). 

Le  13  avril  1443,  la  duchesse  de  Bourgogne  rappela, 
par  une  longue  lettre,  au  roi  d'Angleterre  et  à  Richard, 
duc  d'York,  lieutenant  du  roi  eu  France,  toutes  les  stipu- 
lations de  la  trêve  marchande  et  de  l'accord  sur  l'abstention 
d'hostilités  de  la  part  des  deux  puissances;  le  duc  répondit 
par  des  lettres  analogues,  où  il  déclara  qu'au  cas  que  l'un 
des  deux  contractants  voudrait  rompre  son  engagement  et 
reprendre  les  hostilités,  il  devrait  avertir  l'autre  trois  mois 
à  l'avance  (3). 

L'année  suivante,  le  roi  d'Angleterre  confirma  les  an- 


(1)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  1,  p.  63. 

(2)  Voir  celle  aulorisalion  dans  Rymer,  édil.  holl.,  t.  V,  P.  I,  p.  71;  une 
autre  pièce,  qui  a  rapport  à  celte  afifaire,  se  trouve  p,  73  et  86.  L'acte  se 
trouve  aux  archives  de  la  ville  de  Gand,  n°  380  de  l'Inventaire.  Voir  aux 
Pièces  justificalives. 

(3)  Rymer,  cdit.  holl.,  t.  V,  P.  I,  p.  1 19.  —  Archlv.  déparl.  di  Lille,  fonds 
de  la  chambre  des  comptes,  carton  B,  1539-  —  Le  23  septembre  l'iiO,  le  duc 
abolit  les  tonlieux  qui  devaient  se  lever  à  Gravelines,  l'Ecluse,  Nieuporl  et 
autres  lieux,  sur  les  marchandises  allant  et  venant  d'Angleterre,  et  ce  en  con- 
sidération de  l'aide  que  les  Etats  de  Flandre  lui  avaient  accordée  et  des  som- 
mes qu'ils  lui  avaient  prêtées  pour  la  rançou  du  duc  d'Orléans,  prisonnier 
en  Angicici'rc.     -  (jxcuxkd,  Rapport  sur  hs  archives  de  Lille,  p.  141. 


—  252  — 

ciens  privilèges  commerciaux  des  Brugeois  pour  faire  le 
négoce  dans  les  pays  qui  lui  étaient  soumis  (i). 

Malgré  la  déclaration  faite  précédemment  que  la  trêve 
devait  durer  jusqu'en  1447,  ou  crut  devoir  se  donner, 
en  1446,  de  nouvelles  assurances  de  paix,  et  dans  un 
échange  de  pièces  diplomatiques,  les  deux  parties  se  pro- 
mirent mutuellement  de  s'abstenir  de  toute  démonstration 
hostile  (2). 

Au  mois  de  mai  1447,  en  vue  de  l'expiration  du  délai 
fixé,  la  duchesse,  au  nom  de  son  mari,  donna  commission 
au  seigneur  de  Haulbourdin  et  à  Roland  Pipe,  secrétaire 
du  duc,  pour  traiter  du  renouvellement  ou  de  la  prolon- 
gation de  la  trêve.  Le  résultat  de  la  conférence  fut  une 
prolongation  de  quatre  ans,  à  dater  du  jour  du  traité, 
H  mai  (5).  Pendant  cet  intervalle,  en  1449,  il  fut  question 
de  réformer,  d'un  commun  accord,  le  mode  de  vente  et 
d'achat  des  laines,  contre  lequel  les  Flamands  avaient  déjà 
réclamé  quelques  années  auparavant;  le  roi  Henri  VI  en- 
voya quatorze  commissaires  à  cet  effet,  mais  nous  ne 
voyons  pas  que  le  règlement  de  l'étape  ait  été  modifié  (4). 

Mais  si  les  relations  entre  la  Flandre  et  l'Angleterre 
étaient  devenues  toutes  pacifiques,  les  rapports  entre  le 
duc  Philippe  et  ses  sujets  étaient  loin  de  l'être;  les  Gantois, 
à  la  suite  d'un  nouvel  impôt  sur  le  sel,  s'étaient  révoltés 
et  faisaient  à  leur  seigneur  une  guerre  en  règle,  qui  se 
termina  en  1453  par  la  bataille  de  Gavre,  où  les  révoltés 
laissèrent  environ  vingt  mille  des  leurs  sur  le  terrain. 


(1)  Arcli.  de  la  ville  de  Bruges.  Ghelttwcn  bock,  f"  46. 

(2)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  I,  p.  141,  159,  161,  163,  164,  166.  — 
Arch.  dép.  de  Lille,  fonds  de  la  cliambi'e  des  comples,  carton  B,  1546-1547. 

(5)  RvMEB,  cdil.  holl.,  t.  V,  P.  I,  p.  175,  176. 

(4)  L'jcie  porte  :  «  Et  specialiler  de  modo  vendendi  et  eracndi  lanas  cl 
pelles  lanulas  quae  ad  stapulain  nostram  adductae  sunt  el  in  fuliiruni  addu- 
ccnlur.  »  Rymer,  cdil.  holl.,  t.  V,  P.  Il,  p.  11. 


—  253   - 

Pendanl  celle  lutte,  les  Gantois  invoquèrent  Tancienne 
sympathie  qui  avait  existé  entre  leur  pays  et  l'Angleterre, 
et  des  ambassadeurs  d'Henri  VI  arrivèrent  dans  leur  cité 
pour  offrir  un  secours  de  sept  mille  hommes;  en  1452, 
des  archers  anglais  prirent  part  à  divers  engagements  entre 
les  Gaulois  et  le  prince;  cet  appui  de  la  part  de  leurs  an- 
ciens alliés  contrebalança  fortement  à  Gand  le  parti  qui 
penchait  pour  la  France. 

En  1438,  le  duc  se  brouilla  de  nouveau  avec  le  roi  de 
France,  et  le  roi  d'Angleterre,  profilant  de  ces  dispositions, 
envoya  des  commissaires  à  Calais  pour  traiter  avec  ceux 
du  duc  ou  plulôl  de  la  duchesse,  puisque  nous  avons  vu 
que  depuis  un  certain  nombre  d'années  c'était  elle  qui 
semblait  mener  les  négociations.  Les  envoyés  des  deux 
parties  étaient  chargés  de  renouveler  les  trêves,  de  réparer 
les  dommages  commis  et  de  traiter  toute  question  relative 
au  bien  général  (i). 

Les  négociations  traînèrent  en  longueur,  la  trêve,  qui 
était  expirée,  ne  fut  pas  renouvelée,  et  seulement  en  1462, 
au  mois  d'octobre,  un  accord  fut  conclu  à  ce  sujet,  valable 
pour  un  an,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  Toussaint  1463;  le  roi 
d'Angleterre  le  ratifia  au  mois  de  décembre  (2). 

L'année  suivante,  le  parti  d'York  ayant  triomphé  en 
Angleterre,  la  reine  Marguerite  d'Anjou,  proscrite  et 
fugitive^  débarqua  en  Flandre,  où  elle  reçut  une  hospi- 


(1)  Rymcr,  cdit.  lioll,,  t.  V,  P.  Il,  p.  80,  81,  82.  —  Les  commissaires  cliar- 
gés  de  l'examen  des  conlravenlions  élaient  :  Tévêque  de  Toul,  Antoine,  bâ- 
tard de  Bourgogne,  le  seigneur  de  Blamont,  Jean  de  Créquy,  Jean  d'Auxy, 
Jean  de  Ilalewyn,  Baudouin  d'Oignies,  Guillaume  de  Conlay,  Pierre  de  Goux, 
Jean  Lorfeur,  Antoine  Ilaveron,  Richard  Pinclion,  Pierre  iMilel,  Thierry  de 
Vilry  et  Simon  de  Kereste.  Au  mois  de  juillet,  deux  ambassadeurs  se  rendi- 
rent à  Calais  pour  traiter  des  conditions  de  la  trêve  marchande,  c'étaient 
Jean  de  Vinage  et  Simon  de  Moerkcrke. 

(2)  Archives  de  la  ville  de  Bruges.  Rudcnboek,  f"  177.  -••  Rymer,  cdil.  holl., 
t.  V,  P.  II,  p.  102,  106,  110,  115. 


—  25i  — 

talilé  digne  de  son  rang.  Mais  tout  en  se  montrant  plein 
d'égards  pour  la  malheureuse  reine  détrônée,  Philippe 
n'oubliait  pas  les  nécessités  de  la  politique  et  traita  avec 
le  roi  Edouard  IV,  qui,  du  reste,  était  fort  populaire  en 
Flandre  (i);  quelques  jours  après,  cependant,  prenant  en 
considération  les  réclamations  des  drapiers  flamands,  qui 
se  plaignaient  de  ce  que  les  Anglais  commençaient  à  venir 
vendre  sur  le  continent  les  draps  de  leur  fabrication  à  des 
prix  moins  élevés  que  ceux  de  Flandre,  ce  qui  était  fort 
préjudiciable,  le  duc  déclara  prohiber  l'entrée  de  ces  tis- 
sus; voici  comment  il  s'exprime  : 

a  Nous  aient  par  pluiseurs  fois  fait  remonster  que  par 
le  moyen  de  ce  que  ou  royaume  d'Angleterre  leur  a  fait 
depuis  certain  temps  ença  et  fait  encores  chacun  jour  grand 
multitude  de  draps  et  filiez  de  laines  et  beaucoup  plus  que 
aucunement  leur  n'avoit  accouslumé,  lesquelx  draps  et 
filiez  les  a  amenez  et  amaine  len  encore  journellement  en 
nosdit  pays  de  Brabant,  Flandres  et  iceulx  noz  pays  que 
sont  principalement  fondez  sur  fait  de  drapperie  ont  esté 
et  sont  grandement  grevez  et  adommaigiez,  et  le  fait  de  la 
drapperie  d'illec,  grandement  ameuri,  diminué  et  taillié, 
devenuie  du  tout  à  néant  et  d'autre  part  aussi  les  marchans 
et  autres  gens  dudit  royaume  d'Angleterre  que  vouloient 
leur  lanise  mettre  et  vendre  à  pris  raisonnable  aux  subgels 
de  nosdils  pays  depuis  et  encores  ne  veullent  vendre  à  nos 
dits  subgels,  sinon  à  billon  d'or  et  d'argent,  sans  vouloir 
recepvoir  la  monnoie  courant,  par  quoy  tout  le  billon  de 
iiosdis  pays  de  Brabant  Hz  s'en  va  oudit  royaume  d'Angle- 
terre et  ce  sont  iceux  noz  pays  très-fort  désuniez  el  plui- 
seurs avec  grand  dommaiges  et  inconvéniens 

il  nous  plaist  lesdilz  draps  et  filiez  faict  el  ouvré  en  An- 
gleterre bannir  généralement  de  tous  nos  pays  et  seignou- 

(1)  Rymer,  édit.  holl.,  l.  V,  1».  II,  p.  127.  20  oclobic. 


-  255  — 

ries  et  ordonnez  eltlcffendre  que  aucun  ne  y  soient  amenez, 
vendus  ne  distribuez,  el  si  aucuns  y  sont  trouvez  après 
noslre  deffence  et  ordonnance,  qu'ilz  soient  brûlez  comme 
banniz  desdits  pays.  En  oullre,  au  regard  de  ceulx  qui  fe- 
ront le  contraire,  y  voeyilons  mettre  et  ordonner  de  grandes 
el  grosses  paines  el  amendes  et  autrement  pourveoir  en 
ceste  partie,  ainsi  que  la  nécessité  le  requiert  pour  le  bien 
de  nous  etde  nosdits  pays  et  des  subgets  d'iceulx  pour  ce 
est  il  que  nous  voullans  el  desirans (i).  » 

L'année  suivante,  quand  se  forma  la  ligue  du  bien  pu- 
blic, le  comte  de  Charolais  envoya  demander  l'appui  du  roi 
d'Angleterre,  et  celui-ci  chargea  le  comte  de  VVarvvick  de 
traiter  de  son  adhésion  avec  l'héritier  de  Philippe  le  Bon; 
mais  il  n'envoya  ni  troupes  ni  argent  (2). 

Peu  après,  au  mois  de  novembre,  le  duc  de  Bourgogne 
prit  de  nouveau  une  mesure  prohibitive  à  l'égard  des  An- 
glais, en  défendant  dans  ses  pays  le  cours  de  la  monnaie 
blanche  anglaise  (â). 


(1)  Archives  de  /'  Étatà  Bruges.  —  Invenlaire  Delepierre  el  Priem,  l.  I, 
p.  105  (Acle  du  3  novembre  1464). 

(2)  RïMEB,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  Il,  p.  129  el  150. 

(3)«  Il  est  venu  à  nostre  connoissance  que  puis  peu  de  leraps  enca  la 
blance  monnoie  d'Angleterre,  teslarts  ou  stoilers,  et  deux  sloilers  ou  testants 
est  fort  multipliée  et  a  prins  grant  cours  en  nos  pays  et  seignouries  par  deçà 
et  meismes  en  pays  et  conté  de  Flandres  à  plus  liant  pris  beaucoup  iceile  ne 
vault,  car  plusieurs  desdicts  deniers  sont  rongiés  ou  limés  et  grandement 

endomagiés ... 

par  quoy  le  commun  peuple...  en  est  grandement  deçeu  et  fraudé,  ce  qui  est 
chose  moult  préjudiciable  et  domageable  au  bien  publique  de  nos  dits  pays 
et  subgez  et  pourroit  eslre  de  plus  en  plus  de  remède  et  provision  convena- 
ble par  nous  ny  estoient  mises  pour  quoy  est-il  que  nous  ces  choses  consi- 
dérées, desirans  le  bien  publique  d'iceulx  nos  pays  et  subgez  et  obvier  et 

telles  fraudes  afin  de  préserver  nosdils  pays  et  subgez.  de  domaiges nous 

avons  ordonné  et  volu,  ordounons  et  voulons  par  ces  présentes  que  toule  la 
dicte  blance  monnoie  d'Angleterre  et  celle  d'Escoce,  tant  vielle  que  nouvelle, 
soient  dcffendues  et  les  deffendons  en  et  partout  icculx  nos  pays  et  seignou- 
ries et  les  voulons  estre  tenus  et  tenons  pour  et  comme  billon  et  avons  inlerdit 
et  interdisons  le  cours  d'icelles,  et  meismement  deffendons  par  ces  dites  pré- 


—  256  — 

Kii  1406,  il  y  eut  entre  le  comte  de  Charolais  et  le  roi 
d'Angleterre  une  suite  de  négociations  relatives  à  certains 
arrêts  du  parlement,  qui  concernaient  les  marchands  étran- 
gers et  restreignaient  la  liberté  de  commerce;  le  roi  pro- 
posait de  les  modifier,  et  envoya  en  Flandre  le  comte  de 
Warwick,  Guillaume  Hastings,  Jean  Wenloch,  Pierre  Tai- 
ler,  Thomas  Montgomery,  Thomas  Kent,  Thomas  Coït  et 
Hichard  Whelehil.  Ces  ambassadeurs,  outre  cette  mission, 
en  avaient  une  autre  plus  délicate  et  plus  intime,  celle  de 
traiter  d'une  double  union  entre  la  maison  de  Bourgogne 
et  celle  d'York.  L'un  de  ces  deux  mariages  s'accomplit, 
celui  du  comte  de  Charolais  avec  Marguerite  d'York,  sœur 
d'Edouard  IV;  l'idée  du  second,  entre  la  fille  de  Charles 
et  le  duc  de  Clarence,  fut  promptement  abandonnée  (O- 
Ces  projets  devaient  nécessairement  amener  entre  les  deux 
pays  une  alliance  plus  étroite  qu'auparavant;  aussi  à  la  fin 
de  l'été  de  l'an  1466,  les  ambassadeurs  des  deux  princes 
conclurent-ils  un  traité  d'après  lequel  Charles  s'engageait 
à  être  vis-à-vis  du  roi  Edouard,  o  bon  et  loyal  amy,  à  gar- 
der son  eslat  et  personne  contre  tous,  et  à  non  aidier 
aucuns  de  ses  ennemis;  »  cet  acte,  passé  le  23  octobre, 
fut  ratifié  le  25  juillet  de  l'année  suivante,  par  Charles, 
devenu  duc  de  Bourgogne  (2). 

Ce  traité  fut  le  dernier  acte  diplomatique  passé  avec  l'An- 
gleterre S0U3  Philippe  le  Bon,  qui  mourut  le  15  juin  1467. 


sentes  à  lous  nos  subgetz  quelconques  cl  à  lous  autres  estant  en  nosdits  pays 
et  seigneuries  et  par  deçà  que  plus  ne  reçoivent  ne  allouent  aucun  deniers 
de  ladite  monnoie  blance  d'Angleterre  ne  de  celle  d'Escoce,  en  fail  de  mar- 
chandise ne  autrement,  en  iceulx  nos  pays  et  seignouries,  mais  les  rebouleni, 
cl  répulent  poia-  billon  sans  leur  y  donner  cours  en  manière  quelconque...  » 
[Arcli.  de  VEtat  à  Bruges;  Inventaire,  l.  III,  p.  146.  -  Acte 
du  13  novembre  1465). 

(1)  Rymer,  édit.  Iioll.,  t.  V,  P.  Il,  p.  138.  139. 

(2j  Rymer,  édil.  lioU.,  l.  V,  P.  Il,  p.  141,  142,  143.  Les  ambassadeurs  de 
Bourgogne  étaient  :  Louis  de  Bruges,  seigneur  de  Gruulliuusc,  Jossc  de  llalc- 
wyn,  André  Colyn,  Pierre  de  Miramont,  George  de  Bul,  Louis  de  Chaisne. 


—  257  — 

CHAPITRE  XX. 

(1467-1500). 

Charles  le  Téméraire.  Edouard  IV. 

Marie  de  Bourgogne.  Edouard  V. 

Maxiniilien  d'Autriche.  Richard  III. 

Philippe  le  Beau.  Henri  VII. 

Le  duc  Charles  haïssait  Louis  XI  et  la  France;  toutes 
ses  sympathies  étaient  pour  l'Angleterre;  aussi,  le  lo  juillet, 
peu  après  son  avènement,  ratifia-t-il,  ainsi  que  nous  l'avons 
déjà  dit,  le  traité  d'alliance  conclu  avec  l'Angleterre  (i). 

A  la  suite  de  cela,  les  négociations  se  poursuivirent 
avec  Edouard  au  sujet  du  mariage  du  duc  avec  la  sœur  du 
roi.  Les  ambassadeurs  d'Angleterre,  envoyés  à  cet  effet, 
étaient  l'évéque  de  Salisbury,  Antoine  VVoodwil,  seigneur 
de  Scales,  Guillaume  Hastings,  Jean  Scot,  Thomas  Vaghan, 
Thomas  Kent,  Henri  Scarp  et  Jean  Russel;  ils  avaient  en 
outre  mission  de  présenter  au  duc  un  projet  de  trêve  mar- 
chande. Charles  chargea  sa  mère,  Isabelle  de  Portugal,  de 
traiter  avec  eux;  les  conférences  eurent  lieu  à  Bruges  et 
se  terminèrent  par  la  conclusion  d'une  trêve  de  trente 
ans,  sanctionnée  à  Bruxelles,  par  Charles,  le  20  février 
de  l'année  1468  (2). 

Le  24  février,  le  duc  renouvela  avec  les  ambassadeurs 
anglais,  le  traité  d'alliance  perpétuelle  conclu  l'année  pré- 
cédente pour  combattre  Louis,  qui  s'était  emparé  de  l'héri- 
tage de  France  (5). 


(1)  RvMER,  édil.  holl  ,  l.  V,  p.  Il,  p.  143. 

(2;/6!(/.,  p.  150,  152,  155,  134. 

(5)  Rymer,  édil.  holl.,  (.  V,  P.  II,  p.  158.  La  même  année,  un  ambassa- 
deur d'Ecosse,  Alexandre  Napier,  promit  que  les  marchands  de  son  pays  re- 
viendraient à  l'elape  de  Bruges,  dont  ils  s'étaient  éloignés  à  la  suite  des 
troubles.  Voir  aux  Pièces  justificatives. 


—  258  — 

Le  2  juillet,  Charles  épousa  Marguerite  d'York.  Dans  le 
courant  du  même  mois,  Warwick,  auquel  Edouard  devait 
sa  couronne,  devint  mécontent  du  roi,  et  le  fit  arrêter  par 
rarchevêque  d'York;  le  duc  de  Bourgogne  intervint;  les 
bourgeois  de  Londres  obligèrent  Warwick  à  leur  rendre 
leur  souverain,  et  le  faiseur  de  rois  prit  la  fuite  vers  Ca- 
lais avec  trente  vaisseaux;  le  gouverneur  de  cette  place 
lui  en  interdit  l'accès,  et  il  se  dirigea  sur  Ilonfleur,  après 
avoir  capturé  en  route  quelques  navires  flamands.  Il  ne  se 
contenta  pas  de  ces  premières  hostilités  contre  les  sujets 
du  duc  Charles,  car  peu  après,  il  envoya  bloquer  le  port 
de  l'Ecluse,  surprit  une  flotte  flamande  chargée  de  vins, 
qui  revenait  des  côtes  de  Saintonge,  et  attaqua  des  vais- 
seaux de  Hollande  et  de  Zélande.  Charles  fit  à  la  suite  de 
cela,  avancer  sa  flotte  et  remporta  un  grand  avantage  sur 
le  comte  de  Warwick;  mais  une  tempête,  qui  dispersa  les 
navires  flamands,  permit  au  comte  de  débarquer  en  Angle- 
terre; onze  jours  après,  il  renversait  la  dynastie  d'York, 
et  Edouard  se  voyait  forcé  de  fuir  en  Flandre.  Le  duc  ne 
fit  rien  pour  l'aider,  il  envoya  même  Philippe  de  Com- 
mynes  à  Calais  pour  traiter  avec  la  dynastie  de  Lancastrc 
et  dire  que  son  alliance  avait  été  contractée  avec  le  royaume 
d'Angleterre,  et  non  avec  le  roi,  qu'il  était  donc  indifférent 
que  ce  roi  s'appelât  Henri  ou  Edouard  (i).  Mais  Warwick, 
peu  satisfait  de  cette  politique  et  considérant  Charles 
comme  un  ennemi,  depuis  que  lui-même  avait  pris  Louis  XI 
pour  allié,  envoya  quatre  mille  hommes  à  Calais  pour  faire 
des  incursions  dans  les  pays  du  duc.  Celte  circonstance, 
jointe  aux  prières  de  la  duchesse,  engagèrent  Philippe  à 
favoriser  sous  main  la  restauration  d'Edouard;  il  lui  donna 


(I)  Voir  noire  mémoire  sur  Philippe  de  Communes,  considéré  comme  homme 
politique  cl  comme  écrivain,  inséré  parmi  les  Mémoires  couronnés  de  l'Acadé- 
mie royale  de  Belgique,  année  1863. 


—  259  — 

50,000  florins,  el  le  roi  fugitif  équipa  des  navires  avec  les- 
quels il  (Jéflt  Warwick  el  reconquit  son  royaume;  il  entra 
à  Londres  le  \\  avril  1471,  et  le  29  mai  écrivit  aux  ma- 
gistrats de  Bruges  une  lettre,  dans  laquelle  il  les  remercie 
de  l'hospitalité  qu'ils  lui  avaient  accordée  pendant  son  exil  : 

«  Edouard,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  d'Knglelerre  et  de 
Franche  et  seigneur  d'Irlande,  à  nos  très  chiers  et  espé- 
ciaulx  amys  les  nobles  hommes  escoltete,  bourgmaislres, 
eschevins  el  conseil  de  la  ville  de  Bruges  el  à  chascun 
d'eux,  salut  et  dilloction.  Très  chiers  cl  espéciauls  amys, 
nous  vous  merchions  tant  el  si  cordiallement  que  faire 
povons  de  la  bonne  chiere  et  grandes  courtoisies  qui  de 
vostre  très  bénivollcnte  affection  il  vous  pleust  de  nous 
faire  et  démonslrer  sy  gracieusement  et  largement  au  bien 
el  consolation  de  nous  et  de  nos  gens  pendant  le  temps  que 
nous  estions  en  laditte  ville,  que  nous  en  restons  grande- 
ment tenus  à  vous  et  conoisterez  par  effect  se  chose  est 
que  jamais  bonnement  faire  puissons  pour  le  bien  de  vous 
el  de  laditte  ville,  vous  signifiant  qu'il  a  pieu  à  nostre  be- 
noil  créateur  de  sa  grasce  nous  donner  depuis  que  nous 
parlismes  de  laditle  ville  el  arrivasmes  en  cesluy  nostre 
royaulme  sy  bonne  prospérense  fortune  que  nous  avons 
obtenu  la  victoire  de  tous  nos  ennemis  el  rebelles  de  par 
decha   el   sommes  paisiblement  resaisis  el  possesser  de 
noslre  dit  royaulme,  couronne  et  regalye,  el  bien  deuement 
obéiz  comme  par  le   porteur  de  cesles  en  pourez  eslre 
adcerlenez  plus  aplain,  dont  nous  en  rendons  et  donnons 
très  singulières  grâces  et  merchis  à  nostre  créateur,  lequel 
très  chiers  et  espéciauls  amys,  nous  prions  vous  avoir 
tousiours  en  sainte  garde.  Donné  soubz  noslre  signet  en 
nostre  cité  de  Cantorbéry,  le  xxix^  jour  de  may,  ainsy 
signé.  Edoward.  » 

Dans  ses  projets  de  destruction  de  la  monarchie  française, 
le  duc  ne  pouvait  manquer  de  tourner  ses  regards  vers 

19 


—  260  — 

PAnglelerre  (i)  :  Edouard  lui  avait,  du  reste,  trop  d'obli- 
gations pour  pouvoir  se  refuser  à  le  seconder.  Le  27  juillet 
1474,  un  traité  d'alliance  perpétuelle  fut  conclu  entre  les 
deux  princes,  qui  s'engagèrent  par  un  second  traité  por- 
tant la  même  date,  le  duc  à  aider  le  roi  Edouard  à  prendre 
son  royaume  de  France,  et  le  roi  à  aider  le  duc  dans  la 
conquête  de  certaines  seigneuries  qu'il  convoitait;  le  roi 
s'engageait  à  descendre  en  France  le  1"  juillet  de  l'année 
suivante  avec  ses  hommes  d'armes  et  dix  mille  archers;  un 
article  additionnel  du  contrat  déterminait  que  si  l'une  des 
deux  parties  contractantes  était  seule  en  guerre  et  réclamait 
le  secours  de  l'autre  pour  sa  défense,  celle-ci  était  obli- 
gée de  fournir  un  secours  de  six  mille  hommes,  dont  mille 
trois  cents  seulement  à  solder  par  elle,  le  reste  à  la  solde  du 
requérant.  Un  autre  traité,  conclu  le  lendemain,  portait 
que  le  roi  d'Angleterre,  en  sa  qualité  de  roi  de  France, 
donnait,  cédait  et  transportait  à  son  frère,  le  duc  de  Bour- 
gogne, le  duché  de  Bar,  les  comtés  de  Champagne,  de 
Nevers,  de  Réthel,  d'Eu,  de  Guyse,  la  baronnie  de  Donzy, 
la  ville  de  Tournai,  avec  son  bailliage,  son  territoire  et 
dépendances,  la  ville  de  Laon  avec  ses  dépendances,  le 


(1)  Vers  la  fin  de  1471,  Edouard  IV  accorda  des  privilèges  à  Middelbourg, 
en  Flandre,  fondé  par  Pierre  Bladelin,  conseiller  du  duc,  et  à  Ter  Veere,  en 
Zélande  (Rïmer,  édit.  Iioll.,  t.  V,  P.  III,  p.  11). 

Nous  trouvons  dans  les  Archives  des  ducs  de  Caraman,  au  cliâleau  de 
Beaumonl,  la  noie  curieuse  que  voici  : 

«  Instrument  passé  devant  les  notaires  Hugues  de  Laval  et  Mathieu  de 
Hamel,  chanoines  d'Arras,  au  monastère  de  Saint-Bertin,  3  novembre  1471, 
contenant  la  déclaration  par  Chai-les  de  Bourgogne,  que  la  duchesse  Isabelle, 
sa  mère,  lui  avait  dit  être  héritière  universelle  de  Henri  VI,  roi  d'Angle- 
terre, et  de  tous  ses  états;  qu'elle  lui  avait  transféré  tous  ses  droits  à  celte 
succession;  qu'il  enlendait  les  faire  valoir  en  temps  opportun;  que  s'il  ne 
le  faisait  pas  en  ce  moment,  et  s'il  ne  prenait  pas  le  tilre  de  roi  d'Angle- 
terre, c'était  pour  des  raisons  louchant  le  bien  de  la  maison  de  Bourgo- 
gne. »  (Original  en  parchemin^.  Comptes-rendus  de  la  Commission  royale 
d'Histoire,  t.  XI,  p.  193.  —  Trésor  national,  t.  Il,  p.  122. 


—  261  — 

chàleau  et  la  ville  de  Pecquigoy,  les  forteresses,  domaines 
et  villes  des  deux  rives  de  la  Somme,  ainsi  que  toutes  les 
terres  et  domaines  de  Louis  de  Luxembourg,  comte  de 
Saint-Pol,  libérant  en  même  temps  le  duc  et  ses  héritiers 
de  tout  hommage,  service,  serment  de  foi,  sujétion,  etc., 
promettant  de  faire  ratifier  cette  donation  et  déclaration 
par  les  trois  Etats,  aussitôt  qu'il  sera  rentré  en  possession 
de  son  royaume  de  France.  Le  27  juillet,  le  duc  promit 
de  renforcer  et  majorer  le  contingent  promis  au  roi  jusqu'à 
dix  et  même  vingt  mille  hommes,  et  déclara  que  malgré 
la  cession  à  lui  faite  par  le  roi  du  comté  de  Champagne, 
Edouard  conservait  le  droit  de  se  faire  sacrer  à  îUicims(i). 

A  l'époque  déterminée  par  les  traités,  le  roi  d'Angle- 
terre débarqua  à  Calais  avec  quinze  cents  hommes  d'armes 
et  quinze  mille  archers.  Mais  le  duc  était  dans  ce  moment 
occupé  à  guerroyer  en  Allemagne,  et  son  absence,  qui  était 
une  grave  infraction  aux  traités,  laissa  le  champ  libre  à 
Louis  XL  Celui-ci,  pour  se  débarrasser  le  plus  prompte- 
ment  possible  de  l'invasion  anglaise  et  détacher  Edouard  de 
l'alliance  du  duc  Charles,  paya  à  son  adversaire  soixante 
et  douze  mille  écus  et  lui  consentit  un  tribut  annuel  de 
cinquante  mille. 

Quand  Charles  arriva  enfin  au  camp  anglais,  il  était  trop 
lard  pour  réparer  sa  négligence  :  son  traité  d'alliance  per- 
pétuelle était  rompu  par  sa  faute. 

Les  deux  années  qui  suivirent,  les  dernières  de  son  règne, 
furent  désastreuses;  battu  à  Granson,  puis  à  Morat,  il  alla 
finir  dans  un  bourbier  près  de  Nancy,  le  5  janvier  1477. 

Pendant  les  dix  années  que  régna  Charles,  il  fut  fort 
peu  ou  point  question  de  la  Flandre  dans  les  négociations 
que  le  duc  entreprit  avec  l'Angleterre;  voilà  pourquoi  nous 
avons  glissé  rapidement  sur  tous  ces  faits  qui  n'ont  pas  de 
rapport  avec  notre  sujet. 

(l)  Rymer,  édil.  holl,,  t.  V,  P.  III,  p.  40,  41,  42,  43,  44. 


—  262  — 

Un  mois  après  la  mort  de  son  père,  Marie  de  Bourgogne 
fui  inaugurée  dans  les  différentes  villes  de  Flandre,  dont 
elle  confirma  les  privilèges;  à  Bruges,  elle  déclara  dans 
l'acte  de  concession,  que  les  marchands  étrangers  ne  pour- 
raient exposer  en  vente  dans  cette  ville  que  des  marchan- 
dises étrangères,  que  Bruges  serait  leur  unique  étape  et 
que  la  foire  serait  réduite  comme  autrefois  à  trois  jours. 

La  position  de  la  Flandre  fut  pendant  quelque  temps 
fort  difficile  :  Louis  XI  convoitait  la  main  de  la  jeune  du- 
chesse pour  son  fils;  Edouard  la  recherchait  pour  l'un  ou 
l'autre  de  ses  parents,  Clarence  ou  lord  Scales.  Le  roi  de 
France,  qui  aurait  bien  voulu  s'approprier  une  bonne  partie 
de  l'héritage  de  Charles  le  Téméraire,  offrit  un  moment  la 
Flandre  et  le  Brabant  à  Edouard,  s'il  voulait  avec  lui  dé- 
clarer la  guerre  à  Marguerite  d'York  et  à  Marie. 

Si  le  mariage  de  Maximilien  avec  Marie  de  Bourgogne 
fut  loin  d'assurer  la  tranquillité  à  la  Flandre,  il  eut  du 
du  moins  l'avantage  de  poser  nettement  la  question.  La 
France  resta  hostile,  et  l'Angleterre  consentit  à  conclure 
un  traité  de  paix  perpétuelle,  dans  lequel  les  deux  parties 
s'accordèrent  mutuellement  toute  espèce  de  garanties  pour 
la  sûreté  du  commerce  et  la  liberté  des  marchands.  Cet 
acte  fut  passé  le  12  juillet  1478  (i). 

L'année  suivante,  une  circonstance  asssez  fortuite  rap- 
procha encore  davantage  l'Angleterre  de  la  Flandre.  Quel- 
ques navires  flamands  s'emparèrent  de  trois  bâtiments 
français,  qu'ils  conduisirent  dans  le  port  de  l'Ecluse;  là, 
dans  l'inventaire  du  butin,  on  trouva  des  présents  que 
Louis  XI  envoyait  à  lord  Howard,  ministre  du  roi  d'An- 
gleterre, ainsi  que  des  lettres,  dans  lesquelles  il  engageait 
ce  seigneur  à  faire  en  sorte  que  l'Angleterre  se  joignit  à 
lui  dans  sa  guerre  contre  Maximilien  et  Marie,  et  lui  four- 
Ci)  RvMER,  édit.  holl  ,  t.  V,  P.  III,  p.  85,  86,  87,  88,  89. 


—  265  — 

nit  un  secours  de  dix  mille  hommes.  Aussitôt  qu'Edouard 
eut  reçu  communication  de  ces  pièces,  il  fit  arrêter  lord 
Howard  et  quelques  autres  seigneurs  de  son  entourage, 
auxquels  Louis  XI  payait  en  secret  des  pensions,  et 
Marguerite  d'York  se  prévalut  de  la  découverte  de  cette 
trame,  pour  tâcher  de  trouver  à  sa  fille  un  appui  dans  l'An- 
gleterre, en  même  temps  contre  la  France  et  contre  l'indé- 
pendance des  communes.  Les  ambassadeurs  d'Edouard  et 
ceux  de  Maximilien  se  rencontrèrent  à  Saint-Omer,  oîi  ils 
conclurent,  le  18  juillet  1479,  une  convention,  en  vertu 
de  laquelle  ils  fiançaient  le  fils  de  Maximilien  et  de  Marie, 
Philippe,  qui  venait  à  peine  de  naître,  avec  Anne  d'Angle- 
terre, troisième  fille  d'Edouard  (i).  Le  mobile  qui  cette 
fois  guidait  le  prince  dans  ses  négociations  avec  l'Angle- 
terre, n'était  pas  la  prospérité  des  communes,  mais  leur 
asservissement.  Celles-ci  en  étaient  tellement  persuadées, 
que  la  commune  de  Gand  exigea  d'être  instruite  de  toutes 
les  négociations  (2). 

Pendant  ce  temps,  lord  Howard  avait  été  relâché;  il 
était  parvenu  à  se  disculper,  avait  ressaisi  toute  sa  faveur 
et  réussi  à  amener  le  roi  à  conclure  un  nouveau  traité 
avec  la  France,  au  mois  de  mai  1480.  Marguerite  d'York, 
voyant  que  l'appui  de  l'Angleterre  allait  lui  échapper, 
traversa  immédiatement  la  mer  avec  Guillaume  de  la 
Baume,  Thomas  de  Plaine  et  Jean  Gros  (3).  Là  elle  apprit 
de  la  bouche  même  de  son  frère,  que  le  roi  de  France 
cherchait  à  conclure  une  trêve  de  laquelle  Maximilien  et 
le  duc  de  Bretagne  seraient  formellement  exclus,  et  désirait 
ardemment  le  mariage  du  Dauphin  avec  Elisabeth  d'Angle- 
tere,  cela  dùl-il  lui  coûter  une  pension  annuelle  de  cin- 


(1)  Rymer,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  Ill,  p.  102. 

(2)  Kervyn,  t.  V,  p.  316,  d'après  un  MS.  de  la  Bibliothèque  de  Gand. 

(3)  Kervïn,  l.  V,  p.  316,  d'après  un  MS.  de  la  Bibliothèque  de  Gand. 


—  264  — 

quante  mille  écus  en  faveur  d'Edouard.  Louis  Xi  avait 
informé  eu  outre  le  roi  qu'il  employerait  (ous  les  moyens, 
la  ruse  comme  la  force,  pour  détacher  Maximilien  de 
l'Angleterre  et  de  la  Bretagne.  Afin  de  déjouer  les  projets 
du  roi  de  France,  Marguerite  ne  trouva  rien  de  mieux  que 
de  négocier  sur  les  mêmes  bases  avec  son  frère.  Ils  com- 
mencèrent par  ratifier,  le  l^""  août,  le  traité  conclu  précé- 
demment entre  Charles  le  Téméraire  et  Edouard;  ils 
fixèrent  ensuite  à  six  mille  archers  le  secours  que  le  roi 
devait  accorder  à  Maximilien,  qui  promit  de  payer  à 
Edouard  la  même  pension  annuelle  que  celui-ci  recevrait 
du  roi  de  France,  dont  vingt-cinq  mille  écus  à  payer  six 
mois  après  le  dernier  paiement  fait  par  Louis  XI,  et  les 
vingt-cinq  autres  six  mois  après  (i).  A  la  suite  de  ces  ar- 
rangements, on  se  remit  d'accord  au  sujet  du  mariage  du 
fils  de  Maximilien  avec  Anne  d'Angleterre,  et  on  rédigea 
les  dispositions  du  contrat.  Edouard  refusait  d'abord  de 
rien  donner  à  sa  fille,  tout  en  acceptant  pour  lui  la 
pension  de  50,000  écus;  il  finit  toutefois  par  accorder 
100,000  écus  (2). 


(1)  Rymer,  édil.  holl.,  t.  V,  P.  III,  p.  J07,  108,  109.  —  «  Nos  senlienles 
quod  nil  magis  aequitali  nalurali  est  conveniens  quam  pacta  servare,  no- 
lentesque  diclos  consanguineos  nosiros  Auslriae  duces,  noslro  ex  defeclu 
aut  culpa,  tanlis  dampriis  et  injuriis  afiici,  concessimus  et  per  praesentes 
pi'omiltimus  et  concedimus  eisdein  consanguineis  nostris,  ad  Jictain  inju- 
riam  propulsandam,  et  in  suam  patriarumque  suaruoi  defensionera,  sucur- 
sum,  et  juvamen,  sex  millia  virorum  architenenliurn  et  infra  ex  nostris 
subdilis,  ex  pensis  eorum  consanguineorum,  etc.  »  Acte  du  3  août  1480. 

«  Notuni  facimus  quod  nos  diclura  Dominum  regem  de  et  super  hoc  re- 
compensare  volentes,  proniisimus  et  promiltimus  per  praesentes  eidem 
domino  régi  quod,  in  evenluni  quo  ipse  rex  Ludovicus  ab  hujusmodi  praes- 
latione  et  solulione  annua  quinquaginta  millium  sculorum  cessaverit,  et 
ipsam  solulionem  de  facto  sublraxerit,  diclusque  consanguineus  noster  in 
guerrara  adversus  dictum  regem  Ludovicum  incidcril,  dicto  domino  régi 
Angliae  quolibet  anno,  vita  ipsius  durante,  summam  quinquaginta  millium 
scutorum  ad  duos  terminos »  Acte  du  5  août  14S0. 

(2j  Ce  contrat  se  trouve  dans  Rymer,  édil.  holl.,  t.  V,  P.  lil,  p.  110,  111. 


—  265  — 

Pendant  ce  temps,  Maxiniilien,  par  l'effet  d'une  incurie 
peu  concevable,  traita  d'une  trêve  avec  la  France.  Aussilôl 
qu'Edouard  apprit  cette  nouvelle,  il  envoya  en  France 
pour  continuer  les  négociations  du  mariage  de  sa  fille 
Elisabeth  avec  le  Dauphin.  Cela  réduisit  immédiatement  à 
néant  l'effet  des  arrangements  élaborés  en  Angleterre  par 
la  duchesse  douairière  (i).  Elle  revint  alors  en  Flandre, 
mais  l'année  suivante,  le  29  janvier,  elle  réussit  à  faire  en- 
voyer en  Angleterre,  le  prince  d'Orange,  le  comte  de 
Chimay,  l'abbé  de  Saint-Bertin  et  le  doyen  de  Saint-Donat, 
pour  remontrer  à  Edouard  IV  que  le  moment  était  des 
plus  favorables  pour  descendre  en  France  avec  de  grandes 
forces,  comme  avait  fait  jadis  Edouard  III,  que  les  sujets 
de  Louis  XI  étaient  en  général  fort  mécontents  et  qu'il  ne 
serait  pas  difficile  au  roi  anglais  de  pousser  jusqu'à  Rheims 
pour  se  faire  sacrer  roi  de  France.  Maximilien,  afin  d'ache- 
ver de  tenter  Edouard,  lui  offrait  la  cession  de  ses  droits 
sur  Boulogne,  Montreuil,  le  comté  de  Ponthieu,  Péronne, 
Montdidier  et  les  villes  de  la  Somme;  il  lui  promettait  de 
l'aider  également  si,  au  lieu  de  prétendre  au  royaume,  il 
se  bornait  à  reconquérir  la  Normandie  et  la  Guyenne. 
Mais  Edouard  resta  sourd  à  ces  propositions,  l'indolence 
et  la  rapacité  avaient  le  pas  chez  lui  sur  l'ambition. 

La  chute  de  la  dynastie  d'York  fit  concevoir  à  la  du- 
chesse douairière  une  entreprise  extrêmement  téméraire,  vu 
la  position  où  se  trouvait  son  gendre;  elle  voulait  ni  plus 
ni  moins  que  conquérir  l'Angleterre  au  profit  du  comte  de 
Lincoln,  sou  neveu  et  celui  de  Richard  III,  et  présenter 
provisoirement  au  peuple  un  imposteur  pour  roi.  Elle  en- 
voya, sous  le  commandement  de  Martin  Dezwarte,  deux 


(I)  Le  16  septembre,  le  roi  d'Angleterre  pour  plaire,  dil-il,  à  la  duchesse 
sa  sœur,  l'autorise  à  faire  acheter  annuellement  durant  sa  vie,  en  Angleterre» 
mille  bœufs  et  deux  mille  béliers.  —  Rïmer,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  III,  p.  H5. 


—  266  — 

mille  hommes  d'armes  allemands,  flamands  et  hennuyers, 
qui  occupèrent  le  comté  d'York,  et  furent  battus  à  Stoke, 
sur  les  bords  de  laTrent,  dans  un  engagement  où  périrent 
le  comte  de  Lincoln  et  Dezvvarle.  Ainsi  se  termina  cette 
expédition  fort  peu  populaire  en  Angleterre,  où  l'on  trou- 
vait odieux  de  devoir  accepter  un  roi  apporté  sur  les 
épaules  des  Anglais  et  des  Irlandais  (i). 

Les  intérêts  politiques  devaient  toutefois  rapprocher, 
une  année  plus  tard,  Henri  VII  et  Maximilien;  le  10  dé- 
cembre 1488,  Maximilien  fut  sommé  de  comparaître  à 
Paris  le  4  février,  par  Charles  VIII,  qui,  d'un  autre  côté, 
faisait  une  expédition  contre  la  Bretagne,  alliée  de  l'Angle- 
terre; Henri  envoya  vers  Maximilien,  Jean  Ryscley  et  Jean 
Balteswell  pour  négocier  une  alliance.  Les  conférences  ne 
tardèrent  pas  à  aboutir,  et  le  14  février  1489,  un  traité 
de  fédération  contre  la  France  fut  signé  à  Dordrecht  (2). 
Deux  mois  après,  le  3  avril,  «  l'entrecour)' international 
de  commerce  et  de  pêche  sur  mer  fut  renouvelé  et  modiOé 
en  quelques  points  de  détail  par  les  envoyés  du  roi  anglais, 
Jean  Arundel,  doyen  de  la  cathédrale  d'Oxford,  conseiller 
du  roi,  et  Richard  Gough,  écuyer,  réunis  à  Gand  avec  les 
commissaires  de  Maximilien,  qui  étaient  l'abbé  de  Saint- 
Bavon,  le  chevalier  de  la  Gruulhuse,  comte  de  Winchestre, 
Roland  de  Meetkerke,  ainsi  que  les  bourgmestres,  échevins 
et  conseillers  de  Gand,  les  magistrats  de  Bruges  et 
d'Ypres  (3). 

La  confédération  entre  les  deux  princes  fut  pour  le  mo- 
ment sans  effet,  mais  lorsque  Maximilien  eut  remporté 
quelques  succès  contre  les  Brugeois  révoltés,  il  songea  de 
nouveau  à  cette  alliance  avec  l'Angleterre  et  la  Bretagne, 
dont  il  attendait  toujours  de  si  grands  résultats. 


(1)  Bacon,  Uist.  de  Henri  VU. 

(2)  Rymer,  édit.  lioll.,  l.  V,  P.  III,  p.  198. 

(3)  Archives  de  la  ville  de  Gand,  Inventaire  n»  772. 


—  2G7  — 

Au  mois  de  septembre  1490,  une  nouvelle  convention 
fut  conclue,  offensive  et  défensive,  contre  Charles  VIII; 
les  ambassadeurs  avaient  été  pour  Maximilien,  Ladron  de 
Ghevara  et  Jacques  Gondebauld(i);  pour  Henri  VII, Thomas 
Lowel  et  Henri  Ainsworth;  le  roi  d'Aragon  et  le  duc  de 
Bretagne  entrèrent  dans  la  ligue  (2).  Mais  les  effets  n'en 
furent  pas  plus  brillants;  il  fallut  deux  ans  aux  confédérés 
pour  entreprendre  quelque  chose;  à  la  fin  de  l'été  de  l'an- 
née 1492,  le  roi  d'Angleterre  envoya  son  aumônier  pour 
engager  Maximilien  à  presser  ses  préparatifs;  lui-même 
traversa  la  mer  et  arriva  le  6  octobre  à  Calais,  avec  vingt- 
cinq  mille  hommes  d'infanterie  et  seize  cents  chevaux  et 
alla  immédiatement  faire  le  siège  de  Boulogne.  Maximilien, 
pendant  ce  temps,  restait  inactif,  et  Henri  conclut  toul- 
à-coup  à  Etaples  un  arrangement  avec  le  roi  de  France, 
par  lequel  il  consentait  à  se  retirer  et  à  lui  abandonner  la 
possession  de  la  Bretagne,  moyennant  743,000  écus  (5). 

Maximilien  était  compris  dans  ce  traité,  mais  ne  voulut 
pas  y  adhérer  et  fit  séparément  la  paix  avec  Charles  VIH. 

Marguerite  d'York,  qui  ne  cessait  de  détester  Henri  VU, 
réussit  l'année  suivante  à  lui  susciter  de  nouvelles  difficul- 
tés, en  mettant  en  avant  un  second  prétendant,  Pelerken 
Waerbeke,  dont  le  succès  fut  d'abord  fort  inquiétant  pour 
le  roi  d'Angleterre;  cette  intrigue  eut  un  effet  fort  préju- 
diciable au  commerce  de  la  Flandre  :  le  roi,  irrité,  rompit 
toute  relation,  rappela  tous  les  Anglais  qui  se  trouvaient 
dans  le  comté  et  chassa  les  Flamands  de  l'Angleterre;  en 
outre,  il  transféra  à  Calais  l'étape  de  Bruges  et  défendit  de 
transporter  aucune  marchandise  vers  la  Flandre.  Philippe 


(1)  Voir  sur  ce  personnage  :  Les  missions  diplomatiques  de  Pierre  Anche- 
manl,  p.  15,  par  le  Bon  Kervyn  de  Volkaersdeke. 

(2)  RïMER,  édit.  hoU.,  t.  V,  P.  IV,  p.  12,  13,  14,  15,  16,  17. 
(5)  Hume,  Hist.  d'Angleterre,  t.  IV,  p.  CO. 


—  268  — 

le  Beau  usa  de  représailles,  chassa  les  Anglais  et  inlerdil 
tout  commerce  avec  eux. 

Cet  état  de  choses  se  prolongea  pendant  deux  ans;  à  la 
fin,  les  marchands  de  Flandre  qui  supportaient  à  regret 
la  perte  résultant  de  l'interruption  de  leur  commerce  avec 
l'Angleterre,  firent  de  tels  efforts  auprès  de  l'archiduc 
que  celui-ci  consentit  à  envoyer  des  commissaires  à  Lon- 
dres pour  entrer  en  accommodement;  celaient  le  seigneur 
de  Beveren,  Paul  de  Baenst,  Robert  de  Melun,  le  sire  de 
Merwede,  Jean  de  Courteville,  Thomas  Portinari  et  Flo- 
rent Hauweei.  Le  24  février  U93  fut  signé  à  Londres  un 
traité  de  commerce  fort  favorable  aux  Flamands,  qui  lui 
donnèrent  longtemps  le  nom  ô'interairsus  magmis  ou 
grand  traité.  Une  clause  fondamentale  fut  que  l'archiduc 
promettait  de  ne  recevoir  dans  ses  états  aucun  ennemi  du 
roi  d'Angleterre,  prohibition  qui  fut  étendue  au  domaine 
particulier  de  la  duchesse  douairière  (i)- 

Ce  traité  est,  depuis  la  mort  de  Philippe  le  Bon,  un 
des  seuls  actes  importants  où  il  est  spécialement  question 
des  intérêts  de  la  Flandre;  il  est  aussi  le  dernier  de  ce 
siècle.  La  portée  de  cet  accommodement  est  double,  il 
décrète  les  bases  sur  lesquelles  les  puissances  contractan- 
tes établissent  la  liberté  de  la  mer  et  les  franchises  du 
commerce,  voilà  pour  le  peuple;  et  établit  les  rapports 
entre  les  deux  états,  à  la  suite  de  leurs  démêlés  politiques, 
voilà  pour  les  princes. 

Ces  conventions,  pour  ce  qui  concerne  le  commerce, 
furent  plusieurs  fois  renouvelées  et  confirmées,  d'abord 
le  7  juillet  1497,  ensuite  le  25  août  1498  et  le  18  mai 
1499(2). 


(1)  RïMER,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  lY,  p.  81,  82.  Les  plénipolentiaii-es  anglais 
élaient  révèque  de  Durham,  Jean  Welles,  Jean  Kendhal,  Guillaume  War- 
hani,  Chrisloplie  Worswike  et  Jean  Risley. 

(2)  RïMER,  édit.  holl.,  t.  V,  P.  IV,  p.  113,  129,  156. 


—  269  — 

Nous  nous  arrêtons  ici;  avec  la  dernière  année  du  XV'' 
siècle  se  termine  notre  lâche;  le  rôle  de  la  Flandre  est  déjà 
suffisamment  effacé  sous  le  règne  des  Archiducs;  nous 
n'achèverons  donc  pas  de  faire  voir  combien  noire  pays 
fut  de  plus  en  plus  mis  en  oubli. 

Après  les  ducs  de  Bourgogne,  il  n'est  plus  question  de 
la  Flandre  comme  étal  séparé,  dans  les  pièces  diploma- 
tiques; faisons  donc  comme  les  diplômes,  mais  bien  à 
regret,  n'en  parlons  plus  ici  :  allons  à  d'autres  travaux,  et 
essayons  de  continuer  une  œuvre  savante,  commencée  par 
deux  hommes  estimables,  l'un  professeur,  l'autre  magistral, 
sur  les  institutions  civiles  et  politiques  de  notre  cher  pays. 

Quant  à  notre  Histoire  des  relations  diplomatiques  entre 
la  Flandre  et  V Angleterre  au  moyen  âge,  nous  laissons  le 
public  savant  en  apprécier  la  valeur, 


Feci  quod  polui,  faciant  meliora  sequenles. 


Emile  Varenbergh. 


—  270  — 

Pièces  justificatives. 

I. 

(Voir  page  245). 

Henri  VI,  roi  d'Angleterre,  ordonne  à  tous  ses  sujets  anglais   de 
respecter  les  biens  de  ses  sujets  de  Flandre,  par  terre  el  par  mer. 

Henricus,  Dei  gratia  Rex  Anglie  et  Francie  et  dominus  Hi- 
bernie,  vicecomitibus  Londoo.  salutem.  Orania  et  qiiibus  con- 
quesiione  fldelium  ligeorum  et  subditoriim  nostrorum  et  corone 
nostrae  Francie  existunt  ad  nostrum  pervenit  auditum,  quod 
quidam  ligeorum  et  subditorum  uostrornm  regni  nostri  Anglie 
prisas  et  capciones  hominum  ac  navium  bonorum  et  mercandi- 
sarum  ipsorum  subditorum  nostrorum  Flandrie  ac  alia  dampna 
et  mala  enormia  eisdem  ligeis  et  subditis  nostris  Flandrie  uos- 
tre  supra  mare  contra  formam  appunctuamenti  finalis  pacis 
inter  dicta  duo  régna  nostra  enite  et  concluse  fecerunt  et  per- 
petrarunt  et  adhuc  faciunt  et  perpétrant  indies  non  désistant 
unde  ex  parle  prediciorum  subditorum  nostrorum,  nobis  est 
humilitcr  supplicatum  ut  sibi  de  remedio  congruo  et  bac  parle 
providere  dignaremus.  Nos  premissa  débite  pondérantes  ad  pa- 
cem  et  tranquilliiatem  universis  ligeis  et  subditis  nostris  utro- 
rum  prediciorum  regnorum  nostrorum  et  inter  eos  inviolabiliter 
observari  et  observare  volentes,  vobis  de  avisamento  et  assensu 
consilii  nostri  prœcipimus  lirmiter  injungentes  quod  statis  visis 
presentibus,  in  locis  infra  civitatem  prediclam  et  suburbia 
ejusdem  ubi  magis  expediens  fuerit  et  necesse  publiée  ex  parle 
nostra  proclamari  faciaiis  ne  quis  de  eorum  ligeorum  et  subdi- 
torum nostrorum  dicti  regni  nostri  Anglie  aliquas  hujusmodi 
prisas  sive  captiones  bominum  aut  navium,  bonorum  sive  mer- 
candisarum  de  eorum  ligeorum  et  subditorum  nostrorum  Flan- 
drie aut  aliorum  quorumcunqiie  predicti  regni  nostri  Francie, 
sive  aliqua  alia  dampna  vel  mala  quecunque  eisdem  ligeis  et 
subditis  noslris  in  personis  vel  in  rébus  aliquo  quesito  colore 
facere  sive  facere  présumât  intimantes  eisdem  ligeis  et  subditis 


—  27i  — 

nostris  predictis  regni  nostri  Anglie  quod  si  quis  eorum  quic- 
quid  contra  forniam  presentis  proclamationis  iiostre  fecerit  sive 
aitemptaverit,  nos  eos  et  eorntn  qiiemlibct  talitcr  castigabiinus 
et  punietnus  qnod  eorum  castigatio  et  punitio  aliis  tali...  delin- 
quentibus  cedet  io  exeinplum  et  hoc  nnllateniis  omittaiis.  Teste 
ipso  apud  Westm.  xiiij  die  julii  anno  regni  nostri  quarto  (13  juil- 
let 1426).  (Signé)  Wymbyssii. 

(Archives  de  la  ville  de  Gand,  Inventaire  n»  544.  — 
Original  scellé  en  cire  blanche,  simple  queue  en 
parchemin  ,  sceau  endommagé.  —  Provenant 
des  chartes  confisquées  par  Charles  V,  a»  1559). 

II- 

(Voir  page  251). 

Vidimus  d'un  Irailé  de  commerce  avec  l'Angleterre  au  profil  de  la 
Flandre  et  du  Brabant. 

A  tous  ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront  ou  orront. 
Borgmaistres,  eschevins  et  conseil  de  la  ville  de  Bruges,  salut. 
Savoir  faisons  nous  du  jour  et  hur  avoir  veu  et  regardé  cer- 
taines lettres  patentes  scellées  sicome  de  prime  faie  sembloit, 
des  scelz  de  très  honourables  et  saiges  seigneurs,  Willem  Lyu- 
dewode,  garde  du  privé  scel,  et  Jean  Stoppyndone,  clerc  des 
rolles  de  la  chancelerie  de  très  hault,  très  excellent  et  très  puis- 
sant prince  le  Roy  d'Angleterre  et  du  signet  de  très  vénérable 
et  sage  sgr,  mess.  Estienne  Wiltone,  docteur  en  droit  canon  et 
civil,  en  cire  vermeille,  à  double  queues,  saines,  entières,  sans 
vice  et  sans  suspition,  contenant  le  teneur  qui  s'ensuit  : 

Nous  Willianime  Lyndewode,  garde  du  privé  scel,  et  Jehan 
Scopyndone,  clerc  des  rolles  de  la  chancelerie  de  très  haut, 
très  excellant  et  très  puissant  prince  le  Roy  de  France  et 
d'Angleterre,  nostre  souverain  seigneur,  Thomas  Bekyntone  et 
Estienne  Wiltone,  docteurs  en  droit  canon  et  civil,  commis- 
saires et  aians  povoir  en  ceste  partie  de  par  le  Roy,  nostre  dit 
sgr,  duquel  povoir,  la  teneur,  de  mot  à  mot,  s'ensuit  :  «  Hen- 
ricus,  Dei  gratia  rex  Anglie  et  Francie  et  dominus  Hibernie, 


—  272  — 

magistro  Willelmo  Lyadewode,  custodi  privati  sigilli  nostri, 
Johannis  Stopyndone,  clerico  rotulorum  cancellarie  nostre, 
Thome  Bekyntone  et  Stephano  Wiltone,  legura  et  decretorum 
doctoribus,  3C  Roberto  VVithyngham,  salutem.  Sciatis  quod 
cum  aliis,  dicte  treuge  et  intercomunicationes  mercandisarum, 
intres  [sic)  subdiios  nostros  Anglie  et  Hibernie  et  Calesie,  et 
illos  de  Brabaiitia,  Flaiulria  doniinio  et  ville  de  Maehlinia, 
extunt  usque  ad  finem  triennii  siib  cerlis  inodis  et  formis  du- 
raturœ  habite  fuerunt  tractate,  appuncluate  et  concluse,  et  jam 
exparte  illustrissime  principisse  carissime  consanguinee  nostre 
ducisse  Burgundie,  nobis  est  humiliter  supplicatum,  ut  treugas 
sive  intercommunicationes  predictas  prorogare  dignaremur, 
hinc  est  quod  nos  de  fidelitatibus  et  circonspectionibus  vestris 
plurimum  confidentes;  assignavimus  vos,  quinque,  quatuor  et 
très,  vestrum  et  vobis  plenam  tenore  presentiuin,  committimus 
et  damus  potestatem,  auctoritaiem  et  mandatum  spéciale  ad 
commitandum,  certis  locis  et  temporibus,  cum  magistro  Hen- 
rico  Utenhove,  Paulo  Deschamps  et  Lodovico  Dommessent, 
oratoribus,  sive  commissariis  predicte  consanguinee  nostre  ple- 
nam sufficientem  et  requisitam  potestatem  in  hac  parte  haben- 
tibus  ac  de  et  super  conlinuacione  et  prorogaiione  hujusmodi 
treugarum  sive  intercommunicationum  a  fine  et  expiratione  dicti 
termini,  usque  ad  finem  quinquemmi,  tune  proximum  sequen- 
tem,  extendenies  et  prorogantes  cum  effectu.  Et  ideo  vobis 
mandamus,  quod  articula  promissa  diligenter  intendatis  et  ea 
facere  exequamini  et  explicatis  in  forma  predicta  et  promit- 
timus  nos  bona  fide  ratum  gratum  firraum  et  stabile  habituri 
totum,  et  quicquid  per  vos  quinque,  quatuor  seu  très  vestrorum, 
actum,  geslum,  seu  conclusum,  fuerit  in  premissis  ac  ea  per 
vos  sic  acta  per  litteras  nostras  patentes  approbare,  ratiCScare 
et  confirmare.  In  cujus  rei  testimonium  bas  litteras  nostras 
fieri  fecimus  patentes,  teste  me  ipso  apud  Westm.  xxiii^  decem- 
bris  anno  regni  nosiri  decimo  ociavo.  Sic  signatum  per  Ipsum 
Regem.  Sturgeon.  » 

Savoir  faisons  à  tous  que  comme  le  xxix''  jour  de  septembre 
derreinement  passé,  entre  le  Roy  nostre  dict  seigneur,  par  ses 
gens  et  ambassadeurs  d'une  part,  et  très  hault  et  très  puissant 


—  273  — 

princesse,  la  Duchesse  du  Bourjjoingne,  fondée  de  povoir  cl 
aucloritée  soiifBsamment  eu  ceste  partie  par  le  duc  de  Bour- 
goingne,  son  seigneur  et  mari,  d'autre  part.  Sur  le  fait  de 
l'entrecours  et  communication  de  la  marchandise,  de  la  pes- 
cherie  de  mer  et  d'autres  choses  nécessaires,  touchans  l'uthiliié, 
comme  des  royaumes  d'Angleterre,  seigneurie  d'Irlande  et  ville 
de  Calais,  d'une  part,  et  les  duchés,  conté  et  pais  de  Brebant, 
Flandres,  seigneurie  et  ville  de  Malines,  d'autre  part,  aient  esté 
traittiez,  appointiez  et  concluz  pour  le  terme  de  trois  ans,  qui 
commenceront  au  regart  de  la  terre,  ledit  xxix''  jour  de  sep- 
tembre derrein  passé,  au  regart  de  la  pescherie,  le  v"  jour  dn 
mois  d'octobre  ensuivant  et  aussi  derrein  passé,  et  au  regart 
du  senrplus,  c'est  assavoir  de  la  mer,  le  premier  jour  de  no- 
vembre aussi  derrain  passé,  et  finissans  lesdiz  trois  ans,  le  pre- 
mier jour  de  novembre  qui  sera  l'an  mil  cccc  quarante-deux 
icellui  jour  inclus,  les  poins  et  articles  qui  s'ensuivent. 

Premièrement,  que  tous  marchans  tant  du  royaume  d'Angle- 
terre, d'Irlande  et  de  Calais,  comme  les  marchans  des  duchié, 
conté  et  pais  de  Brabant,  de  Flandres,  ville  et  seigneurie  de 
Malines,  soient  marchans  de  laines,  de  cuirs,  de  vitailles  ou  de 
quelconques  autres  marchandises  et  leurs  facteurs  et  familliers 
puissent  seurement  aler  par  terre  à  pie,  à  cheval  ou  autrement, 
et  en  passant  en  et  oultre  l'eaue  de  Gravelingues,  de  Calais, 
en  Brabant,  en  Flandre  et  à  Malines,  et  de  Brabant,  de  Flan- 
dres et  de  Malines  à  Calais,  ensemble  leurs  biens  et  marchan- 
dises, en  tenant  leur  chemin  entre  la  mer  et  les  chasteaulx  de 
Mark  et  Doye,  et  marchander  les  ungs  avec  les  autres,  et  de 
toutes  manières  de  marchandises,  vivres  et  autres,  et  mener  et 
ramener  ou  faire  mener  et  ramener  de  Calais  en  Brabant,  en 
Flandre  et  à  Malines,  et  de  Brabant,  de  Flandres  et  de  Malines 
à  Calais,  leurs  dites  marchandises,  vivres  et  autres,  excepté 
armeures,  artilleries,  canons,  pouidres  et  autres  choses  sembla- 
bles et  invasibics  et  que  lesdits  marchands,  leurs  facteurs  et 
familiers,  puissent  chacuns  d'eux,  à  qui  il  sera  nécessaire, 
acheter  et  avoir  franchement,  de  ceulx  de  l'autre  costé,  des 
vivres,  et  les  mener  par  terre,  en  et  oultre  l'eaue  dessusditie 
les  ungs  aux  autres,  est  assavoir  ceulx  d'Angleterre  et  autres  de 


—  274  — 

la  partie  d'Angleterre,  où  nous  entendons  Yrlande  et  Calais, 
en  Brabant,  en  Flandres  et  à  Malines,  et  ceulx  de  Brabant,  de 
Flandres  et  de  Malines  à  Calais,  en  passant  par  le  chemin 
dessusdit,  sans  empeschement,  destonrbier  ou  dcffence  quel- 
conque, ne  pour  ce  encourir,  en  aucune  peine  et  sans  en  estre 
reprins  en  aucune  manière  des  seigneurs  d'une  costé  et  d'aultre, 
ne  de  leurs  justiciers,  officiers  et  subgez. 

Iteiïi,  que  tous  marchans  d'Angleterre,  d'Irlande  et  de  Ca- 
lais, soient  marchans  de  laines,  de  cuirs,  de  viiailles  ou  de 
quelconques  autres  marchandises,  leurs  facteurs  et  familles, 
maistres  de  nefs  et  mariniers,  puissent  aler  par  mer,  passer, 
repasser,  converser,  venir,  estre  et  demourer  senrement,  esdils 
duchié,  conté  et  pais  de  Brabant,  de  Flandres,  seigneurie  et 
ville  de  Malines,  et  dedens  les  ports  et  havres  d'iceulx,  à  tout 
leurs  biens,  marchandises  et  nefs,  et  marchander  avec  tous 
marchans  de  Brabant,  de  Flandres  et  de  Malines,  et  autres 
marchans  quelconques,  et  leurs  facteurs  et  familliers,  de 
toutes  manières  de  marchandises,  tant  vivres  comme  autres, 
excepté  armeures,  artilleries,  canons,  pouidres  et  autres  choses 
semblables  et  invasibles,  et  en  partir  avec  leurs  dites  nefs, 
biens  et  marchandises,  vivres  et  autres  qu'ilz  pourront  ramener 
et  retourner  seurement.  Et  que  pareillement  tous  marchans 
desdits  pais  et  seigneuries  de  Brabant,  de  Flandres  et  de  Mali- 
nes, soient  marchans  de  laines,  de  cuirs,  de  vitailles  ou  de 
quelconques  autres  marchandises,  leurs  facteurs,  familles, 
maistres  de  nefs  et  mariniers,  puissent  aler,  passer,  repasser 
par  mer,  converser,  estre  et  demourer  seurement  ou  royaume 
d'Englelerre,  en  Yrlande  et  à  Calais,  et  dedens  les  ports  et 
havres  d'iceulx  royaume,  pais  et  ville  autorisez  par  le  Roy,  Et 
est  assavoir  es  ports  et  havres  ou  coustumiers  et  autres  offi- 
ciers sont  ordonnez  pour  vacquer  et  entendre,  sur  l'entrée  et 
yssue  des  nefz  et  marchandises,  et  non  en  aultres,  avec  leurs 
biens,  marchandises  et  neifs,  et  marchander  avecques  tous 
marchans  anglois,  de  toutes  manières  de  marchandises,  tant 
vivres  comme  autres,  excepté  lesdits  armeures,  artillerie,  ca- 
nons, pouidres  et  autres  choses  semblables  et  invasibles,  et 
mener  es  ports  dessusditz  en  Angleterre,  en  Yrlande  et  à  Ca- 


—  275  — 

lais,  leurs  biens  propres,  vivres  et  autres,  et  les  biens  d'au- 
tres desdils  pays  et  seigneuries  de  Brabant,  de  Flandres  et  de 
Maliues,  et  en  partir,  retourner  seurement,  à  tous  leursdils 
biens,  marchandises  et  nefs,  Et  aussi  que  lesdits  rnarchans,  leurs 
facteurs  et  familliers  puissent  chacun  d'eux  à  qui  il  sera  néces- 
saire, acheter  et  avoir  franchement,  de  ceulx  de  l'autre  partie, 
des  vivres  et  les  amener  par  mer  les  uugs  aux  autres.  Et  est 
assavoir  lesdits  d'Angleterre,  d'YrIande  et  de  Calais,  en  Rra- 
bant,  en  Flandre  et  à  Malines,  et  ceuls  de  Brabant,  de  Flan- 
dres et  de  Malines,  en  Angleterre,  en  Yrlande  et  à  Calais,  sans 
être  reprins  de  ce  que  ilz  auront  ainsi  fait  des  seigneurs  de 
l'une  part  ne  de  l'autre,  ne  de  leurs  officiers,  ne  que  par  ceulx 
de  la  partie  d'Angleterre,  aux  marchans  de  Brabant,  de  Flan- 
dres et  de  Malines,  dommaige,  cmpeschement  ne  dcsiourbier 
soit  fait,  ne  aussi  par  ceulx  desdits  pais  de  Brabant,  de  Flan- 
dres et  de  Malines  aux  marchans  de  la  partie  d'Angleterre,  par 
voje  de  fait  pour  cause  de  guerre,  pillerie,  roberie,  faicte  ou  à 
faire,  ne  autrement  en  aucune  manière,  pour  quelconque  cause, 
en  gardant  et  paiant  au  regart  des  marchans  d'Angleterre,  d'Ir- 
lande et  de  Calais  es  pais  de  Brabant,  Flandres  et  Malines,  des 
marchandises  qu'ilz  y  amèneront  etremenront,  Etsemblablement 
an  regart  des  marchans  de  Brabant,  de  Flandres  et  de  Malines 
et  esdits  royaume  et  pais  d'Angleterre,  d'YrIande  et  de  Calais, 
des  marchandises  qu'ilz  y  amèneront  et  remcnront,  tonlieux  et 
devoirs  deuz  et  accoustumez  quant  marchandise  aux  cours  le 
temps  passé,  entre  les  royaunie  et  pais  d'Angleterre,  Yrlande 
et  Calais,  Brabant,  Flandres  et  Malines,  sans  estre  constrains 
à  autres  et  au  regart  des  marchans  d'un  costé  et  d'autre,  tou- 
chant les  marchandises  qu'ilz  menront  et  conduiront  chacun  en 
son  parti,  ils  en  paieront  le  tonlieux  et  devoirs  à  l'ordonnance 
de  leur  prince  et  seigneur,  et  selon  qu'ilz  auront  cours  en  leurs 
pays.  Et  par  ce,  n'est  point  entendu  préjudicier  au  prince  ou 
seigneur  d'une  partie  et  d'autre,  de  mettre  en  ses  pais  et 
seigneuries  telz  tonlieux  et  devoirs  au  regart  de  ses  subgez  que 
bon  lui  semblera,  parmi  ce  que  lesdits  marchans  d'un  costé  et 
d'autre,  leurs  facteurs  et  familliers,  maislres  de  nefs  et  mari- 
niers ausquels  sera  bien  loisible  d'avoir  avec  eulx,  en  leurs 

30 


—  276  — 

nefs,  armeures  et  artillerie  pour  la  garde  ei  sauveraent  de  leurs 
corps  et  biens,  en  alant  par  mer  et  icelles  amener  avec  eulx, 
en  qiielxconques  havres  qu'ilz  arriveni,  lesquelles  armeures  à 
lissir  de  leurs  nefz  ils  laisseront  en  leurs  nefz  ou  vaisseaulx, 
excepté  coutel,  dague  on  espée  qu'ilz  pourront  porter  se  bon 
leur  semble  jusques  à  leurs  hostelz,  où  ilz  seront  tenuz  de 
laissier  leursdiies  espées. 

Toutesvoies  pourra  le  prince  ou  seigneur  d'un  costé  on 
d'autre,  pour  cause  raisonnable,  comme  pour  nécessité  on 
chierté  de  vivres,  faire  deffence  ou  regard  de  telle  manière  de 
vivres  que  il  lui  semblera  estre  à  faire  pour  le  bien  de  lui  et 
de  ses  subgez,  nonobstant  ce  présent  accord;  Et  se  il  avenoit 
que  aucunes  nefz  par  fortune  de  mer  ou  par  chasse  d'ennemis, 
fussent  contrains  de  prendre  avenus,  ports  ou  havres  en  Angle- 
terre qui  ne  seroient  autorisez  comme  dit  est.  En  ce  cas,  elles 
pourront  entrer  et  estre  seuremeni  esdiis  ports  et  havres,  sans 
ce  que  l'en  puisse  en  icelles  estans  ausdits  havres  et  ports, 
chargier,  mettre  ne  déchargier  quelconques  denrées,  vivres, 
marchandises  ne  autres  choses. 

Item,  que  lesdits  marchands  d'Angleterre,  leurs  facteurs  et 
familiers,  maistres  de  nefz  et  mariniers  puissent  esire  conver- 
ser et  demourer  seurement  es  pais  de  Brabant,  Flandres  et 
Malines  et  es  ports  et  havres  d'iceulx  pais  avec  leurs  neifz, 
biens  et  marchandises  quelconques,  vivres  et  antres  et  sem- 
blablement  les  marchandises  de  Brabant,  Flandres  et  de  Ma- 
lines, et  leurs  facteurs  et  familliers,  maistres  de  nefz  et  mari- 
niers, puissent  estre  converser  et  demeurer  seurement  ou 
royaume  d'Angleterre,  en  Yrlande  et  à  Calais,  et  es  ports  et 
havres  d'Angleterre,  d'Yrlande  et  de  Calais  dessusdiiz,  sans  ce 
par  ceulx  de  Brabant,  Flandres  ou  Malines,  ne  par  autres  quel- 
conques, de  quelque  nacion  ou  contrée  qu'ilz  soient,  soit  meffait 
ou  donné  empeschement  on  destourbier  aux  marchans  de  la 
partie  d'Angleterre,  ne  par  ceulx  d'icelle  partie  d'Angleterre 
ou  aultres  quelconques,  aux  marchands  de  Brabant,  Flandres 
et  Malines,  ne  à  leurs  facteurs  et  familiers,  maistres  de  nefs  et 
mariniers  d'un  costé  et  d'autre  par  voye  de  fait  pour  cause  de 
guerre,  pillerie,  roberie  faicte  ou  à  faire  ou  autrement  en  au- 


—  277  — 

cunc  manière,  pourveu  que  les  marchans  d'autres  pais  qiiclx- 
conqiies  soient  aussi  seurement  à  tout  leurs  nefs  et  biens  èsdits 
pais  de  Brabaut,  Flandres  et  Malines  et  es  ports  et  havres  dudit 
pais  de  Flandres,  sans  ce  que  par  ceulx  de  la  partie  d'Anj^le- 
terre  leur  soit  illec  meffait  on  donné  empeichement  ou  destour- 
bier  par  quelconque  desdils  autres  pais,  fait  dommage  ou  donné 
empeschement  en  corps  ne  en  biens,  en  quelque  manière  que 
ce  soit,  à  ceulx  de  la  partie  d'Angleterre,  leurs  facteurs,  fa- 
milliers  et  biens  quelxconques  estcns  èsdits  pays  de  Brabant, 
Flandres,  seigneurie  et  ville  de  Malines  et  es  ports  et  havres 
d'iceulx,  et  aussi  que  lesdils  marchans  de  la  partie  d'Angle- 
terre, de  Brabant,  Flandres  et  Malines  et  leurs  facteurs  et 
familliers,  maistres  de  nefz  et  mariniers  puissent  de  leur  partie 
entrer  es  villes  fermées  de  l'autre  partie,  sans  en  demander 
congié,  fors  pour  la  première  fois  seullement,  à  chacune  venue 
que  ilz  feront  de  leur  pais  en  l'antre,  pourveu  que  aux  portes 
desdites  villes,  où  il  sera  besoing,  que  lesdits  marchans,  leurs 
facteurs,  familliers,  maistres  de  nefs  et  mariniers  entrent,  de 
demander  congié,  soient  mis  certaines  gens  qui  aient  povoir  de 
leur  donner  ledit  congié  d'entrer.  Et  ou  cas  que  ilz  ne  tronve- 
roient  aucuns  telz  gens  ausdites  portes,  que  eulx  pourront  lici- 
tement et  sans  aucun  empeschement  entrer  et  chevaucher  ou 
aler  jusques  à  leurs  hoslels  et  illec  demourer,  sans  partir,  jus- 
ques  à  ce  que  leurs  hosles  auront  signiffié  leur  venue  aux  cap- 
pitaines  ou  officiers  desdites  villes,  lesquels  hostes  ou  leurs 
servans,  après  ce  que  ils  en  seront  requis,  seront  tenus  tantost 
sur  la  venue  desdits  marchans  de  faire  signifiance  de  leur  venue 
auxdits  cappitaines  ou  officiers.  Et  ou  cas  que  par  négligence 
ou  autrement,  ladite  signifiance  ne  seroit  faite,  que  les  mar- 
chans deux  heures  après  leur  venue  porront  départir,  aler  et 
passer  avant  sur  leur  chemin  et  en  leurs  affaires.  Et  se  ils 
trouvoient  ausdites  portes  aucune  personne  ou  personne  et  par 
leur  congié  ils  pussent  entrer  èsdites  villes  fermées,  ilz  ne  for- 
feront  rien.  Ja  soit  ce  que  icelluy  ou  ceulx  qui  lui  anroicnt 
donné  ledit  congié,  n'en  eust  aucune  puissance,  mais  feust  fait 
par  simplesse,  fraude  ou  malingin. 

Item,  que  tous  pèlerins,  d'un  costé  et  d'autre,  en  alant  en 


—  278  — 

pèlerinage  el  aussi  les  clercs   d'Angleterre ,   d'Irlande  et   de 
€alais,  alant  vers  la  court  de  Rome  ou  le  concile  général,  et 
en  retournant,  puissent  entrer  par  mer  et  aussi  par  terre  à  pié, 
à  cheval  ou  autrement,  ceulx  de  l'une  paitie  on  pais  de  l'autre 
partie,  et  passer  et  repasser  paisiblement  par  iceulx  et  y  estre 
seurement,  franchement,  et  aussi  aler,  passer  et  repasser  par 
terre,  à  pié,  à  cheval  ou  autrement,  de  Calais  en  Flandre  et 
en  et  oultre  l'eaue  de  Gravelingues,  et  de  Flandres  à  Calais, 
en  tenant  leur  chemin  entre  la  mer  et  lesdits  chasteaulx  de 
Marck  et  Doye,  sans  ce  que  par  ceulx  de  Brabant,  Flandres  et 
Malines  ou  autre  que  quelconque  nacion  soit  meffait,  ne  donne 
empeschement  ne  destourbicr  aux  pèlerins  ou  clercs  de  la  par- 
tie d'Angleterre,  ne  par  ceulx  de  celles  parties  d'Angleterre 
aux  pèlerins  de  lîrabant,  Flandres  et  Malines,  par  voye  de  fait 
pour  cause  de  guerre,  pillerie  ou  roberie  faicte,   à  faire  ne 
autrement  en  aucune  manière,  pourveu  que  à  l'entrée  des  villes 
fermées  ils  prendront  congié  aux  gardes  des   portes  pour  y 
entrer  et  ne  demeurront  en  une  ville  fermée  ou  autre  que  une 
nuit,  se  ne  soit  que  pour  maladie,  pour   faute  de  vent  on  de 
navire,  s'il  avenoit  sur  port  ou  havre  de  nier,  ou  pour  faire  ou 
rechevoir  les  changes  de  leur  argent,   il  leur  convenist  faire 
plus  longue  demeure,  et  se  mestier  estoit,  et  ilz  en  esioient 
requis  à  l'entrée  desdites  villes  fermées,  ceulx  de  l'une  partie 
feront  serment  à  l'autre  partie  que  pour  mal  faire  ou  pour- 
chasser à  l'autre  partie,  ses  subgez,  villes  ou  pais,  ils  ne  pas- 
sent par  icelles,  duquel  serment  sans  autre  contrainte  ou  em- 
peschement seront  creuz,  et  pourveu   aussi   que  aux  portes 
desdiies  villes  fermées  où  il  sera  besoing,  ausdits  pèlerins  et 
clercs  de  demander  congié,  soient  rais  certaines  gens  qui  aient 
povoir  de  leur  donner  lesdits  congiés,  donner  et  recevoir  d'eulx 
se  mestier  est,  lesdits  serments,  par  la  manière  dessusdite,  Et 
ou  cas  qu'ilz  ne  trouveront  aucunes  telz  gens  ansdites  portes 
que  ilz  pourront  licitement  et  sans  aucun  empeschement  entrer, 
chevauchier  ou  aler  jusques  à  leurs  hostelz  et  illec  demourer 
sans  partir,  jusques  à  ce  que  leurs  hostes  auront  signiffié  leur 
venue  aux  cappiiaines  ou  officiers  desdites  villes,  lesquelz  hostes 
ou  leurs  servans,  après  ce  qu'ilz  en  seront  requis,  seront  tenuz 


~  279  — 

tantost  sur  la  venue  desdits  pèlerins  et  clercs  de  faire  signifiance 
de  leur  venue,  ausdit  cappitaines  ou  officiers,  Et  ou  cas  que 
par  négligence  ou  autrement,  ladite  signifiance  ne  soit  faictc 
par  lesdits  pèlerins  et  clercs  dedens  deux  heures  après  leur 
venue,  pourront  départir,  aler  et  passer  avant,  sur  leur  chemin 
et  en  leurs  affaires,  et  se  ilz  trouvoient  ausdites  portes  aucune 
personne  ou  persones  et  pour  leur  congié,  ils  puissent  entrer 
èsdites  villes  fermées,  que  ilz  ne  forferont  rien,  ja  soit  ce  que 
celui  ou  ceulx  qui  leur  auroient  donné  ledit  congié  n'en  eus- 
sent aucune  pui^ssance,  mais  l'eussent  fait  par  simplesse,  fraude 
ou  malengin. 

Item,  que  tous  pescheurs,  tant  d'Angleterre,  d'Yrlande,  de 
Calais,  comme  des  pais  de  Brabant  et  de  Flandres,  pourront 
paisiblement  aler  par  tout  sur  mer  pour  peschier  et  gaignier 
leur  vivre,  sans  empeschement  ou  destourbier  de  l'une  partie 
ne  de  autre,  Et  avec  ce  se  fortune  ou  autre  aventure,  chassoit 
ou  amenoit  lesdits  pescheurs  de  la  partie  d'Angleterre  en  au- 
cuns des  ports,  havres,  dcstrois  ou  dangiers  desdits  pais  de 
Brabant  ou  de  Flandres  ou  lesdits  pescheurs  desdits  pais  de 
Flandres  et  Brabant,  en  aucuns  desdits  ports,  havres,  destrois 
ou  dangiers  du  royaume  d'Angleterre.  Yrlande  et  de  Calais, 
que  ilz  y  soient  paisiblement  et  franchement  receus  et  traitez 
raisonnablement,  d'un  costé  et  d'autre,  en  paiant  aux  lieux  où 
ils  armeront,  les  tonlieux  et  devoirs  acousiumez  et  d'illec  puis- 
sent libéralement  retourner  à  tous  leurs  nefz  applois  et  biens, 
sans  destourbier,  arrest  ne  empeschement,  pourveu  que  par  les 
dits  pescheurs  d'un  costé  et  d'autre  ne  soit  commise  aucune 
fraude  ou  fait  dommaige. 

Item,  que  esdits  ports  et  havres  de  Brabant  ou  de  Flandres, 
aucuns  escumeurs  ne  gens  labourans  sur  la  guerre,  soient 
Françoys,  Flamengs  ou  d'autres  païs  quelxconques,  ne  seront 
souffers  entrer  ne  yssir  pour  faire  grevance  aux  marchans,  leurs 
facteurs,  familliers,  niaistres  de  nefz  et  mariniers,  aux  pèlerins, 
clercs  ou  pescheurs  de  la  partie  d'Angleterre,  ne  à  leurs  biens 
cl  marchandises,  et  aussi  que  aux  et  havres  d'Angleterre, 
d'Yrlande  et  de  Calais,  aucuns  cscumcnrs  ne  gens  labourans 
sur  la  guerre,  soient  Anglais,  Yrlandais  ou  aultres,  ne  seront 


—  280  — 

soiiffers  entrer,  ne  yssir  pour  faire  grevance  aux  marchans, 
leurs  facteurs,  familliers,  niaistre  de  uefz  et  mariniers,  pèlerins, 
clercs  ou  pescheurs  de  Brabant,  Flandres  et  Malines,  ne  à 
leurs  biens  et  marchandises. 

Item,  se  durant  ledit  terme  de  trois  ans,  aucun  dommaige, 
que  Dieu  ne  veuille,  estoit  fait  d'un  costé  ou  d'autre,  contre  ce 
présent  accort,  par  quoy  il  en  convenist,  se  requeste  ou  pour- 
suicte  que  la  personne  ou  personnes,  de  quelconque  estât  qu'ilz 
soient  jusques  au  nombre  de  dix  personnes  et  autant  de  che- 
vaulx,  ou  aii-dessoulx,  qui  de  la  partie  d'Angleterre,  c'est  assa- 
voir de  par  le  roy  d'Angleterre,  de  par  le  cappitaine  de  Calais, 
de  par  la  compagnie  de  l'estapple  audit  lieu  de  Calais,  et  de  la 
partie  de  Brabant,  Flandres  et  de  Malines,  pour  leur  seigneur 
ou  par  les  quattre  membres  dudit  pais  de  Flandres  ou  d'aucun 
d'iceulx  seront  pour  telle  cause  envoiez  en  Angleterre,  à  Calais, 
en  Brabant,  Flandres  ou  Malines  ou  ailleurs,  d'un  costé  ou 
d'autre  pourront  passer  par  terre  ou  par  mer,  seuremeni  entrer 
et  demourer  franchement  es  villes  fermées,  pareillement  comme 
dessus  est  déclaré  des  marchans  d'un  costé  et  d'autre  et  entendre 
à  la  poursuite  de  leurs  besoingnes,  par  vertu  de  ce  présent  ac- 
cort, sans  empeschement,  ne  avoir  pour  ce  aultre  saufconduit. 

Item,  et  se  par  escumeurs  ou  autres  gens  labourans  sur  la 
guerre,  aucuns  biens  de  marchans  de  la  partie  d'Angleterre  ou 
de  Brabant,  Flandres  ou  Malines,  estoient  prins  sur  mer  ou 
amenez  en  aucuns  des  ports  ou  havres  de  l'une  partie  ou  de 
l'autre,  que  iceulx  biens  ne  pourront  illec  estre  vendus  ne  alié- 
nez sur  terre  ne  mis  à  terre,  et  se  ils  estoient  ainsi  vendus, 
aliénez  sur  terre  ou  mis  à  terre,  que  restitution  sera  faite  des- 
dits biens  ou  de  leur  valeur,  aux  marchans  de  qui  l'on  les 
avoit  prins,  et  auront  les  officiers  des  lieux  mandement  exprès 
par  lettres  patentes  telles  qu'il  appartient  de  faire  faire  la  resti- 
tution toutes  les  fois  que  le  cas  y  eschera,  sur  peine  de  le 
recouvrer  sur  eulx,  se  lesdits  biens  estoient  ainsi  vendus  ou 
aliénés  à  terre  ou  mis  à  terre  de  leur  sceu  ou  souffrance,  et 
avec  ce  sera  faicte  deffence  es  ports  et  havres  d'un  costé  et 
d'autre  sur  certaines  et  grosses  paines  que  aucun  de  quelque 
nacion  qu'il  soit,  ne  achette  à  terre,  ne  pour  mettre  à  terre 
aucun  desdits  biens. 


—  281  — 

Item,  que  es  vitailles,  marchandises  et  autres  biens  venaus 
des  parties  de  l'est,  vers  le  Roy  d'Angleterre  ou  à  Calais,  ou 
devers  Brabant,  Flandres  et  Malines,  pour  quelxeonques  per- 
sonnes, non  ennemis  à  l'une  partie  ne  à  l'autre,  et  en  quelx- 
conques  vaisseaulx  ils  soient  menez,  ne  sera  par  ceulx  de  l'un 
part  ne  de  l'autre  rais  empcschement  ne  destourbier  en  quel- 
que manière. 

Item,  se  durant  ledit  terme  aucuns  vaisseaulx  des  marchans 
de  la  partie  d'Angleterre  ou  de  Brabant,  Flandres  ou  de  Mali- 
nes,  non  ordonnez  pour  guerre,  chargiez  ou  non  chargiez, 
estoient  par  fortune  de  temps  devenus  ou  autrement  chassiez 
ceulx  de  l'une  partie  en  aucuns  des  ports  ou  havres  de  l'autre 
partie,  lesdits  vaisseaulx  avec  les  marchans  et  mariniers  estant 
en  iceulx  seront  receus  seureraent  et  seu  porront  partir  franche- 
ment à  tous  leurs  biens  et  marchandises,  sans  content  ne 
destourbier,  pourveu  que  ilz  mettent  à  terre  ne  en  autres 
vaisseaulx  ieursdits  biens  et  marchandises  sans  coogié  et  licence 
des  officiers  du  prince  du  pais  ou  d'autres  aiaos  povoir  à  ce. 

Item,  que  les  maistres  des  nefs  et  mariniers  de  la  partie 
d'Angleterre,  à  leur  venue  es  ports  et  havres  des  pais  de  Bra- 
bant, de  Flandres  et  Malines  porront  faire  licitement  lier  leurs 
nefs  èsdits  ports  et  havres  par  la  manière  que  feront  François, 
Hollandois,  Zellandois  et  Escoçois,  sans  encourir  pour  ce  en 
aucune  forfaicture  ou  amende,  et  semblablement  le  pourront 
faire  les  maistres  des  nefs  et  mariniers  de  Flandres  es  ports  et 
havres  de  la  partie  d'Angleterre. 

Item,  que  ledit  terme  durant  les  marchans,  maistres  de  nefs 
et  mariniers  desdits  pais  de  Brabant,  Flandres  et  de  Malines 
ne  anteront  par  fraude  ne  couleur  quelconque,  aucuns  biens 
ou  marchandises  des  ennemis  des  Anglois  par  mer,  et  au  cas 
qu'ils  en  seront  demandez  par  aucuns  escumeurs  ou  autres 
gens  de  la  partie  d'Angleterre,  ils  en  feront  juste  et  plaine 
confession,  et  que  pareillement  les  marchans,  maistres  de  nefs 
et  mariniers  de  la  partie  d'Angleterre  ne  anteront  par  fraude 
ne  couleur  quelconque  aucuns  biens  ou  marchandises  de  estran- 
giers  ennemis  des  Brabançons,  des  Flamens  et  de  ceulx  de 
Malines.  Et  se  ils  estoient  demandez  par  aucuns  de  Brabant» 


—  282  — 

de    Flandres  et  de  Malines,  ils  en   feront  juste  confession, 
comme  dit  est. 

Item,  que  durant  le  temps  de  ce  présent  accort  aucune  nef 
ou  vaisseau  de  la  partie  d'Angleterre,  chargié  de  biens  et  mar- 
chandises, par  fortune  ou  tempête  de  nier  ou  autrement,  tou- 
choit  à  la  terre  ou  périssoit  sur  la  coste  ou  es  havres  desdits 
pais  de  Flandres,  de  Brabant  et  de  Malines,  se  en  icelle  nef  ou 
vaisseau  demouroit  homme,  feme,  enfant,  ne  «bien,  chat  ou 
coq  vivans,  les  hommes,  biens  et  marchandisîs  d'icelle,  demou- 
rant  sauf  à  ceulx  à  qui  ilz  appartennent  en  paiant  constaiges 
raisonnablement  à  ceulx  qui  les  auront  sauvez,  sans  ce  que 
lesdits  biens  puissent  estre  dits  confisquez  ne  perduz,  pourveu 
aussi  que  ce  pendant  soit  fait  et  observé  es  pais  et  havres 
d'Angleterre,  Yrlande  et  Calais,  au  regart  des  navires  de  Bra- 
bant, Flandres  et  Malines  qui,  par  la  manière  dessus  dite, 
toucheroient  à  terre  ou  périlleront. 

Item,  que  par  ladite  partie  d'Angleterre  sera  désigné  chemin 
grant  et  large  entre  Calais  et  Gravelingues  pour  les  marchans 
d'un  costé  et  d'autre  et  autres  comprins  en  cesie  seurlé  y  aler, 
passer  et  retourner  seurement;  Et  pour  la  partie  de  Flandres 
sera  fait  et  désigné  pour  les  marchans  et  autres  personnes  de 
la  partie  d'Angleterre  dessus  exprimés  grant  chemin  et  large 
assez  pour  aler,  passer  et  retourner  seurement  par  les  dunes  de 
Flandres,  sans  y  estre  arrestez  ne  empeschiez  par  ainsi  qu'ilz 
ne  amenront  avec  eulx  aucuns  leurs  chiens  ne  feront  aucun 
dommaige  ou  prinse  de  connyns  [sic).  Et  se  il  avenoit  que  au- 
cuns de  la  partie  d'Angleterre,  en  alant  par  le  chemin  désigné 
dedens  les  dunes,  passassent  par  ignorance  dehors  icelluy  che- 
min, de  laquelle  ygnorance  ils  sont  creuz  par  leur  serment, 
sans  autre  preuve  faire.  En  ce  cas,  ils  ne  seront  empeschiez, 
perturbez,  ne  arrestez,  mais  procéderont  oultre  en  continuant 
leur  chemin  seurement  et  paisiblement,  et  pareillement  sera 
fait  à  ceulx  de  Brabant,  Flandres  et  Malines,  en  passant  par 
les  chemins  désignez  entre  Calais  et  Gravelingues. 

Item,  que  tons  ce  qui  a  esté  fait  et  attempte  en  quelque  ma- 
nière que  ce  soit  contre  les  subgez  du  Roy  d'Angleterre  es  pais 
de  Brabant  ou  de  Flandres,  depuis  la  journée  de  la  convention 


-  285  — 

desdits  termes  et  autres  sur  la  matière  de  la  paix  contre  les 
vigueur  et  force  des  saufconduits  deus  esdits  pais,  ottroiés  aus- 
dits  subgez  du  Roi  et  aussi  certains  dommaiges  faicts  en  Bra- 
bant  et  Flandres,  à  maistre  Estienne  Wilton,  docteur  es  lois,  et 
messire  Robert  Clifton,  chevalier,  lors  envoyez  en  ambassade  au 
concile  de  Basle  et  ailleurs  de  par  le  Roy  d'Angleterre,  devant 
la  publication  et  proclamation  de  la  guerre  ensuivie  depuis  la 
dite  journée  d'Arras  seront  deuement  et  raisonnablement  répa- 
rez et  reformez  par  ceulx  de  la  partie  de  Brabant  et  de  Flan- 
dres pour  faire  information  desquelles  choses  seront  commis  et 
ordonnez  tant  d'un  costé  comme  d'autre  certaines  notables 
personnes  qui  convendront  à  Calais  dedens  le  premier  jour  de 
karesme  prochain  venant,  lesquelles  feront  faire  aux  parties 
icelles  ouyes  deue  et  raisonnable  réparation  et  restitution  de- 
dens le  jour  de  S'-Michiel,  qui  sera  l'an  mil  cccc  et  quarante. 

Item,  que  les  marchans  d'Angleterre  auront  et  pourront  avoir 
et  tenir  es  villes  desdits  pais  de  Brabant,  Flandres  et  de  Malines 
hostelz  pour  ceulx  mesmes  et  joiront  illecques  de  toutes  celles 
et  pareilles  franchises,  comme  ils  ont  joy  en  quelques  temps 
depuis  cinquante  ans  ença,  quant  marchandise  avoit  cours  entre 
la  partie  d'Angleterre  et  lesdits  pais  de  Brabant,  Flandres  et 
Malines  et  seront  traittiez  aussi  doulcement  et  gracieusement 
comme  les  autres  nacions  fréquentans  iceulx  pais  et  villes. 

Item,  s'il  aveooit,  que  Dieu  ue  veuille,  que  pas  aucuns  de 
l'un  costé  ou  de  l'autre  auchune  chose  fust  faicte  ou  attemptée 
contre  Testât  de  ce  présent  accort  et  seurté,  en  quelque  lieu  ou 
port,  par  quelconque  voie,  ja  pourtant  cest  accort  ne  sera  tenu 
enfraint,  ne  pour  ce  guerre,  arrest  ne  destourbier,  d'aucunes 
des  personnes  touchées  en  ce  traitiié  ne  sera  fait  ne  meu,  mais 
sera  le  fait  repris  par  les  seigneurs  de  Tune  et  de  l'autre  partie 
et  mis  en  son  premier  estât  et  deu. 

Item,  que  les  quatre  Membres  de  Flandres  souffisamment 
auctorisez,  comme  il  appartient  se  obligeront  par  lettres  scellées 
de  leurs  seaulx  de  tenir  inviolablement,  garder  de  leur  part  tous 
les  poincts  de  ce  présent  traittié  et  chacun  d'iceiilx,  et  en  bail- 
leront leurs  lettres  souffisantcs  et  convenantes,  sans  aler  ou  faire 
venir,  au  contraire.  Et  il  soit  ainsi  que  pour  ce  que  le  terme 


—  284  — 

(luilit  entiecours  et  communicaiioQ  de  la  marchandise,  accordé 
comme  dit  est,  pour  trois  ans  avenir  est  bien  brief,  a  esté  ad- 
visé  pour  le  bien  et  utilité  publique  des  pais  d'un  costé  et  d'autre 
estre  prorogié,  continué  et  ralongié  jusques  à  plus  long  terme. 
Nous  commissaires  dessus  nommez  par  vertu  dudit  povoir 
avons  donné  par  le  Roy,  nostre  dit  seigneur,  avons  avec  le* 
gens  et  messagiers  de  laditte  très  haulte  et  très  puissant  prin- 
cesse la  duchesse  de  Bourgoigne  semblablement  fondez  souffi- 
samment  en  ceste  partie  ledit  entrecours  et  communication  de 
la  marchandise,  de  la  pescherie  et  autres  choses  cy  dessus  dé- 
clairées  d'entre  lesdits  royaume  d'Angleterre,  seigneurie  d'Ir- 
lande, et  ville  de  Calais  d'une  part,  et  lesdits  duchés,  contés 
et  pais  de  Brabant,  Flandres,  ville  et  seigneurie  de  Malines, 
d'autre  part,  tout  par  la  forme  et  manière  qu'il  est  contenu, 
spécifié  et  déclaré  es  articles  cy  dessus  transcrips,  continue, 
prorogne,  ralongié,  continuons,  prorogons  et  ralongons,  par 
ces  présentes,  dudit  premier  jour  de  novembre  l'an  mil  cccc 
quarante-deux  que  lesdits  trois  ans  expireront  jusques  à  cinq 
ans  entiers  et  continuez  après  ensuivans,  qui  expireront  le 
premier  jour  de  novembre  l'an  mil  quatre  cens  quarante-sept, 
lequel  enlrecours  et  communication  de  marchandise  et  de  la 
pescherie  et  tout  et  chacun  les  articles  cy  dessus  spécifiez  et 
déclairez  par  la  forme  et  manière  que  accordez  ont  esté  pour 
lesdits  trois  ans  de  par  le  Roy  nostre  dit  seigneur  d'une  part, 
et  ladicte  dame  d'autre  part,  ainsi  présentement  prorognez  et 
continuez  pour  lesdits  cinq  ans.  Nous  commissaires  avant  diz, 
pour  et  ou  non  du  Roy  nostre  dit  seigneur  et  par  vertu  dudit 
povoir  qu'il  nous  a  donné  en  ceste  partie,  promettons  de  bone 
foy  que  le  Roy  nostre  dit  seigneur,  de  sa  part,  fera  publier, 
garder  et  entretenir  inviolablement,  ledit  terme  de  cinq  ans 
durant,  sans  faire,  ne  venir,  ne  souffrir  estre  fait  ou  venue,  au 
contraire,  en  quelque  manière  que  ce  SQit,  Et  pour  plus  grant 
seurté  des  choses  devant  dictes,  le  Roy  nostre  seigneur  confir- 
mera et  approuvera  ces  présentes  et  tout  le  contenu  en  icelles, 
en  dedens  le  premier  jour  du  moys  de  raay  prochain  venant, 
et  de  ce  fera  baillier  ses  lettres  patentes  à  partie  adverse.  Pour- 
veu  que  partie  adverse  lui  face  semblablement.  En  tesmoin- 


—  285  — 

gnaege  nos  scaulx  à  ces  susilittes  présentes.  Donné  à  Rcdyng, 
le  xxi  jour  de  janvier  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  trente-neuf. 
En  tesnioingnage  de  laquelle  vision,  nous  Bourginaistre,  Esche- 
vins  et  Conseil  dessnsdiz,  ces  présentes  lettres  sur  ce  faictes 
par  manière  de  vidimus  fait  sceller  du  scel  aux  causes  de  ladicte 
ville  de  Bruges,  faictes  et  données  Tan  de  grâce  mil  quatre  cens 
trente-neuf,  le  xxii^  jour  de  mars. 

Collatio  facta  est.  Donatunus. 

(Archives  de  la  ville  de  Gand,-  Inventaire  n»  580. 
Sceau  en  cire  verte,  endommagé,  pendant  à 
deux  queues  en  parclicmin). 


III. 

(Voir  page  257).  ! 

Grasiuletjl  ghecjhevm  den  ambassadeur  van  Schotlandl,  die  beloofde 
by  ztjn  obliyalie  so  vêle  te  doene  dal  de  nalie  van  Schollant  zoude 
le  Bruyghe  commen  aïs  thuere  slaple. 

Je  Alexander  Napar,  chevalier  de  Merchampson,  ambassadeur 
et  commissaire  de  mon  souverain  le  Roy  d'Escoche,  confesse 
avoir  eu  et  receu  de  Claeys  de  Meeuwenhouc,  trésorier  de  la 
ville  de  Bruges,  pour  et  au  nom  de  la  ditte  ville  de  Bruges,  la 
somme  de  m"  escus  à  xlviii  gr.  monnoye  de  Flandres  comptés 
pour  chacun  escu  et  ce  en  défalcation  et  tant  moins  de  la  somme 
de  vm''  escus  à  la  valleur  dessusditte,  laquelle  somme  m'a  esté 
promise  par  les  Bourgmaistre,  eschevins,  trésorier  et  conseil 
de  la  dicte  ville  pour  certaine  gratuité  et  en  recompensation 
des  grans  frais,  missions  et  despens  que  j'ay  eu  et  soustenu 
pour  moy  et  mes  gens  en  la  poursuyte  de  la  matière  du  retour 
des  marchans  d'Escoce  en  ladite  ville  de  Bruges  où  ilz  souloient 
tenir  leur  estaple.  Et  promets  ausdits  bourgmaistres,  eschevins, 
trésoriers  et  tous  autres  ou  nom  de  ladite  ville  que  je  sollici- 
teray  tant  et  tellement  comme  ambassadeur  dessusdit  de  mondit 
souverain  seigneur  le  roy  d'Escoce  que  ycelluy  roy  consentira 
et  mandera  à  tous  les  marchans  d'Escoche  venant  pardeça  que 


—  286  — 

doresnavant  ils  seront  tenuz  de  mener  entre  autres  choses  leurs 
cuirs,  peaulx  et  laines  d'Escoce  qu'ilz  feront  venir  pardeça  en 
ladiite  ville  de  Bruges,  pour  y  tenir  leur  estaple  comme  se  sou- 
loient  en  temps  anchien,  Et  à  ce  me  oblige  par  la  teneur  de 
ceste  ma  cedule,  de  laquelle  somme  de  uf  escus,  tels  que  diclz 
sont  et  pour  la  cause  dessusdicte,  je  me  tiens  pour  content  et 
bien  payé  et  en  quite  ledict  Claeys  van  Meuwenhouc,  trésorier 
dessusdict  ladicte  ville  de  Bruges  et  tous  autres  à  cui  quictance 
et  appariiene.  Tesmoing  mon  seing  manuel  et  mon  signet  en 
cire  vermeille  apposez  à  ceste  ma  présente  quitance,  faicte  et 
donnée  en  ladicte  ville  de  Bruges,  le  vu*  jour  du  mois  d'avril 
l'an  mil  un"  lxix  avant  Pasques.  Ainsi  signé  Alexander  Napar, 
manu  propria. 

(Archives  de  la  ville  de  Bruges,  Nieuwc  Groenenboek 
ongecollecrd  D.,  foi.  271). 


Helif)ni'.n>lii 


—  287  — 


SOXJVENIE^S  ARCHEOLOaiCtXJES 


Iij%    YIIiLE    DE    GAMU. 


VU. 

Cljcf-fonfrcrtc  ^c  9ûhit-ilttcl)cl ,  à  ©onîif. 

ORIfillVE    ET    ■KSXAI.LATIOIV    OFFICIEI'LG. 

Le  plus  simple  épisode  de  l'ancien  régime  peut  quelque- 
fois en  faire  mieux  connaître  l'esprit  que  les  considérations 
les  plus  abstraites  et  les  phrases  les  plus  retentissantes. 
C'est  ce  qui  nous  engage  à  raconter,  d'après  des  pièces 
irrécusables,  les  plus  menus  détails  de  la  fondation  de  la 
société  chevalière,  à  Gand. 

Bien  que  nous  n'ayons  rencontré  aucun  document  con- 
statant d'une  manière  certaine  qu'une  gilde  ou  confrérie 
de  l'épée,  sous  le  patronage  de  Saint  Michel,  ait  existé  à 
Gand  avant  la  date  de  l'octroi  des  archiducs  Albert  et  Isa- 
belle, nous  sommes  cependant  persuadés  qu'une  et  peut- 
être  plusieurs  associations  d'escrimeurs  avaient  eu  leur 
siège  dans  la  capitale  de  la  Flandre  avant  le  XVII*  siècle. 

On  peut  assez  naturellement  supposer  que  c'étaient  des 
associations  libres  exclusivement  composées  de  chevaliers 
ou  de  nobles,  qui  ne  voulaient  point  s'astreindre  à  un  rè- 
glement spécial,  et  qui,  en  temps  de  guerre,  se  mettaient 


-  288  — 

à  la  lèle  de  leurs  vassaux.  De  là  est  probablement  venu  la 
qualification  de  cbevalière  donnée  à  la  confrérie  lorsqu'elle 
fut  régulièrement  constituée. 

Quoi  qu'il  en  soit,  on  peut  admettre  que  les  gens  de 
Vépée  qui  formaient  des  écoles  ou  corporations  en  Flandre 
ont  pris  part  aux  Croisades. 

En  1612,  quelques  bourgeois  de  Gand,  amateurs  de 
l'exercice  à  l'épée,  se  réunirent  chez  Philippe  Van  Wers- 
beke,  à  l'effet  de  s'entendre  sur  l'organisation  d'une  gilde 
ou  confrérie  de  l'arme  blanche,  sous  le  vocable  de  Saint 
Michel. 

Le  projet  d'organisation  ayant  été  rédigé  et  écrit,  sous 
forme  de  requéle,  par  Ph.  Van  Wersbeke,  il  fut  résolu, 
après  mûre  délibération,  de  l'envoyer  aux  échevins  de  la 
Keure  pour  solliciter  leur  concours  et  leur  approbation. 
Dans  cette  même  réunion,  il  fut  encore  résolu  qu'on  invi- 
terait tous  les  amateurs  de  l'exercice  à  l'épée  à  assister  à 
une  messe  solennelle  qui  devait  se  célébrer  à  l'église  Saint- 
Nicolas,  le  jour  de  la  léte  patronale  de  Saint  Michel,  pour 
appeler  les  bénédictions  du  ciel  sur  l'association  nais- 
sante (i). 

Se  conformant  à  cette  résolution,  Ph.  Van  M'ersbeke, 
Pierre  Van  Hoorebeke,  Pierre  Bosschaert  et  Pierre  Com- 
melyn,  munis  de  la  requête  dûment  rédigée,  se  rendirent  à 
l'hôtel-de-ville,  et  demandèrent  audience  aux  échevins  de 
la   Keure.  Après   trois  jours   d'attente,   ils   purent  être 


(I)  Alvooren  alsoo  den  doender  (P.  Van  Hoorebeke)  meticn  voornomden 
Bosschaert  ende  Commelyii,  len  huuse  van  Philips  Van  Wersbeke  vergadert 
synde,  ommc  verbant  te  maeeken  ende  tadvyseren  lot  slichlen  ende  vervolgh 
vanden  oclroye  vanden  voornorade  Guide,  is  by  hemlieden  gheresolveert  ende 
ghedaeu  doen,  up  Ste  Michielsdach  1612,  eene  messe  in  S'e  Niclaeskercke, 
ende  daerloe  ghedaen  dachtvaerden  soo  by  plackbriefven  aïs  anderssins  aile 
de  beminders  vande  voorseyde  consle...  belaelt  x  sch.  iiij  gr.  (Compte  pré- 
senté par  P.  Van  Hoorebeke,  f»  3;. 


—  289  — 

entendus,  el  leur  demande  fut  aposlillée  par  le  Magislial 
communal  (i). 

Les  mêmes  délégués  allèrent  ensuite  trouver  le  grand- 
bailli  qui  leur  conseilla  de  s'adresser  aux  Archiducs. 

Les  nouveaux  associés  s'empressèrent  donc  d'envoyer  à 
Bruxelles  un  courrier  chargé  de  remettre  leur  requête  au 
solliciteur  Jacques  Le  Maislre,  en  y  joignant  comme  pré- 
sent un  Philippe  d'or  (2). 

Grâce  aux  actives  démarches  du  solliciteur,  la  requête 
fut  immédiatement  adressée  par  le  Gouvernement  aux  con- 
seillers de  la  cour  de  Flandre,  avec  prière  de  donner  leur 
avis  le  plus  tôt  possible. 

Les  pièces  concernant  l'association  naissante  furent  en- 
suite remises  aux  mains  du  procureur-général ,  lequel, 
avant  de  se  prononcer,  exigea  communication  des  statuts 
et  règlements  d'autres  gildes  du  même  genre  établies  dans 
les  Pays-Bas  (5). 

Les  associés  se  hâtèrent  aussitôt  d'écrire  aux  greffiers 
des  escrimeurs  de  Bruges,  de  Bruxelles,  d'Ypres,  de  Tour- 
nai et  de  Maestricht.  Mais  comme  les  réponses  tardaient  à 


(1)  Hem,  glievachiert  mcllen  voornomde  Bosschaerl  ende  Commelyn  int 
presenleren  vande  voorseyde  requeste,  ende  daer  naer  vervvaclU  tollen  Iwaelf 
hueren,  ende  soo  de  selve  niet  uule  en  quam,  syn  lot  drye  naervolgliende 
daghen  andermael  up  Ivoornomde  stadlliuus  daer  naer  commen  sien  ende 
vernomen,  compl  voor  onse  vacalien  van  drye  lialfve  daglien,  xxij  sch.  vi  gr. 
—  Hem,  de  voorseyde  requeste  daer  naer  achlerhaell  synde,  is  bctaell  voor 
treclit  van  de  appostille,  iiij  gr.  (Id.,  f<>  3  v»). 

(2)  Item,  de  voorseyde  requeste  ghesonden  synde  duer  sckeren  bode  naer 
Bruussele  anden  solicituer  Jacques  Le  Meestre,  is  anden  selven  medegheson- 
den  epnen  Philips  in  specien,  compt  viij  sch.  viij  gr.  (Id.,  foi). 

(3)  Item,  de  slucken  gherenvoyeert  synde  in  handen  vanden  procuruer 
generael.cs  by  hem  versocht  exiraiclen  ende  ordonnanlien  vanden  Gulden  van 
S"  Michiels  in  de  ander  omllggliende  sleden,  omme  le  welen  lioe  deselve 
onderhouden  ende  gliereguleert  wierden,  hebben  den  doender  syne  voor- 
nomde gheassocierde  daer  toe  beschreven  die  van  Brugghe  toi  diverssche 
slonden  sonder  andworde  up  haerlieder  vcrsouck  te  vercryghen...  —  llem^ 
voor  de  beschryfvynghe  ghedaen  an  die  van  Ypre...  (Id.,  f»  3,  v). 


—  290  — 

leur  parvenir,  il  fut  résolu  d'offrir  une  somme  d'argent  aux 
conseillers  de  la  cour  de  Flandre  pour  les  engager  à  donner 
suite  à  la  proposition  (i). 

La  missive  du  greffier  de  la  confrérie  de  Saint-Michel  de 
Bruxelles  arriva  enfin.  Celle  des  escrimeurs  de  Maestricht 
la  suivit  de  près.  Elles  étaient  favorables  en  tous  points,  et 
les  associés  en  témoignage  de  leur  satisfaction  firent  re- 
mettre aux  messagers  de  ces  confréries  un  chaînon  d'ar- 
gent (2). 

Aussitôt  les  missives  accompagnées  d'une  copie  du  règle- 
ment furent  confiées  au  procureur-général;  mais  celui-ci 
déclara  n'avoir  point  encore  tous  ses  apaisements  et  de- 
manda de  plus  amples  informations. 

Pierre  Commelyn  se  décida  alors  à  se  rendre  à  Tournai, 
pour  se  procurer  une  copie  des  statuts  de  la  confrérie  d'ar- 
mes de  Saint-Michel  de  cette  ville.  Ayant  réussi,  après 
quelques  instances,  il  fit  don  au  messager  de  la  confrérie 
de  Tournai  d'une  paire  de  chaussures  (5).  C'était  la  cour- 
toisie traditionnelle.  Rien  pour  rien. 

Néanmoins,  malgré  tout  ce  zèle  et  toute  cette  sollicitude, 
l'affaire  menaçait  encore  de  traîner  en  longueur.  Pour 
stimuler  le  zèle  de  l'avocat  Van  Zeveren,  qui  avait  prêté 
son  ministère  dans  cette  circonstance  et  qui  n'avait  voulu 


(1)  Item,  alsoo  daerentusscheii  de  saecke  toi  groolcr  schaede  traineerde, 
ende  dat  nochlans  myne  lieeren  vandeii  Rade  niet  en  vcrstondcn  le  resolveren 
sonder  Ivooi'nomde  advis  vande  ander  Gulden,  is  ghepresenleert  glieweesl 
seker  graliiileyt  lot  rccommandalie  ende  expeditie  vande  saecke...  (Id.,  f"  6). 

(2)  Item, de  selve  briefven  (van  Bruussel)  favorable  sjnde  consenlerende  inl 
versouck  daerby  gbedaen,  met  laste  dalmen  anden  knape  van  Iselve  Guide 
soude  gheven  eenen  silveren  schaekel,  glielyck  die  van  Maeslrichl  orame  glie- 
lycke  redenen...  xx  sch.  gr  (Id.,  fo6). 

(3)  Is  den  voornomden  Commelyn  ghereysl  naer  Doornicke  omme  aldaer 
exlraicl  le  lichlen  vande  ordonnanlie  van  't  Guide  van  S'  Michiel,  dacrinne 
dal  hy  ghevaciert  heeft  ses  daghen...  xxx  sch.  gr.  —  Item,  belaeit  voor  een 
paer  schoen  ghepresenleert  anden  knape  van  tselve  Guide  voor  een  gratuileyl 
inl  regard  vanden  dicnsl  by  hem  ghcdaen,  v  sch.  gr.  (Id,,  f»  7). 


—  291  — 

recevoir  aucune  rémunéralion,  les  associés  ou  commis- 
saires-délégués lui  offrirent  un  banquet,  au  chapitre  de 
Sainl-Bavon  (i),  et  firent  présenter  à  quelques  personnages 
influents,  qu'il  importait  de  choyer,  un  pâle  de  gibier  pour 
lequel  on  paya  15  escalins  de  gros  (2).  Peu  de  jours  après, 
un  nouveau  banquet  eut  lieu  au  chapitre  de  Sainle-Pha- 
raïlde  en  l'honneur  de  l'avocat  Haelse,  en  reconnaissance 
des  services  qu'il  avait  rendus  (3). 

Ces  procédés  si  aimables  obtinrent  enfin  un  premier  ré- 
sultat. Les  associés  furent  convoqués  par  le  procureur- 
général,  et  en  présence  d'un  conseiller  et  de  deux  échevins 
assistés  d'un  secrétaire,  on  rédigea  un  projet  de  règlement 
pour  une  gilde  ou  confrérie  d'armes  qui  aurait  son  siège 
à  Gand. 

Toutefois,  en  dépit  de  démarches  réitérées  et  de  cadeaux 
de  toute  nature  que  les  associés  faisaient  offrir  aux  person- 
nages influents,  l'affaire  n'alla  pas  plus  loin. 

Il  fallut  songer  à  d'autres  moyens  : 

Le  clergé  élant  tout  puissant  à  celte  époque,  les  asso- 
ciés songèrent  à  recourir  au  curé  de  l'église  Saint-Nicolas. 
Après  lui  avoir  exposé  l'état  des  négociations,  celui-ci 
s'empressa  de  les  accompagner  auprès  du  premier  échevin 
et  des  autres  membres  de  la  Keure.  Les  magistrats  de  la 
commune  les  accueillirent  avec  bienveillance  et  promirent 
de  les  appuyer  de  tout  leur  pouvoir.  Au  sortir  de  cette  au- 


(1)  Item,  alsoo  deii  ad\ocael  Van  Severen  vele  dicnslcn  ende  besoingen 
lot  voorderynglie  liadde  gliedaen  in  aile  daffairen,  ende  dal  hy  glieenen  salla- 
ris  en  begheerde,  is  den  selven  gheiracleerl  glieweesl  inl  capiUel  van  S'«  Baefs, 
ende  aldaer  verleert,  xviij  scli.  gr.  (Id.,  f"  8). 

(2)  liera,  ende  up  dat  de  saecke  te  belcr  effecl  soude  nemen,  is  gbepresen- 
leerl  an  eenighe  heeren  van  qualiteyle  een  schoon  venisoeiipasleye,  ende 
daervooren  belaelt  xv  sch.  gr.  (Id.,  f»  8). 

(ô)  Item,  belaell  over  den  advocaet  Haelse  voor  seker  beleeftheyl  den  selven 
Iraclerende  int  capitlle  van  S'«  Vèerle,  in  remuneracie  van  diensten  byden 
selven  lot  ad vanchernenvandenvoorseyde  saecke ghcdaen,v  sch.gr.  (Id.,f» 9). 

21 


29^  

dicnce,  les  associés,  comme  marque  de  gratitude,  firent 
don  au  curé  de  Saint-Nicolas  de  la  somme  importante  de 
9  livres  de  gros  (t). 

Quelques  jours  plus  tard  par  l'influence  du  curé,  les  dé- 
marches actives  des  associés  furent  couronnées  de  succès  : 
désirant  sincèrement  faire  aboutir  le  projet  d'organisation 
de  la  nouvelle  confrérie,  les  échevius  commirent  le  pen- 
sionnaire Schoorman,  et  dépêchèrent  des  lettres  d'avis 
favorables  revêtues  du  grand  sceau  de  la  commune  (2). 

Muni  de  ces  lettres,  Pierre  Van  Hoorebcke  fit  ses  pré- 
paratifs de  départ  pour  se  rendre  à  Bruxelles,  afin  d'y 
poursuivre  ses  instances  auprès  de  l'autorité  supérieure. 
Il  se  munit,  il  le  déclare,  de  56  livres  de  gros,  loua  une 
voiture  et  s'y  installa  avec  quatre  énormes  pâtés  de  carpes 
de  la  Lys,  emballés  dans  des  paniers  d'osier,  lesquels  lui 
coûtèrent  chacun  1  livre  et  4  escalins  (5).  Le  pensionnaire 
Schoorman  et  le  messager  Paul  Van  den  Steene  l'accom- 
pagnèrent. 


(1)  llem,  cnde  ommedacrinnc  le  voorsicne,  encle  ecnen  andcren- inidilele  le 
vinden,  liebben  de  doenders  hein  glicaddresseert  an  niyn  lieere  den  pastuer 
van  Sif  Niclaiskeercke,  die  mel  hemlieden  heefl  gliesproken  myn  licere  den 
voorschepen  vander  Kuere  ende  veel  ander  sccpenen,  dewelcke  vêle  favorable 
beloflcn  deden,  in  recognilie  van  al  welcke  is  byde  doenders  eenighe  beleeft- 
heyl  ghedaen,  die  becoslicbt  bcefl  naer  bel  uulwysen  vande  billelten  van  spe- 
cificatie,  ix  lib.  gr.  (Id.,  f»  9  v"). 

(2)  Welcke  volgbende  den  doender  cnde  zyne  glieassocierde  ghccompareerl 
synde  voor  scepeneii,  hebben  indelyck,  naer  vele  debvoiren,  soo  vêle  ver- 
creghen,  dat  myne  voornonide  beeren  lot  vervoorderynghe  vander  saccken, 
neffens  den  doender,  ghecommilleerl  hebben  myn  heere  den  pensionnaris 
Schoorman,  ende  vercreghen  briefven  van  favorable  advis  onder  den  groolen 
seghcl,  daer  vooren  daller  greflie  over  trechl  belaell  is,  iij  sch.  iiij  gr.  (Id., 
fol.  9  \o). 

(5)  llem,  den  doender  heefl  belaell  voor  dhuere  van  eenen  waghen  ende 
vier  ghepacle  mandekens  by  hem  mede  ghedaen  reysende  naer  Bruussel, 
daerinne  dat  waeren  vier  ghecaple  carpelpasteyen,  le  welen  voor  dhuere  ende 
de  mandekens  xv  sch  gr.,  ende  voor  de  vier  paslcye,  iiij  lib.  xv  sch.  gr.  (Id  , 
fol.  10  \o). 


—  295  -^ 

Après  avoir  pris  un  excelleiil  repas  dans  la  meilleure 
liôlellerie  d'Alosl,  le  voyage  continua  sans  encombre  el  ils 
arrivèrent  à  Bruxelles  dans  la  soirée.  Dès  le  lendemain 
de  leur  installation  dans  la  capitale,  ils  commencèrent 
leurs  démarches.  Toutefois,  en  dépit  des  sollicitations  du 
pensionnaire  Sclioorman,  ils  ne  purent  obtenir  aucun  ré- 
sultat satisfaisant,  surtout  en  ce  qui  concernait  la  franchise 
de  garde  des  cent  hommes,  ainsi  que  le  portait  leur  projet 
de  statut. 

Croyant  écarter  tous  les  obstacles,  P.  Van  Ifoorebeke 
acheta  à  l'un  des  principaux  joailliers  de  Bruxelles  une  riche 
coupe  en  argent,  dont  il  fil  hommage  à  un  grand  person- 
nage de  la  Cour.  Il  paya  pour  cette  coupe  6  livres  el 
14  escalins  de  gros  (i).  Un  cadeau  du  même  genre  lui  valut 
la  protection  de  l'ammau  de  Bruxelles,  qui  lui  remit  des 
lettres  de  recommandation  pour  les  Pères[Auguslins. 

Sur  la  prière  de  Tamman,  ces  religieux  allèrent  trouver 
avec  lui  le  président  du  conseil  privé,  iMaes,  qui  les  ac- 
cueillit avec  la  plus  grande  bienveillance.  Il  déclara  même 
qu'il  appuyerait  la  requête  par  tous  les  moyens  en  son 
pouvoir.* Pour  stimuler  les  bonnes  intentions  du  président, 
P.  Van  Hoorebeke  le  pria  d'accepter  un  bijou  qui  avait 
coulé  plus  de  o  livres  de  gros  (2) 

(1)Ende  alsoo  ilen  cloender  biniien  Bruusscl  eenii,'lie  (l;iglien  liadde  glic- 
weesl,  ende  vêle  debvoiren  gliedaeii  met  eiide  diier  dcii  pensionnaris  Sclioor- 
man, sonder  eenicli  efl'eci  te  connen  cryglien  ende  nicrukelyek  de  glieprelen- 
deerde  vryheyt  van  hondert  manncn,  soo  is  glieiaedich  glievonden  eeniglie 
heerenvanqiialileyle  le  spreken,  oneen  van  welcke  gliepresenleerl  es  ghe\vee.*l 
cen  silveren  schaele,  die  becosliclil  lieefl  vi  lib.  xiiij  scb   gr.  (Id.,  fol.  11). 

(2)  llem,  den  doendei-  onlfangbende  hebben  briefven  van  recommandalie 
van  myne  beere  den  Anipman  deser  slede  addrcssercnde  ande  paires  vande 
Auguslynen  binnen  Brnussele,  ende  dat  dezelve  paires  mel  beni  syn  gbegaen 
ten  buuse  van  myn  liecre  den  président  Maes,  ende  verwinnende  syne  goede 
gralie  ende  belofle  onifangben  hcbbende  van  inde  suecke  le  doene  al  dal  by 
hem  doendelyck  was,  beeft  den  doendcr,  omme  al  Iselve  le  bêler  le  vervoor- 
deren,  anden  selven  gbedacn  presenleren  cène  juwecl,  Iwelck  becosticbl  heefl 
y  lib.  iiij  sch.  iiij  gr.  (Id.,  f"  II). 


294  — 


De  là,  toujours  accompagné  des  Pères  Augusliiis,  le  dé- 
légué se  rendit  chez  un  des  membres  les  plus  influents  du 
conseil  privé,  qui  lui  fit  également  le  meilleur  accueil,  lui 
promit  ses  bons  offices  et  voulut  bien  accepter  le  cadeau 
d'une  coupe  d'argent  (du  prix  de  6  livres  de  gros)  que 
lui  ofi'rit  Van  Hoorebeke  (i). 

Toutes  ces  démarches  et  ces  sollicitations,  et  tous  ces 
sacrifices  n'auraient  pas  encore  levé  entièrement  les  diffi- 
cultés :  ainsi  du  moins  le  pensait  le  pensionnaire  Schoor- 
man,  puisqu'il  conseilla  au  délégué  d'intéresser  au  succès 
de  sa  cause  les  dames  d'honneur  de  l'Archiduchesse,  en 
leur  oft"rant  des  corbeilles  remplies  de  pâtisseries  el  de 
cédrat  (succade),  que  Van  Hoorebeke  s'empressa  d'acheter 
et  qui  lui  coulèrent  G  livres  de  gros  et  2  escalins  (2). 
Ce  dernier  expédient  réussit  à  souhait. 
Peu  après,  le  délégué  reçut  secrètement  avis  qu'il  pou- 
vait compter  sur  l'approbation  du  Gouvernement. 

Le  2G  mars  1613,  les  Archiducs  Albert  et  Isabelle  or- 
donnèrent la  promulgation  de  l'ordonnance  par  laquelle  la 
confrérie  souveraine  et  chevalière  d'armes  de  Saint-Michel, 
à  Gand,  était  officiellement  instituée,  et  obtenait  confirma- 
lion  de  ses  statuts  el  règlements. 

Sur  Tordre  du  pensionnaire  Schoorman,  cette  bonne 
nouvelle  fut  apportée  tout  d'abord  à  P.  Van  Hoorebeke, 


(1)  Ilcm,  andermael  nielle  voornonide  paires  glieweest  synde  len  liuuse 
van  eeiien  vande  principale  raedlslieeren  vandc  priveen  Rade,  ende  den  selven 
ghesproken  liebbende  ende  belofle  onlfanglien  van  aile  faveur  dal  doendeiyck 
was,  heeft  den  doendcr,  up  dal  Iselve  le  bêler  effecl  soude  nemen,  een  pré- 
sent van  een  andere  selveren  scliaele  gliedacn,  ende  daervooren  belaell  v  lib. 
ixsch.  gr.  (Id.,  f»  H  v"). 

(2)  lleni,  de  saecke  alsnoch  niel  wel  succederende,  ende  dal  by  advise  van 
myn  voornonide  lieere  den  pensionnaris  nocli  eeniglie  graluileyl  diende  glie- 
dacn, hcefl  den  doender  ghecochl  eenighe  suukerbrool  ende  suucaeden,  crame 
die  le  presenleren  an  eeniglie  danien  vanden  Hove,  de  welcke  becostichl  heb- 
beri  vj  lib.  ij  sch.  gr.  (Id.,  f"  1 1  v»). 


—  293  — 

dans  son  hôlelterie  à  Bruxelles,  par  le  messager  Paul 
Van  den  Sleene.  Le  délégué  s'empressa  de  lui  faire  servir 
un  broc  de  vin  pour  célébrer  l'heureuse  issue  des  ncgocia- 
Irons.  Au  même  moment,  l'huissier  Sleenvvynckele  élant 
venu  le  féliciter  avec  deux  autres  employés  de  la  Cour,  il 
les  invita  à  diner  avec  lui  dans  son  hôtellerie  (i). 

Pendant  les  négociations,  une  gratification  de  oO  florins 
avait  été  promise  à  chacun  des  deux  solliciteurs  en  cas  de 
succès.  Fidèle  à  sa  parole,  P.  Van  Iloorebeke  leur  versa 
la  somme  promise  lors  de  la  publication  de  l'octroi.  Il  (Il 
porter  ensuite  au  domicile  du  secrétaire  De  Groole  un  pain 
d'épice  pour  lequel  il  paya  \S  escalins  et  8  gros.  Enfin,  il 
fil  encore  un  don  d'argent  aux  employés  des  deux  sexes 
de  la  Cour  (2). 

Quand  toutes  les  formalités  furent  terminées,  le  délégué 
loua  un  cheval  et  reprit  la  route  de  Gand.  Son  collègue, 
Pierre  Commelyn,  vint  au-devant  de  lui  jusqu'à  Alosl. 

Impatients  de  connaître  les  détails  des  démarches  faites 
auprès  du  Gouvernement,  les  associés  attendaient  leur  dé- 
légué aux  portes  de  la  ville.  P.  Van  Hoorebeke  mit  pied  à 
lerre  à  l'hôtellerie  de  VAgneau,  où  se  trouvait  l'avocat 
Van  Severen,  qui  prit  connaissance  de  l'octroi  revêtu  de 
l'approbation  des  Archiducs.  Ce  document   précieux  fut 


(1)  liera,  des  sanderdacclis  de  saecke  achlervolgliende  Iversouck  gheaccor- 
deert  cnde  ghepubliceerl  synde,  ende  by  Paulus  den  messagier,  by  lasle  va» 
myne  voorseyden  heere  den  pensionaris,  an  hem  doender  de  blyde  lydynghe 
ghebrocht  synde,  heeft  den  doender  anden  selven  voor  eenen  pot  wyns  glie- 
gheven,  vij  sch.  viij  gr.  —  Ilem,  den  duerwaerdere  Sleenwynckele  by  den 
doender  ghecommen  synde,  ende  veel  ghelucx  weynschende  met  tgoet  succès, 
heeft  den  doender  hem  des  middaeclis  in  syn  hostelrye  ghelracteerl... 
ix  sch.  ij  gr.  (Id.,  f"^  12  et  12  v»). 

(2)  Item,  den  doender  heeft  noch  betaelt  voor  een  suykerbroot  by  hem 
ghcpresenteert  ten  huuse  vanden  secretaris  De  Groote,  xviij  sch.  viij  gr.  — 
Item,  voor  wynghelt  ende  beleeftiieden  ghedaen  an  diversche  dienaers  ende 
dienaressen,  ij  sch.  gr.  (Id.,  fos  14  et  14  v"). 


—  296  — 

ensuite  présenté  aux  échevins  de  la  Keure  pour  en  solliciter 
la  publication. 

A  cette  occasion,  les  nouveaux  confrères  offrirent  aux 
magistrats  de  la  commune  des  pâtisseries,  pour  lesquelles 
il  fui  déboursé  plus  de  4  livres  de  gros  (i).  D'autres  dons 
en  argent  furent  offerts  à  divers  personnages.  Un  secré- 
taire qui  avait  fait  la  copie  des  commissions  à  remettre  à 
chaque  membre  de  Saint-Michel,  reçut  un  poignard  doré. 
Le  serviteur  du  pensionnaire  Schoorman  recul  une  paire 
de  gants  (een  paer  handtschoenen)  (2). 

La  nouvelle  confrérie  étant  reconnue  par  le  Gouverne- 
ment et  par  le  Magistral  communal,  les  confrères  prièrent 
le  collège  des  échevins  de  la  Keure  de  nommer  le  chef  de 
leur  serment  :  Philippe  Rym,  seigneur  de  Bellem,  fut  dé- 
signé pour  remplir,  le  premier,  les  fonctions  de  chef- 
doyen  (3). 

Dès  les  premiers  jours  de  l'installation,  quelques  diffi- 
cultés s'élevèrent.  Les  capitaines  et  chefs  de  la  garde 
bourgeoise  réclamèrent  contre  la  franchise  de  garde  accor- 
dée aux  cent  hommes  de  la  confrérie.  Il  fallut  Tintervention 
des  sergents-majors,  de  plusieurs  échevins,  du  secrétaire 
de  la  ville  el  de  quelques  notables  pour  mettre  fin  à  un 


(1)  Ilem,  den  doender  lieefl  belaell  in  de  conchierge  vander  Kucre,  over 
Ighone  aldaei"  verlcert  int  Iracleren  van  eeniglic  heeren  scepenen,  de  slux 
ende  acte  oversien  liebbende  ende  te  vooren  debvoiren  ghedaen  lot  vervolch, 
van  dien,  ende  dal  by  vorme  van  eene  laerte,  iiij  lib.  iij  sch.  gr.'(Id.,  f»  16). 

(2)  Item,  belaell  an  Jan  Slaelens  over  eenen  verguldenen  poyngaert  anden 
selven  gbegheven  voor  den  diensl  by  hem  ghedaen  in  bel  uulschryfven  vande 
commissie,  viij  sch.  viij  gr.  —  Ilem,  den  doender  heeft  belaell  voor  een  paer 
handtschoencn  anden  dienaer  van  myn  heere  den  pensionaris  Schoorman 
ghepresenteerl  voor  een  bekenlenisse  van  diensl,  xx  gr.  (Id.,  f"'  17  et  17  v»). 

(5)  Ilem,  soo  requesle  ghepresenteerl  was  an  myn  éd.  heeren  scepenen 
vander  Kuere  omme  Ihebbïn  eenen  hueverslen  ende  hoofiman,  ende  dal 
daerloe  ghedenomeerl  wiert  jo'  Philips  Rym,  heere  van  Bellem,  etc.,  die  sy- 
nen  eedl  ghedaen  hebbende  in  handen  vanden  secretaris  Kerchove,  is  int  Irac- 
leren vande  selve  verleerl  in  de  voornoradc  conchierge,  xx  sch.  gr.  (Id  ,  f»  16). 


—  297  — 

eondil  qui  menaçait  de  troubler  l'ordre  public  et  la  bonne 
harmonie  qui  doit  régner  entre  les  citoyens  (i). 

Après  d'assez  longs  pourparlers,  un  banquet,  qui  eut 
lieu  à  la  conciergerie  de  l'hôtei-de-ville,  cimenta  l'union 
entre  les  deux  parties. 

Les  détails  qui  précèdent  extraits  de  quelques  comptes, 
seuls  documents  qui  ont  été  mis  à  notre  disposition,  ne 
forment  qu'une  espèce  d'introduction  à  une  histoire  de  la 
chef-confrérie  dont  nous  réunissons  depuis  quelques  années 
les  éléments.  Plus  tard,  dans  un  travail  spécial,  nous  don- 
nerons le  récit  complet  des  hauts  faits  de  la  société  che- 
valière. 

La  planche  qui  précède  notre  article  représente  la 
façade  de  l'ancienne  Halle  au  drap,  telle  qu'elle  existe 
actuellement.  C'est  là  que  la  chef-confrérie  de  Saint- 
Michel  a  été  installée  en  1615.  Elle  occupe  encore  aujour- 
d'hui le  même  local. 

Ferd.  Vanueruaeghein. 


(I)  Hem,  de  voorseyde  commissien  gbedislribueerl  synde  ande  gliene  g?ie- 
eoren  voor  vrye  mannen,  ende  dal  eenighe  vande  selve  groot  ghescliil  ende 
Iweedrachl  causeerden  lusscLen  de  capilaineii  ende  ander  bevelhebbers  vande 
burghelycke  wacht,  mclgaders  haerlieden  gbebueren  ende  andere,  hebbeiv 
den  doender  ende  syne  gheassocierde,  met  interventie  ende  assislenlie  van 
myn  voornomdc  éd.  heeren  den  heuverdeken  omme  daerinne  le  voorsiene, 
benilieden  gbeaddresseerl  an  myn  heeren  de  zerganis  maiors  ende  eenighe 
scepenen,  seci-elaris  ende  andere,  ende  de  selve  gheti-acteert  inde  voorscydG 
concbicrge,  alwaer  vcrleerl  is  ghcweesl  xxvj  sch.  gr.  (Id.,  f»  17). 


—  298 


LA  PEINTURE  ET  LA  SCULPTURE  A  MALINES. 


PREMIERE  PARTIE. 


LES    PEINTRES    Mi^LINOIS. 


§  2.  Raphaël  Coxie. 

Michel  Coxie  eut  de  son  mariage  avec  Ide  van  Hasselt 
un  fils  qu'il  appela  Raphaël,  en  souvenir,  sans  doute,  de 
l'illuslre  Sanzio  da  Urbino,  des  œuvres  duquel  il  s'élail 
inspiré. 

Raphaël  Coxie  ou  van  Coxcyen,  mort  à  Bruxelles  en  1 61 C, 
vit  le  jour  à  Malines  en  1540,  un  an  après  que  son  père 
eût  acquis  la  franche  maîtrise  des  arts  dans  cette  ville. 

Raphaël,  revêtu,  comme  son  père,  du  titre  de  peintre  de 
Philippe  H,  contracta  trois  mariages  :  sa  première  femme 
fut  Jeanne  van  Bukerke  ou  van  Bekerke,  fille  de  Jean,  pen- 
sionnaire de  Middelbourg;  celle-ci  mourut  dans  la  paroisse 
de  Sainl-Rombaut,  à  Malines,  le  6  avril  1377  (i).  Son 
décès  est  annoté  dans  Tobituaire  en  ces  termes  : 

«6  Apr.  1577: 

»  Juffr.  Coxia,  Rafels  huysvr.,  aen  de  Nieubrugge,  op 

(I)  Adhéritances  de  Malines.  Acte  du  21  juin  1570. 


—  299  — 

)•  een  kerkiyck.  D'wlvaert  is  ghedacn  den  30  hujus.  Daer 
»  syn  dry  poosen  over  gheluyt  («).  » 

Quant  à  Jean  van  Bekerke,  il  décéda  vers  1570,  car  au 
mois  de  juin  de  celle  année,  Raphaël  .donna  à  sa  femme 
procuralion  pour  procéder  au  parlage  des  biens  laissés  par 
feu  sou  père. 

Coxie  convola  en  secondes  noces  avec  Elisabeth  Caulhals, 
fille  de  Jean  et  de  Marguerite  V^ydls  (2).  Elle  appartenait  à 
la  famille  des  fondeurs  de  ce  nom,  qui  florissait  à  IMalines 
au  XVI"  siècle.  Selon  le  généalogiste  Dumonl,  son  trépas 
arriva  avant  1582. 

En  dernier  lieu  il  épousa  Anne  Jonghelincx,  qui  était 
fille  de  Jacques  Jonghelincx,  l'auteur  de  la  tombe  de  Char- 
les le  Téméraire,  et  de  Françoise  van  der  Jeught,  Anne 
mourut  à  Bruxelles  le  18  novembre  1657. 

Chacune  de  ces  unions  lui  donna  postérité,  mais  aucun 
de  ses  enfants  n'embrassa  la  carrière  artistique,  car  les 
uns  se  vouèrent  au  droit  et  entrèrent  dans  la  magistrature, 
un  autre  s'enrôla  sous  les  drapeaux. 

Après  avoir  été  initié  à  l'étude  du  dessin  et  de  la  pein- 
ture par  son  père,  le  jeune  Raphaël  fut  inscrit  dans  la  cor- 
poration de  Saint-Luc  de  sa  ville  natale,  le  22  juillet  1562. 

Vers  cette  époque,  il  alla  travailler  à  Bruxelles,  el  lors 
de  son  premier  mariage,  il  avait  quitté  la  maison  paternelle, 
s'élablissant  en  ménage  séparé;  mais  plus  tard,  lorsque  son 
père  mourut,  il  devint  propriétaire  de  la  demeure  que  ce 
dernier  avait  occupée.  Dans  l'article  précédent,  nous  avons 
vu  quels  furent  les  arrangements  qu'il  prit  à  celle  occasion 
avec  sa  belle-mère. 

Raphaël  était  un  peintre  de  bonne  renommée,  puisque 
de  son  vivant  même,  les  productions  de  son  pinceau  étaient 

(1)  Son  service  funèbre  fui  célébré  le  30  du  même  mois,  avec  sonnerie  à 
trois  reprises. 

(2)  Chambre  pupiilaire  de  Maiines.  Actes  du  5  mai  1387  el  du  5  mars  1597. 


—  300  — 

admises  dans  les  galeries  royales  de  l'Espagne;  les  comptes 
de  Malines  des  années  1570-1571  nous  en  fournissent  la 
preuve  : 

0  Betaeit  Raphaël  van  Coxyen  op  rekeningende  in  min- 
»  démisse  van  sekere  schilderyen  by  liem  aengenomen  voer 
»  Jan  de  Yssonze  myn  heere  de  Proveydor  van  de  galérien 
»  van  Coninck,  xxxvi  lib.  » 

Il  résulte  de  cet  extrait  que  le  talent  de  notre  peintre 
était  supérieur  à  celui  de  ses  collègues  de  la  gilde  de 
Saint-Luc  et  au  moins  à  la  hauteur  de  celui  de  son  père, 
encore  en  vie,  puisqu'il  fut  choisi  entre  tous  par  la  ville 
pour  exécuter  les  œuvres  qu'elle  voulait  offrir  à  la  collec- 
tion royale. 

Les  mêmes  sources  indiquent  que  l'année  suivante  (1571- 
1572),  maître  Raphaël  fut  de  nouveau  honoré  de  diverses 
commandes  de  la  part  de  l'administration  communale,  qui 
lui  paya  207  florins  10  sous  pour  divers  objets. 

La  première  peinture  qu'il  fournit  décorait  la  cheminée 
de  la  chambre  de  réunion  dite  Dekenye;  il  travailla  à  ce 
morceau  en  collaboration  avec  un  certain  Chuétien.  Tous 
deux  reçurent  en  don  supplémentaire  trente-six  cruchons 
de  vin  du  Rhin  : 

«  Betaeit  van  zessendertich  stoopen  rins  wyns  gegunl 
»  cnde  geaccordeert  Raphaël  van  Cocxyen  en  Chrisliaen, 
»  schilders,  ter  cause  van  sekere  schilderye  gemaect  en 
»  verlicht  voor  tschouwe  in  de  dekenye...  » 

Les  tableaux  qu'il  entreprit  ensuite  étaient  encore  desti- 
nés au  cabinet  de  Philippe  II  : 

»  Betaeit  S'  Raphaël  van  Coxcyen,  schilder,  voor  maken 
1»  van  diversche  stucken  schilderyen  tcn  versuecke  van  den 
»  pensionnaris  Wasteel,  omme  gepresent  te  worden  s"^  Jcaià 
»  de  Ysonza  in  den  name  van  den  stadt...  (i).  » 

(1)  Comptes  de  Malines  1371-1572. 


—  301   — 

En  1580-1581,  le  nom  de  Raphaël  apparail  Je  nou- 
veau clans  les  registres  aux  dépenses,  mais  celte  fois  à 
d'autres  occasions.  Le  24  avril  1581,  la  ville  gralilia  M.  de 
la  Garnie,  gouverneur  de  Diest,  de  six  cruchons  de  vin  du 
Rhin,  lorsque  cet  ofiicier  dînait  chez  Raphaël  Coxie.  La 
seconde  mention  du  nom  de  l'artiste,  dans  le  courant  de  la 
même  année,  est  un  ordre  du  fameux  Olivier  van  denTym- 
pele,  gouverneur  de  Bruxelles,  de  payer  à  maître  Raphaël 
une  somme  de  cent  livres,  résultant  prohabicment  d'un 
arriéré;  car  bien  que  prolestant  ardent,  Olivier  prit  souvent 
les  intérêts  des  catholiques  sous  sa  sauvegarde. 

C'est  peu  après  cette  dernière  époque  qu'il  faut  placer 
le  départ  de  Coxie  pour  Anvers,  où  il  contracta  son  troi- 
sième mariage  et  où  il  prit  la  franche  maîtrise  de  Saint- 
Luc,  en  1585  (i).  Pendant  qu'il  résidait  dans  cette  ville, 
le  13  novembre  1585,  les  membres  de  la  confrérie  du 
Salut  de  Notre-Dame  confièrent  à  Raphaël  l'exécution  du 
tableau  de  l'autel  de  leur  association.  Jean  Vredeman, 
l'ancien  compagnon  de  Michel  Coxie,  aida  Raphaël  dans 
l'achèvement  de  la  partie  architectonique  de  sa  com- 
position. 

Deux  actes  de  la  chambre  pupillaire  de  Malines  viennent 
confirmer  notre  opinion  sur  la  date  de  l'arrivée  du  peintre 
à  Anvers.  Le  50  août  1580,  Raphaël  Coxie  fut  nommé, 
avec  Antoine  Neefïs  alias  van  Laken,  tuteur  des  enfants 
délaissés  par  Henri  Neeffs  alias  van  Laken  et  par  Anne 
Vrancx;  or,  le  29  mars  1588,  les  maîtres  des  pupilles  éta- 
blirent dans  les  fonctions  de  la  tutelle  Nicolas  van  Laken, 
en  remplacement  de  Raphaël  Coxie,  qui  avait  échangé  le 
séjour  de  iMalines  contre  celui  d'Anvers  d'abord,  et  de 
Bruxelles  ensuite. 


(1)  RoMBAUTS  Cl  VAN  Lcnius.  Les  Liggcrv  d'Anvers. 


—  302  — 

Ce  n'était  point  cependant  la  première  fois  que  Coxie 
allait  vivre  à  Anvers,  car  il  y  avait  reçu  en  dépôt  chez  lui, 
depuis  le  1"  octobre  1566  jusqu'en  mai  1567,  les  archives 
chapitrâtes  de  Notre-Dame  et  celles  des  chapelains  de  cette 
paroisse.  Après  ce  fait,  il  serait  inutile  de  discuter  ou  de 
vouloir  rechercher  l'attitude  politique  que  prit  le  peintre 
pendant  la  période  des  troubles  qui  affligèrent  ce  pays;  cet 
acte,  nous  parait-il,  met  également  ses  opinions  religieuses 
à  l'abri  de  tout  soupçon. 

Au  moment  où  maître  Raphaël  quitta  Matines,  il  était 
veuf  pour  la  seconde  fois;  son  dernier  mariage  ne  lui  avait 
donné  qu'un  fils  unique,  appelé  Charles  (i);  mais  lorsqu'il 
avait  établi  un  nouveau  foyer  à  Anvers,  sa  famille  ne  tarda 
pas  à  s'accroitre  :  on  voit,  dans  les  Liggere,  que  le  20  jan- 
vier 1585  fut  baptisé  à  iNotre-Dame  un  enfant  nommé 
Raphaël,  fils  de  «  Raphaël  van  Cocxye  »  et  de  «  Anneken 
Jonghelinck.  »  Ce  fils  embrassa  l'état  des  armes  et  mourut 
capitaine  dans  la  cavalerie  espagnole,  en  1637;  il  avait 
épousé  Marthe  de  Mellelo. 

Dans  l'ouvrage  que  nous  venons  de  citer,  nous  avons  vu 
également  que  le  17  avril  1601,  Coxie  s'engagea  à  peindre 
pour  l'autel  de  Notre-Dame,  dans  la  cathédrale,  deux  vo- 
lets. A  l'extérieur  ces  vantaux  figuraient  en  grisaille 
VAmionciation,  à  l'intérieur  on  découvrait  la  Naissance  de 
Jésus  et  la  Circoncision.  Ces  tableaux,  livrables  dans  un 
an,  étaient  entrepris  à  raison  de  500  florins,  à  20  sous  le 
florin,  et  d'un  mouchoir  pour  la  femme  du  peintre.  Quand 
Raphaël  se  chargea  de  cette  œuvre,  il  avait  déjà  aban- 
donné le  séjour  d'Anvers  pour  celui  de  Bruxelles,  où  de 
nombreuses  demandes  l'avaient  appelé  dès  l'année  1586. 

Sa  demeure  dans  la  capitale  brabançonne  était  dans  le 
voisinage  de  la  chapelle  de   la  cour  :  «  M""  Raphaël  van 

(1)  chambre  pupillaire  de  Matines,  3  mars  1597. 


—  303  — 

«  Coxye  residerende  biniien  Brussele  beneven  de  cappellc 
»  van  deii  Hove,  »  dit  le  notaire  Jacques  van  de  Kercklioven, 
de  Bruxelles,  dans  une  déclaration  du  17  juin  1608,  par 
laquelle  le  tabellion  assure  avoir  vu  un  mémorial  généa- 
logique dans  lequel  Raphaël  avait  consigné  les  âges  de  ses 
parents,  les  dates  de  ses  mariages  et  celles  de  la  naissance 
de  ses  enfants.  Cet  acte  avait  été  dressé  à  l'occasion  d'un 
procès  que  Coxie  eut  à  soutenir,  en  1608,  contre  son  fils 
Corneille,  à  propos  d'une  rente  de  xix  livres  que  Anne 
Coxie,  fille  de  Michel  el  de  Ide  van  Hasselt,  avait  donnée  à 
Gabriel  Coxie,  son  neveu.  Cette  rente  était  hypothéquée 
sur  une  maison  «  Het  Sarasyns  hooft,  »  dans  la  rue  de  Notre- 
Dame,  à  Malines. 

Un  renseignement  de  M.  De  Busscher  indique  que  Ra- 
phaël habitait  à  Bruxelles,  en  1610-1611,  une  maison,  sise 
Montagne  Sainte-Elisabeth,  derrière  la  chapelle  du  serment 
de  l'arc. 

Anne  Coxie,  béguine,  avait,  par  testament  du  51  avril 
1576,  institué  son  frère  Raphaël  légataire  universel  de  ses 
biens;  mais  elle  remania,  le  4  novembre  1595,  ses  volon- 
tés testamentaires  devant  le  notaire  van  de  Kerckhoven. 
Quant  à  Gabriel,  son  neveu  favorisé,  il  ne  jouit  guère  des 
largesses  que  voulait  lui  faire  sa  tante,  car  il  mourut  en 
bas  âge(j).  Cet  enfant  naquit  à  Bruxelles  d'Anne  Jonghe- 
linckx,  le  H  juillet  1587. 

Pendant  qu'il  était  fixé  à  Bruxelles,  en  1596,  Raphaël 
Coxie  fit  les  portraits  de  Philippe  II,  d'Elisabeth  de  France, 
d'Anne-Marie  d'Autriche  et  celui  de  l'Infante  Isabelle, 
tableaux  destinés  à  Frédéric-Guillaume  de  Saxe,  adminis- 
trateur de  l'Electoral.  Coxie  reçut  pour  ces  peintures  la 
somme  de  200  livres,  1  livre  pour  ses  toiles  et  4  livres 


(1)  Archives  de  Malines.  Affaires  civiles,  arl.  Beaux-Arls,  secl,  I.  Pein- 
ture, n"  9. 


—  504  — 

10  sous  pour  les  caisses  de  Iransport  des  tableaux  (i). 
Deux  autres  portraits  de  Catherine  d'Autriche,  reine  de 
Portugal,  et  de  Marie  Tudor,  reine  d'Angleterre,  furent 
envoyés  à  ce  prince  l'année  suivante.  Ils  étaient  de  Raphaël 
Coxie  et  de  Gilbert  van  Veen,  frère  d'Othon  (2). 

Coxie,  comme  son  père,  jouissait  d'une  fortune  immobi- 
lière importante;  nous  voyons  dans  un  acte  du  5  mai  1S87, 
passé  devant  les  maîtres  des  pupilles  de  Malines,  qu'il  fut 
autorisé  à  vendre  dix-neuf  bonnicrs  de  terre  que  son  (jIs 
Charles  avait  à  iMuysen.  Dans  cette  pièce  sont  mentionnés 
les  deux  fils  qu'il  eut  d'Elisabeth  Caulhals  ;  Corneille  et 
Jean,  lequel  était  marié. 

Le  3  mars  1597,  les  mêmes  fonctionnaires  permirent 
une  nouvelle  vente  d'une  pièce  de  terre  située  à  côté  du 
jardin  des  Arbalétriers. 

Raphaël  Coxie  peignit  à  Gand,  en  1589,  une  Résurrec- 
tion pour  la  chapelle  du  refuge  de  Tronchiennes.  Ce  ta- 
bleau, il  l'exécuta  gratis,  en  souvenir  de  la  généreuse  hos- 
pitalité qu'il  avait  reçue,  lui  et  sa  famille,  dans  l'abbaye. 
Des  peintres  d'Anvers  évaluèrent  le  triptyque  à  200  flo- 
rins d'or.  Sur  un  des  volets,  on  trouvait  l'image  de  l'abbé 
François  Schautheet.  Cette  œuvre  u'existe  malheureuse- 
ment plus,  mais  dans  la  même  ville,  notre  peintre  en  laissa 
une  autre  de  première  importance.  Cette  dernière  pièce, 
la  seule  qui  reste  du  maître,  doit  nous  guider  dans  l'ap- 
préciation de  son  talent;  à  cet  effet,  nous  emprunterons  à 
M.  De  Busscher  les  détails  précieux  et  nouveaux  qu'il  a 
donnés  dans  ses  Recherches  sur  les  peintres  gantois,  sur  le 
Jugement  dernier  de  Raphaël  Coxie. 

Le  9  juin  1588,  Raphaël  Coxie  vint  à  Gand  et  signa 
avec  le  magistral  l'entreprise  de  la  grande  composition  du 


(1)  A.  Pl^cHART.  Archives  des  Aris,  Sciences  et  Lettres. 

(2)  Id.,  ibid. 


—  305  — 

Jugement  dernier,  qui  devait  avoir  onze  pieds  de  haut  sur 
quatorze  de  large.  Rien  ne  fut  stipulé  quant  au  prix.  Ce 
tableau  était  pour  la  chambre  échevinale  de  la  Keure.  En 
juillet  1589,  le  tableau  était  achevé  et  placé. 

Le  prix  en  fut  convenu  par  quatre  peintres,  experts 
dans  l'art,  Ambroise  Franck,  Martin  de  Vos,  Gilles  Mos- 
taert  et  Bernard  de  Rycke  :  ils  fixèrent  1400  florins  d'or 
Carolus.  Cependant  Coxie  ne  fut  point  satisfait;  il  plaida 
devant  le  Conseil  de  Flandre  contre  la  ville  de  Gand. 
L'arrêt  fut  rendu  le  12  juillet  1597. 

Dans  ses  déclarations,  la  bonne  foi  de  Coxie  ayant  été 
compromise,  le  magistrat  prouva  que  les  manœuvres  dont 
il  usait  n'étaient  inspirées  au  peintre  que  par  son  besoin 
d'argent,  effet  de  sa  prodigalité,  de  son  amour  pour  le  jeu 
et  de  sa  vie  déréglée.  La  ville  perdit  son  procès;  elle  eut, 
outre  le  prix,  à  payer  100  florins  d'or  supplémentaires  à 
titre  de  gratuité,  comme  le  prétendait  Coxie,  pour  son 
épouse;  à  lui  rembourser  ses  frais  de  séjour  à  Gand;  à 
supporter  les  dépenses  de  la  procédure  et  à  verser  5  florins 
Carolus  au  profit  du  souverain  du  chef  de  requête  civile. 

Au  jugement  de  M.  De  Busschcr,  le  Jugement  dernier 
se  rapproche  des  compositions  de  ce  genre  pour  la  partie 
supérieure,  mais  les  parties  inférieures  sont  neuves  et 
hardies,  imaginalives  et  empreintes  du  mysticisme  du 
moyen-âge.  L'exécution  des  figures,  qui  y  abondent,  n'est 
point  en-dessous  de  Frans  Floris  et  de  Michel  Coxie;  la 
science  anatomique  du  peintre  se  fait  jour  en  mille  en- 
droits. L'œuvre  est  signée  :  r.  coxivs  fecit. 

L'ouvrage  que  nous  venons  de  citer  fournit  tous  les 
renseignements  désirables  sur  l'historique  de  cette  œuvre, 
il  donne  une  appréciation  consciencieuse  de  son  exécution. 

Raphaël  Coxie  forma  de  bons  élèves,  parmi  lesquels  nous 
citerons  avant  tous  Gaspar  de  Crayer;  ce  peintre  abandonna 
la  manière  de  son  maître  pour  suivre  celle  de  Rubens. 


—  506  — 

H  travailla  également  avec  son  frère  consanguin  Michel 
Coxie,  el  il  dirigea  les  premiers  essais  de  son  fils  Michel. 

Jacques,  Gommaire  el  Nicolas  van  der  Gracht,  ainsi  que 
Jacques  van  der  Heyden,  semblent  également  avoir  profilé 
de  ses  leçons, 

I  5.  Guillaume  Coxie. 

Michel  Coxie  et  Ide  van  Hasselt  eurent  un  fils,  nommé 
Guillaume.  Ce  dernier  fut  inscrit  dans  la  gilde  des  pein- 
tres à  Anvers;  il  était  déjà  décédé  à  la  date  du  24  octobre 
1597  (0-  Nous  avons  vu  que  son  père  lui  légna,  par  tes- 
tament du  17  mai  1569,  ainsi  qu'à  Raphaël  Coxie,  tous 
ses  modèles  et  ses  éludes. 

Guillaume  Coxie  épousa  Catherine  Bergaigne;  les  con- 
joints ratifièrent  devant  les  échevins  de  Malines,  au  mois 
de  janvier  1574,  leurs  volontés  suprêmes  (2).  Il  parait  que 
leur  union  fut  stérile. 

Après  avoir  assuré  ses  derniers  désirs,  le  peintre  se  mit 
en  voyiige  :  déjà  le  28  mai  1 574,  il  était  loin  de  sa  patrie  (3). 

Dans  l'accord  intervenu  entre  Jeanne  van  Schelle  et  les 
enfants  du  premier  lit  de  Michel,  nous  voyons  comparaître 
Henri  Cockaert,  procureur  au  grand-conseil  de  Malines,  en 
qualité  d'époux  de  la  veuve  de  Guillaume  Coxie. 

§  4.  Michel  Coxie  III. 

Ce  second  Michel  est  fils  de  Michel  van  Cocxyen  et  de 
Jeanne  van  Schelle,  mariés  en  1569. 

Il  épousa  dans  l'église  métropolitaine  de  Malines,  le  29 
juin  1598,  Marie  Sillevoorts,  alias  Gillevoorls,  fille  de  Ma- 

(1)  RoMBAUTS  et  VAN  Leiîius.  Les  Liggere  d'Anvers. 
(2}  Registres  aux  testaments.  Archives  de  Malines. 
(5)  Adliéritances  de  Malines. 


—  507  — 

lliieu  et  de  Barbe  van  Sleenraert.  Celle  femme  convola  en 
secondes  noces  avec  le  boucher  Pierre  Genils,  donl  elle 
n'eul  poinl  d'enfants,  mais  qui  lui  survécut;  elle  trépassa 
dans  sa  ville  natale,  le  26  octobre  16.^)1.  De  son  mariage 
avec  Coxie,  elle  avait  eu  une  fille  et  deux  fils  :  Michel,  qui 
s'adonna  à  la  peinture,  et  Mathieu,  lequel  épousa  à  Saint- 
Pierre,  à  Malines,  le  28  septembre  1623,  Marie  Dens,  en 
présence  de  Pierre  Dens  et  de  Pierre  Sillevoorls. 

Michel  Coxie  iiabitait  à  Malines,  aux  bailles  de  kr,  la 
maison  «  deu  llerl.  »  Sa  position  sociale  était  aisée,  si  l'on 
en  juge  par  ses  funérailles,  qui  furent  célébrées  d'après  la 
seconde  classe.  On  lit  à  cette  occasion,  dans  l'obitiiaire  de 
Saint-Rombaut  : 

«2  Sept.  1616.  M""  Michel  Coxy,  schilder,  woonende  in 
»  den  hert  aen  d'eysere  leene,  Kercklyck.  » 

Michel  avait  été  reçu  dans  la  corporation  des  artistes 
malinois,  le  28  septembre  1598. 

Une  seule  œuvre  existe  de  sa  main,  mais  elle  sufïit  pour 
établir  le  mérite  de  son  auteur,  c'est  le  triptyque  qui  orne 
une  chapelle  du  pourtour  dans  l'église  de  iN'otre-Dame,  à 
Malines.  La  nation  des  jardiniers  fil,  en  1607,  les  frais  de 
cette  composition. 

Le  panneau  central,  la  Tentation  de  saint  Antoine,  porte 
la  signature  :  MicciEL  van  g.  fecit  anno  1607.  Le  pieux  cé- 
nobite, en  prières,  reçoit  la  visite  d'une  femme  jeune  et 
belle,  revêtue  d'une  robe  de  soie  à  reflets  roses  et  violets. 
Elle  présente  au  pénitent  un  magnifique  hanap.  L'épisode 
se  passe  dans  un  bois.  A  droite,  dans  le  fond,  saint  An- 
toine est  représenté  en  méditation  dans  la  profondeur  d'une 
caverne;  de  nombreux  démons  troublent  son  oraison.  A 
gauche  s'étend  un  joli  paysage,  animé  par  quelques  figures 
relatives  à  l'histoire  légendaire  du  patron  des  jardiniers. 

Le  premier  volet  expose  Saint  Paul  l'herniile,  visitant 
saint  Antoine  dans  la  forêt.  Un  corbeau  leur  apporte  un 


—  508  — 

pain.  Sur  le  second  volet  on  aperçoit  Saint  Antoine  rendant 
les  derniers  devoirs  au  cadavre  de  saint  Paul.  Dans  un  en- 
droit ombragé,  deux  lions  grattent  la  fosse  destinée  à  rece- 
voir la  dépouille.  Divers  animaux  sont  éparpillés  dans  le 
tableau;  dans  le  fond  s'agitent  des  démons.  L'horizon  est 
très-étendu. 

Le  triptyque  étant  fermé,  les  deux  portes  concourent  à 
un  sujet  unique,  l'Apparition  du  Seigneur  après  sa  mort. 
Le  Rédempteur  se  présente  devant  une  femme  agenouillée, 
les  bras  élevés.  Le  fond  est  léger  et  offre  une  vue  étendue. 

Cette  importante  composition  de  Coxie  est  ingénieuse, 
facile  et  sans  prétention.  Le  dessin  en  est  généralement  bon; 
les  tons  du  paysage  et  des  bocages  sont  doux  et  tranquilles, 
les  figures  ne  manquent  pas  de  finesse  dans  la  touche,  ni 
d'expression.  La  chose  qui  frappe  le  plus,  lorsqu'on  exa- 
mine ce  triptyque,  c'est  son  style,  car,  bien  que  peint  au 
XVII^  siècle,  il  porte  le  caractère  pictural  du  siècle  précé- 
dent; le  reproche  le  plus  fondé  que  l'on  puisse  faire  à  cette 
peinture,  est  un  peu  trop  de  maigreur  et  de  sécheresse. 

Trois  petits  panneaux  trouvent  place  sous  le  triptyque; 
ce  sont  le  Christ  eu  croix,  la  Résurrection  et  le  Sauveur  au 
jardin  des  oliviers;  ces  deux  derniers  affectent  une  forme 
oblongue. 

A  l'occasion  de  l'entrée  à  Malines  des  archiducs  Albert 
et  Isabelle,  notre  peintre  exécuta  une  image  de  la  Concorde, 
destinée  à  figurer  dans  un  arc  de  triomphe. 

§  5.  François  Coxie. 

Le  3  septembre  1562  entra  dans  la  gilde  de  Saint-Luc, 
à  Malines,  un  peintre  du  nom  de  François  van  Coxien.  Sa 
présence  dans  l'association  artistique  fut  éphémère,  car  il 
mourut  le  17  novembre  1563. 

Nous  ne  possédons  aucun  renseignement  sur  ce  person- 
nage, mais  nous  pensons  qu'il  était  fils  de  Michel  Coxie  (g  1). 


—  509  — 

§  G.  Michel  Coxie  IV. 

Le  15  septembre  1C05  fut  baptisé,  à  Saiut-RoinbiuU, 
Michel,  fils  de  Michel  Coxie  et  de  Marie  Sillevoorts.  Cet 
enfant  appartenait,  tant  du  côté  paternel  que  du  côté  ma- 
ternel, à  des  familles  où  l'art  était  cultivé  :  il  hérita  des 
goûts  de  ses  auteurs,  suivit  les  enseignements  de  son  père 
et  fut  agrégé  en  qualité  d'apprenti  à  la  jurande  malinoise 
des  peintres  en  1623.  Étant  fils  de  franc-maitre,  il  paya 
une  rétribution  inférieure  au  taux  habituel. 

En  1630,  il  devint  franc-maitre  lui-même.  Peu  après, 
nous  le  voyons  engagé  dans  les  liens  matrimoniaux  avec 
Catherine  Heyns,  alias  Smets,  dont  le  nom  n'était  point 
non  plus  étranger  à  l'art  (i).  Sept  enfants  connus  naqui- 
rent de  ce  ménage. 

Notre  peintre  était  encore  en  vie  le  9  février  1667;  il 
intervint  alors,  avec  deux  de  ses  fils,  dans  la  vente  de  la 
maison  «  Saint-Jean  »  dans  la  rue  du  BruI  (2). 

Les  registres  aux  adhéritances  de  1652  donnent  à  cet 
artiste  le  titre  de  peintre  du  roi,  «  Michile  van  Coxyen, 
artist  en  schilder  van  S.  Co.  Ma.  » 

§  7.  Jean  Coxie. 

Parmi  les  enfants  de  Michel  Coxie  et  de  Catherine  Heyns, 
il  y  en  avait  un  qui  étudia  soigneusement  la  peinture  du 
paysage.  Au  baptême,  célébré  à  Saint-Rombaut,  le  26  fé- 
vrier 1629,  il  reçut  le  nom  de  Jean.  Il  contracta  mariage, 
le  1 3  septembre  1 650,  à  Saint-Jean,  à  Malines,  avec  Jeanne, 
fille  du  peintre  Georges  Biset  et  sœur  de  Charles-Emma- 

(1)  Adhéritances  de  Malines.  Actes  :  décembre    1675,   5  oclobre   1649, 
12  juillet  1650. 

(2)  Adhéritances  de  Malines. 


—  310  — 

iiucl  Biscl,  peintre  dliisloiie  dislingué;  les  assistants  furent 
Georges  Buysset  (Biset)  et  Jean  de  Kegel. 

L'année  suivante  (1651),  notre  peintre  s'enrôla  sous  les 
bannières  de  la  corporation  de  Saint-Luc,  à  Malines. 

11  eut  deux  fils  et  deux  filles;  l'une  de  ces  dernières  fut 
présentée  au  baptême  à  Sainte-Catherine,  le  16  mars  1668. 
Ses  fils,  Jean  et  Antoine,  suivirent  la  profession  de  leur 
père,  comme  nous  le  verrons  ci-dessous.  L'on  peut  se  faire 
une  idée  du  savoir-faire  de  cet  artiste  par  les  peintures 
dont  il  a  décoré  deux  salons  à  l'abbaye  de  Parc,  près  de 
Louvain. 

Dans  un  appartement  du  quartier  du  prélat,  il  y  a  quatre 
grandes  toiles,  plus  deux  petits  tableaux  au-dessus  des 
portes. 

Les  quatre  grandes  compositions  sont  des  paysages,  ani- 
més de  figures,  dont  les  principales  ont  environ  50  centi- 
mètres. Les  peintures  secondaires  sont  du  même  genre  que 
les  principales;  l'une  d'elles  semble  retracer  une  vue  de 
l'abbaye  de  Parc,  les  autres  représentent  des  propriétés 
du  monastère. 

Les  sujets  des  grandes  toiles  sont  : 
1»  La  renconlre  de  saint  Norbert  avec  le  comte  GoJe- 
froîd  de  Cappenberg.  Huit  figures  principales.  IL  1"%50; 
L.  1"S40. 

2"  Saint  Norbert  attaqué  par  des  ennemis.  H.  1"%80; 
L.  2", 60.  Treize  personnages.  Dans  le  fond,  un  cortège 
sort  de  iMagdebourg  à  la  rencontre  du  saint.  Le  tableau 
porte  le  blason  du  prélat  Libert  de  Pape,  an°  1651. 

On  lit,  au  sujet  de  ces  peintures,  dans  le  Manuaele  boeck 
Liber li  de  Pape  : 

«  1650.  22  lO^'e.  Voor  2  lantschappen,  d'eene  behel- 
»  sende  de  historié  van  Cappenberghe,  ende  andere  daer 
»  S.  Norberlus  voorseit  tôt  Magdeburch  de  dood  van  dien 
..  die  het  geestelyck  goet  besat.  Gegeven  voor  het  stuck 
»  8  pont,  aldus  hier  t'samen  96,0.  » 


—  511   — 

3"  La  rencontre  de  saint  Norbert  et  d'un  gentilhomme 
(Thibault  de  Champagne).  II.  l'",80;  L.  1"',40.  Sept  fig. 

4°  Des  laveuses.  On  y  remarque  les  armoiries  île  l'abbé 
de  Pape.  L.  l^.SO;  L.  O^JO. 

Ces  deux  dernières  toiles  coulèrent  90  florins  10  sous. 

Dans  un  autre  salon,  il  y  a  deux  paysages.  Le  premier 
mesure  en  hauteur  2*", 20,  en  largeur  S"*,  10;  le  second  a 
1"%00  en  largeur  sur  la  même  hauteur  que  le  précédent, 
sur  lequel  on  lit  :  J.  de  Coxie.  inventor.  On  y  trouve  éga- 
lement récusson  de  L.  de  Pape  (t). 

D'après  M.  Raymaekers,  Recherches  historiques  sur  Can- 
cienne  abbaye  de  Parc(\i.  72),  Jean  Coxie  s'adjoignit  maître 
van  Rintel  pour  l'exéculion  des  figures. 

L'abbé  Libert  de  Pape  fut  le  protecteur  spécial  de  notre 
artiste;  il  lui  commanda  les  œuvres  suivantes: 

7  Octobre  1654,  un  Paijsage  sans  figures,  pour  devant 
de  cheminée  dans  le  grand  salon  abbatial  :  40  florins. 

16o6,  six  Paysages  destinés  au  refuge  de  Louvain, 
180  florins;  deux  autres  paysages,  90  florins;  trois  pay- 
sages pour  l'abbaye  même,  50  florins. 

L'exécution  des  figures  dans  ces  œuvres  coûta  57  flor. 

1657,  25  juin,  quatre  Paysages  dans  le  refuge  de  Lou- 
vain, à  raison  de  15  florins  chacun.  Van  Rintel  reçut  pour 
les  figures  12  florins. 

1659,  51  mai,  quatre  grands  Paysages,  dont  les  figures 
représentaient  Argus,  Pan,  le  bon  Pasteur  et  un  Philo- 
sophe, placés  dans  la  salle  du  rez-de-chaussée  du  refuge 
de  Bruxelles  :  90  florins.  Il  y  avait  dans  ces  tableaux  qua- 
rante aunes  de  toile.  Il  peignit  dans  le  même  hôtel  cinq 
paysages,  dont  deux  se  trouvaient  entre  les  fenêtres  du 
salon  précédent  et  un  devant  la  cheminée;  les  deux  autres 


(1)  Nous  devons  ces  renseignements    à  SI.  Dillen ,  chanoine   régulier  et 
archiviste  de  Tabbaje  de  Parc. 


—  312  — 

étaient  placés  dans  le  salon  au-dessus  de  la  cuisine.  Ils 
mesuraient  vingt  aunes  de  toiles  (65  florins).  Pour  la 
peinture,  l'artiste  reçut  110  florins. 

1G60,  16  mars,  six  Paysages  pour  le  grand  salon  de 
Bruxelles,  au-dessus  de  la  cuisine;  cinquante-trois  aunes 
de  toile;  il  toucha  62  florins  S  sous,  en  ayant  déjà  eu 
110,  Tannée  précédente. 

Trois  paysages  livrés  en  juin,  45  florins  10  sous. 

En  résumé,  cet  appartement  contenait  soixante-quinze 
aunes  de  toile;  le  prix  total  de  la  dépense  s'élevait,  avec  la 
gratification  et  les  frais  de  couleurs,  à  270  florins. 

Le  23  juin  1660,  l'abbaye  ofl"rit  à  M.  le  Fiscal  un  pay- 
sage du  même  auteur.  Il  coûta  13  florins  et  mesurait 
quatre  aunes  de  toile. 

Enfin,  à  la  même  date,  les  ouvriers  de  Coxie  avaient  fini 
de  peindre  les  portes,  les  fenêtres,  etc.,  du  refuge  de 
Bruxelles.  De  ce  chef  le  maître  compta  6  florins. 

Les  tableaux  de  Parc  sont  de  faible  exécution  :  l'avant- 
plan  des  paysages,  coloré  en  teintes  lourdes,  laisse  entre- 
voir des  fonds  azurés  dans  la  manière  de  Momper,  mais 
dont,  malgré  ses  tons  clairs,  Coxie  n'a  pu  atteindre  la 
légerté. 

I  8.  Jean-Michel  Coxie. 

Elève  de  deux  maîtres  habiles,  son  père  et  son  oncle 
Biset,  ce  jeune  peintre,  né  après  1650,  ne  tarda  pas  à  se 
faire  remarquer.  Il  travailla  avec  opiniâtreté  et  courage 
pour  se  perfectionner  dans  l'art,  carrière  dont  la  nature 
lui  avait  rendu  l'accès  pénible,  puisqu'elle  l'avait  fait  naître 
borgne.  11  fut  admis  dans  la  gilde  de  Saint-Luc  de  sa  ville 
natale,  mais  sa  vie  s'écoula  presque  tout  entière  à  l'étran- 
ger. Il  séjourna  tour  à  tour  à  Amsterdam,  à  Dusseldorf  et 
à  Berlin.  Dans  ce  dernier  endroit,  il  attira  à  lui  la  faveur 
de  l'Électeur  de  Brandebourg,  Frédéric  I  de  Prusse,  qui 


—  315  — 

lui  confia  en  1708  une  partie  des  décorations  du  château 
et  de  la  chapelle  de  Charlottenbourg,  près  de  Polsdam.  Ce 
prince  lui  octroya  le  litre  de  peintre  privé. 

En  Hollande,  le  talent  du  Malinois  fut  apprécié  et  recher- 
ché; il  y  peignit  bon  nombre  de  toiles.  Les  poètes  Fcitama 
et  Halma  chantèrent  l'un  et  l'autre  la  puissance  de  son 
pinceau. 

En  1702,  le  peintre  Wibrand  de  Geert,  son  élève,  lui 
dédia  un  recueil  de  statues  antiques. 

Après  la  mort  de  son  royal  protecteur  (1715),  Coxie 
quitta  la  Prusse;  il  se  rendit  à  iMayence,  où  il  resta  quel- 
que temps;  puis  il  partit  pour  Milan;  il  s'y  fixa  jusqu'à 
ce  que  la  mort  vint  le  surprendre  en  1720. 

Autrefois  la  ville  de  iMalines  renfermait  plusieurs  toiles 
de  ce  maître,  parmi  lesquelles  un  grand  nombre  de  por- 
traits. On  remarquait  dans  le  couvent  du  Val  des  Écoliers 
d'Hanswyck,  deux  grands  paysages  par  Théodore  Egret, 
longs  de  trente  pieds  et  larges  de  seize  pieds,  mais  dont 
J.  M.  Coxie  avait  brossé  le  ciel  et  quelques  autres  parties. 

Dans  le  réfectoire  de  ce  prieuré  pendait  une  toile,  large 
de  trente  pieds  quatre  pouces,  mesure  de  Malines,  et  haute 
de  vingt  pieds,  toute  entière  du  futur  peintre  du  roi  de 
Prusse.  On  y  découvrait  le  portrait  de  l'auteur  du  tableau 
et  les  effigies  de  dix-neuf  chanoines  réguliers  du  monas- 
tère. Ceux-ci  étaient  groupés  devant  Jacques  Peeters,  qui 
déroulait  sous  leurs  yeux  le  plan  du  couvent.  A  droite, 
au-dessus  d'une  porte,  était  représenté  un  cartouche  où  on 
lisait  :  in  cliebus  suis  œdifîcaverunt  domiim  et  exaltaverunt 
temphim  sanct.  Domino.  1689.  Ce  tableau,  lors  de  la  sup- 
pression de  la  maison,  fut  acheté  par  un  fripier,  qui  eu 
découpa  les  personnages. 

Dans  le  cloître  des  Ursulines,  à  Malines,  se  trouvait 
sur  le  rétable  de  l'autel  du  même  peintre,  la  Légende  de 
Sainte   Ursule  et    de   ses    compagnes.    On    reconnaissait 


—  314  — 

dans  cette  composition  la  reproduction  d'une  statue  de 
Elsiiamer  (i). 

Joffroy,  dans  sa  petite  histoire  de  ÎMalines,  recommande 
aux  amateurs  une  grande  composition  de  J.  Coxie,  exposée 
chez  les  Augustins  à  Bruxelles  (2). 

Dans  la  chambre  de  réunion  du  métier  des  graissiers,  à 
iMalines,  Ton  voyait  un  portrait  par  le  même  auteur. 

Les  Carmélites  de  Willebroeck  possédaient  également 
un  tableau  d'autel  de  cet  artiste. 

Dans  un  hôtel  habité  par  la  famille  de  Vaernewyck, 
à  Malines,  rue  A.  B.,  il  y  a  un  salon  décoré  de  quatre 
grandes  toiles  par  ce  Coxie.  Ces  tableaux  ont  servi  de  mo- 
dèles ou  de  cartons  à  des  tapisseries;  pour  ce  motif,  les 
personnages  sont  peints  en  sens  inverse,  c'est-à-dire  que 
leurs  actions  sont  faites  par  la  main  gauche  pour  obtenir 
l'efTet  contraire  dans  la  tapisserie.  Les  trois  sujets  princi- 
paux sont  empruntés  aux  tapisseries  vaticanes  d'après 
Raphaël,  ce  sont  la  Pèche  miraculeuse;  Saint  Paul  et  Saint 
Barnabe  à  Lystrie;  le  Sauveur  remettant  les  clefs  à  saint 
Pierre;  la  quatrième  toile  représente  la  Présentation  au 
temple. 

L'église  des  SS.  Pierre  et  Paul,  à  Malines,  jadis  l'église 
des  Jésuites,  est  décorée  par  une  série  de  grandes  toiles  rela- 
tives à  la  vie  de  saint  François  Xavier.  Le  sixième  tableau, 
dans  la  nef  ouest,  est  de  la  main  de  Jean  Coxie;  il  repré- 
sente Saint  François  prêchant  la  foi  aux  idolâtres.  Cette 
composition,  de  vingt-trois  figures,  expose  d'un  côté  un 
grand  nombre  d'Indiens  groupés,  en  diverses  poses,  sur 
le  bord  d'un  grand  chemin,  à  l'ombre  de  grands  arbres. 
L'apôtre,  revêtu  du  rochet,  explique  à  ses  auditeurs  les 
vérités  de  la  foi;  dernière   lui,  se    tiennent    trois  autres 


(1)  Mecliclcn  opr/ehcldcrl  in  liacre  kerckcn,  clooslers,  etc.,  1770. 

(2)  Hisloric  van  Mcchclcn,  1721. 


—  olo   

personnages.  Au  boni  du  chemin,  dans  la  perspective, 
on  découvre  l'Océan. 

Dans  celle  produclion.  le  peintre  a  fait  prouve  d'une 
grande  facilité  de  conception;  son  coloris  est  clair,  gai  et 
naturel;  la  partie  feuillée  est  bien  traitée.  Descamps  attri- 
bue cette  œuvre  à  J.  E.  Quellin,  dont  notre  peintre  a 
réellement  les  qualités,  moins  toutefois  l'éclat  et  le  jeu  des 
lumières  sur  les  étoffes. 

Nous  avons  appris  à  connaître  quelques  compositions 
de  Jean-IMichel  Coxie,  par  les  catalogues  de  ventes  de  ta- 
bleaux, tenues  à  Malines  :  en  1756  chez  le  secrétaire  du 
grand-conseil.  Van  der  IJnden,  VEnlèvement  de  Ganimède, 
d'après  Rubens,  fut  vendu  15  florins;  chez  i\I,  Pierels  de 
Croonenburg,  1858,  un  tableau  de  famille.  Haut.  1"',51; 
L.  2"%95,  fut  adjugé  à  155  francs. 

§  9.  Antoine  Coxie. 

Antoine  Coxie  était  frère  de  Jean-Michel,  et  fils  de  Jean 
et  de  Jeanne  Biset.  Il  naquit  après  1 650  et  il  eut  les  mêmes 
maîtres  que  son  frère;  mais  il  adopta  une  toute  autre  ma- 
nière, traitant  ses  sujets  avec  infiniment  plus  de  finesse  et 
sobriété  de  couleur.  Il  peignit  le  portrait,  le  genre  et  même 
le  paysage. 

On  rapporte  que  la  ville  d'Ostende  fut  son  lieu  de  sé- 
jour; qu'il  y  fut  jeté  en  prison  pour  dettes,  mais  qu'après 
l'expiration  de  sa  peine,  il  avait  pris  tant  de  goût  pour  la 
vie  cellulaire  qu'il  demanda  à  rester  dans  la  prison  et  qu'il 
y  mourut. 

En  1691,  il  travailla  pour  compte  de  la  ville  de  Ma- 
lines, peignant  au  mois  de  juin  un  portrait  de  Charles  II, 
roi  d'Espagne,  pour  cent  et  huit  florins  (i). 

(1)  Comptes  de  Walincs,  1690-1C91. 


—  316  — 

M.  van  den  VViele-van  den  Nieuwenhuyse,  de  Maliues, 
possède  deux  tableaux  de  ce  maître.  Le  premier,  signé 
A.  DE  CoxiE.  f.  1693,  de  moyenne  grandeur,  représente  la 
famille  Fayd'herbe.  Dans  un  salon  d'une  riche  architec- 
ture, orné  de  marbres  et  de  colonnades,  sont  réunis  dix 
memi)res  de  celle  famille  :  depuis  le  grand  sculpteur,  jus- 
qu'à ses  enfants  et  ses  petits-enfants,  ainsi  que  la  mère  de 
Jeanne  Marie  de  Croes,  sa  bru  ;  contre  le  mur  est  appen- 
due  une  grande  toile,  avec  deux  portraits  des  Snyders, 
parents  de  la  femme  de  Luc  Fayd'herbe. 

Dans  ce  charmant  tableau,  on  ne  sait  ce  que  l'on  doit 
admirer  davantage,  ou  la  finesse  du  coup  de  pinceau,  ou 
l'intelligence  du  groupe,  ou  l'harmonie  des  couleurs,  ou 
la  vérité  de  la  perspective.  Le  ton  général  de  ce  morceau 
est  réservé  et  tranquille,  mais  vivant.  L'architecture  y  est 
magistralement  conduite.  Peu  d'œuvres  sont  aussi  réussies 
que  celle-ci  :  dans  ce  tableau  l'artiste  s'élève  à  la  hauteur 
des  Hollandais,  maîtres  en  ce  genre;  à  part  la  gravité  de 
couleur,  Coxie  a  atteint  leur  finesse  et  leur  expression;  ici 
tout  est  d'une  gaîlé  calme,  c'est  une  paisible  et  agréable 
réunion  de  famille  dans  le  «  bon  vieux  temps.  »  Avec  ce 
tableau,  M.  van  den  Wiele  possède  les  croquis  à  la  craie 
noire  sur  papier  bleu  que  fit,  d'après  nature,  notre  artiste 
pour  peindre  les  portraits  dans  la  composition  dont  nous 
venons  de  parler. 

A  son  château  d'Einmaus,  près  de  Malines,  M.  van  den 
Wiele  conserve  du  même  peintre  un  autre  tableau  de  fa- 
mille. Ici  le  groupe,  peint  dans  de  grandes  proportions 
représente  la  famille  van  Haecht.  Il  y  a  six  figures,  de 
grandeur  de  nature;  un  riche  fond  d'architecture  occupe 
le  milieu.  Dans  le  coloris  on  retrouve  entièrement  la  main 
du  maître  qui  a  exécuté  le  tableau  des  Fayd  herbe;  mais 
ici  son  coup  de  brosse  est  large  et  plein  d'effet.  Cette  œuvre 
est  signée,  À.  De  Coxie  f.  1G99. 


—  3i7   — 

Il  existe  à  l'église  de  Sainl-Jacques,  à  Bruges,  dans  le 
chœur,  un  passages  avec  figures  signé  :  A.  De  Coxie 
Fecit  1698.  Toile.  H.  4-, 20;  L.  5'", 00  (i). 

Dans  la  famille  des  comtes  Cuypers,  à  Malines,  on  con- 
servait au  XVIII"  siècle,  un  portrait  d'Hyacinthe  Cuypers, 
par  A.  Coxie,  1689  ('2). 

I  10.  Rombaiit  Coxie. 

Nous  trouvons  dans  les  comptes  communaux  la  mention 
d'un  pauvre  peintre-décorateur,  porteur  du  nom  de  Coxie, 
illustré  si  souvent  dans  les  arts.  Cet  artiste,  si  l'on  peut 
lui  donner  cette  qualification,  (ait  une  apparition  unique 
dans  les  comptes  communaux  de  Malines,  en  1713-1714, 
pour  y  recevoir  le  prix  de  quarante  jours  de  travail,  qu'il 
a  employés  à  peindre  les  chars  et  les  pièces  de  VOmmegang. 
Celle  besogne  occupa  Rombaut  Coxie  depuis  le  5  mai  jus- 
qu'au 16  juin  1714.  Nous  ne  pouvons  rattacher  Rombaut 
à  la  généalogie  de  la  famille  Coxie.  Les  renseignements, 
que  nous  avons  recueillis  sur  son  compte,  se  bornent  à  la 
constatation  de  trois  mariages. 

Le  premier  fut  célébré  à  Saint-Rombaut,  le  15  juin  1685, 
avec  Cornelie-Pétronille  van  Wechter,  en  présence  de 
Jean  van  der  Haghen  et  de  Cornélie  Sanders.  Il  en  na- 
quit huit  enfants:  Guillaume  (28  septembre  1687);  Cor- 
neille(l  5  septembre  1 69 1  );  Philippine  (17 décembre  1 692); 
François  (16  août  1694)  et  Jacques  (8  janvier  1696),  tous 
baptisés  dans  la  paroisse  de  N.  D.  au-delà  de  la  Dyle;  dans 
cette  paroisse  décédèrent  :  Marie  (7  septembre  1688);  Ar- 
nold (10  décembre  1690);  Jean  (5  septembre  1691);  Cor- 


(1)  Annales  de  la  Société  d' Émulation  de  Bruges.  T.  V,  p.  82. 

(2)  G.  DE  Mayer.  Catalogue  oflc  nacmlysl  der  konslschildcrs  en  bccldhouwers 
van  Mechclen. 


—  318  — 

neille  (24  septembre  1691)  et  Jacques  (11  décembre  1697). 

Le  second  mariage  eut  lieu  également  à  Sainl-Kombaut, 
le  18  juin  1697,  entre  Rombaul  et  Dymphe  Viiiers,  de- 
vant D.  G.  Halen  et  François  Suetens. 

De  cette  union  provint  un  (ils,  Jean-Joseph,  mort  le 
26  mars  1698. 

En  troisièmes  noces,  le  peintre  épousa  à  Saint-Jean,  le 
50  juillet  1698,  Hélène  Seghers,  dont  il  eut  Anne-Mar- 
guerite, décédée  dans  la  paroisse  de  N.  D.  au-delà  de  la 
Dyle,  le  9  février  1705. 

Les  témoins  de  ce  dernier  mariage  furent  A.  Coomans 
et  François-Ignace  de  Coxie. 


(Pour  être  continué). 

Emm.  Neeffs. 


519  — 


Guillaume   le   Taciturne , 

d'après  sa  courespondance  et  les  papiers  d'état, 

PAR    TH.    juste. 


Ce  livre,  où  la  vie  du  fondateur  de  la  république  des 
Provinces-Unies  est  décrite  avec  le  plus  grand  soin,  comble 
une  importante  lacune.  Son  litre  indique  à  quelles  sources 
fauteur  a  puisé  et  atteste  que  nous  avons  sous  les  yeux 
une  œuvre  consciencieuse  basée  sur  des  documents  liisto- 
riques  d'une  haute  valeur.  Quelles  sont  ces  sources?  L'au- 
teur les  énumère  dans  un  avant-propos.  Il  s'est  attaché  à 
dépeindre  le  Taciturne  d'après  ses  propres  correspondan- 
ces, mais  en  contrôlant  celles-ci  par  les  témoignages  écrits 
de  ses  adversaires;  il  a  fait  une  étude  approfondie  de 
toutes  les  publications  importantes  sur  cette  matière,  qui 
ont  vu  le  jour  depuis  un  demi-siècle  et  c'est  à  l'aide  de 
ces  matériaux  mis  en  lumière  et  commentés  par  tant  d'au- 
leurs,  qu'il  est  parvenu  à  écrire  l'histoire  de  Guillaume  le 
Taciturne. 

Si  l'entreprise  était  difficile  et  délicate,  hàtons-nous  de 
reconnaître  qu'elle  a  été  parfaitement  conduite  et  que  l'au- 
teur a  su  détacher  de  l'histoire  d'une  époque  profondément 
troublée  par  les  haines  religieuses  et  politiques,  quelques 
pages  oîi  chaque  ligne  témoigne  du  désir  sincère  de  mé- 
riter la  confiance  du  lecteur. 

Jetons  un  coup-d'œil  rapide  sur  l'ouvrage  et  voyons  si 
le  biographe  du  prince  d'Orange  n'a  pas  subi  lui-même 
l'influence  d'une  atmosphère  encore  imprégnée  des  doctri- 


—  320  — 

nés  dont  les  réformateurs  du  XVI''  siècle  furent  les  pre- 
miers apôtres. 

L'ouvrage  est  divisé  en  seize  chapitres. 

Après  avoir  passé  rapidement  en  revue  les  ascendants 
de  son  héros,  depuis  Waleram  comte  de  Laurenbourg,  qui, 
le  premier  prit  le  nom  de  Nassau  au  XII*  siècle,  l'auteur 
arrive  à  Guillaume  que  l'histoire  a  si  justement  appelé  «  le 
Taciturne,  »  et  dont  la  vie  entière  s'écoula  au  milieu  de 
menées  politiques  et  religieuses  qui  n'avaient  d'autre  mobile 
que  l'intérêt  de  sa  maison;  les  pages  où  M.  Juste  raconte  les 
péripéties  du  mariage  de  Guillaume  avec  Anne  de  Saxe  en 
fournissent  d'irrécusables  preuves.  Celle  princesse,  âgée  de 
quinze  ans  seulement,  élail  mal  faite,  même  un  peu  boiteuse 
et  d'un  caractère  parfois  bizarre  et  violent.  Guillaume  ne 
la  connaissait  point.  Il  n'avait  jamais  vu  «  l'hériliére  dont 
»  il  recherchait  la  main,  et  on  doute  même  qu'il  possédât 
»  son  portrait.  Mais  il  n'ignorait  pas  que  la  fortune  de  la 
»  fille  unique  de  Maurice  était  considérable  et  que  sa  pa- 
»  renié  était  puissante.  La  dot,  en  effet,  était  des  plus  belles. 
»  C'est  celle  dot  qui  avait,  selon  des  contemporains,  alléché 
»  le  prince  et  ses  proches.  «  Quand  la  faim,  disaient-ils, 
t)  fait  sortir  le  loup  du  bois,  il  dévore  tout  »  (i). 

Ainsi,  Guillaume  de  Nassau,  pour  conserver  à  sa  maison 
l'opulence  et  la  haute  position  qu'elle  s'était  acquise,  ne 
reculait  pas  devant  un  mariage  qui  ne  lui  promettait  ni 
bonheur  ni  honneur. 

Anne  de  Saxe  était  élevée  dans  le  protestantisme,  il 
promit  à  l'électeur  Auguste  de  Saxe,  son  oncle,  qu'elle 
aurait  un  prédicateur  évangelique,  mais  à  Philippe  II  il 
tint  un  autre  langage  et  «  protesta  de  son  attachement  in- 
variable à  la  vraie  religion  catholique  "(2). 


(1)  Page  23. 

(2)  Page  24. 


—  321   — 

Pour  obtenir  le  consenlemeiil  du  roi,  il  n'Iiésila  pas  à 
déclarer  «  qu'il  avait  toujours  montré  un  grand  zèle  pour 
»  la  religion  et  qu'il  s'était  conduit  de  celte  manière  non- 
»  seulement  comme  serviteur  du  roi,  mais  encore  pour  l'a- 
»  paisemenl  de  sa  propre  conscience.  »  Quant  à  sa  femme, 
ajoutait-il,  il  ne  consentira  jamais  «  qu'elle  vécût  autrement 
»  que  comme  vraie  catholique  »(i). 

Pendant  les  pourparlers  qui  eurent  lieu  au  sujet  de  cette 
alliance,  Guillaume,  que  l'on  disait  «  peu  ami  du  hasard, 
«apportait  alors,  dans  sa  conduite  politique  et  religieuse, 
«une  prudence  craintive,  sinon  une  étonnante  dissimula- 
»  tion.  Le  2!  octobre  il  exprimait  à  Granvelle  son  chagrin 
»  de  voir  les  méchantes  hérésies  se  répandre  dans  sa  prin- 
»  cipauté  d'Orange;  il  ajoutait  qu'il  ne  souffrirait  pas  que 
«l'on  portât  préjudice  à  l'ancienne  et  vraie  religion,  et 
»  annonçait  l'intention  de  réclamer  contre  les  propogateurs 
»  des  nouvelles  doctrines  l'intervention  des  troupes  papales 
»  d'Avignon  3(2). 

Les  moindres  détails  des  négociations  ou  pour  mieux 
dire  des  intrigues  qui  précédèrent  le  mariage  du  prince 
avec  Anne  de  Saxe,  sont  relatés  par  l'auteur  avec  une  scru- 
puleuse exactitude  et  une  parfaite  impartialité. 

Les  noces  furent  célébrées  à  Leipzig,  le  25  août  1561, 
et  l'histoire  a  conservé  le  triste  souvenir  des  malheurs  et 
des  scandales  dont  elles  furent  la  source.  Cette  union  si 
mal  assortie  provoqua  la  rupture  des  relations  amicales  qui 
existaient  entre  le  prince  d'Orange  et  le  cardinal  de  Gran- 
velle. «  Pendant  longtemps,  dit  M.  Juste,  ces  relations 
»  avaient  été  empreintes  d'une  exquise  cordialité,  qui  se 
»  rattachait  à  des  souvenirs  de  jeunesse  et  à  un  profond 
»  sentiment  de  gratitude  de  la  part  du  prince;   celui-ci. 


(1)  Page  2G. 

(2)  Page  51. 


—  522  — 

»  respectait  Granvelle  comme  son  propre  père,  entretenait 
»  avec  lui  des  communications  secrètes  et  familières  et  ne 
»  faisait  rien  sans  avoir  pris  son  avis  »(i). 

Depuis  ce  funeste  mariage,  la  conduite  du  prince  prit 
une  autre  direction.  L'amitié  qui  le  liait  naguère  au  célèbre 
cardinal  alors  que  celui-ci  n'était  encore  qu'évéqued'Arras, 
se  changea  bientôt  en  haine  sous  le  soufïle  perfide  des  sei- 
gneurs de  son  entourage.  «  Ce  fut  le  comte  d'Egmont,  dit 
»  le  savant  biographe  du  Taciturne,  qui  s'efforça  d'exciter 
»  le  prince  d'Orange  contre  Granvelle;  pour  l'entraîner,  il 
»  lui  disait  assez  brutalement  qu'il  devait  préférer  le  bien 
»  public  à  ses  intérêts  particuliers.  Guillaume,  déjà  mé- 
»  content  des  observations  de  Granvelle  sur  son  projet 
»  d'union  avec  Anne  de  Saxe,  finit  par  céder,  quoique  à 
»  contre-cœur,  aux  instantes  prières  du  vainqueur  de  Gra- 
»  vélines  «  (2). 

Dès  cette  époque,  la  politique  du  prince  se  dessine.  Sa 
foi  religieuse  faiblit  et  disparaît  bientôt  complètement  pour 
faire  place  à  une  doctrine  bâtarde,  une  espèce  de  système 
à  bascule,  dont  la  politique  et  l'ambilioi»  furent  les  régula- 
teurs. Système  compliqué  et  sans  franchise,  mais  conforme 
au  caractère  dissimulé  du  fondateur  de  la  république  des 
Provinces-Unies.  «  Certes,  il  méritait  le  surnom  de  Taci- 
»  iiirne,  par  lequel  l'histoire  l'a  immortalisé,  l'habile  poli- 
»  tique  qui  dès  lors  savait  agir  de  telle  sorte  qu'il  triomphait 
»  des  plus  violents  soupçons  de  ses  antagonistes  naturels. 
»  Selon  le  témoignage  des  contemporains,  il  se  conduisait 
»  si  adroitement  en  matière  de  religion,  que  les  plus  fins  ne 
')  savaient  rien  discerner  de  ses  opinions  :  les  catholiques  le 
»  réputaient  catholique,  en  le  voyant  assister  journellement 
»  à  la  messe  avec  sa  femme,  et  les  luthériens  le  considé- 


(1)  Pages  42  el  43. 
(2}  Page  43, 


—  323  — 

'•  raient  comme  un  des  leurs,  sachant  qu'il  tolérait  Tal- 
»  lâchement  secret  d'Anne  de  Saxe  aux  doctrines  dans 
»  lesquelles  elle  avait  été  élevée  »(i). 

Nous  ne  suivrons  pas  le  biographe  de  Guillaume  de  Nas- 
sau dans  toutes  les  parties  de  son  travail,  dont  un  examen 
approfondi  dépasserait  les  limites  d'un  simple  compte- 
rendu. 

Si  Talliance  du  prince  d'Orange  avec  la  fille  de  Maurice 
de  Saxe  nous  a  arrêté,  n'oublions  pas  que  celte  malheu- 
reuse union  eut  une  influence  considérable  non  seulement 
sur  les  destinées  du  prince,  mais  encore  sur  celles  du  grand 
parti  dont  il  fut  le  chef  et  sur  la  nation  elle-même.  C'est 
de  cette  époque  fatale  que  date  la  politique  que  le  Taciturne 
suivit  et  qui  aboutit  au  morcellement  de  la  patrie,  après 
l'avoir  couverte  de  sang  et  de  ruines.  Cela  n'est  pas  con- 
testable. Telle  est  aussi  l'opinion  de  Slradda,  qui  fut  pres- 
que le  contemporain  des  hommes  dont  il  parle,  et  d'autres 
historiens  non  moins  autorisés  que  lui;  mais  elle  a  été  com- 
battue, de  nos  jours,  par  un  savant  hollandais,  M.  Bak- 
huizen  van  den  Brink,  qui  a  consacré  à  cet  important  sujet 
une  étude  remarquable  à  tous  les  titres  (2). 

La  biographie  de  Guillaume  le  Taciturne,  dont  iM.  Juste 
vient  d'enrichir  nos  bibliothèques,  est  une  œuvre  utile, 
savante,  pleine  d'érudition  et  consciencieusement  écrite, 
malgré  certaines  nuances  où  l'auteur  laisse  peut-être  trop 
percer  ses  sympathies.  Elle  servira  d'introduction  aux  re- 
cueils de  documents  sur  le  XVI"  siècle  que  notre  époque  a 
vu  naître,  et  sera  lue  avec  fruit  par  tous  ceux  qui  s'occu- 
pent de  l'étude  approfondie  de  notre  histoire  nationale. 

B""  K.  DE  V. 


(1)  Page  48. 

(2)  Hel  huwelijk  van  Willem  van   Orc.r.jc  r„ei  Anna  van  Saxen.  Kritisch 
onderzoclu.  Araslerdam,  1837. 

23 


—  324  — 


L'ILE    DES    BATAVES, 
ln.«nla  BataToriiiu. 


XI. 

ROUTE    SEPTENTRIONALE    DE    LA    TABLE    DE    PEUTINGER. 

Nous  n'avons  examiné  sur  les  lieux,  à  l'extrémité  supé- 
rieure et  au  centre,  qu'une  partie  de  la  route  septentrio- 
nale, c'est  pourquoi  nous  allons  utiliser  les  données  qui 
pourront  nous  diriger  avec  le  plus  de  certitude.  Ces  don- 
nées sont  basées  sur  des  investigations  partielles,  que 
d'autres  ont  faites;  elles  s'appuient  principalement  sur  des 
découvertes  d'antiquités  romaines,  qui  témoignent  du  séjour 
des  Romains  dans  les  endroits  indiqués,  d'une  manière  in- 
contestable. Suivons  donc  cette  voie  septentrionale,  à  partir 
de  Liigdimum.  Le  doute  de  la  correspondance  de  cette  place 
avec  Leiden  disparaît  devant  l'exactitude  des  distances  des 
localités  qui  suivent  Lugdunum.  La  première  halle  ou  étape, 
que  la  Table  porte  à  II  milles  de  Lugdunum,  est  figurée  par 
un  grand  édifice  carré,  de  construction  semblable  et  d'as- 
pect analogue  à  VArx  Britannica,  à  en  juger  par  les  fon- 
dements de  cette  dernière,  et  telles  aussi  que  se  présentent 
celles  d'Arensburg.  La  Table,  qui  nomme  cet  édifice  Prae- 
torium  Agrippinae,  présente  encore  ailleurs  plusieurs  autres 
dessins  semblables,  tels  qu'à  Àqnis  Bormonnis,  Aq.  Calidis, 
Aq.  Nerii,  Aq.  Nisincii  et  Aq.  Segeste  (»).  Nous  concluons 

(1)  Vide  Segmenlum,  loc.  cil. 


—  325  — 

d'après  cctlc  ressemblance,  qu'il  y  eut  là  uu  édifice  Irès- 
iinporlant,  qui  était  le  seul  que  l'Ile  possédait  dans  ce 
genre,  comme  l'indique  la  Table  de  Peulinger.  A  II  milles 
à  l'orient  de  la  bifurcation  du  Uhin  même,  se  partageant 
dans  Leiden  en  vieux  et  nouveau  Rbiii,  et  en  conséquence 
en  concordance  complète  avec  la  Table,  on  retrouve  les 
fondations  massives  d'un  castel  romain,  qui  se  nomme 
encore  aujourd'liui  Roomburg,  et  dont  les  murs  mesurent 
200  pieds  sur  cbaque  face,  avec  une  épaisseur  de  6  pieds, 
présentant  une  solidité  ou  force  de  cobésion  extraordi- 
naire. Il  résulte  des  inscriptions  découvertes  sur  place,  que 
ce  grand  et  solide  édifice  d'origine  romaine  était  dédié  à 
C/ESAR  Nerva  Trajanus  (a"  98  ad  1 16),  nommé  Marcus  Tra- 
janus  par  la  pierre  commémoralive  de  Dodewert,  prince  que 
rappelle  encore  la  borne  milliaire  de  Beek,  sur  la  route  de 
Xanlen.  Une  autre  inscription  de  ce  Praelorium  qualifie 
les  Bataves  d'Amici  et  fralres  Romani  Imper ii.  La  légion 
Ulpia  Victrix  XXX™,  de  l'armée  de  la  Germanie  inférieure, 
tenait  ici  garnison  au  commencement,  comme  à  Brilten- 
burg  et  à  Arensburg,  Dans  la  suite,  après  la  réparation 
de  cet  édifice,  et  son  appropriation  le  destinant  à  servir 
iï Armamenlarium  vers  l'an  200  sous  Septimus  Severus, 
ce  castel  fut  occupé  par  la  XV^  coborle  des  Volontaires. 
La  masse  d'antiquités  romaines  découvertes  ici  a  été  dé- 
crite par  Westendorp,  qui,  d'après  le  genre  de  construction, 
ne  croit  pas  que  cet  édifice  fut  le  Praelorium  Ayrippinae, 
qui  dût  se  trouver  contre  le  Rhin,  à  proximité  de  cct.4r- 
mentarium.  Toutefois  la  plupart  des  archéologues,  depuis 
Cluvier  jusqu'à  Reuveins,  s'accordent  à  reconnaître  le  Prae- 
torium  dans  cet  édifice. 

Matilo  suit  ce  poste  à  III  milles  au  levant.  Celte  dislance 
nous  conduit  au  voisinage  de  Kaukerk,  où  jusqu'ici  pour- 
tant on  n'a  trouvé  aucun  Matilo,  Ceci  est  d'autant  moins 
étonnant  que  la  syllabe  loo  se  trouve  dans  ce  nom.  Il  s'agi- 


—  326  — 

rail  donc  d'un  nom  de  provenance  aquatique,  comme  il  en 
esl  Irès-probablemenl  du  nom  de  ISùjer  Pulltts,  et  Irès- 
cerlainemenl  du  nom  de  Lauric,  dont  les  eaux  ont  été 
dérivées  par  le  canal  de  Corbulon  et  d'autres  déverse- 
ments, décharges  ou  barrages,  travaux  qui  ont  fait  surgir 
en  ces  lieux  différentes  plaines,  nommées  waard,  polder, 
veld  et  cope(i).  Devant  les  terrains  asséchés  près  de  3Ia- 
tilo,  nous  nous  posons  conséquemmenl  la  question  de  savoir 
si  nous  pouvons  persister  dans  notre  première  acception 
de  Ma(r)lîlo,  eu  y  voyant  une  allusion  à  Ty  ou  Tyr  (2)? 
Toute  considération  prise,  nous  croyons  devoir  mainte- 
nant abandonner  cette  acception  et  donner  la  préférence  à 
l'explication  de  Halma.  L'eau  Çl  loo)  fut  détournée,  et  l'on 
n'aperçut  plus  que  le  pré,  Mate,  Malte  ou  Made,  qui,  sous 
celte  dernière  forme,  se  dénonce  ici  dans  Hooge  made,  le 
llaul-Pré,  qui  s'accorde  avec  la  distance  que  nous  con- 
naissons, et  qui  renferme  les  meilleurs  pâturages.  A  cinq 
milles  plus  loin,  donc  à  X  milles  de  Liigdiiniim,  la  Table 
de  Peulinger  et  l'Itinéraire  d'Antonin  portent  tous  deux 
Albiniana  ou  Albaniana,  que  nous  rencontrons  dans  Al- 
phen  =  Al-fen.  Des  substruclions,  la  découverte  d'une 
pierre  de  la  première  légion  Minerva,  celle  des  grains  à 
moitié  torréfiés,  nous  portent  à  reconnaître  qu'il  y  eut  ici 
une  grange,  spyker,  horreiim,  et  une  garnison  romaine. 
Des  médailles  de  bronze,  d'argent  et  d'autres  antiquités 
détruisent  toute  incertitude  sur  le  séjour  des  Romains  en 
cet  endroit. 

INous  sommes  jusqu'ici  assez  certains  de  notre  route; 
mais  devant  T^igcr  pullus,  à  II  milles  plus  loin  selon  la 
Table  de  Peulinger,  on  rencontre  les  difficultés  que  tant 


(1)  Par  exemple  :  Ga\ecoj),  Ueycop,  Eyerseop,  Reyerscojo,  Gerversc^jo^j, 
reidiuysen,  Harmelertcaarrf,  Hanwyk,  Byletie//,  hreeveld,  Hielveld,  cl  îles 
polders,  comme  ^lyepolder,  Dampolder,  etc. 

(2)  Dans  noire  Weslland.  Leid.,  1844. 


—  527  — 

d'archéologues  se  sont  efforcés  de  surmonler  au  moyen  de 
différentes  combinaisons.  Ces  diflicullés  s'attachent  tant  au 
nom  et  à  sa  signification  qu'à  la  distance  et  à  h  situation. 
Luiscius  donne  Zwarle  kieken,  poulet  noir;  il  est  suivi  par 
Desroches  et  Devvez;  le  premier  cite  le  chemin  du  Zwarte- 
kieken  à  l'appui;  le  second,  un  quartier  de  Woerden,  dit 
Zwarle  kiekenbuurt;  mais  ici,  il  n'y  a  plus  d'accord  avec 
la  dislance  donnée  par  la  Table.  D'autres,  comme  Van  dcn 
Bergh,  ont  traduit  Pullus  par  Poel  (allem.  Pfiihl),  marais. 
Niger  Pullus  =  Nicker-poet,  qu'il  cherche  près  ou  dans 
Woerden,  au  lieu  même  où  Alting,  Van  Loon  et  VVilhelm 
ont  placé  Lauri  (i).  Tout  est  donc  incertain.  Ce  nom  peut 
s'être  évanoui  avec  Loo,  et  le  Lauric  et  peut-être  Fleiio, 
comme  dénominations  d'origine  aquatique. 

D'après  les  distances  que  nous  possédons,  faisons  donc, 
au  moins,  une  tentative.  D'Alphen  à  Zwanmerdam,  il  y  a 
V  milles,  1»,  15';  de  là  à  Bodegrave,  II  milles,  0%  32.  Si 
nous  retournons  par  les  deux  localités  reprises  sur  la  Table, 
nous  arrivons  d'Alphen  à  Niger  Pullus,  après  V  milles,  c'est- 
à-dire  à  Swammerdam,  dit  aussi  Suadenburg;  lieu  qu'en 

(1)  si  nous  récapitulons  les  dénominations  depuis  Grinnibus  {sur  les  Rin- 
nen),  nous  les  trouvons  sinon  toutes,  au  moins  la  plupart,  déduites  de  leur 
situation  locale  ou  conditionnelle  :  Vada,  l'eau  guéable;  Caspingium,  Tablœ, 
la  dérivation,  Flenium,  Flehem  ('l  huis  te  Vliel),  Lugdunum,  Lux-duiii,  dune 
du  Fanal,  Matilo,  l'eau  de  la  Made  ou  du  pré,  Hoogemade.  Nous  pourrions 
donc  difficilement  admettre  qu'il  faille  traduire  Niger  Pullus  par  poulet  ou 
coq  noir,  et  nous  lirions  plus  volontiers  Palus,  marais,  lequel  ici  eût  été 
remplacé  par  les  grandes  irrigations  de  Woerden.  Que  l'on  songe  encore  à 
Lauri,  Lourik  ^=  VVaterryk,  région  humide;  rro/ec/Hm,  passage  d'eau;  Fleiio, 
d'après  le  Vliel,  ou  Feclio,  Fehtna,  d'après  le  V^echt.  Nulle  pari  l'on  n'a  rien 
trouvé  d'analogue  à  une  enseigne  portant  un  poulet  ou  un  coq;  non  plus  que 
le  moindre  nom  rappelant  l'Aigle  romaine  (Adelaar),  bien  que  Podiiem  et 
Thiel  y  aient  puisé  leurs  blasons.  Le  Nikkerspoel  de  Vanden  Bergh  n'est  donc 
pas  si  étrange  qu'on  l'a  prétendu.  Bien  que  nous  y  laissions  nager  les  Nik- 
kers,  ces  génies  aquatiques,  nous  nous  contenterons  de  traduire  IViger- 
Pullus  par  Zivarte-poel,  comme  Al-fecn  ou  vccn  pour  Alphen.  Sur  l'aigle  de 
Podbem,  voyez  nos  Onderzoekingen  ou  IVieuwe  Wandelingen.  Tiel,  1865,  l. 


—  328  — 

ce  cas,  on  pourrait  considérer  comme  Sua-meer  ==  Zwarte- 
nieer,  lac  ou  étang  noir  (i);  tandis  qu'à  II  milles  plus  loin, 
Bodegrave  devrait  être  admis  pour  Lauri.  Suadenburg 
prénommé  a  fourni  beaucoup  d'indices  d'origine  romaine, 
à  ce  que  Scheltema  nous  apprend.  L'aspect  de  la  roule 
parcourue  se  montrerait  ainsi  : 


Albiniana  V.    j   Niger-Pullus  II. 


Lauri. 


Bodegraven? 


Alphen  lo|0.    I  Sua-mer  O^SS. 

Toutefois  un  nom,  et  le  chiffre  de  la  distance  de  Woer- 
den,  font  ici  défaut.  Woerden  semble  avoir  été  un  poste 
important  sur  cette  route,  non  seulement  à  cause  de  son 
étendue  et  d'une  population  plus  forte,  mais  encore  pour 
avoir   formé  un   triangle   stratégique  avec  Monifoort  et 
Oudewater  ou  Flenium  (2).  L'insouciant  copiste  monasti- 
que a-t-il  omis  ici  un  nom  et  un  chiffre,  comme  il  semble- 
rait résulter  du  nombre  des  étapes  et  des  dénominations? 
Si  donc  on  plaçait  Niger  Piillus  à  Bodegrave,  on  attein- 
drait Woerden  à  la  distance  de  V  milles  pour  y  trouver 
Lauri;  mais  comment  à  XII  milles  plus  loin,  trouvons- 
nous  donc  Fletio  et  les  autres  postes  de  cette  route  mili- 
taire? pour  lequel  ni  VIeuten,  ni  le  Hoogewoerde  signalé 
par  Janssen,  ne  peuvent  convenir. 


Niger-Pullus  V. 


Bodegrave  lolS. 


Lauri  XII. 


Flelio? 


Woerden  a». 

VIeuten,  que  nous  avons  visité,  est  situé  tout-à-fait  en 
dehors  de  la  ligne  de  direction,  et  le  Hoogewoerde,  près  de 
Meern,  ne  répond  aucunement  à  la  distance  établie.  C'est 
à  quoi  le  docteur  Janssen  pourrait  n'avoir  point  fait  atten- 
tion dans  son  hypothèse,  bien  qu'il  soit  vrai  qu'on  ait 


H)  Nous  traduisons  plutôt  :  lae  du  sud. 

(2)  Nous  avons  vu  de  semblables  triangles  encore  ailleurs,  par  exemple 
dans  le  Betuwe  supérieur,  Elista.  El-li  et  Tri-ahl;  Caspingium,  Leer- 
dam  (fllara)  et  Hoekelom  (//cw-de-rangle).  N'élail-ce  pas  là  des  points  stra- 
tégiques, comme  Woerden,  Montfoort  et  Oudewater  ou  Oude  warte  (vieille 
garde)? 


—  329  — 

découvert  à  cet  endroit  beaucoup  d'antiquités  et  surtout 
des  fragments  d'urnes,  dénoncent  bien  plutôt  un  uslrinum 
ou  cimetière  à  ustion,  qu'un  camp  ou   poste  retranché. 

Nonobstant  tous  ces  efforts  et  toutes  ces  liypotlièses,  nous 
constatons  que  dans  cette  direction  il  reste  encore  bien  des 
difficultés,  qu'on  ne  saurait  résoudre  en  procédant  seule- 
ment du  couchant;  nous  essayerons  donc  de  rencontrer  la 
solution  du  problème,  en  partant  du  levant.  Procédons 
d'un  point  certain,  de  Car-vo  ou  Wagen-wega,  aujourd'hui 
VVageningen.  Nous  établirons  plus  loin  que  Carvo  répond 
à  cette  ville.  La  Table  de  Peutinger,  poursuivant  la  roule 
de  Carvo  sur  Albiniana,  marque  VIH  milles  jusqu'à  Levae 
fanum,  qui  correspond  exactement  à  Levendal,  à  proxi- 
mité d'Amerongen  et  au-dessus  de  Leersura.  Nous  ne  nous 
arrêterons  pas  à  rechercher  s'il  faut  traduire  Leva,  Leven 
ou  Lieven,  par  eau,  et  Fanum  par  sanctuaire  Hlara;  ce 
qui  donnerait  :  Sanctuaire  de  la  vallée  aquatique,  où  était 
honorée  une  divinité  topique. 

A  quatre  lieues  de  là,  la  voie  parcourait  la  partie  élevée 
longeant  le  Walerdal,  qui  plus  tard  fut  converti  en  terre 
fertile,  comme  trieii  (broekiand),  par  une  dérivation  ou 
saignée.  Ce  chemin  traversait  Leersum,  Doorn  =  Thorn 
ou  Toren,  Driebergen  et  Odyk,  pour  nous  mener  à  une 
forteresse  romaine  à  quatre  lieues  de  distance,  XVI  milles 
tout  juste,  comme  le  dit  la  Table.  Cette  forteresse  est  Vech- 
ten,  nommée  d'abord  Fectio,  puis  Fletio.  très-probablement 
d'après  un  Vtiet  ou  déversoir  voisin,  dont  on  montre  encore 
le  lit  asséché.  Distance  exacte,  amas  d'antiquités  romaines, 
palissades,  puits,  pierres  votives  et  une  grande  quanlilé 
d'objets  qu'on  déterra  en  cet  endroit  à  l'occasion  de  la 
construction  d'un  nouveau  fort  sur  la  parcelle  supérieure 
du  terrain,  font  croire  que  le  vieux  Fletio  de  la  Table  de 
Peutinger  se  trouve  en  cet  endroit,  de  sorte  que  Laiiri  ou 
Lauric  doit  être  cherché  à  trois  lieues  ou  XII  milles  plus 
loiu. 


—  330  — 

Lauri:\e  Loeric  embrasse  la  partie  basse  du  terrain 
envoisinant  Houten  ,  et  vers  Utrechl  le  Lau-regi;  mais 
celte  dénominalion,  pensons-nous,  s'est  étendue  d'ici  sur 
toute  la  plaine  aquatique  jusques  ou  même  au-delà  de 
Harmelen.  Ce  Lauric  =  Waler-ryk,  région  humide,  con- 
nue aussi  sous  le  nom  de  Meeren,  lacs,  a  éprouvé  par  la 
suite  des  changements  notables  au  moyen  de  nombreuses 
saignées  et  de  barrages  importants,  comme  l'indiquent  les 
noms  des  Cop,  Galecop,  etc.  C'est  à  Harmelen  que  Lauri 
doit  avoir  eu  sa  forteresse  ou  tour,  à  Hera  ou  't  huis  te 
Harmelen;  Lauric  et  Hera  sont  deux  noms  appropriés  au 
voisinage  des  eaux.  La  route  partant  de  Fleiio  passe  par 
Hoog-Raven,  Ouden-Ryn  ou  Reyercoperdyk,  traverse  les 
Meeren  et  le  Meerendyk,  et  atteint  Bera  ou  Harmelen, 
juste  à  XH  milles  de  distance;  c'est  donc  là  que  nous 
plaçons  Lauri.  Continuant  notre  marche  dans  cet  état  de 
choses,  à  V  milles  plus  loin  nous  atteignons  l'un  des 
points  de  l'important  triangle,  Woerden,  qui  s'offre  con- 
séquemment  pour  le  Niger-Pullus.  Ainsi  se  trouverait 
assez  bien  confirmée  l'hypothèse  de  ceux  qui,  comme 
Luiscius  et  Dewez,  ont  cherché  ici  le  poulet  noir  et  croient 
y  voir  le  Niger-Pullus.  Que  ce  nom,  signifiant  poulet  ou 
marais  noir,  ce  qui  nous  est  indifférent,  correspond  à 
Woerden,  alors  qvCAlbiniana  est  Alphen,  comment  accor- 
der les  distances  produites  entre  ces  deux  localités?  La 
Table  ne  porte  que  H  milles,  tandis  que  la  distance  réelle 
est  de  trois  lieues,  soit  XH  milles.  L'on  arrive  donc  à  la 
conclusion  qu'il  y  a  réellement  ici  une  omission,  soit  seu- 
lement d'un  X,  soit  de  ce  nombre  et  du  nom  d'une  étape. 
Cette  rectification  admise,  on  obtient  l'indication  suivante  : 


Âlbiniana  XII.  I   Niger-Pullus  V. 


Alphen  3».        I   Woerden  I^IS. 


Lanri  XII. 


Hera,  Harmelen  3». 


Fletio. 


Vcchlen. 


Ce  qui  plaide  en  faveur  de  cette  rectification,  c'est  que 
par  son  moyen  on  trouve  les  XXVH  milles  qui  séparent 


—  351    — 

Trajeclum  à'Albîniana  (i),  selon  l'Ilinéraire  d'Aiilonin, 
résultat  qu'on  peut  en  quelque  sorte  regarder  comme  la 
preuve  de  nos  calculs.  La  différence  de  II  milles  ou  0",52, 
provient  de  la  distance  de  Lauri  à  Trajeclum  et  de  Lauri 
à  Flelio,  répondant  à  Vechlen,  station  au  midi  d'Ulrechl, 
à  laquelle  nous  allons  nous  arrêter  un  peu. 

Dès  1829  et  1850,  il  était  devenu  manifeste  que 
Vechlen  ou  Willenhurg  était  particulièrement  riche  en 
antiquités  d'origine  romaine,  lorsque  Scheltema,  Ascii  van 
Wyk  et  van  Heusden  inspectèrent  ce  poste  stratégique 
dss  Romains  (2).  En  1870,  lorsqu'à  l'occasion  de  la  con- 
struction d'un  fort  on  exhuma  des  fondations  et  des  palis- 
sades, vallum,  sans  avoir  agi  toutefois  en  ahsence  de  vues 
archéologiques,  on  rencontra  encore  tant  d'antiquités  de 
tous  genres,  que  l'on  vint  à  la  conclusion  fondée  de  l'im- 
portance de  cette  forteresse  possédée  ici  par  les  Romains, 
qui  l'ont  conservée  jusqu'au  début  du  IV^  siècle,  à  Tan- 
née 310,  comme  le  prouvent  les  monnaies  de  Flavius 
Severus  qu'on  y  a  trouvées.  En  1869,  on  y  découvrit 
également  une  pierre  d'autel,  dont  Leemans  fit  la  descrip- 
tion explicative.  Cet  autel  était  dédié  à  la  déesse  Viradecdi 
et  érigé  par  des  «  Cives  Tungri  et  naiitae  qui  in  Fectione 
consistunt.  »  Les  noms  de  Fletio  de  la  Table  de  Peutinger 
et  celui  de  Fectio  de  cet  autel,  s'expliquent  aisément  tous 
deux.  Fletio,  du  nom  du  déversoir  voisin,  Vliet,  branche 
du  Rhin  dont  le  lit  se  reconnaît  encore  à  la  trace,  et 
Fectio  de  Felitna,  c'est-à-dire  le  Vecht,  autre  bras  se  sé- 
aranl  du  Rhin  et  qui  coule  au  nord,  au-delà  d'Utrecht. 
Pour  continuer  la  route  au  levant  vers  Levae  famim  et 


(1)  Cfr.  le  Codex  de  Q.  Florenlinùs  Laurcntiamis ■ 

(2)Foj/.  Scheltema,  Willenburg.  1829,  et  Westendoup,  Overzigt  ovar  ro- 
mcinsche  oudheden,  1.  c.  Groningue,  1846,  et  pour  les  dernières  fouilles, 
Madhin  Nauuys,  Utrechlsch  Volks-Almanak,  1869,  p.  143,  et  enfin  Leemans  : 
Verslag  der  k.  Akademie,  XII  Deel,  1869. 


—  552  — 

au-delà  à  Carvo,  il  paraît  que  Ton  rencontrait  plus  d'un 
passage  sur  le  Rhin,  au  moins  à  en  juger  d'après  la  posi- 
tion des  eaux  dans  le  Waterdal  :  soit  qu'à  cause  des  grandes 
crues  on  dut  passer  à  Odyk,  ou  par  les  bas  niveaux  à 
Beverwert,  c'esl-à-dire  werl  by't  veer,  garde  près  du  pas- 
sage d'eau.  Deux  solides  tours  rondes,  situées  dans  cet  en- 
droit et  dominant  les  sinuosités  du  Rhin,  sont  regardées 
comme  d'origine  romaine.  Aucun  de  ces  deux  passages  ne 
peut  avoir  influé  d'une  manière  sensible  sur  la  dislance  de 
Levae  Fanum,  savoir  XVI  milles.  La  route,  à  cet  endroit, 
suit  deux  voies  parallèles,  Tune  à  un  niveau  plus  élevé 
que  l'autre;  la  première  traverse  Doom  =  Toren;  la  se- 
conde D'artimysen  et  Suilensteyn;  elles  se  réunissent  assez 
près  de  Remmerten  (Romerdun),  au-dessus  de  Levae  Fa- 
num. On  se  demande  si  Levae  Fanum  avait  un  sanctuaire 
consacré  au  génie  du  lieu  sous  le  nom  de  Leva,  comme 
dans  le  Betuwe  pour  la  déesse  Vagdavera,  à  Dodewert 
pour  Bathua  et  ailleurs?  Ou  bien  si  nous  devons  com- 
prendre par  Leeuwendal  seulement  la  grande  plaine  aqua- 
tique, le  Waterdal,  vers  lequel  la  voie  s'incline  en  cet 
endroit?  Nous  laisserons  cela  encore  indécis. 

A  la  distance  de  VIII  milles,  donnée  par  la  Table  de 
Peutinger,  et  au-delà  de  Remerten  =  Romerdun  et  de 
Rlienen  =  Grinnes,  nous  trouvons  juste  Carvo  =  Wagen- 
wega,  aujourd'hui  VVageningen.  Si  on  y  a  trouvé  si  peu 
de  traces  du  séjour  des  Romains,  de  même  qu'à  Rhenen 
==  Hrina,  c'est  que  la  superûcie  y  est  partout  couverte  de 
bâtisses.  Le  cas  est  général  dans  les  lieux  qui,  comme 
Castra  Tyla,  devinrent  ensuite  une  villa,  puis  une  civitas 
et  une  urbs;  la  surface  du  sol  y  étant  couverte  de  construc- 
tions, il  n'y  est  plus  possible  d'y  effectuer  des  recherches. 
Par  contre,  dans  toutes  les  localités  où  la  terre  est  nue  et 
sans  bâtiments,  comme  nous  l'avons  vu  à  Castra  Grinnes 
et  comme  nous  le  verrons  à  Castra  ILercidis,  les  antiquités 


OÔÔ    


se  monlrenl  en  abondance;  le  cas  est  général  pour  les 
terrains  qui  ne  sont  pas  occupés  par  des  maisons.  Dans  la 
rue  Royale  (i)  de  Rlienen,  on  pourrait  cependant  recon- 
naître le  Gasso,  comme  dans  le  Hoofdstraat  ou  Grande- 
Rue  de  Caryo-Wa geningen,  condition  que  nous  avons  déjà 
signalée  pour  la  plupart  des  places  importantes  de  la  roule 
méridionale.  Toutefois,  aux  lieux  dépourvus  de  bâtiments 
dans  le  voisinage  immédiat  de  ces  villes,  les  indices  du 
séjour  des  Romains  ne  font  pas  défaut.  C'est  ainsi  que 
l'on  a  découvert  des  substructions  d'édifices  romains  sur 
le  Koningsberg,  à  proximité  de  Rhenen,  mais  elles  n'ont 
pas  encore  été  étudiées  par  les  archéologues.  A  peu  de 
distance  de  Carvo,  vis-à-vis  de  Lexesveer,  et  au-dessus  du 
coin  de  la  Montagne  (Berghoek),  on  a  constaté  l'existence 
des  fondements  d'un  fanal  romain,  origine  qui  se  dénonce, 
selon  moi,  par  la  solidité  d'une  maçonnerie  à  ciment  com- 
pact. Le  passage  d'eau  a  pris  son  nom  de  Lexes-\eer  de 
celte  tour  ou  fanal.  Lux.  La  route  de  Castra  Hercidis,  sur 
la  rive  du  Beluwe,  allait  en  droite  ligne  sur  cette  tour  ou 
fanal. 

Je  tiens  les  substructions  que  je  viens  de  rappeler  pour 
d'origine  romaine,  nonobstant  les  enquêtes  et  les  apprécia- 
lions  d'une  commission  scientifique,  qui,  il  y  a  quelques 
années,  les  a  considérées  comme  appartenant  à  l'époque 
chrétienne.  Voici  les  motifs  qui  me  conduisent  à  cette 
opinion.  D'abord  leur  identité  avec  d'autres  substructions 
reconnues  comme  incontestablement  romaines;  ensuite  la 
remarque  faite  sur  place  par  moi-même,  que  les  substruc- 
tions d'un  Castrum,  in  loco  minciipante  Marilhaime,  ubi 
castnim  fuit  (2),  dans  le  Beluwe  supérieur,  sont  construites 


(1)  Hoofd-  ou  Koningsti-aal. 

(I)  BoNDAM.,  I,  4.  Heda,  Hisloria  Ultraj.,  p.  5.  —  Ce  que  dans  une  autre 
occasion  j'avais  nommé  appareil  au  béton,  ne  me  paraît  plus  pouvoir  être 
désigne  ainsi,  depuis  que  mon  ami  C.  Van  dcr  Elsl  m'a  fait  tenir  un  cchan- 


—  354  — 

dans  ce  même  appareil  à  ciment  compact,  que  les  Romains 
employaient  à  bâtir  dans  notre  pays.  Oudaan  nous  apprend 
quelle  était  la  nature  de  la  maçonnerie  de  Roomburg, 
Praetorium  Agrippinae  :  «  elle  était,  dit-il,  d'une  solidité 
»  de  cohésion  incroyable;  le  marteau  comme  la  pioche 
»  volaient  en  éclats  à  son  contact  (t).  »  Ceci  est  également 
vrai  de  Marithaime  et  de  Carvo,  comme  du  Praetorium. 
A  la  montagne  de  Carvo,  je  me  suis  convaincu  par  moi- 
même,  que  ni  maillet  ni  marteau  ne  pouvaient  pénétrer 
dans  ces  substruclions  d'origine  romaine. 

Maintenant,  poursuivons  la  route  militaire  romaine  au 
travers  du  Betuwe  vers  Castra  Hercidis.  La  dislance  de 
XIII  M.  p.  de  Carvo,  que  j'ai  parcourue  à  différentes  repri- 
ses dans  ma  jeunesse,  lorsque  j'habitais  Hervelt,  et  la  direc- 
tion exacte,  comme  le  marque  la  Table  de  Peutinger  pour 
cette  voie  vers  Nymègue,  et  la  distance  de  ce  dernier  point, 
tout  cela  réuni  indique  que  nous  avons  en  main  le  vrai  fil 
conducteur,  procédant  de  deux  parts  pour  aboutir  ici, 
point  où  la  voie  approche  de  son  terme.  Mais  il  y  a  d'au- 
tres preuves  du  séjour  des  Romains  en  cet  endroit,  et  de 
la  position  du  Castra  Hercidis  à  Hervelt;  ce  nom  signifie 
Leger-veld,  «  champ  du  camp.  »  Ce  champ  se  distingue 
très-aisément  des  autres  terres  avoisinantes.  La  présence 
locale  des  noms  de  Rome,  grande  et  petite  Rome,  le 
Moordakker,  Capel,  Spyker,  Koningshof,  etc.,  tous  noms 
adhérant  au  sol;  en  outre,   les   substructions  d'antiques 

tillon  de  bélon,  d'une  fouille  de  Monceau-sur-S:irabre  el  un  fr.igmenl  de 
calcaire  oolithique,  provenant  d'un  pilastre  de  Bruneliaut,  sous  Liberchies. 
Ce  dont  je  parle,  ne  se  rapporte  à  aucun  des  deux.  Je  veux  parler  d'une 
maçonnerie  à  ciment  coulé,  d'une  dureté  telle  qu'aucun  ciseau  ne  saurait 
l'entamer.  On  trouve  ces  matériaux  au  vieux  caslrum  du  Betuwe  supérieur;  h 
Marum;  sur  le  sommet  des  collines  près  Carvo;  aux  fondements  de  Roomburg, 
près  Lugdunum,  et  d'aulres  en  Weslfrise,  aux  ruines  peut-être  du  cliàleau 
Flevum,  englouti  par  le  Zuiderzee. 
(1)  OuDAiN,  Roomsche  Mogenheid,  p.  30. 


—  535  — 

édifices  encore  enfouis  sous  le  vieux  Legerveld,  el  enfin, 
les  quanlilés  d'anliquilés  qu'on  y  recueille,  loul  cela  réuni 
enlève  entièrement  le  doute  que  le  Castra  Herculis  indi- 
qué ne  se  trouve  nulle  autre  part  qu'ici,  à  Ilervell,  que  pen- 
dant ma  jeunesse  j'ai  appris  à  connaître  dans  toutes  ses 
parties,  comme  un  village  d'une  haute  antiquité.  Ammien 
Marcellin  cite  ce  castra  parmi  les  sept  cités  que  Julien  fil 
réparer  vers  l'an  559.  Il  nomme,  en  effet  :  Castra  Berculis, 
Quadriburgium,  Tricesima,  Noveshim,  Bonna  Antunna- 
cum  et  Bingium.  Selon  la  remarque  de  Weslendorp,  nous 
conclurons  de  là  qu'à  cette  époque  ce  Castra  devait  être  une 
forteresse  importante,  où  la  puissance  romaine  conservait 
encore  tout  son  prestige  souverain  dans  la  seconde  moitié 
du  IV''  siècle. 

Pour  ce  qui  regarde  la  dénomination  de  Rome,  on  ren- 
contre également  une  parcelle  de  terre  nommée  Rome,  très- 
près  de  la  tour  romaine  à  Dodewerl,  et  sur  laquelle  on  a 
recueilli  des  antiquités  romaines.  Qu'on  se  rappelle  encore 
le  pont  romain  à  Flehem  (Flenium),  Roombiirg,  c'est-à-dire 
bourg  romain,  près  de  Lugdunum,  dont  nous  nous  sommes 
déjà  occupé. 

Une  preuve  décisive  en  faveur  de  la  concordance  de 
Castra  Herculis  avec  Hervelt,  est  l'exactitude  complète  des 
distances  dans  les  deux  directions;  celle  de  Nymègue  est  de 
VIII  milles.  Le  chemin  traversait  Loenen  ou  Lunen  (Luna)^ 
près  d'un  poste  de  garde  à  Ewyk  [Silec-Awic],  que  Bon- 
dam  signale  comme  un  court  :  Curtis  Verda  in  Bathuajuxla 
Awich  1088  (i).  Dans  ma  jeunesse,  il  existait  encore  là 
un  chemin  de  traverse  qui  se  rendait  de  Hervelt  à  l'endroit 
indiqué  par  la  légende  pour  l'emplacement  du  «  fort  en- 
foui, »  distant  de  II  milles  de  Castra  Herculis. 

C'est  près  de  Nymègue,  Noviomagiis  ou  Neomagus,  que 

(i)  BoNDAM,  l.  I,  p.  i53.  —  IIeda,  Hist.  Ullraj  ,  p.  141. 


—  536  — 

nous  avons  commencé  les  investigations  de  la  voie  méri- 
dionale; en  égard  à  ce  que  nous  avons  dit  plus  iiaut,  nous 
ne  nous  arrêterons  pas  davantage  ici,  mais  nous  dirigerons 
notre  marche  en  sens  inverse  de  la  première  fois,  jusqu'à 
l'ancienne  limite  de  Tile,  à  Allinum  ou  Ellenberg,  aux 
pieds  duquel  coulait  alors  le  Rhin  pour  se  rendre  au  nord 
par  le  fleuve  naturel  Isala,  dans  le  Flied-meer  ou  Flevo 
Laciis,  puis  plus  loin  dans  la  mer  du  Nord,  Mare  Genna- 
nicum. 

Donc,  de  Neomagus  notre  route  militaire  traverse  G^on- 
nita  marca  et  Dorowôwrc  =  Torenburg,  allant  à  Arena- 
tium  (Aarl);  à  la  distance  exacte  de  X  milles,  endroit 
avec  un  Har-aue  ou  esplanade,  place  d'armes;  un  Heri-spic 
ou  grange  militaire;  un  Wart  ou  poste  de  garde,  tous  se 
rencontrant  l'un  proche  de  l'autre.  Le  canal  voisin  de  Pan- 
neren  ne  date  que  de  1701.  C'est  vainement  que  je  me 
suis  informé  des  antiquités  qu'on  eût  découvertes  à  Aart; 
mais  cela  s'explique  fort  bien  par  le  seul  fait  que  le  sol  y 
a  été  tellement  remué  et  tourmenté  par  les  inondations, 
accompagnées  du  changement  du  cours  du  Rhin,  et  parfois 
de  l'encombrement  du  lit  de  ce  fleuve,  qu'il  n'est  demeuré 
qu'une  seule  parcelle  de  terre  qui  soit  occupée;  elle  est 
située  sur  la  digue  ou  chaussée  fort  élevée,  et  si  ancienne 
que  nous  la  considérons  comme  la  plus  vieille  ou  la  pre- 
mière même  qui  fut  élevée  dans  l'ile.  Nous  pouvons,  nous 
semble-t-il,  nous  regarder  comme  satisfaits  des  dénomina- 
tions locales  prédites,  en  égard  à  leur  accord  avec  la  dis- 
tance exacte  de  Nymègue  et  du  Burginatmm,  où  nous 
arrivons  en  traversant  le  Rhin,  qui  coulait  au  pied  de 
l'Ellenberg,  et  sur  lequel  dût  exister  un  pont  ou  passage 
près  du  Wahal  (Nabij  de  Waal),  Na-valia,  NaêaXw,  pour 
entrer  dans  l'ile.  Burginatium,  à  VI  milles  d'Arenatium, 
est  la  même  place  que  celle  nommée  Quadriburghim;  c'est 
là  que  Drusus  séjourna  l'an  9.  Ou  prétend  qu'il  y  fit  con- 


—  337  — 


struire  un  bourg  et  un  puils  très-profond  que  l'on  montre 
encore.  Le  puils  porte  le  nom  de  Drusus. 

Ici,  nous  suspendrons  de  nouveau  nos  recherches  un 
instant,  pour  examiner  les  routes  qu'en  imagination  nous 
avons  parcourues  dans  le  Betuwe,  conformément  à  l'es- 
quisse suffisamment  exacte  que  présente  la  Table  de  Peu- 
tinger.  C'est  en  parlant  de  Burgînatkim  que  nous  allons 
passer  en  revue  les  distances  qui  suivent,  et  qui  sont  les 
résultats  du  fil  conducteur  qui  nous  a  guidé  dans  ce  vieux 
labyrinthe. 


Burginatium  VI. 


Arenatio  X.   !  Neomagus 


Burg  sur  Ellenberg  1"50.    ,   Aarl  2"50.     '   Nymègue. 

La  route  militaire  se  divise  en  voie  septentrionale  et  en 
voie  méridionale,  un  peu  au-dessous  de  cette  dernière 
place;  nous  allons  en  tracer  les  esquisses. 

A.  Route  du  Midi. 

Neomagus  XII  («).  I  Ad  Xir.  VI.  |  C.  Grinnibus  XVIII.    Vada  XVIII. 

Nyuiègue  3». 
Caspingiuni  XII. 


Asperen  ô». 
Lugdunum. 
Leidea. 


Neorangus  VIII. 


I  Dodewarl  lo30.  '  Kesleren  i°ôO. 
Tablae  XVIII.  1   Flenium   XXII  H. 


Vianen  4o30.    I   Huis  le  Vlict  5o30. 


B.  Route  du  Nord. 


VVadenoy  4o50. 
Forum    Hadriani. 


Nyniégue  2". 

Flelio  XII. 

Veclileu  5». 

Matilo  III. 


Casir.   Herculis    Xill. 


Herveld  5ol5. 
Lauri  V. 


Carvo  VIII. 


Wageninge   2». 


Voor  ou  Veur. 


Levae  Fanum  XVI. 


Levendal  4». 


Hara,  Harmelcn  l"!?. 


Pr.  Agrippinœ  II. 


Niser-PuUus  XII. 


Hooge  Made  CiS. 


Romburg  Oo30. 


Wocrden  3". 
Lugdunum. 


Albauiaua   V. 


Alpheii    1"I5. 


Leidcn. 


(1)  Les  XVIII  qu'erronémcnl  portent  ici  la  Table,  appartiennent  à  Vada, 
que  nous  y  introduisons  en  sa  place. 

(2)  II  est  manifeste  qu'il  y  avait  ici  au  moins  XXII,  et  que  les  distances 
suivantes  jusqu'à  Forum,  el  de  ce  lieu  jusqu'à  Lugdunum,  ne  sont  pas  por- 
tées sur  la  Table. 


—  538  — 

Le  doute  sur  la  véritable  situation  de  Liigdiinum,  doute 
que  l'on  a  nourri  longtemps,  ne  s'évanouit  que  par  l'aspect 
de  la  voie  septentrionale,  parce  que  les  dislances  des  deux 
dernières  stations  de  la  voie  méridionale  sont  erronées, 
fausses  ou  totalement  absentes.  Aussi  conjecturons-nous 
qu'entre  Flenhim  et  Forum  se  trouvait  une  station  (soil 
Gouda  ou  Segwart),  dont  le  nom  et  le  chiffre  de  la  dis- 
lance ont  été  omis. 

XII. 

ITINÉRAIRE    d'aNTONIN. 

Maintenant  il  nous  reste  encore  une  voie  à  considérer, 
voie  qui  jusqu'ici  a  fait  surgir  de  grandes  difficultés  pour 
nos  archéologues,  et  qui  a  donné  lieu  à  des  contradictions 
de  toutes  natures  quand  on  l'a  comparée  aux  deux  routes 
que  nous  venons  d'élucider.  Nous  voulons  parler  de  la 
voie  qu'indique  l'Itinéraire  d'Antonin. 

Il  importe  que  nous  rappelions  avant  tout  ce  qu'à  diffé- 
rentes reprises  nous  avons  déjà  fait  observer,  que  le  Betuwe 
a  été  divisé  en  Betuwe  supérieur  et  en  Betuwe  inférieur, 
qu'on  pouvait  aussi  nommer  le  Haut  et  le  fias-Betuwe,  en 
conformité  de  ses  conditions  naturelles;  le  premier  occu- 
pant un  niveau  plus  élevé,  et  le  second  étant  plus  déprimé, 
en  égard  à  l'altitude.  Le  Haut-Betuwe  s'étend  du  Rhin  au- 
dessus  d'Aart,  Arenatium,  jusqu'à  l'endroit  où  la  Table  de 
Peutinger  place  un  lac  sans  nom,  entre  Dodewert  Ad  XII, 
Achten,  Octo,  et  Kesteren,  Caslra  Grinnes,  où  se  trouve  au- 
jourd'hui le  Lageveld.  La  partie  encore  plus  basse  du  Betu- 
we, où  l'on  trouvait  dans  la  suite  les  comtés  de  Tyslrebant, 
Buren  et  Cuilenburg,  se  termine  au  Diepdyk  (Tief-deich), 
près  de  Caspingium.  Ce  canton  se  trouvait  naturellement 
beaucoup  plus  exposé  aux  inondations  que  la  partie  supé- 


—  339  — 

rienic  du  Beluwo.  Le  pays  des  Canincsatcs,  occupaiil  la 
Hollande  méridionale,  de  VAl-plas  jusqu'à  la  mer,  y  élail 
exposé  plus  encore,  tanl  par  suile  de  son  niveau  inférieur 
que  par  les  plus  fréquents  débordements  du  Kliin  et  de  la 
Meuse,  et  par  les  hautes  marées  de  TOcéan.  Dans  les  deux 
vallées  hors  de  l'Ile,  le  Veenemlal  entre  Carvo  et  Urina  ou 
Grinnes,  el  le  Water-  ou  Lceuwendal  entre  Levae  Fanuin 
el  Flelio,  el  surtout  le  Laiiric  au-delà  d'Ulrecht,  le  même 
cas  se  présentait  certainement  :  lors  de  la  crue  des  eaux, 
aucune  des  deux  routes  militaires  n'était  praticable  dans 
les  endroits  inférieurs  de  l'île,  à  cause  du  débordement  des 
deux  fleuves  le  long  de  leurs  rives.  La  nécessité  prescrivit 
donc  de  conduire  une  voie  détournée  sur  un  niveau  plus 
élevé,  et  c'est  cette  voie  d'évitement,  croyons-nous,  qui  est 
reprise  dans  Vltinéraire  d'Anlonin,  Elle  parcourait  en 
grande  partie  une  contrée  difTérente  de  celle  des  deux 
autres  chemins  ou  routes  militaires  préindiqués  d'après  la 
Table  de  Peutinger.  En  conséquence,  celle-ci  ne  saurait 
contredire  notre  exposé  sous  aucun  rapport. 

Examinons  cependant  la  chose  de  plus  près;  mais  re- 
marquons préalablement  que  les  différents  Codex  de  l'Iti- 
néraire présentent  plusieurs  variantes  de  noms  el  de 
chiffres  de  distance,  comme  il  ressort  de  l'édition  de 
Parthey  el  Pinder  (i);  et  ne  reproduisent  plus  les  noms 
portés  sur  la  Table,  sinon  Harenatium,  Carvo,  Albiniana 
et  Lugdunum,  qui  figurent  seuls.  Par  contre,  nous  ren- 
controns ici  deui  nouveaux  noms  :  Manarilio  el  Traj'cc- 
tum.  Quelles  que  soient  les  variantes  produites  par  la  diver- 
sité des  manuscrits  ou  Codex,  el  bien  que  ces  circonstances 
nous  défendent  de  nous  appuyer  avec  certitude  sur  les 
données  fournies,  les  localités  par  nous  bien  connues  déjà, 
nous  montreront   la  voie  à  suivre,  en    nous  niellant  en 


(1)  Ilinerarium  Anlonini  Augusli.  Bcrolini,  1848. 

S4 


—  310  — 

mains  le  fil  conducleur,  pour  nous  faire  découvrir  ces  deux 
endroits  inconnus,  aussi  bien  que  les  dislances. 

La  voie  indiquée  n'offre  pas  la  moindre  difficulté  de 
Burginatium  sur  TEUenberg  =  Altinum,  jusqu'à  Hare- 
natmm,  Aart,  YArenalium  de  la  Table;  l'exaclilude  par- 
faite de  ce  document  est  confirmée,  au  contraire,  par  le 
précédent  :  VI  milles  ou  1°,52.  La  route  se  poursuit  d'ici 
sur  Carvo,  dont  nous  connaissons  la  situation.  Nous  sui- 
vrons donc  le  chemin  le  plus  court  partant  de  Doronburc, 
le  burg  de  la  Tour,  que  celle-ci  soit  ou  non  d'origine 
romaine,  nous  conduisant  entre  les  fossés  Drusus  sur  le 
Hooge-wal,  par  Ahlsla  =  EIst,  par  le  Parc,  et  près  Her- 
al/i,  à  Thurnacum,  aujourd'hui  Doornik,  toujours  en  ligne 
droite.  Le  chemin  se  poursuit,  après  le  passage  d'eau  en 
cet  endroit,  par  une  direction  régulière  sur  la  Tour  du 
fanal,  à  l'autre  rive  du  Lexes-\eer,  dans  le  voisinage  de 
Carvo  =  Wageninge.  Les  divers  Codex  portent  la  distance 
à  XXII,  XXV  et  XXX  milles.  En  suivant  la  roule  qui 
passe  par  Elista  et  Turnacum,  comme  nous  venons  de  le 
faire,  cela  concorderait  à  peu  près,  sinon  complètement, 
avec  le  chiflVe  moyen  de  XXV^  milles,  soit  6",  15',  et  eu  ce 
cas  Elista  occuperait  le  point  du  milieu.  Il  devient  superflu 
de  donner  encore  ici  des  preuves  du  séjour  des  Romains 
au  Parc  ou  au  Ra-ink  voisins,  ou  dans  la  Gasse  de  ce  vil- 
lage, La  découverte  d'une  pierre  votive  de  Vagda-iera,  au 
passage  d'eau  de  Turnacum,  met  le  séjour  des  Romains  en 
cet  endroit  hors  de  tout  conteste.  Si  cette  pierre  commé- 
moralive  est  dédiée  au  génie  topique,  l'on  peut  en  déduire 
la  destination  de  la  Tour  comme  tour  de  garde  {Wart- 
ioren)  du  passage  d'eau. 

Janssen  a  déchiffré  celle  inscription  comme  suit  : 

De/jeJ  Vagdaver/^.  CusTi/us  SlMPLl/ciUS 

Super/us/  Dec/urio/  Al^  V^ocontior/um 

ExERCiTUS  Britannici. 


—  341  — 

Ce  passage  élail  dédié  à  la  divinité  topique  Dea  Vufjda- 
wro,  selon  nous,  el  la  tour  élail  eelle  du  poste  militaire  d'un 
passage  d'eau,  le  IJem-veer,  à  proximité  de  Hemmen  (i). 

La  roule  se  rend  de  Carvo  par  Manarilium  à  Trajec- 
tum,  que  nous  pouvons  bien  considérer  déjà  pour  Ulreeht, 
afin  de  découvrir  Manarilium.  Pendant  les  grandes  crues 
des  eaux,  on  ne  pouvait  suivre  la  roule  de  Carvo  à  Levac 
fanum,  à  cause  de  l'inondalion  qui  couvrait  le  Veenen- 
dal;  il  fallait  ici  faire  nécessairement  un  détour  que  nous 
voyons  signalé  par  Manaritio.  Nous  nous  efforcerons  en- 
core de  répandre  la  lumière  requise  sur  celle  position, 
en  recourant  aux  éditions  de  P.  Wesseling,  in-4%  Amster- 
dam, 1735,  et  surtout  à  la  plus  récente,  celle  de  G.  Par- 
ihey  et  Pinder.  Berolini,  Î848.  Nous  appuyant  sur  leurs 
données,  nous  tiendrons  également  compte  en  outre  des 
indications  des  distances  divergentes  que  présentent  les 
divers  manuscrits.  En  partant  de  Lurjdunum,  point  où 
commence  l'itinéraire  pour  notre  pays,  voici  ces  dislances 
diverses  : 

Lugdunum  à  Albaniana X  milles. 

B  ù  Trajeclura    ....  XVII,  soit  X  de  trop  peu. 

•  à  Manaritio.   •   •   •    j  XV  (XXVI I),  X  de  trop, 

et  I  XVII. 

à  Carvi,  dont  1.  JIS.  XVI  (XXII,  ou  XXV  dans  sept  MS.) 

»  à  Harenalium.   .    .   .  XXII,  XXV  et  XXX. 

»  à  Burginaliura   .   .    .  VI. 

On  voit  que  la  première  et  la  deuxième  dislance  s'accor- 
dent avec  la  Table  de  Peutinger  d'une  façon  si  complète, 
qu'il  ne  peut  rester  aucun  doute,  ni  sur  ces  localités,  ni 
sur  leurs  dislances. 

L'erreur  que  nous  avons  signalée  pour  la  dislance  entre 
Albaniana  el  ISiger  Pidliis,  de  Peulinger,  paraît  se  nicher 
encore  ici;  mais  elle  se  corrige  par  le  déplacement  des 

(1)  Voyez  mon  Westland.  Leidcn,  1844. 


—  342  — 

X  milles  en  plus,  en  faveur  de  la  dislance  qui  donne  X  milles 
en  moins.  En  réalité,  la  dislance  d'Alphen  à  Ulrecht  com- 
porte XXVH  milles. 

Après  avoir  élucidé  celle  section  de  la  route,  il  nous 
reste  à  décrire  Tappendice  du  labyrinthe  jusqu'à  Mana- 
rilio  ou,  comme  le  porte  le  Codex  C.  Laur.  Florenlinus, 
XV^  siècle,  Manarino,  situé  entre  Trajeclum,  qui  est  un 
point  fixe,  et  Carvo,  dont  la  position  pour  nous  n'est  pas 
moins  certaine. 

Quelqu'imporlance  que  nous  présente  essentiellement  la 
version  Mana-rino,  nous  ne  nous  y  arrêterons  pas  ici, 
voulant  d'abord  considérer  les  distances.  Les  codex  cilés 
portent  XV  milles;  un  des  manuscrits  porte  XXVII  milles, 
dont  nous  transportons  X  sur  l'étape  précédente,  ce  qui 
donne  ici  XVII  milles  de  Trajectum.  Il  est  vrai  que  ce  der- 
nier manuscrit  est  unique  pour  le  nom  de  Man-a-rino,  et 
le  chiffre;  en  conséquence,  nous  n'aurons  égard  qu'aux 
codex  cités  et  à  la  majorité,  et  nous  maintiendrons  le  chif- 
fre de  XV  ou  XVII  milles. 

Conformément  à  la  carie  officielle  des  distances  arrêtées 
de  nos  jours,  ces  XV  milles  nous  amènent  lout  juste  à 
Leersum,  par  3  lieues  45  minutes  en  ligne  droite,  ainsi 
à  peu  près  à  mi-chemin  d'Ulrechl  =  Tro/eciMm  à  Wage- 
ningen  =  Carvo.  Par  XVII  milles,  nous  atteignons  juste 
Amerongen;  mais  nous  nous  décidons  pour  le  premier 
point.  Le  nom  antique  de  Hlara  dénonce  ici  un  sanctuaire 
antérieur,  Fanum,  lout  aussi  bien  que  Levae  famim,  qui 
en  est  peu  éloigné.  On  peut  supposer  par  le  nom  de  Ma- 
narilio  ou  Manarino,  à  quelle  divinité  ce  Hlara  était  dédié, 
et  l'on  se  demande  si  l'on  avait  érigé  en  cet  endroit  un  pi- 
lier, Sul-mân  ou  Mân-sul,  comme  nous  en  avons  rencontré 
le  long  de  la  route  du  Balh-au.  Au  reste,  on  trouve  dans 
le  voisinage  immédiat  Smjl-stein.  C'est  de  là  ou  bien  de 
Manen  que  le  Manarpad,  voie  traversant  le  V^eenendal,  où 


—  343  — 

jadis  nous  l'avons  parcouru,  doit  avoir  reçu  son  nom.  Nous 
pensons  que  c'est  bien  de  Manen,  et  nous  croyons  en  même 
temps  que  Manar-itio  est  la  traduction  de  Manar-pad,  dont 
l'entrée  était  indiquée  à  Leersum  par  un  pilastre,  et  qui  se 
poursuit  sur  Mân=  Manen  (i).  Itio  est  une  allée,  un  sen- 
tier dans  une  direction  bien  stipulée  :  à  Man;  donc  ici 
le  Manarpad,  traversant  les  hauteurs,  en  côtoyant  le  Vee- 
nendal,  pour  traverser  encore  le  Maner-kaai,  ou,  par  un 
plus  grand  détour,  aboutir  à  Carvo. 

Si  maintenant  l'on  admet  l'explication  et  la  traduction 
de  Manar-itio  et  de  Manar-pad,  et  que  Ton  tienne  Leersum 
ou  plutôt  Suyl,  près  de  Leersum,  pour  le  point  de  dépari 
de  cette  voie,  indiquée  d'une  part  à  XV  milles  d'UtrecItt, 
on  ne  sera  plus  gêné  d'autre  part  des  XVI  milles  de  Caryo, 
suivant  ici  le  détour  le  moins  long.  La  distance  de  Leer- 
sum par  Amerongen  et  Rhenen,  en  ligne  droite  jusqu'à 
Wageningen,  s'élève  à  3  lieues  15  minutes;  mais  notre 
route  se  poursuivant  sur  le  Veenendal  par  Mân,  Mim  et 
Ben-inc-hem  (Bent-ink-hem),  aujourd'hui  Beunekom,  cô- 
toyait la  vallée  inondée  :  c'est  pourquoi  nous  pensons  qu'un 
détour  de  45  minutes  ne  mérite  pas  le  nom  d'excessif; 
XVI  milles  est  la  dislance  donnée.  La  dislance  d'Ulrecht 
à  Wageningen  s'accorde  également  bien  avec  l'indication 
de  l'Itinéraire,  soit  7  lieues,  ce  détour  compris,  et  les  deux 
distances  réunies,  soit  XXXI  ou  7°, 45. 

Quant  à  l'autre  chiffre  des  donnés  ci-dessus,  XXII  et 
XXV,  nous  y  reconnaissons  Tindice  d'un  détournement 
plus  considérable,  par  exemple  par  Ede.  Nous  avons  par- 
couru la  section  suivante  de  Carvo  à  Burginatium  et  in- 
diqué son  chiffre  moyen.  Sans  doute  on  pourrait  abréger 
la  dislance  de  45  minutes,  mais  aussi  on  pourrait  l'al- 


(I)  Des  aiUiquités  trouvées  en   cet  cmlroit  y  allcslcnl  la  présence  des 
Romains. 


—  34-4  — 

longer  certainemenl  de  1'',50'.  De  sorfe  que  le  Iripfe 
chiffre  XXII,  XXV  et  XXX  même,  ne  doit  pas  être  abso- 
lument rejeté.  En  conséquence  de  ce  qui  précède,  nous 
obtenons  de  Vllinéraire  d'Antonin  les  localités  et  dislances 
suivantes  : 


Lugduiuini   X.    I  Albiniana  XXVM.   )  Trajeclum  XV. 


Leiden  2O50.      I   Alfen  6H3.  Utrechl  3043. 


Manarilia  XVI. 


Leersum  4". 


Carvo  XXV. 


Wageningen  G^IS. 


Ilarenaiium  VI. 


Aart  1«30. 


Burginaliiim 


Op.  Ellenberg. 


Nous  voyons  donc  que  les  deux  voies,  celle  de  la  Table 
et  celle  de  Vllinéraire,  donnent  les  mêmes  distances,  là  où 
elles  suivent  partiellement  la  même  ligne,  comme  à  leurs 
extrémités  supérieure  et  inférieure,  et  qu'elles  ne  se  con- 
tredisent point  où  elles  sont  séparées. 

Il  faut  noter  toutefois  que  le  dernier  document  ne  nomme 
ni  Matilo,  ni  Niger-Piilhis,  ni  Laiiri  =  Loeric,  et  offre 
pour  la  première  fois  le  nom  de  Trajeclum.  Déjà  précé- 
demment nous  avons  attribué  la  disparition  de  ces  noms 
aquatiques  aux  effets  du  canal  de  Corbulon  et  à  d'autres 
travaux  hydrauliques  des  Romains.  Le  canal  de  Leiden, 
d'Utrecht  à  Harmelen,  cependant  n'est  pas  leur  œuvre;  il 
a  fait  disparaître  le  Loerik  et  les  lacs  (Meeren),  pensons- 
nous. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  distance  exacte  de  X  milles  entre 
Utrecht  et  Harmelen  que  l'on  trouve  en  longeant  le  Rhin, 
puis  le  canal  cité  plus  haut,  et  l'omission  probable  d'un 
nom  sur  Vllinéraire,  permettent  de  le  supposer. 

De  même  que  Corbulon  fil  partir  son  canal  de  Liigdu- 
num,  quelqu'aulre  commandant  romain  a  pu  en  établir  un 
autre,  afin  d'assurer  le  lit  de  la  roule  entre  les  deux  villes 
et  d'assécher  les  eaux  stagnantes  des  lacs,  qui  ont  gardé 
le  nom  de  Meeren.  Quantum  est  quod  nescimus! 

2.  Ceci  s'applique  également  au  Trajeclum  lui-même, 
qui,  dès  la  plus  grande  antiquité,  se  présente  comme  ayant 


élé  un  point  central  de  rencontre  fort  impoiUinl  pour  les 
populations.  C'est  pourquoi  il  réclame  encore  un  instant 
notre  attention  particulière  pour  conclure  notre  travail. 

Nous  avons  dit  que  les  diverses  roules  ou  chaussées 
militaires  venaient  se  réunir  ici  de  divers  côtés;  au  levant, 
les  voies  par  Carvo  et  Manaritio;  au  couchant,  celle  de 
Liigdunum,  tandis  qu'un  chemin  de  Balavodurum,  par 
Flclio  ou  Fectio,  débouchait  au  midi,  également  à  Trujec- 
tum.  Le  même  cas  se  présente  pour  les  voies  navigables. 
D'une  part  le  Rhin  (de  kromme  Ryn),  le  Fehtna  (Vechl), 
comme  d'autre  pari  le  Vieux-Rhin  et  le  Vliet  (Fletio),  qui 
paraissent  avoir  formé  ici  plusieurs  îles,  sur  l'une  des- 
quelles avaient  été  établis  un  castritm  ou  castelhini,  un 
praelorium  et  un  temple  avec  autel,  et  où  était  cantonnée 
la  XXX'=  légion  Exercitus  Germaniœ  Inferioris.  Il  parait 
que  ces  fleuves,  par  le  moyen  du  Vecht  que  l'on  prétend 
avoir  coulé  devant  le  fort  Fectio,  en  se  séparant  du  Rhin 
et  passant  par  Alt-vica  (Oudwijk),  étaient  au  nord  en 
correspondance  avec  le  Flied-meer,  Flevo-Laciis,  et  ainsi 
avec  la  Frise  et  la  Chaucide,  comme  il  en  est  aujourd'hui 
à  l'égard  du  Zuiderzee.  Peut-être  celte  rivière  formait-elle 
avec  le  Rhin,  avant  de  se  diriger  au  nord,  le  Warid=  In- 
sula,  nommé  aujourd'hui  le  Weerd,  qui  paraît  également 
avoir  élé  habile  sous  la  période  romaine. 

Dans  tous  les  endroits  dont  le  sol  est  couvert  d'habita- 
lions  par  suite  de  l'accroissement  de  la  population,  on  ne 
peut  songer  à  procéder  à  des  investigations  régulières.  Tel 
est  le  cas  pour  Trajectum,  où  toutefois  les  noms  de  Rômer- 
straat,  chemin  de  Rome,  F/e-(steeg),  de  via,  ont  élé  em- 
pruntés au  séjour  des  Romains,  comme  nous  l'avons  établi 
ailleurs. 

On  a  essayé  de  déterminer  et  de  tracer  le  cours  primitif 
du  Rhin  en  suivant  les  pieux  d'amarres ,  le  boisage  des 


—  546  — 

berges  ou  quelques  bateaux  enfouis  dans  le  sol  (i),  dans 
le  même  temps  qu'une  pierre  d'autel  et  d'autres  antiquités 
trouvées  à  Utrechl  n'attirait  qu'à  peine  un  regard  sur  l'état 
ancien  de  notre  ville  (2).  Il  en  fut  ainsi  d'une  statue  de 
Mercure  ou  Hermès,  qui  était  encore  conservée  à  l'hôtel- 
de-ville  en  1735.  Ce  monument  portait  une  salutation  à 
l'occasion  de  l'arrivée  de  l'empereur  M.  Antonlnls  en  ces 
lieux,  mais  il  a  disparu  sans  laisser  de  traces. 

Un  bas-relief  représentant  i/ejXM/e,  découvert  au  Waard, 
à  proximité  du  Pont-rouge,  prouve,  selon  nous,  que  cet 
îlot  était  babité  à  cette  époque;  tandis  qu'une  pierre  tom- 
bale de  M(arcellus)  Ingenius  N.  F.  (Numeriani  Filius), 
trouvée  près  du  Maliebaan,  y  indiquerait  un  cimetière 
(coematerium).  Mais  le  monument  le  plus  intéressant  est 
un  autel  découvert  en  1777,  à  l'endroit  où  se  trouvait  jadis 
l'abbaye  de  Saint-Paul  et  aujourd'hui  le  Palais  de  Justice. 
Cet  autel  est  conservé  à  la  bibliothèque  de  l'Université, 
Saxe  en  a  publié  la  description.  On  a  déduit  de  cette  dé- 
couverte que  \e  Praetorhim  romamtm  était  situé  à  l'endroit 
même  où  l'on  ramena  au  jour  cet  autel  profondément  en- 
foui dans  le  sol;  qu'il  avait  été  dédié  aux  iWeux  Jupiter, 
Jiinon,  Minerve  et  Neptune,  divinité  protectrice  du  lieu, 
par  le  propréleur,  en  reconnaissance  de  l'heureux  retour 
de  la  Grande-Bretagne  de  l'empereur  Marc  Aurèle  Antonin 
Basianus,  en  211.  Aux  yeux  des  habitants,  Neptune  se 
confondait  avec  le  germanique  Ull  ou  Ullr,  qui,  selon 
quelques  appréciations  et  déductions,  produisit  la  vieille 
dénomination  locale  de  Ultrajectum,  dont  Sigeberlde  Gem- 
blours  fit  usage,  opinion  qu'éclaircissent  sufïisamment  les 
noms  de  Vl-ten  ou  Uiltaburg,  comme  le  fort  de  Fectio  fut 


(1)  Cfr.  Tes  Brinck,  Ligging  en  gestddhcid  van  Oud  Ulrechl,  in  hci  Rom. 
lijdvak.  —  Ulrechlsche  Courant,  23  en  24  april  1871. 

(2)  M.  ScHOESMAUER ,  Moniimenta,  en  MS.,  a  lâché  d'en  tracer  une  carie. 


—  347  — 

d'abord  désigné  (i).  Nous  Irouvons  d'autant  mieux  appli- 
quée à  un  ou  Ullr,  dieu  de  Tliiver  et  des  frimas,  la  dédi- 
cace d'un  passage  d'eau  de  la  route  militaire,  qui  était  la 
seule  des  trois  voies  praticable  en  hiver  cl  conduicant  sur 
les  bauteurs  du  Veluwe;  la  voie  de  Betuwe,  dans  la  partie 
inférieure  surtout,  ne  pouvant  être  suivie  que  pendant  Vêlé. 
Ul-lrajectiim,  passage  en  biver  ou  trajet  bibernal,  la  cbaus- 
sée  elle-même  étant  une  voie  d'biver. 

Depuis  des  siècles,  la  puissance  de  Rome  a  été  expulsée 
des  provinces  de  l'Empire;  ÏAigle  du  bas-relief  brisé  que 
j'ai  trouvé  à  Podhem,  fut  pour  moi  l'emblème  parlant  de 
celte  puissance  détruite  {2).  Rien,  nulle  pari,  ne  nous  mon- 
tre jusqu'à  quelle  époque  le  pouvoir  romain  s'est  maintenu 
dans  notre  pays.  A  Fletio  toutefois,  jusqu'en  510;  à  Castra 
Herculis,  jusqu'en  539.  Ici  à  Utrecht,  comme  dans  plu- 
sieurs autres  lieux,  le  nom  romain  est  encore  adbéranl  au 
sol,  et  le  long  des  routes  militaires  nous  retrouvons  partout 
les  traces  de  ces  dominateurs.  C'est  ainsi  que  les  temps  et 
les  âges  se  succèdent,  et  que  tout  se  transforme;  c'est  ce 
qui  est  manifeste  surtout  pour  Trajecium. 

Telle  qu'était  sa  condition  sous  la  période  romaine, 
comme  centre  de  communication,  lel  est  encore  Utreclil 
aujourd'bui  à  l'égard  des  cbemins  de  fer;  de  même  l'autel 
romain,  que  nous  venons  de  mentionner,  établit  que  Mi- 
nerve a  été  bonorée  en  ces  lieux  dès  les  premiers  temps 
deTrajectiim  comme  aujourd'bui.  Entouré  de  remparts, 
comme  de  postes  de  gardes  dans  l'antiquité,  Utrecbl  est 
de  nouveau  devenu  le  point  central  de  la  défense  du  pays. 


(1)  D.  Haldersma,  in  Overyss.  Alm.,  p.  9,  1841,  et  mon  arliclc,  Utrcchl. 
Alm.,  1869. 

(2)  La  pierre  mesurait  l^JO  de  liaulcur,  1'",2j  en  largeur,  90  centini. 
d'épaisseur;  TAIgle,  IG  ccnlim.  Cfr.  Podhem  q{  Poddiiirjlicm  Tk\,  1865,  p.  G, 
cl  les  Onderzocliingcn,  etc.,  186ii,  p.  I  ,  etc. 


—  348  — 

Reinarqueis  et  éclaircissemcuti». 

A.  La  syllabe  Loo. 

Je  connaissais  Tobseivalion  louchant  Laubach  expliqué 
par  Folcuin.  Daclierii  Specilerj.  IV,  f"  544.  C'est  par  là  que 
j'ai  pris  congé  définitif  de  nies  contradicteurs,  après  avoir 
fourni  la  preuve  irréfutable  que  La,  Loo,  Loe,  ne  signifie 
pas  autre  chose  (\[i'eau.  Les  hommes  des  bois  (Bosch- 
mannen),  autrement  dit  les  défenseurs  des  mots  L^icus  et 
loof,  ne  se  sont  plus  fait  entendre  depuis  lors,  c'est-à-dire 
depuis  18G1.  Voici  ce  qu'à  ce  sujet  j'ai  produite  la  dis- 
cussion, avant  et  après  cette  époque  :  Verliandeling  over 
het  Westland  1er  opheldering  der  Loo-en,  enz.,  Leiden, 
1844,  p.  o4  à  72. 

Alfjemeene  Kunst- en  Lelierbode,  184o,  n"^  25  et  24. 
Les  réflexions  et  remarques  sur  l'étymologie  des  noms  de 
lieux,  par  MM.  Willems  et  Kreglinger,  dans  le  Taulkundig 
Àrchief  i\c  18o1,  de  M.  De  Jager.  —  Mon  Dietsche  Tuai 
en  Poëzij,  Gorinchem,  1858,  note  p.  9  et  10,  en  réponse 
à  Van  den  Bergli  et  à  Acker-Stratingh,  —  Le  Navoorsclier 
%6.,5"^«  année  1853,  p.  LXXV,el  BijbL,  1855,  p.  XXII; 
indépendamment  d'une  simple  mention  dans  :  Elst  in  de 
over  Beiuwe  onder  het  heidendom.  Delfl,  1855,  p.  G,  et 
note.  —  Voir  surtout  mes  Mededeeling  voor  de  Navorscher; 
Loo,  enz.,  dans  mon  Archief-  Geschied- en  Letlerkundig 
Mengelwerk,  Gorinchem,  1858,  p.  118;  —  et  enfin  la 
Loo-kwestie,  amenée  à  sa  conclusion  par  des  annotations 
très-étendues  dans  mes  Wandelingcn  in  de  Behnve.  Tiel, 
1 801,  p.  79  à  101 .  Tout  cela  m'a  conduit  à  la  conviction 
et  me  confirme  tous  les  jours  davantage  que  Loo  ne  signifie 
pas  autre  chose  que  :  eau,  et  qu'il  est  impossible  qu'il 
veuille  dire  Lucus  (bois)  ou  loo/"  (feuillée),  et  cela  dans 
toutes  ses  formes  de  La,  Lo,  Loo,  Loh,  Loe,  ainsi  que  Lu 


—  549  — 

el  Lîte  ou  Laue,  en  allemand.  Je  traduis  donc  Laubach 
simpicmcnl  parcourani  d'eau;  An-dcr-lucs,  nom  allemand  : 
«  sur  le  eouranl-d'eau,  »  comme  An-der-Lobia.  On   re- 
trouve ce  Lu,  noire  Loe  (eau),  dans  Lûtich,  Leoticli,  Lodi/k, 
Liège,  c'est-à-dire  digne  ou  barrage  contre  l'eau,  élablis- 
semenl  primitif  de  celte  ville  probablement.  Des  déductions 
confirmatives  de  la  signification  de  La,  Loo,  Lou,  sont  : 
Laveren,  louvoyer,  laven,  étancber,  la-ver  (lavare),  loop, 
cours  d'eau;  slool,  anciennement  slota,  fossé,  vlool,  flolle; 
lozen,  een  polder  lozen,  décbarger  un  poidre  de  l'eau  sura- 
bondante, pour  ne  ciler  que  quelques  exemples;  mais  il  y 
a  une  foule  d'autres  mots  qui  s'appuient  sur  la  significa- 
tion d'eau  par  Loo. 

B.   Le  Bois  sans  Merci. 

En  tbïois  :  '«  Woiid  zonder  Genade.  La  légende  qui  le 

cile  est  ancienne.  On  prétend  que  c'est  l'empereur  Claude 

qui  a  dénommé  ainsi  ce  bois  redoutable.  Par  les  manuscrits 

el  les  vieilles  cbroniques,  cette  légende  remonte  jusqu'au 

début  du  XIV''  siècle.  Ainsi  en  est-il  fait  mention  dans 

Van  V^ellbem,  Spieg.  Eist.,  liv.  III,  cb.  22;  dans  le  poëme 

De  Mag/iet  van  Gend,  vers  24,  en  Blommaert,  Oitdvlaarn- 

sche  Ged.,  t.  II,  p.  108;  on  trouve  :  Hel  Woud  van  On- 

fjhenadigheden  dans  la  Goudsche  Chronyckxken,  de  1478, 

et  dans  h  Chronyk  van  Holland,  Leide,  1517,  p.  \1^''. 

Cette  dernière  l'étend  de  Doornik  jusqu'au  Rbin,  tandis 

que  V Excellente  Cliron.  van  Vlaenderen,  Anvers,   1551, 

p.  o,  et  van  Varnewyk,  Eist.  van  Belgis,  Gbend,  1574, 

p.  Oe'^'S  la  placent  en  Flandre  et  même  près  de  Bruges;  et 

Oudegberst,  près   de  Lille.  Tout  cela  démontre   que   la 

Flandre  el  la  Hollande  méridionale  étaient  également  ricbes 

en  bois  el  connaissaient  la  tradition  du  •<  bois  sans  merci.  » 

—  Mais  où  serait  donc  le  berceau  de  tradition?  M.  Van  den 


—  350  — 

liergh  nous  apprend,  p.  95  de  sa  Middel.  Ncderl.  Géogra- 
phie, «  qu'on  cherche  généralement  ce  bois  dans  la  Hol- 
lande aux  environs  de  Leiden.  »  Il  parait  qu'il  s'est  ici 
appuyé  sur  nos  vieilles  chroniques.  Celles-ci  rapportent 
que  «c'était  une  vaste  forêt  où  l'on  entendait  les  rugisse- 
ments terribles  des  bétes  féroces,  qui  y  séjournaient,  des 
ours,  des  lions,  des  sangliers,  des  aurochs,  qui  hurlaient 
d'une  façon  si  épouvantable  que  tout  homme  en  avait  le 
frisson.  »  A  propos  de  lieux  déserts,  Wildernissen,  Paul 
Merula  raconte  que  l'évêque  d'Utrecht,  Willebrord  (696 
à  759),  offrit  au  ciel  ses  ardentes  prières,  pour  que  Dieu 
renversât  toutes  les  forêts  consacrées  aux  fausses  divinités, 
ce  qui  eut  lieu  au  moyen  d'une  tempête,  qui  sévit  sur  toute 
la  Hollande  jusqu'à  Nymègue  (860).  »  —  Ces  fausses  divi- 
nités étaient  les  Ases,  auxquels,  à  ce  qu'il  semble,  était 
consacré  VAsc-lekar-wald,  bois  qui  faisait  partie  de  l'Ar- 
denne,  Ardii-henna.  Il  paraît  que  le  bois  voisin  de  Leiden 
se  transforma  en  Es-leker-woiid,  plus  tard  Ysehjker  woiid, 
bois  effroyable,  et  ainsi  en  bois  sans  merci,  «  Woiid  zonder 
genade;  »  afin  d'inspirer  de  l'éloignement  pour  les  Ases,  qui^ 
dans  le  grand  bois  de  Furs,  en  Utrecht,  étaient  considérés 
comme  de  mauvais  esprits,  comme  des  diables,  par  l'évê- 
que Harmakarus,  en  892.  Il  leur  opposa  une  sainte  relique, 
parce  qu'il  les  regardait  comme  pires  que  les  loups  et  les 
renards  qui  vaguaient  dans  cette  forêt.  —  Le  hurlement 
ou  l'horrible  mugissement  des  forêts  de  la  Hollande  mé- 
ridionale dont  parle  la  chronique,  s'explique  fort  aisément 
sans  recourir  aux  lions.  Il  suffit  de  songer  aux  vagues  tu- 
multueuses de  l'Océan  {IVater-leeuwen)  et  au  mugissement 
du  vent  à  la  pointe  de  Hollande  {Eoek  van  Holland).  C'est 
par  là  que  dans  mon  livre,  Westland,  j'expliquai  Garnie 
et  Monochyros,  voyez-y  la  page  226,  où  il  est  question 
{[' Arduhenna  et  de  «  dat  ivilde  woud  zonder  genade  daar 
nu  Leiden  slaat.  » 


—  551   — 

C.  Jus  primae  noclis. 

Ce  droit  signalé  à  Ra-wyk,  non  loin  de  Gouda,  paraît 
provenir  d'usages  nupliaux  et  de  charges  juridiques  païen- 
nes de  la  haute  antiquité.  Comme  droit  féodal,  il  est  désigné 
par  les  différents  noms  de  Mardietla  (iMarchelum)  chez  les 
Anglo-Saxons,  les  Normands,  les  Ecossais  et  les  Gallois; 
culage  et  jambage,  chez  les  Français;  Bathinodio  (ou  Bed- 
not)  et  Bumede,  chez  les  peuples  germaniques,  les  Saxons 
et  autres.  Ch.  Ulr.  Grupeu  a  donné  une  ample  exposition 
du  sujet  dans  son  ouvrage  ;  De  Uxore  theotisca,  Von  der 
Deutsche  Frau.  Gollingue,  1748.  Il  en  résulte  que  le  terme 
jus  primae  noclis  indiquait  hien,  à  l'origine,  le  droit  de 
prélibalion,  droit  que  possédait  le  seigneur  à  la  première 
nuit  de  noces  de  ses  sujettes  ou  vassales.  Le  Glossaire  de 
Roquefort  s'exprime  aussi  dans  le  même  sens  au  mot  culage: 
«  Droit  tyrannique  et  odieux  que  certains  seigneurs  s'attri- 
buaient, dit-il,  de  coucher  la  première  nuit  de  noce  avec 
l'épousée.  »  Lorsque  ce  droit  que  le  maître  s'était  attribué, 
fut  racheté  plus  tard  par  le  vassal,  on  le  désigna  par  le 
nom  de  Marchetta,  Maritagium,  —  Maiden-rent,  Klauen 
und  Frauen-geld.  c'est-à-dire  prix  d'affranchissement.  Du 
Cange,  Grupen  et  Roquefort  éclaircissent  parfaitement  la 
question  :  «  Marchetta,  dit  ce  dernier,  droit  qu'un  vassal 
payait  à  son  seignenr,  lorsque  lui  vassal,  venait  à  marier 
une  de  ses  filles  :  ce  droit  fut  substitué  à  celui  qu'avait  le 
seigneur  de  passer  la  première  nuit  de  noces  avec  l'épou- 
sée. »  D'après  Boxhorn,  ce  droit  fut  établi  par  l'empereur 
Caïus  Caligula,  et  selon  le  témoignage  du  jésuite  Papen- 
broch,  cité  par  Grupen  :  «  War  die  redemlion  das  Juris 
defloralionis  in  Flandern  und  hie  und  wieder  in  Nieder- 
land,  aucb  in  ïeulschlaud,  in  Gange.  »  Tollius  et  Voelius 
ont  établi  que  ce  droit  existait  égalem.enl  dans  la  seigueurie 
d'Utrecht,  en  Gueldre  et  Zulphen.  Nous  renvoyons  à  Gru- 


~  052  — 

peu,  qui  rapporte  les  preuves  produites  par  ces  auteurs, 
desquelles  il  ressort  également  que  celte  antique  coutume 
fut  aussi  adoptée  par  le  droit  canon.  «  Das  Bischœfliche 
Juris  primae  noctis,  dit-il,  liât  mit  dem  Jure  dejloralionis 
und  dessen  Redemlion  nichls  zu  schaffen,  sondern  hat  sein 
Fundament  in  denen  Canonibus  conciliorum  vermoge  deren 
sich  die  neue  getraute  in  honorem  benediclionis,  die  erste 
Nacht,  in  virginitale  bewahren  sollen.  »  —  L'évéque  d'Ab- 
beville  trouva  moyen  de  convertir  ce  droit  en  une  sorte  de 
revenu,  en  imposant  l'achat  d'une  dispense  au  marié,  pour 
jouir  de  la  faveur  des  trois  premières  nuits.  Mais  en  1409, 
le  Parlement  supprima  cette  ordonnance  par  arrêt  s'expri- 
mant  ainsi  : 

«  Et  fust  dist  que  ung  chascun  desdits  habitants  pourroit 
coucher  cutn  itxoribussiiis  la  première  nuict  de  leurs  nopces 
sans  congé  de  l'évesque.  »  —  Au  surplus,  voyez  Grupen, 
De  Uxore  theotisca,  1748. 

Nous  n'avons  pu  découvrir  jusqu'à  quelle  époque  ces 
transactions  financières  et  lucratives,  connues  ici  sous  le 
nom  de  Jus  primae  noctis,  se  sont  maintenues  dans  les 
Pays-Bas.  Toutefois  nous  retrouvons,  comme  un  léger 
souvenir  de  l'ancienne  institution,  parmi  les  niches  que 
l'on  se  permet  au  jour  de  noces,  celle  d'enlever  la  mariée 
jusqu'à  ce  que  son  mari  rachète  sa  liberté.  Autre  part  on 
dénoue  la  jarretière  de  l'épousée,  —  V^oir  en  outre  Frans 
De  Polter,  Aardigheden  uit  den  ouden  tijd,  dans  le  Nederl. 
Tijdschrift,  1866,  t.  II,  pag.  50  et  55.  —  Warnkœnig,  la 
Flandre  et  ses  institutions,  t.  II,  p.  67  et  58.  —  Deleroy, 
GallO'Brabantiae,  Seigneurie  du  Petit-Reulx,  etc. 

D.  Hasetrecht  =  Asetrecht. 

Nous  reconnaissons  une  dédicace  aux  anciennes  divinités 
Ases,  dans  plusieurs  noms  en  trecht,  ou  passage  d'eau. 


ooo   — 


sans  aucun  conleslc.  Ainsi  en  est -il  ch;  Wocnstret/i/, 
Vhrecht,  Thorûrecht,  consacrés  à  Woden,  à  Lfllcr,  à  Tlior, 
à  moins  qu'en  Tliordrechl,  on  ne  croil  retrouver  toren, 
Tour.  —  Je  ne  me  hasarderai  point  à  expliquer  Beiren  — 
cl  Ossendrecht  sur  l'Kscaut;  mais  à  mes  yeux,  les  animaux 
ne  s'y  montrent  pas  davantage  que  dans  Zwindrecht;  or: 
Beiren  =  ours;  Ossen  =  bœufs,  et  Zwijn  =  porc?  Je  suis 
plutôt  tenté  de  voir  dans  Ossen  une  altération  d'Asen;  je 
connais  un  Asslein  et  un  Osslein;  et,  je  pense  que  Beircn- 
drecht  doit  s'accorder  assez  bien  avec  notre  ^arendrecht, 
qui  a  positivement  aussi  peu  de  rapport  aux  ours  que 
Zn;?/ndreclit  aux  porcs.  Quant  à  Haselreclit,  je  veux  bien 
qu'on  le  déduise  de  A,  A  lia,  comme  dans  A-trechl  (Arras), 
Ml  étant  devenu  aspirée;  ou  bien,  suivant  Eccard,  Leg. 
Salie,  p.  50,  de  Asc  écrit  aussi  Aak,  un  bateau  :  la  localité 
n'y  contredit  pas.  L'on  peut  donc  choisir  entre  Ase,  titre 
des  dieux,  A,  aa,  eau,  et  Asc,  bateau. 

E.  Simpof,  «  Onbesuisde  toren.  » 

Celle  tour  constituait  une  partie  du  château  de  Baten- 
stein,  à  Vianen,  château  célébré  par  P.  Burmannus,  dans 
son  poëme  Batensteinium.  Ce  nom  ne  peut  s'éclaircir  par 
l'analogie  de  Simpelveld,  dans  le  Limbourg,  non  plus  que 
par  un  comte  de  Saint-Paul,  en  157'i,  comme  le  voudrait 
Ludolf  Smids;  ni  par  l'apôtre  Paul  considéré  comme  saint, 
patron  du  lieu.  Que  veut  dire  Simpol,  que  signifie  Slmpel? 
Traitant  ce  nom  dans  son  Schalkamer,  Lud.  Smids  dit  que 
c'est  le  nom  de  Saint-Paul,  corrompu  en  Sinkpoel,  affaissé 
par  le  terrain  marécageux,  parce  que  celte  lour  avait  les 
pieds  dans  l'eau.  Ceci  ne  contredirait  aucunement  noire 
explication  de  T-ab-la,  écoulement  des  eaux  que  nous  avons 
à  proximité,  en  opposition  à  Vb-la  et  à  Ul-la,  expressions 
qui  pourraient  avoir  quelque  analogie  avec  Sinc-fal.  — 


—  354  — 

Nous  avouons  toutefois  ne  pouvoir  expliquer  le  mot  de 
Stmpol  par  sa  condition  de  point  de  défense  d'un  passage 
d'eau  établi  par  les  Romains.  Quelques  lettres  initiales  du 
nom  d'un  chef  romain,  tels  que  PauUimis,  Pompej'us  ou 
loul  autre,  se  cacheraient-elles  ici  sous  un  déguisement? 
Qui  peut  aider  à  la  solution  de  celle  énigme? 

F.    Yssel  et  Nouvel-Yssel,  non  canal  de  Drusus. 

Ce  fui  sur  les  traces  d'Hadrien  Junius,  Batavia,  1588, 
que  la  plupart  des  auteurs,   D'Anville,  iMenso  Alting, 
Wastelain,  Leemans,  Oltema,  Acker-Stratingh,  etc.,  indi- 
quèrent le  Nouvel-Yssel  comme  élanl  le  canal  de  Dnisiis, 
opinion  qui  s'est  introduite  jusque  dans  les   livres  des 
écoles.  On  en  prenait  pour  preuve  le  nom  de  Doesburg, 
en  le  déduisant  de  Drusits-burg?  V'an  Loon  et  Wagenaar 
pourtant  furent  d'une  opinion  différente  :  ils  trouvaient  ce 
canal  dans  le  Vliet,  entre  Leiden  et  Vlaardingen,  et  Asch, 
Van  Wyk  le  trouvait  dans  le  Vecht.  Il  est  superflu  de  ré- 
futer ces  dernières  opinions,  et  quant  au  Vliet,  nous  y  re- 
viendrons en  traitant  de   la  Fossa  Corbulonis.  Doesburg 
n'a  rien  de  commun  avec  Drusus,  et  ne  peut  être  plus 
longtemps  invoqué  comme  preuve;  car  Does  est  Dux  (duc), 
et  Ducis  bnrgum  est  le  burg  ducal,  dont  on  montre  encore 
les  fondements  sur  les  lieux.  —  Feu  mon  ami,  l'archéo- 
logue D""  Westendorp,  fut  le  premier  qui  éleva  franche- 
ment des  doutes  et  produisit  des  observations  contre  cette 
attribution   du  canal    de  Drusus,  dans  le  Gedenkt.  der 
Germ.  en  Romeinen,  de  Janssen,  Utrecht,  1836,  p.  174, 
objections  que  Leemans  s'est  efforcé  de  réfuter,  en  1842, 
dans  son  livre  Rossem,  quoique  d'une  manière  insuffisante. 
Enfin,  le  D""  Staring,  p.  39,  de  Aardkiinde  van  Salland, 
appelle  une  chimère  cette  attribution  du  canal  de  Drusus 
à  l'Yssel,  entre  Doesburg  et  Westervoorl,  s'appuyanl  sur 


—  555 


la  nalure  des  argiles  qui  longenl  le  fleuve.  Nous  sommes 
de  sou  avis.  Il  admet  aussi  que  dès  rorigine  TYsscl  dut 
transporter  les  eaux  du  Uhin.  Le  fond  argileux,  Valuvinm 
qui  borde  ses  rives,  surtout  dans  les  nombreuses  et  pro- 
fondes sinuosités  d'une  rivière  qui  s'est  creusée  son  chemin 
elle-même,  démontrent,  à  partir  de  Ysseloord,  que  c'est 
une  rivière  naturelle.  —  La  dénomination  de  Nouvcl-Yssel, 
en  opposition  avec  celle  de  Vieil-Yssel  prenant  sa  source 
dans  le  district  de  Mnnsler,  se  réunit  à  l'Ysscl  à  Doesburg, 
n'est  point  une  preuve  en  faveur  du  canal  de  Drusus,  quoi- 
qu'on l'ait  prétendu.  En  remontant  dans  les  temps  aussi  haut 
que  possible,  le  nom  est  toujours  Isala  et  peut  cire  bien 
Sala,  d'où  Salland.  En  Hollande,  on  trouve  aussi  une 
lsla  =  Isala,  d'Ysselstein  jusqu'à  /se/wntf/ien  (=  Yssel- 
mond),  son  embouchure.  —  La  différence  que  l'on  fait  en 
plusieurs  lieux,  comme  près  de  Zulphen  et  à  Deventer, 
entre  le  vieil  et  le  nouvel  Yssel,  là  où  l'on  a  supprimé  les 
courbes  de  la  rivière,  appartient  à  des  époques  posté- 
rieures. Quel  motif  peut  donc  avoir  donné  le  nom  impropre 
de  Nouvel-Yssel  à  la  branche  supérieure  de  celte  rivière? 
Encore  que  cette  expression  eût  été  usitée  à  l'époque  ro- 
maine, ce  n'est  certainement  pas  le  canal  supposé  de 
Drusus  qu'on  aurait  tâché  d'indiquer  par  cette  dénomina- 
tion, en  faveur  d'une  opinion  que  Slaring  a  démontré  être 
chimérique.  Il  n'existe  en  outre  pas  la  moindre  preuve 
qu'au  temps  de  Drusus,  la  puissance  romaine  se  soit  étendue 
le  long  de  Vlsala,  mais  bien  dans  Vile  des  Bataves,  où  l'on 
rencontre  un  cours  d'eau  nommé  Sala,  et  plusieurs  lacs 
dont  le  lit  ou  le  fonds  a  été  mis  à  nu  par  la  dérivation  des 
eaux  du  Rhin.  Pour  conclure,  nous  faisons  la  remarque 
que  la  profondeur  du  courant  et  la  largeur  de  la  rivière 
Isala,  prise  surtout  au  point  de  séparation  du  Rhin,  sont 
telles  qu'il  est  impossible  qu'elles  soient  produites  par  le 
travail  de  la  main  de  l'homme  au  moyen  d'un  creusement, 

2» 


—  3a6  — 

lantlis  qifen  oiUre  quatre  livulcts  Irès-sinueux  déverscnl 
leurs  eaux  sur  les  deux  rives  de  la  même  partie  supérieure 
la  plus  méandrique.  Tout  cela  nous  suffit  pour  conclure, 
avec  le  D''  Slaring,  que  prendre  le  Nouvel-Yssel  pour  le 
canal  de  Drusus  est  une  chimère. 

G.    Fossn  Corbîdonis. 

Le  recours  aux  travaux  de  Le  Francq  de  Berkliey  : 
Nat.  hist.  van  Holland,  l.  I,  p.  178,  etc.,  m'a  été  fort  avan- 
tageux pour  l'examen  de  la  question  concernant  la  Fossa 
Corbnlonis.  Après  Cluvier,  qui,  dans  son  ouvrage  Over  de 
uitloopen  en  monden  van  den  Ryn,  H.  VI,  107,  avait  déjà 
suffisamment  réfuté  les  opinions  de  Junius  et  d'Ortelius, 
qui  regardent  le  Lek  comme  le  canal  de  Corbulon,  senti- 
ment partagé  par  Ponlanus  et  d'autres  anciens  auteurs.  Ce 
sentiment  fui  embrassé,  en  1847,  par  un  écrivain  si  re- 
commandable  sous  d'autres  rapports,  Acker  Stratingh, 
dans  son  Àloude  staat,  etc.,  l.  I,  p.  1G2.  Il  entra  en  lice 
pour  défendre  l'opinion  de  Junius,  bien  qu'il  eût  pu  cire 
mieux  inspiré  par  la  lecture  du  livre  d'Adr.  Slolker  ; 
Over  het  afsluilen  der  Lek  en  rjeschiedenis  dier  rivier, 
p.  53,  a°  1809.  Celui-ci  avait  basé  son  travail  sur  la  visite 
des  lieux,  condition  qui  manque  complètement  à  Acker 
Stratingh.  Nos  propres  investigations  locales  nous  ont  telle- 
ment persuadé  dans  l'opinion  de  Cluvier,  que  nous  venons 
attester  avec  Stolker  que  le  cours  sinueux  du  Lek  entre 
Wyk-by-Duerstede  et  Leksmond,  n'indique  pas  davantage 
là  un  travail  humain,  que  le  Nouvel-Yssel  :  alors  surtout 
que  les  paroles  de  Tacite  et  de  Dion  Cassius  ne  sont  en 
aucune  manière  applicables  au  Lek,  coulant  entre  le  Rhin 
et  le  Wahal,  mais  au  contraire  au  Vliet,  entre  le  Rliin  et 
la  Même,  de  Leiden  jusqu'à  Maassluis  et  Vlaardingen.  La 
considération  que  la  distance  entre  ces  deux  rivières,  le 


—  557  — 

Hhin  el  la  Meuse,  sérail  trop  rcslrcinle  pour  concorder 
avec  la  donnée  de  25  milles  p.  de  Tacite  ou  de  170  slades 
de  Dion,  partagée  par  M.  Ollcma,  Over  de  loop  der  rivie- 
ren,  1845,  fait  poursuivre  ce  canal  jusqu'à  Hellevoelsluis, 
sur  le  Hélium  Ostiiim  ou  Vieille-IMeuse.  La  divergence 
résulte  ici  de  la  conception  de  l'exposé  de  Tacite  el  des 
paroles  de  Dion.  Ainsi  l'on  trouve  dans  Tacite,  Ann.XI,  20. 
«  Ne  miles  olium  exueret,  inter  Mosam  Rhenumque,  tria 
»  et  viginti  millia  spatio,  fossam  produxil  Domitius  Cor- 
»  bulo  quia  incerta  Oceani  vclerentur.  »  El  le  traducteur 
latin  de  Dion  Cassius,  Hist.  Rom.,  X,  50,  dit  :  «  Fossam 
»  per  ipsorum  manus  à  Rheno  ad  Mosam  perduxif,  centum 
»  et  septuaginla  stadiorum  longam,  ne  fluvii  aestuante 
»  Oceano  refluentes  slagnarent.  »  On  ne  peut  raisonnable- 
ment mettre  en  doute  qu'il  s'agit  ici,  non  de  la  distance 
séparant  les  deux  fleuves,  mais  bien  de  la  longueur  du 
canal  dont  il  est  question.  C'est  ainsi  que  l'ont  également 
compris  Leemans,  1842,  Rossem.  Leide,  p.  8,  el  Acker- 
Siraùngh,  A loude  staat,  t.  ï,  p.  165.  Le  premier  traduit 
ainsi  la  phrase  de  Tacite  :  «  Il  fit  creuser  entre  le  Rhin  el 
la  Meuse  un  canal  de  125  milles.  «Mais  en  portant  ce 
parcours  à  six  lieues,  il  commet  une  nouvelle  erreur.  Le 
mille  romain  répond  à  0°,1d  ou  0%Î6',  comme  il  est  res- 
sorti partout  dans  les  pérégrinations  que  nous  avons  faites; 
nous  nous  trouvons  donc  en  présence  d'un  canal  de  5"47, 
ou  25',  el  ce  chifi"re  s'accorde  si  complètement  avec  la 
longueur  réelle  que  nous  avons  si  fréquemment  parcourue, 
il  y  a  quelques  années,  lors  de  nos  invesligalions  dans  le 
Westland,  en  1844,  que  nous  ne  sentons  nullement  la 
nécessité  d'un  prolongement  jusqu'à  Hellevoelsluis  dans 
l'Ile  de  Voorn. 

En  tenant  compte  des  coudes  et  directions  obliques,  nous 
trouvons  les  résultats  suivants,  s'accordant  avec  les  relevés 
officiels  en  tous  points  : 


—  338  — 

De  Lugdimum  à  Forum  (Veiir)  ...   1  lieue  ou  4  milles 
De  Forum  par  Arensburg  à  Hoorn.  .   1  1/2  6 

De  Hoorn  à  Deift  (Alfiniim)   ....  0  «/s  2 

De  ce  centre  des  lourbières  el  des  ca- 
naux jusqu'à  Scipleda,  Schiplui  el 
Kenenburg,  qui  y  lient ......   1  4 

De  là  jusqu'à  'l  Schouw  ou  le  Leda, 
irrigation  sedivisanl  en  deux  canaux 
creusés  qui  vont  à  Vlardingen  ...  0  3/4  3 

El  un  troisième  allant  à  Maassluis.  .   1  4 


5  3/4  I.     25  milles 

Il  importe  de  remarquer  qu'ici  le  déversement  du  Scbouw 
vers  Maassluis,  se  divise  en  trois  fossés  de  décharge  pa- 
rallèles, se  confondant  à  leurs  extrémités  el  qui  sont  dis- 
tingués par  les  noms  de  Trekvliet,  branche  principale, 
Middelvliet  el  Boom-  ou  Bommersvliet,  que  nous  avons  tous 
trois  reproduits  par  des  lignes  parallèles  sur  notre  carie 
du  Weslland,  1844.  Si  ces  dérivations  sont  d'origine  ro- 
maine comme  les  deux  fossés  parallèles  de  Drusus,  elles 
alteslent,  d'après  moi,  l'importance  de  l'écoulement  de  ces 
eaux.  Ici  nous  ajouterons  en  outre  qu'un  autre  large  canal 
pari  d'Àlfinum  ou  DeIft,  dans  la  direction  du  Zwet  (le  Sud) 
el  se  réunit  à  la  vieille  Schie  {Overschié),  laquelle  étend 
ses  deux  branches  naturelles,  à  ce  qu'il  paraît,  vers  Rotter- 
dam el  vers  Schiedam.  A  partir  d'Alfinum  donc,  où  tous 
les  canaux,  même  ceux  du  Delfsland,  se  réunissent  comme 
à  un  point  central,  il  faut  considérer  ce  Vliet  du  Sud  comme 
la  continuation  de  celui  du  Nord.  De  même  que  des  déri- 
vations el  des  saignées  se  dirigent  vers  les  canaux  de  Dru- 
sus,  dans  le  Beluwe,  de  même  en  est-il  ici  au  Wesllatid 
(couchant),  dans  la  Hollande  méridionale,  eu  égard  prin- 
cipalement au  canal  de  Corbulon,  ce  qui  nous  révèle 
complètement  le  but  que  Tacite  el  Dion  Cassius  attribuent 
à  ce  général  romain. 


—  359  — 
II.  Canine fates  —  Cariinesales. 

A  M'  C.  Van  der  Elst. 

Les  deux  pierres  tombales  que  cile  Scliaeyes,  tome  III, 
p.  35  note,  sur  lesquelles  vous  appelez  mon  altenlioii,  ré- 
clament un   sérieux   examen.  Je  trouve  d'abord  dans   le 
volumineux  ouvrage  de  Janus  Gruterus,  Corpus  inscrip- 
tionum,  etc.,  Amst.  1707,  p.  585,  la  mention  suivante: 
Praef.  Eq.  Alae  Primae  Cunane fatum,  etc.,  au  tome  lil, 
p.  1005  31'",  je  rencontre  une  autre  inscription  fort  ébré- 
chée  et  endommagée,  qu'on  lit  Porcillae  Vestînae  Canani- 
vali,  etc.  Pour  celle-ci,  A.  F.  Gori  Inscriptiones  anliquac 
Graecae  et  Rom.  in  Elruriae  urbibus,  Flor.  1734,  in-i", 
p.  555,  fait  la  remarque  que  Cananefas  civitas  fuit,  ac 
palria  Porcillae  Vestinae;  tout  cela  pourrait  convenir,  mais 
il  continue:  in  agro  Aretino,  près  d'Arezzo,  où  l'on  a  dé- 
couvert des  pierres  sépulcrales  mentionnant  la  ville  Cana- 
nefas, dont  nous  n'avons  pas  à  nous  enquérir.  Nous  croyons 
que  Gori  se  livre  a  une  conjecture  fort  hasardée,  quand  il 
ajoute  :  Cujus  popiili  partem  insulae  Batavorum  incolunt, 
origine,  linguâ  virtiile  pares  Balavis,  auctore  Tacito  Ilisl., 
L.  IV,  13,  Ce  qu'il  n'appuie  que  sur  la  ressemblance  par- 
tielle d'une  couple  de  mots.  Nous  n'apercevons  nulle  part 
que  cette  famille  de  la  ville  de  Canefas  ou  Cananefas  et  le 
Praef.  Eq.  du  même  lieu  aient  rien  de  commun  avec  les 
Caninefates  de  Tacite,  nos  Caninesates  de  VInsula  Bata- 
vorum. Les  Balaves  n'avaient  point  extirpé  les  Caninefates 
de  cette  partie  de  l'île,  puisqu'ils  leur  étaient  semblables 
par  l'origine,  la  langue  et  la  valeur.  Ils  ne  s'étaient  pas 
non  plus  expatriés  pour  aller  s'établir  au  loin  en  qualité 
de  tisserands  en  chanvre  ;  Cananefas,  Canivatz,  Canebas. 
On  n'en  lit  rien  nulle  part,  et  quelque  captieuses  que  soient 
ces  analogies,  nous  regardons  l'opinion  de  Gori  comme  une 
simple  conjecture. 

Si,  contrairement  à  ce  que  nous  avons  fait  en  1844,  dans 


—  360  — 

noire  Weslland,  p.  6,  179,  183,  nous  changeons  en  s  \q  f 
des  Caninéfales  que  nous  voyons  dans  Tacile,  peuple  dont 
Pline  allère  le  nom  encore  davantage  et  que  nous  écrivions 
Caninesates,  c'est  qu'à  la  suite  d'une  connaissance  locale 
plus  complète,  nous  avons  d'abord  trouvé  l'explication  de 
konynevangers,  «  chasseurs  de  lapins,  »  trop  hasardée,  el 
celle  de  «  mangeurs  de  lapins,  »  encore  plus  absurde;  en- 
suite parce  que  l'existence  contemporaine  des  Salen  (Sedes), 
des  Bataves  du  Beluwe  el  les  Maresales  voisins  des  Cani- 
nesates, nous  indiquaient  une  signification  logique.  Les 
Maresales,  habitant  entre  les  lacs  et  la  côte  maritime, 
marchaient  sur  un  sol  ferme,  sans  le  moindre  doute.  Mais 
si  l'on  jette  les  yeux  sur  la  partie  inférieure  de  l'île,  où 
eut-on  trouvé  un  sol  à  poser  le  pied  avant  que  Domilius 
Corbulon,  suivant  les  traces  de  Drusus,  eût  fait  surgir  la 
terre  hors  des  eaux,  après  avoir  coulé  à  fond  les  barques, 
felouques  (kahnen)  (i)  et  les  bateaux  des  habitants  et  avoir 
assujetti  la  nation. 

Le  changement  de  Caninéfales  en  Caninesates  (Kahn- 
ine-saten),  est  au  surplus  la  seule  chose  que  nous  admet- 
tions de  la  carte  de  Hubrechl,  au  reste  très-fautive.  C'est 
dommage  que  son  Atlas  historique  soit  déparé  par  un  tel 
rebut. 

I.    Dyk  —  Agger  —  Diefdijk, 

Tacite  nous  apprend,  Ann.,  XIII,  53,  que  Paullinus 
Pompejus  acheva  la  digue,  aggerem,  commencée  par  Dru- 
sus;  il  se  sert  de  ces  paroles  :  «  Paullinus  Pompejus  in- 
«choatum  anle  Ires  et  sexaginla  annos  a  Druso  aggerem 
»  coercendo  Rheno,  absolvil.  »  On  n'indique  point  où  le 
fait  eut  lieu,  à  quoi  l'on  ne  peut  suppléer  d'une  manière 
sûre.  Si  cependant  nous  prenons  encore  en  considération 
ce  que  nous  marque  Cannegieter  touchant  la  double  desli- 

(1)  Cfr.  canol  vicnl  de  fa  même  raeiiie.  T. 


—  56!   — 

nation  des  ac/geres  des  Romains,  savoir  :  «  Karum  atUeni 
»  duplex  usus;  cum  ad  iler  expedicndum,  lum  ad  amnis 
)>eluvium  coercenduin,  »  nous    reconnaiirons   claircmenl 
qu'il  ne  s'agil  pas  iei  d'un  simple  quai  (kade,  kaai  —  cuji 
=  de  cajare,  soumellre,  conlenir),  el  qu'il  ne  faut  pas 
entendre  non  plus  un  barrage,  dam,  comme  VOude  dam 
près  de  Kesleren,  mais  une  voie  surélevée,  qui  en  même 
temps  servait  de  haute  chaussée  militaire.  Dewez,  Ilist. 
gén.  de  la  Belgique,  t.  I,  p.  274  (1826),  s'appuyant  sur 
Buoherius,  Belg.  Rom.,  lib.  V,  c.  2.  n"  2,  pense  que  nous 
devons  chercher  cet  agger  ou  digue  dans  le  voisinage  de 
Wyk-by-Ducrslede.  Dans  ce  cas,  c'est  le  Dwars  ou  Dwars- 
dijk,  qui  doit  certainement  appeler  l'allenlion.  Toutefois, 
il  nous  parait  fort  incertain  et  très-douteux  que  le  pouvoir 
de  Drusus  se  fût  dès  lors  suffisamment  étendu  pour  com- 
mencer la  construction  d'un  agger  en  cet  endroit,  c'est-à- 
dire  une  digue  portant  le  nom  de  chaussée.  En  parcourant 
la  route  militaire  du  sud,  nous  avons  reconnu  un  travail 
de  ce  genre  dans  la  digue  portant  le  nom  de  Diefdyk.  digue 
traversant  le  creux  du  large  vallon,  Bra-lhal,  laquelle  doit 
être  du  même  âge  que  la  route  elle-même,  dont  elle  con- 
stitue une  partie  intégrante.  —  Dans  le  précieux  ouvrage 
du  D'  Westerhoff,  Twee  hoofdst.  uit  de  Gesch.  van  ons 
dykwezen.  Gron.,  1865,  l'auteur  s'élève  justement  avec 
une  rare  puissance  d'observation  contre  l'erreur  d'Aeker- 
Stratingh,  soutenant  que  les  Romains  n'ont  élevé  aucune 
digue  dans  notre  pays.  Ce  seul  agger,  œuvre  bien  digne 
d'un  grand  peuple  cl  d'origine  indubitablement  romaine, 
suffit  pour  réfuter  l'œuvre  d'Acker-Stratingh.  Nous  pen- 
sons qu'il  fut  commencé  par  Drusus  el  qu'il  peut  avoir  été 
achevé  par  Paullinus.  —  Le  Dwars  se  présente  encore 
comme  la  partie  principale  et  nécessaire  d'une  voie  venant 
de  Batavodonim  ou  Dorestadum,  cl  allant  à  Trajeclum.  W 
barre  un  tronçon  ou  branche  du  Khin  el  relient  le  cours 


—  36i>  — 

des  eaux  du  Lac  (Lâcha)  supérieur,  moyen  par  lequel  a  pu 
s'effectuer  l'assèchement  par  coupes  ou  saignées  des  (laques 
de  l'eau  inférieure  d'une  grande  étendue,  nommées  ici 
Loerik,  de  même  que  nous  l'avons  signalé  à  propos  de 
Diefcbjk. 

K.  La  syllabe  cop,  coop,  kop  ou  koop. 

Quelque  peine  que  se  soit  donné  le  linguiste  étymologue 
floeuft  dans  le  Bredaasch  Taaieig:  pour  expliquer  la  dési- 
nance  kop,  koop,  de  plusieurs  de  nos  localités,  ses  solutions 
ne  nous  satisfont  pas.  Nous  n'admettons  non  plus  que  par- 
tiellement la  théorie  de  Backhuyzen  van  den  Brinck,  qui, 
dans  la  première  des  parties  constituant  les  noms  termi- 
nés en  kop,  schop  et  koop,  veut  faire  reconnaître  des  noms 
propres  d'hommes;  et,  dans  la  syllabe  finale,  des  lieux  de 
défense  ou  forts.  I^'explicalion  et  les  déductions  du  profes- 
seur Brill,  qui,  au  moyen  de  nombreux  arguments,  efface 
les  lettres  A-,  sch  ou  c,  nous  sourit  encore  beaucoup  moins. 
Ainsi  il  ne  conserve  que  op.  ope,  oop,  qu'il  déduit  pour 
l'expliquer  du  vieux  norse  opa  =  faire  place,  ou  ouver- 
ture, espace,  vide;  et  qu'il  explique  par  un  lieu  où  l'on 
peut  s'établir,  se  fixer.  Après  que  nous  nous  fûmes  assurés 
par  les  noms  de  Nieuw-koop  et  Oud-koop,  qui  en  est  le  con- 
traire, Middel-koop,  que  la  lettre  k  appartient  bien  à  la 
désinance  koop,  nous  nous  sommes  décidés  à  faire  une 
enquête  locale  pendant  l'été  de  1871,  l'explication  du  pro- 
fesseur ne  nous  satisfaisant  pas;  aussi  sommes-nous  arri- 
vés à  un  résultat  tout  autre  que  ce  savant. 

I.e  second,  Backhuyzen  van  den  Brinck,  fait  la  reniar- 
que,  a  qu'à  partir  du  pays  de  Manen  jusqu'au  Boskoop 
hollandais  et  au  Fr/ese-koop,  s'étend  une  plaine  dont  les 
sections  successives  portent  un  nom  composé  de  cet  énig- 
malique  kop,  koop.  »  Là  donc  se  trouvait  indiqué  le  terrain 
sur  lequel  j'avais  à  faire  mon  enquête.  —  Dans  les  lieux 


—  563  — 

OÙ  se  montraient  jadis  VAl-plas  et  le  Laça,  sous  formes  de 
larges  nappes  d'eau  et  de  lacs  étendus,  comme  dans  la  pro- 
vince d'Ulreclit,  le  Loerik  et  les  lacs  entre  Houlcm,  llar- 
mélen  et  Woerden  même,  jusqu'à  Boskoop  dans  la  Hollande 
méridionale,  on  rencontre  des  partages  d'eaux  se  suivant 
l'un  l'autre,  auxquels  est  appliqué  ce  nom  de  cop  ou  coop, 
selon  les  vieilles  cartes.  Nous  constatons  le  même  fait  par- 
tout; dans  VAl-plas,  que  nous  avons  parcouru  de  Gorinc- 
hem  à  Vianen,  comme  dans  la  plaine  aquatique  du  Loerik 
entre  Houlen,  Harmelen  et  Woerden  (Niger- Pullus),  dans 
la  province  d'Utrechl.  Ce  n'est  pas  une  seule  localité,  mais 
toute  l'étendue  asséchée  de  l'irrigation  (walerschap),  qui 
présente  ce  nom  avec  préfixe. 

Nous  déduisons  la  signification  de  ce  vieux  nom  selon  nos 
remarques  qui  vont  suivre  :  savoir  que  tout  service  des  eaux 
ou  polder,  possède  un  écoulement  ou  saignée,  qui  de  même 
que  les  Fossae  Driisianae  du  Betuwe  et  la  Fossa  Corbulonis 
de  la  Hollande  méridionale,  a  la  destination  manifeste  de 
mettre  à  nu  le  fond  des  flaques  d'eaux  ou  lacs  antérieurs, 
alors  que  le  terrain  bas  ou  nouvellement  conquis  obtient 
en  même  temps  un  barrage  ou  une  digue  pour  le  protéger 
contre  les  inondations  futures.  Quelle  énorme  quantité 
d'écoulements  nous  trouvons  partout  maintenant  dans  notre 
pays,  coupant  les  plaines  jadis  toutes  couvertes  d'eaux, 
surtout  dans  les  terrains  humides,  marécageux  et  tourbeux. 
On  trouve  ces  écoulements  dans  toutes  les  directions,  sui- 
vant l'inclinaison  du  sol,  munis  de  branches  latérales  ou 
rigoles  et  de  fossés,  comme  nous  l'avons  rapporté  dans  nos 
Onderzoekingen  in  de  Betuwe,  1865.  —  Ces  tranchées  donc 
se  nomment  cop,  coopc,  copeau,  coupe  ou  coupure,  comme 
je  l'ai  bien  compris  sur  les  lieux  mêmes;  mot  d'une  origine 
antique  qui  se  présente  aussi  dans  la  vieille  langue  romane, 
selon  Roquefort,  dans  le  sens  de  conduite  d'eau.  «  Cope  se 
dit  aussi  pour  rigole,  coupure,  portion  d'eau  tirée  d'une 
rivière.  »  Ici,  il  faut  dire  le  contraire,  croyons- nous;  «  par- 


—  364  — 

lie  d'eau  conduite  à  la  rivière.  »  —  Une  autre  signification 
de  cop.  kop,  copeau,  correspond  encore  à  ceci,  quand  on  a 
égard  à  la  conformation  du  terrain,  savoir  :  kom,  bassin  ou 
cuve,  bassin  d'eau,  allemand  kupe  :  «  An  einigen  Orten  so 
»  viel  als  Kiibel,  oder  Kufe  (Adelung).  »  Un  bassin  ou  une 
cuve  de  ce  genre  se  présente  dans  l'endroit  où  un  étang, 
un  lac  ou  un  grand  marais  a  été  assécbé  par  une  coupe  ou 
coupure.  Galecoop  que  j'ai  parcouru  et  qui  jadis  apparte- 
nait à  la  plaine  bumide  du  Loerik,  est  donc  une  Irancbée 
ou  coupure,  cop  d'un  Gale  ou  Galle,  qui  a  la  signification 
a  eines  feuchligon  oder  nassen  Bodons  oder  Feldes  (Ade- 
lung). »  —  Notre  bonorable  ami  et  traducteur,  C.  Van  der 
EIst,  nous  confirme  pleinement  dans  cette  acception,  en 
nous  écrivant  que  dans  plusieurs  villages  wallons  de  son 
voisinage  se  trouve  un  bameau  nommé  la  Coupe,  et  qu'en 
ces  endroits  la  disposition  du  terrain  affecte  la  forme  d'un 
bassin  ou  cuve;  et  que  l'on  prétend   assez  généralement 
qu'ils  occupent  l'emplacement  d'étangs  assécbés.  »  Nous 
ne  doutons  pas  que  Ton  retrouve  là  aussi  les   trancbées, 
coupures,  copeaux,  qui  ont  exbauré  les  eaux  que  ces  bas- 
sins  contenaient.  J'ai  remarqué  partout  celte   conforma- 
lion  de  bassin  dans  les  lieux  où  l'on  a  dessécbé  des  lacs; 
comme  Marum  dans  le  Betuwe,  les  lacs  du  Loerik,  YAl- 
plas  et  le  Laça.  Il  n'en  est  pas  autrement  du  lac  desséché 
de  Haarlem  aujourd'hui. 

Il  semble,  en  outre,  que  quelques  copes  assez  récents 
portent  les  noms  de  leurs  auteurs  ou  propriétaires,  à  en 
juger  des  noms  de  Heer-Boeij-cop,  dans  l'Alplas,  et  Reyers- 
coop  dans  le  Loerik,  et,  à  cet  égard,  feu  M.  Backhuyzen 
van  den  Brinck  a  fait  une  remarque  fondée  (i). 

D.  BuDD/^G^. 


(l)Ces  (•claircisscmenls  de  l'auteur  sont  les  résultats  tics  observations  que 
lui  avait  soumis  le  trailueteur. 


—  565  — 


VARIKTJES. 


Des  Couns  de  justice  qui  om  exercé  juridiction  souveraine  sur  la  ville  d'Yi'res 

ET     LA    WeST-FUNDRE.     —      Le     CoNSEIL     DE     FlANDUE    A     Yl'IlES    (I4G1-146Ô) 

ET  (1451-1464);  PAR  Alph.  Van  den  Peereboom. 

Sous  ce  litre,  rautcur  a  groupé  lous  les  documents  pouvant  servir  à  This- 
loire  des  iiislilulions  judiciaires  de  la  Flandre,  depuis  leur  origine  jusqu'aux 
temps  modernes.  Son  recueil  est  des  plus  précieux.  Il  renferme  des  maté- 
riaux abondanis  et  nouveaux  sur  Torganisalion  de  l'administration  de  la 
justice  dans  les  provinces  flamandes.  W.  Van  den  Peereboom  fait  parfaite- 
ment ressortir  le  caractère  des  lois  qui  régissaient  le  pays  au  moyen-ùge, 
sous  la  féodalité,  sous  les  souverains  bourguignons  et  jusqu'à  l'époque  où 
toutes  les  institutions  s'écroulèrent  sous  les  coups  de  la  Révolution  française. 

Le  premier  fascicule  est  orné  de  planches,  dont  l'une  représente  le  sceau 
de  la  justice  des  cchcvins  d'Ypres  de  l'an  1327.  Espérons  que  l'auleur  com- 
plétera une  œuvre  aussi  éminemment  utile  par  des  tables  analytiques,  indis- 
pensables pour  guider  le  lecteur  dans  ses  reclicrclies. 

Bon  K.   DE  V. 

Les  Missions  diplomatiques  de  Pierre  Ancuemant  (1).  —  Cet  ouvrage,  dont 
le  Messager  avait  déjà  annoncé,  en  1868,  la  mise  sous  presse,  vient  d'èlre  livré 
au  publie;  son  apparition  a  été  relardée  par  des  circonstances  fiuxquelles, 
dit  l'auteur,  la  vie  politique  n'est  pas  étrangère. 

M.  le  baron  Kervyn  a  puisé  les  éléments  de  cet  ouvrage  dans  les  archives 
de  sa  famille.  Il  a  divisé  le  travail  en  trois  parties  :  la  première  est  une 
Inlroduction,  qui  donne  un  aperçu  de  l'ensemble  du  travail  et  en  lie  les  di- 
verses parties  entre  elles;  la  seconde  renferme  la  relation  même  des  ambas- 
sades de  Pierre  Anchemant,  ainsi  que  les  pièces  originales  et  inédites  qui 


{l)  Les  Missions  diplomatiques  de  Pierre  Anchemant  (1492-1506),  par  le 
baron  Kervyn  de  VotKAERSDEKE,  membre  de  la  Chambre  des  Représentants. 
Garni,  Cyselyuck;  1873. 


—  56(3  — 

s'y  rallaclienl;  la  troisième  se  compose  d'Appendices,  où  l'autenr  a  réuni 
toutes  les  pièces  manuscrites  ou  imprimées  qui  se  rapportent  aux  événements 
politiques  auxquels  Ancbemant  a  été  mêlé  ou  qui  le  concernent  person- 
nellement. 

Nous  ne  douions  nullement  que  les  Missions  diplomatiques  de  Pierre 
Anchemanl  ne  soient  accueillies  avec  la  faveur  qu'elles  méritent;  Anchemant 
qui  fut  ambassadeur  en  France,  en  Angleterre  et  en  Savoie,  est  un  person- 
nage jusqu'ici  peu  connu,  mais  dont  l'importance  politique  sera  suflisammenl 
appréciée  après  qu'on  aura  lu  sa  relation  et  sa  correspondance. 

Nous  voudrions  nous  étendre  davantage  sur  les  mérites  de  cet  ouvrage; 

mais  la  position  toute  spéciale  de  l'éditeur  dans  la  rédaction  du  Messager  des 

Sciences  historiques,  nous  impose  certaines  restrictions  qui   nous  empêchent 

de  dire  de  son  livre  tout  le  bien  que  nous  en  pensons  et  qu'il  mérite  à  tous 

égards. 

Emile  V... 

Bibliothèque  publique  de  Nieupout.  —  Nous  ne  parlerions  peut-être  pas  de 
ce  modeste  dépôt,  si  une  particularité  remarquable  cl  touchante  ne  s'attachait 
à  sa  formation.  Feu  le  professeur  Kesteloot  et  Alexandre  Meynne-van  de 
Casleele,  avaient  successivement  fait  don  à  leur  ville  natale  d'un  certain  nom- 
bre de  livres,  mais  ces  dons  ne  constituaient  pas  encore  une  bibliothèque, 
quand  en  1866,  Nieuport  reçut  de  la  part  du  sergent  Monnié,  du  8*  de  ligne, 
un  don  de  cinq  mille  six  cents  volumes.  Cet  homme  modeste  avait  réussi,  en 
économisant  sur  sa  modique  paie,  à  réunir  au  bout  de  trente  ans  de  services, 
une  collection  d'ouvrages  utiles,  dans  le  but  de  fonder  un  jour  une  biblio- 
thèque, là  où  fut  son  berceau.  Une  générosité  achetée  au  prix  de  sacrifices 
dont  on  peut  à  peine  mesurer  la  grandeur,  est  au-dessus  de  tous  les  éloges 
possibles;  on  parle  parfois  du  dévouement  antique,  mais  nous  douions  fort 
que  l'antiquité  put  en  enregistrer  beaucoup  de  semblables. 

Emile  V... 

Fouilles  D'àxTiQUiTÉs  romaines.  —  A  Retzney,  près  d'Ehrenhauscn  (Au- 
triche), on  est  en  train  de  mettre  à  découvert  une  villa  romaine  qui  existait 
en  cet  endroit,  il  y  a  1600  ans.  Sur  une  étendue  de  50  mclres,  on  a  trouvé 
une  suite  de  murs,  des  appartements  grands  et  petits,  des  conduites  d'eau, 
des  marches,  des  tuiles  à  bâtir,  tuiles  pour  couvrir  les  maisons  ou  employées 
à  la  circulation  de  la  chaleur,  des  fragments  de  vases  d'argile  et  de  verre, 
des  pavés  de  mosaïque,  et  une  quantité  considérable  de  peintures  murales, 
dont  les  couleurs  vives,  rouge,  brun,  jaune,  bleu,  gris,  avec  leurs  lignes 
minces,  leurs  arcs  et  leurs  arabesques,  rappellent  à  s'y  méprendre  les  pein- 


—  367   — 

lures  murales  ù  fresque  de  Pompéi.  Une  partie  de  celle  muraille,  cl  des  mor- 
ceaux de  pilastres,  des  vases  en  terre  (donl  l'un  porte  le  nom  de  Firmianus), 
des  clefs  de  bronze,  etc.,  et  une  médaille  de  l'empereur  Aurélien  qui  déter- 
minera la  date  de  ces  ruines,  ont  été  portés  au  cabinet  d'antiquités  du  Jo- 
hanneum,  pour  y  être  exposés  aux  regards  du  public.  C'est  sans  contredit  la 
plus  importante  des  fouilles  antiques  qui  ait  été  faite  depuis  bien  des  années 
dans  le  rayon  de  l'ancienne  ville  romaine  de  Flavium  Solvense.  Aussi  une 
somme  va-l-elle  être  mise  par  la  Commission  centrale  archéologique  de 
Vienne  ù  la  disposition  du  directeur  des  fouilles,  M.  le  professeur  Fr.  Piclilcr, 
pour  continuer  et  activer  les  travaux. 

{moniteur  belge). 

Concours  de  la  Société  royale  des  Beaux-Arts  et  de  Littérature  de  Gand, 
1873-1874.  —  Sujets  des  concours  :  1»  Apprécier  l'emploi  de  la  peinture 
murale  dans  les  édifices  religieux  cl  civils  en  Flandre. 

Prix  :  MJie  médaille  d'or  de  deux  cents  francs. 

2°  Retracer  l'Listoire  de  la  peinture  de  paysage,  depuis  son  origine,  comme 
peinture  accessoire  des  tableaux  religieux  et  profanes.  Jusqu'à  l'époque  où 
elle  devint  un  genre  spécial  et  distinct  :  XIV«-XVI<:  siècles. 

Donner  des  notions  appréciatives  sur  les  œuvres  les  plus  remarquables, 
soit  à  tilre  d'essais  progressifs,  soit  comme  modèles  du  genre,  et  des  ren- 
seignements  biographiques  snr  les  paysagistes  belges  et  néerlandais. 

Prix  :  une  médaille  d'or  de  quatre  cents  francs. 

Académie  d'Arcuéolocie  de  Belgique.  —  Concours  de  1875.  —  Premier 
sujet.  —  Prix  :  500  francs. 

«  Une  question  archéologique  ou  historique  relative  à  l'ancien  duché  de 
Luxembourg.  » 

Le  choix  du  sujet  est  abandonné  à  l'auteur. 

Deuxième  sujet.  —  Prix  :  500  francs,  fondé  par  le  Congres  international 
de  Géographie. 

o  L'histoire  de  la  vie  et  des  ouvrages  d'Abraham  Orlelius.  » 

Troisième  sujet.  —  Prix  :  500  francs,  fondé  par  le  Congrès  international 
de  Géographie. 

«  L'histoire  des  relations  commerciales  de  la  Belgique  avec  l'Asie  et  l'Afri- 
que, pendant  le  moyen-âge,  jusqu'à  la  séparation  des  XVII  provinces,  en 
indiquant  les  routes  que  suivait  le  trafic  par  terre  et  par  mer,  l'organisation 
des  comptoirs,  les  objets  d'échange,  cic.  » 


—  5G8  — 

Indépendammenl  de  ces  prix,  rAcadémie  décernera  à  chaque  auteur  cou- 
ronné une  médaille  de  vermeil  et  lui  donnera  30  exemplaires  de  son  mémoire. 

Les  mémoires  devront  élre  rédiges  en  français;  ils  seront  adressés  francs 
de  port  au  Secrétariat  générai,  22,  rue  Conscience,  à  Anvers,  avant  le 
1"  mars  1875. 

Académie  royale  des  Sciekxes,  des  Lettres  et  des  Beadx-Arts  de  Belgique. 
—  Classe  des  Lettres  et  des  Sciences  morales  et  politiques.  —  Programme 
de  concours  pour  1874  et  1873. 

Concours  de   1874. 

Première  qneslion.  —  On  demande  un  essai  sur  la  vie  el  le  règne  de  Sep- 
time  Sévère. 

Deuxième  question.  —  Exposer  avec  détail  la  philosophie  de  saint  Anselme 
de  Canlorbéry;  en  faire  connaître  les  sources;  en  apprécier  la  valeur  et  en 
montrer  Tinfluence  dans  l'histoire  des  idées. 

Troisième  queslion.  —  Donner  la  théorie  économique  des  rapports  du 
capital  et  du  travail. 

L'Académie  désire  que  l'ouvrage  soit  d'un  style  simple,  â  la  portée  de 
toutes  les  classes  de  la  société. 

Quatrième  queslion.  —  Faire  l'histoire  de  la  philologie  Ihioise  jusqu'à  la 
fin  du  XV|e  siècle. 

Cinquième  queslion.  —  Faire  un  exposé  des  négociations  qui  aboutirent 
au  traité  de  Westphalie  (I648,i.  indiquer  le  caractère  et  les  résultats  de  cet 
acte  célèbre  par  rapport  aux  Pays-Bas. 

L'Académie  désire  que  les  concurrents  consultent  les  documents  inédits. 

Le  prix  de  la  première  cl  de  la  deuxième  question  sera  une  médaille  d'or 
de  la  valeur  de  600  francs;  il  est  porté  à  1000  francs  pour  la  troisième,  lu 
quatrième  et  la  cinquième  queslion. 

Les  mémoires  devront  être  écrits  lisiblement  el  pourront  être  rédigés  en 
français,  en  flamand  ou  en  latin;  ils  devront  être  adressés,  francs  de  porl, 
avant  le  l>r  février  1873,  à  M.  Ad.  Quetelet,  secrétaire  perpétuel. 

Concours  de   1873. 

Première  queslion.  —  Quels  seraient,  en  Belgique,  les  avantages  et  les 
inconvénients  du  libre  exercice  des  professions  libérales? 

Deuxième  question.  —  Expliquer  le  phénomène  historique  de  la  conser- 
vation de  notre  caractère  national  à  travers  toutes  les  dominations  étrangères, 


—  569  — 

Troisième  question.  —  Les  encyclopédistes  français  essayèrent,  dans  la 
seconde  moitié  du  XVIII'  siècle,  de  faire  de  la  princij»aulé  de  Liège  le  foyer 
principal  de  leur  propagande. 

Faire  connaître  les  moyens  qu'ils  employèrent  et  les  résultais  de  leurs 
tentatives,  au  point  de  vue  de  rinflucncc  qu'ils  exercèrent  sur  la  presse  pé- 
riodique et  sur  le  mouvement  littéraire  en  général. 

Qualrième  question.  —  Ecrire  l'histoire  de  Jacqueline  de  Bavière,  comtesse 
de  Hainaut,  de  Hollande  et  de  Zélande,  et  dame  de  Frise. 

Dans  leur  travail,  les  concurrents  doivent  s'attacher,  d'une  manière  toute 
particulière,  aux  événements  principaux  de  la  vie  et  du  règne  de  celle  prin- 
cesse; ils  utiliseront,  sans  les  suivre  servilement,  les  travaux  qui  ont  été 
publiés,  pour  celte  époque,  tant  à  l'étranger  qu'en  Belgique. 

Cinquième  question.  —  Faire  l'Iiisloire  des  finances  publiques  de  la  Belgi- 
que, depuis  1850,  en  appréciant,  dans  leurs  principes  cl  dans  leurs  résultats, 
les  diverses  parties  de  la  législation  et  les  principales  mesures  administra- 
tives qui  s'y  rapportent. 

Le  travail  s'étendra  d'une  niaiiièrc  sommaire  aux  finances  tics  provinces 
el  des  communes. 

Le  prix  de  chacune  de  ces  questions  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de 
600  francs. 

Les  formalités  à  observer  par  les  concurrents  sont  les  mêmes  que  celles 
qui  ont  été  indiquées  pour  le  concours  de  1874.  Le  ternie  fatal  pour  la  remise 
des  mémoires  expirera  le  i"  février  1875. 

Prix  de  Stassart.   —  Concours  pour  une  volice  sur  un  Belge  célèbre.   — 

Conformément  à  la  volonté  du  fondateur  et  à  ses  généreuses  dispositions, 
la  classe  ofTre,  pour  la  quatrième  période  de  ce  concours  extraordinaire,  un 
prix  de  600  francs  à  l'auteur  de  la  meilleure  notice  consacrée  à  Christophe 
Planlin,  ses  relations,  ses  travaux  el  l'influence  exercée  par  l'imprimerie  dont 
il  fut  le  fondateur. 

Elle  croit  répondre  aux  intentions  du  fondateur  en  demandant  surtout  un 
travail  littéraire.  En  conséquence  les  concurrents,  sans  négliger  de  se  livrer 
à  des  recherches  qui  ajouteraient  des  faits  nouveaux  aux  faits  déjà  connus 
ou  rétabliraient  ceux  qui  ont  été  présentés  inexactement,  s'abstiendront  dans 
leur  notice  des  documents  en  entier  ou  par  extraits,  à  moins  qu'ils  n'aient 
une  importance  capitale. 

Les  concurrents  auront  à  se  conformer  aux  foimalilés  et  aux  règles  des 
concours  annuels  de  l'Académie. 

Le  terme  fatal  pour  la  remise  des  manuscrits  expirera  le  1"  février  187.5. 


—  570   - 

Concours  pour  une  question  dliisloirc  nationale.  —  Conformément  à  la 
volonté  du  fondateur  et  à  ses  généreuses  dispositions,  la  élusse  oiTre,  pour  la 
deuxième  période  sexeunale  de  ce  concours,  un  prix  de  5000  francs  au 
meilleur  travail  en  réponse  à  la  question  suivante  : 

«Exposer  quels  étaient,  à  l'époque  de  l'invasion  française  en  1794,  les 
principes  conslilulionnels  communs  à  nos  diverses  provinces  et  ceux  qui 
étaient  particuliers  à  chacune  d'elles.  » 

Lés  concurrents  devront  se  conformer  aux  formalités  et  aux  règles  des 
concours  annuels  de  l'Académie. 

Le  terme  fatal  pour  la  remise  des  manuscrits  expirera  le  l^r  février  1875. 


■H  - 


P4 


—  371    — 

(ffiluelques  sceiaux 

DU  DIOCÈSE  DE  a  AND  (i). 


VIII. 

PAROISSE    DE    SAINT -ETIENNE. 

Celle  paroisse,  délachée  de  celle  de  Saiul-Mnrlin  par 
Mg""  Fallot  de  Beaumonl  au  commencement  de  ce  siècle, 
comprend  le  quartier  où  florissaienl  jadis  l'abhaye  de  Ter- 
haghen,  le  couvent  des  Carmes  chaussés  ou  Frères  de  Notre 
Dame,  la  maison  des  Templiers,  le  couvent  des  Auguslins 
el  l'abbaye  de  Groenenbriele.  Des  trois  premiers  établisse- 
ments, aucun  monument  sigillaire  ne  nous  est  parvenu. 
Quant  aux  Auguslins,  nous  en  connaissons  trois  scels.  Le 
premier  est  reproduit  dans  le  bel  ouvrage  du  père  Ambroise. 
Keelhoff  (2).  Ce  sceau,  dont  la  matrice  en  cuivre,  conser- 
vée au  Musée  de  la  ville,  est  un  vrai  chef-d'œuvre  de  cise- 
lure, appartint  jadis  à  la  confrérie  de  Saint-Nicolas  de 
Tolentino,  érigée  chez  nos  Auguslins  le  30  mars  1647. 
L'empreinle,  de  forme  ogivale,  représente  le  saint  la  îéie 
nue,  en  costume  de  l'ordre,  portant  sur  la  main  gauche 
les  trois  pains  miraculeux  et  dans  la  droite  l'étoile  mysté- 
rieuse à  cinq  raies  que  les  artistes  lui  placent  souvent  sur 
le  cœur  ou  multiplient  pour  en  parsemer  ses  vêlements. 
Sous  les  pieds  se  débat  un  dragon,  la  gueule  béante,  la 


(1)  Voir  pp.  117  el  suiv. 

(2)  Gcscliiedenis  van  lut  klooster  der  Eerw.  Palcrs  Eremijten  Auguslijnen 
te  Genl.  Garni,  1864,  p.  181. 

1875.  26 


—  572  — 

queue  se  redressant  en  nombreux  replis.  Le  champ  du 
sceau  est  en  partie  encadré  par  un  ruban,  serré  à  l'exté- 
rieur par  une  guirlande  de  feuilles  de  chêne  que  coupe  aux 
deux  bouts  une  quinlefeuille.  La  légende  porte  en  majus- 
cules romaines  :  s.  nicolavs  tolentinas.  Le  module  est  de 
0™,06i  sur  0,038. 

Pour  comprendre  ce  mode  de  représentation,  il  suffit  de 
se  rappeler  que  le  dragon  foulé  aux  pieds  fait  allusion  à 
la  victoire  du  saint  ermite  sur  l'ennemi  infernal  et  aux 
nombreuses  guérisons  obtenues  par  son  intermédiaire  dans 
les  maladies  pestilentielles  et  épizooliques.  L'étoile  symbo- 
lise le  corps  lumineux  guidant  les  pas  du  bienheureux 
pendant  les  ténèbres,  ou  brillant  souvent  au-dessus  de  sa 
tête,  ou  même  apparaissant  quelquefois  sur  son  tombeau. 
Les  pains  rappellent  l'augmentation  instantanée  des  pro- 
visions d'une  pauvre  veuve  qui,  après  avoir  rassasié  le 
saint  ermite,  craignit  la  colère  de  son  époux  s'il  remar- 
quait la  diminution  des  vivres  et  vit  son  pain  miraculeuse- 
ment multiplié  à  la  prière  de  Nicolas. 

La  figure  1,  planche  XX,  reproduit  l'empreinte  sigillaire 
qu'employèrent  les  Auguslins  à  la  fin  du  siècle  dernier.  La 
conception  en  est  bien  simple.  Un  cœur  enflammé  est  percé 
de  deux  flèches  posées  en  sautoir  et  séparées  entre  les  fers 
€t  sur  les  côtés  par  les  lettres  S.  P.  A.,  abréviation  pro- 
bable des  mois  :  Sigillum  Patriim  Augiistinianorum.  La 
pièce,  de  forme  orbiculaire,  a  un  diamètre  de  O'",02o. 

Un  autre  type,  mesurant  O^jOlS,  ne  porte  pas  ces  let- 
tres, mais  un  encadrement  de  branches  gracieusement 
entrelacées  (Fig.  2). 

Abbaye  de  Groeuenbriele.  Le  peu  de  détails,  fournis  par 
Sanderus  (i)  et  par  le  chevalier  Diericx  (a),  nous  engage 


(1)  Flandria  ilhislrata,  \,  p.  325. 

(2)  Mémoires,  II,  p.  490, 


—  575  — 

à  communiquer  sur  cet  établissement  quelques  renseigne- 
ments puisas  dans  une  chronique  in-4%  supérieurement 
écrite  sur  vélin.  En  voici  rinlroduction  : 

Jliesus  Minne 
Brinchl  vriendschap  inné 
Daer  sij  is  vast, 
Waer  's  menschen  minne 
Brincht  veel  verslroclheit  inné 
Hoe  nauwe  dat  menai  pasl. 

lut  j'aer  ons  Heeren  XV I"  XXI II  den  vij'fsten  van  Meye, 
soe  hebbe  ic  dit  beghinnen  bij  memorie  te  setten  ter  heere 
Gods. 

Hier  volghl  de  fondatie  van  het  dooster  van  5'*  Margriete 
gheseit  Groenen  Briel  binnen  Ghendt. 

Den  fondateur  van  het  voorseyde  dooster  ivas  den  Edelen 
heere,  Rklder  ende  Raed,  Mer  Simon  Mirabel,  die  men  seyt 
van  Haelen,  heere  van  Perewys,  hebbende  tôt  eene  hiiys- 
vroinve,  Isabelle  natuerlicke  suster  van  Lodewyk,  grave 
van  Vlaenderen,  etc.  De  welcke  gaven  't  huys  ende  't  hojf 
te  Walle,  waer  zylie  jeghewoordigh  inné  woonden,  metten 
■meersch  gaende  totter  Lieve,  oni  te  wesen  een  dooster  van 
besloten  religieusen;  maer  soe  in  't  jaer  M.  CCC.  LXVII 
Lodeivyck,  grave  van  Vlaenderen,  eene  manghelinghe  hceft 
gheduen,  houdende  de  voorseyde  plaetse  voor  hein,  hetivelck 
men  nu  is  noemende  het  Princenhoff  midtsgaders  het  Leeitw- 
hoff,  heeft  daer  vooren  ghegheven  eene  rente  van  II"  ponden 
parisis  'tsjaers,  te  weten  hondert  en  XXV  Rinsdignldens, 
en  in  't  jaer  M  CCC  LXX  iviert  ghecodil  de  bovenschreven 
Groenen  Briel,  jeghens  Jonckheer  Jan  Vilain,  heere  van 
5'  Jans  te  Steen.  Noch  meer  andere  benefitien  heeft  den 
voorn.  Fondateur  aen  het  voorseyde  dooster  ghedaen  bree- 
der  verclaert  in  haerlieder  fondatie. 

Le  fondateur  était  mort  en  1546.  Sa  veuve  épousa  bien- 
tôt après  Arnold  de  Heule,  sire  de  Rummen,  et  se  dessaisit 


—  574  — 

de  sa  maison  ou  cour  te  Walle  eu  faveur  tle  sou  frère  na- 
turel, le  comte  Louis,  par  acte  du  8  mai  1353.  La  guerre 
civile  retarda  encore  pendant  dix-sept  années  rétablisse- 
ment définitif  des  Viclorines,  canoniquement  conflrmé  en 
1372  par  Philippe  d'Arbois,  évéque  de  Tournai,  par  Jean 
de  Fayla  et  Jean  de  Pilliem,  respectivement  abbés  de  Saint- 
Bavon  et  de  Saint-Pierre. 

La  première  abbesse  fut  Béate  Vlamincx,  venue  de  l'ab- 
baye de  Montjoie  ou  Btydenberg,  près  de  Malines.  Elle 
adopta  le  sceau  reproduit  par  la  figure  3  et  appendu  à 
l'acte  de  1382,  par  lequel  furent  acceptées  les  conditions 
apposées  par  l'abbé  de  Saint-Bavon  à  la  consécration  du 
cimetière  et  de  la  chapelle  du  nouvel  établissement  («). 

L'empreinte  en  cire  verte  est  de  forme  ovigale,  au  mo- 
dule de  0'",033  sur  0"',033.  Sous  un  dais  à  triple  gable, 
flanqué  de  clochetons  ajourés  à  deux  baies,  est  figurée  la 
patronne  de  l'abbaye,  sainte  Marguerite,  debout,  la  tête 
nue  et  nimbée,  tenant  de  la  gauche  un  livre  fermé  et  de  la 
main  droite  terrassant  le  dragon  avec  une  croix  à  longue 
hampe.  Dans  une  niche  sous  les  pieds  de  la  sainte,  est 
agenouillée  l'abbesse,  la  télé  nue,  les  mains  jointes,  la 
crosse  obliquement  serrée  par  le  bras  droit.  Entre  deux 
grénetis,  se  lit  en  majuscules  gothiques  :  s.  béate,  abbatisse 

MONASTERII   SE  MARGARETE  IN  VIRIDI    BRIL.    GAND. 

A  Béale  VIemincx  succéda,  en  1384,  son  ancienne  com- 
pagne à  Blydenberg,  Elisabeth  de  Belloe,  qui,  pendant  une 
sage  administration  de  trente-deux  ans,  éleva  l'abbaye  à  un 
haut  point  de  prospérité.  Nous  croyons  pouvoir  attribuer 
à  cette  abbesse  un  sceau  conservé  parmi  les  empreintes 
détachées  que  possèdent  les  Archives  de  l'État,  à  Gand. 
Dans  ce  scel,  sainte  Marguerite  est  tournée  à  gauche  et 
porte  un  manlelet  descendant  jusqu'au  pli  des  jambes.  Un 
écu  au  lion  remplace  la  figure  agenouillée,  et  chaque  seg- 

(1)  Archives  de  l'État  à  Gand.  Sàint-Davon,  case  3,  n»  2,  73. 


—  375  — 

ment  du  champ  en(re  les  clochetons  ajourés  cl  le  grénelis 
intérieur  est  occupé  par  un  cordon  d'éloiles.  Le  module  est 
de  0'",054  sur  0'",040. 

Après  deux  siècles  de  paix  et  de  bonheur,  passés  à  l'om- 
bre des  autels,  les  Viclorines  se  virent  en  butte  aux  plus 
grandes  épreuves.  Pendant  dix  ans  elles  subirent  toutes 
sortes  d'avanies  de  la  part  des  Iconoclastes  et  des  Calvi- 
nistes, et  en  1575  elles  durent,  ruinées  et  poursuivies, 
chercher  un  refuge  à  Alosl.  Le  calice  d'amertume  devait 
être  bu  jusqu'à  la  lie.  Ecoutons  le  récit  de  la  chronique: 

Ende  sij  waren  ooc  in  de  stad  van  Aelst,  als  sij  deiir  ver- 
raderije  ingenomen  ivas,  ende  Moeder  met  aile  fiare  reli- 
giensen  en  donaten,  die  bij  haer  waren,  iverden  ghevamjhen 
en  naer  Vilvoort  ghevoert,  en  op  groot  rantsoen  gheslelt, 
hel  welcke  die  religieiisen  in  diversche  steden  om  Godtswille 
ghingen  bidden,  ende  veriost  zijnde,  hebben  gaen  doolen 
over  see  en  over  landt  in  groot  peryckel  en  groote  armoede 
en  ten  lesten  te  Doornick  comende,  daer  hebben  sij  haeren 
cost  gewonnen  met  naeïen  ende  de  goede  lieden  hebben  haer 
carilate  gedaen.  L'abbesse  Liévine  Vrancx,  minée  par  la 
misère  et  le  chagrin,  mourut  le  5  juillet  à  Tournai  et  fut 
inhumée  dans  l'église  de  Saint-Brice,  devant  le  tabernacle. 
Innocente  victime  de  ce  mouvement  à  la  fois  ennemi  de 
Dieu  et  de  la  patrie,  dont  le  Taciturne  et  Maruix  furent 
les  chefs  et  dont  bien  des  esprits  aveugles  se  font  encore 
les  panégyristes  ! 

La  treizième  supérieure  fut  Lucie  van  der  Sare,  de  welcke 
regeerde  vijf  en  twintigh  jaren,  en  was  ghewijdt  te  Door- 
nick in  5'^  Brixiuskercke  in  den  troublen  tijdt,  ontrent 
neghen  maenden  voor  het  overcommen  van  Ghent,  en  is 
wederghekeert  met  veerthien  religieiisen  en  ses  siisterkens 
vrywillich,  sonder  eenigh  schandael  ofte  oneere  met  groote 
begheerte.  De  andere  sijn  gheslorven  in  troublen  tydt  in 
aider  Godtvruchticheyt,  soo  datter  niemant  in  dolinghe  en 
is  gheweest. 


—  576  — 

Les  pauvres  Victorines  ne  retrouvèrent  que  des  ruines: 
sîj  hebben  liet  doosler  seer  woest  gevonden,  noch  deur  noc/t 
venster,  de  kercke  tôt  den  gront  af,  eene  straet  door  het 
doosler  naer  de  vesten,  noch  sloel  of  bank,  ende  sij  namen 
mutsaerden  om  op  te  sitten.  Ces  détails  se  passent  de  tout 
commentaire. 

C'est  à  Lucie  van  der  Saren  qu'appartient,  pensons-nous, 
le  sceau  figuré  au  n°  4.  L'empreinte  en  cire  rouge  est  de 
forme  ovale  et  mesure  0'",028  sur  0™,024.  Dans  le  champ 
nous  voyons  représentée  à  droite  sainte  Marguerite,  sous 
la  forme  d'une  jeune  fille,  debout,  la  tête  coiffée  et  nimbée; 
une  riche  tunique,  serrée  à  la  taille  et  descendant  jus- 
qu'aux genoux,  recouvre  l'habit  à  traîne.  De  la  main 
droite,  la  sainte  tient  un  livre  ouvert;  de  la  gauche,  elle 
appuie  la  croix  processionnelle  sur  le  corps  du  dragon 
enroulé  autour  de  ses  pieds.  En  face  est  appendu  l'écu 
au  lion,  surmonté  d'un  timbre  fermé,  à  couronne  comtale. 
Celle-ci  est  posée  sur  un  voile  ou  camail  et  porte  un  fau- 
con pour  cimier.  Entre  le  filet  intérieur  et  le  grénetis,  for- 
mant bordure,  se  lit  en  caractères  modernes  ;  casset  van 

CLOOSTER  TE   GROENEN    BRIELE. 

L'abbaye  sortit  enfin  de  ses  ruines,  après  trente-cinq 
ans  de  privations  et  de  sacrifices.  La  nouvelle  église  et  ses 
dépendances  furent  entièrement  achevées  le  12  décembre 
1619.  Cinq  ans  plus  tard,  les  Victorines  acceptèrent  la 
stricte  clôture,  et  restèrent  toujours  fidèles  à  leurs  saints 
engagements.  Elles  échappèrent  à  la  suppression  éditée  par 
Joseph  H,  mais  ne  trouvèrent  pas  griice  devant  les  répu- 
blicains français.  Singulière  coïncidence!  la  cour  te  Walle, 
dont  Louis  de  Maie  avait  éloigné  les  religieuses  pour  bâtir 
un  palais,  fut  confisqué  en  même  temps  par  les  mêmes 
hommes  et  fit  place,  comme  l'asile  des  Victorines,  à  des 
établissements  de  spéculation  industrielle  et  mercantile. 

{Pour  être  continue). 

L'abbé  J.  B.  Lavaut. 


—  377 


LE  LUXEMBOURG  BELGE 

ET  SON  ETHNOGRAPHIE 
SOUS    LA    DOJVIINATION    ROMIAINIC. 


A  l'époque  où  les  ligues  fraiique  et  allemande  passaient 
sans  cesse  le  Rhin  pour  piller  et  dévaster  les  parties  des 
Gaules  voisines  de  ce  fleuve,  et  pénétraient  parfois  jus- 
qu'au centre  de  cette  vaste  contrée,  les  Romains  forliOèrent 
les  villes  restées  ouvertes  jusqu'alors,  relevèrent  les  murs 
de  celles  qui  avaient  été  forliflées  antérieurement  et  établi- 
rent des  camps  et  des  châteaux  sur  les  points  les  plus 
menacés;  les  simples  stations  de  poste  même  furent  entou- 
rées d'enceintes  murales  construites  à  la  liàte,  et  la  plupart 
du  temps,  faute  d'autres  matériaux,  avec  les  pierres  arra- 
chées aux  tombeaux,  aux  temples  et  à  d'autres  monuments 
publics.  De  ce  nombre  sont  dans  la  Belgique  romaine 
les  stations  établies  au  viens  d'Orolannum  (Arlon),  et  à 
Famim  Martis  (Famars). 

Lorsqu'en  1G71  on  nivela  les  remparts  en  terre  d'Arlon 
pour  fortifier  la  ville  sur  un  nouveau  plan,  on  s'aperçut 
qu'ils  recouvraient  un  mur,  construit  avec  la  plus  grande 
solidité,  soutenu  à  l'intérieur  par  des  contre-forts  en  forme 
de  demi-tours  massives,  et  d'une  largeur  telle  qu'un  cha- 
riot aurait  pu  y  circuler  à  l'aise.  Les  fondements  de  cette 
muraille  étaient  composés  en  grande  partie  de  débris  de 

(I)  Suite  et  fin.  Voir  p.  43 


—  378  — 

tombeaux  romains,  couverts  d'inscriptions  sépulcrales, 
de  bas-reliefs  et  de  riches  ornements  d'architecture;  preuve 
évidente  que  cette  enceinte  avait  dû  être  élevée  dans  les 
derniers  temps  de  la  domination  romaine,  lorsque  la  né- 
cessité de  pourvoir  au  salut  des  vivants  ne  permettait  plus 
de  respecter  les  cendres  des  morts,  si  sacrés  et  si  in- 
violables auparavant.  L'enceinte  fortifiée  de  l'Orolaunum 
romain  a  totalement  disparu,  mais  celle  de  la  station  de 
Fanum  Martis  existe  encore  en  entier  (i). 

Il  est  de  notoriété  dans  l'histoire  que  des  antiquités  ro- 
maines existèrent  à  Arlon  en  quantité  innombrable.  Elles 
ont  été  détruites  ou  dispersées  par  trois  courants  divers. 
On  en  a  emporté  pour  la  construction  du  monastère  de 
Saint-Hubert.  Le  comte  Pierre-Ernest  de  iVIansfeld,  pris  de 
la  manie  de  bâtir  et  d'embellir  ses  jardins  de  Luxembourg, 
a  contribué  pour  une  large  part  à  enlever  ce  qu'il  y  avait 
de  mieux  à  Arlon.  Enfin,  les  incendies  qui  ont  désolé  cette 
ville,  ainsi  que  le  temps,  qui  prête  son  appui  irrésistible 
à  tous  les  désastres,  ont  fini  par  la  dépouiller  de  l'auréole 
(ju'elle  devait  à  l'antiquité  de  son  origine.  Nous  avons 
parlé  de  Mansfeld.  On  rapporte  que,  pour  l'embellissement 
de  ses  parcs,  il  fit  rechercher  dans  toute  la  province  les 
objets  les  plus  précieux,  légués  par  la  période  romaine,  et 
c'est  pour  caractériser  sans  doute  le  vandalisme  de  ce  gou- 
verneur, qu'on  disait  par  exagération  que  tout  le  vieil 
Arlon  avait  pris  le  chemin  de  Luxembourg  (2). 

Un  auteur  qui  s'est  attaché  à  rechercher  les  monuments 
qui  assignent  à  Orolaunum  un  rang  illustre,  dit  avec  raison 
en  parlant  de  cette  cité  romaine  :  «  Arlon  n'a  pas  à  mon- 
trer de  cirque  ni  d'amphithéâtre  comme  Nismes,  une  mai- 
son carrée  comme  Orange,  un  arc  de  triomphe,    ni  des 


(1)  Voij.  ScHAYES,  llisl.  de  l'Arcli.  en  Belg.,  1845,  l.  I*^"",  p,  202. 

(2)  Voy.WiLTHcni,  p.  252. 


—  379  — 

ruines  imposantes  comme  à  Trêves,  la  porte  noire  cl  les 
débris  des  palais  des  César.  Mais  ce  qui  est  vrai,  c'est 
qu'aucune  localité  dans  les  Gaules,  dans  les  deux  Belgi- 
ques  et  les  deux  Germanies,  ne  peut  lutter  avec  Arlon, 
pour  le  nombre  et  la  beauté  des  monuments  privés,  pour 
les  restes  peut-être  d'édifices  remarquables.  On  a  trouvé 
à  Trêves  des  tombes  assez  nombreuses,  mais  elles  appar- 
tiennent presque  toutes  à  l'époque  cbrétienne,  au  lieu  que 
les  monuments  d'Arlon  portent  tous  un  cachet  purement 
romain  (i),  » 

Willbeim  avait  déjà  dit  :  «  Dans  tout  le  cours  de  cet 
ouvrage,  j'ai  proféré  bien  des  plaintes  sur  l'injure  du 
temps  qui  a  ravagé  la  plupart  des  antiquités  de  noire  pro- 
vince. Je  m'en  vais  néanmoins  me  réconcilier  avec  lui.  Les 
siècles  passés,  il  est  vrai,  nous  ont  enlevé  Arlon  presque 
tout  entier,  mais  notre  époque,  si  elle  ne  nous  rend  pas 
cette  cité  dans  sa  réalité,  elle  la  fait  renaître  approximati- 


(1)  Voy.  Inslilul  arcli.  de  la  prov.  de  Luxembourg,  l.  VII,  p.  13;  le  beau 
travail  de  M.  Phat;  Monuments  romains  d'Arloti. 

Ibid.,  Institut,  areh.  d'Arlon,  1872,  t.  VII,  pp.  74,  73,  76,  77  et  siiiv., 
rénuméralion  Pl  rexplicatioii  des  pierres  sans  personnages  ni  inscriplions, 
ayant  appartenu  h  des  consiruclions  diverses,  lombes  et  autres.  Voy.  aussi 
les  n<"  276,  277  et  278  du  Luxembourg  romain  de  Wiltheim,  où  cet  auteur 
s'attache,  dans  une  longue  dissertation,  fi  prouver  que  la  douteuse  figure 
sur  une  pierre  trouvée  à  l'antique.  Orolaunum  accompagne  son  art  des  sons 
de  crotales,  tandis  qu'elle  est  munie  de*  cymbales.  Il  est  bon  aussi  de  re- 
cueillir la  note  suivante,  insérée  dans  Vlnslitut  arch.  d'Arlon,  etc.,  l.  VII, 
p.  87  :  «  Voici  un  monument  qui  n'est  mentionné  dans  aucun  auteur  et  qui 
est  perdu,  Vlnslitul  arch.  d'Arlon  n'en  possède  que  le  dessin  avec  celle 
mention  : 

«Dessiné  en  l'an  1809  d'après  l'original,  consistant  dans  une  partie  de 
pierre  antique  (de  grès  grossier  à  bâtir  de  Differdange),  long  de  deux  pieds 
de  France,  six  pouces,  retiré  de  la  colline  des  ci-devant  Capucins,  à  Arlon, 
enfouie  (sic)  sous  les  fondements  d'un  ancien  fort  qui  a  été  rasé;  recueilli 
dès  lors  par  M''  Jean  Mathieu  Pratz,  avocat  au  parlement  de  Paris  et  échevin 
de  la  ville  d'Arlon,  et  se  trouvant  aujourd'hui  conservé  chez  M"<-'  Pratz,  sa 
fille,  à  Arlon,  dans  la  maison  paternelle,  aux  environs  de  cent  ans,  » 


-   580  — 

vement  :  ce  qui  est  d'un  prix  immense.  Car,  la  multitude 
de  pierres  et  de  statues  qu'on  y  a  récemment  (1671)  dé- 
couvertes est  telle,  la  grandeur,  la  splendeur  de  ces  objets 
d'art  sont  d'un  degré  si  élevé,  qu'en  comprend  même  tar- 
divement qu'après  Trêves,  Arlon  a  été  dans  cette  province, 
pour  ne  pas  dire  parmi  les  endroits  les  plus  marquants  de 
la  première  Belgique,  la  cité  la  plus  splendide,  tant  par 
le  nombre  de  ses  habitants,  que  par  la  magnificence  de 
ses  monuments  (i).  » 

(1)  WiLTHEiM,  Lucileburgensia  romana,  p.  242.  —  Ceux  qui  ont  conlribué 
le  plus  à  dépouiller  la  province  de  ses  monuments  anciens  pour  les  accumu- 
ler à  Luxembourg,  ce  sont  :  Pierre-Ernest,  comte  de  Mansfeld,  Christophe 
Binsfeld,  conseiller  du  roi,  Louis  de  la  Neuveforge  et  Claude  Jeneler  (alias 
Jenetter),  prévôt  d'Arlon.  Comme  Pierre-Ernest,  par  ses  déprédations  dans 
le  domaine  archéologique,  donnait  libre  carrière  à  son  goût  pour  le  faste  aux 
dépens  des  richesses  archéologiques  de  la  province,  il  n'est  peut-être  pas 
sans  intérêt  de  le  surprendre  le  pinceau  à  la  main  et  occupé  à  faire  son 
propre  portrait. 

Dans  une  lettre  en  français  au  cardinal  André,  datée  de  Luxembourg,  le 
10  août  1599,  il  s'exprime  ainsi  : 
«  Monseigneur, 

n  II  y  a  plus  de  trois  sepraaines  que  le  commissaire  Monel  est  solicitant 
l'olficial  du  pagador  général  en  Anuers  pour  recepuoir  le  payement  de  4000 
escuez  que  Votre  Altèzes  a  ordonné  me  debuoir  eslre  payé  à  compte  de  ce 
que  l'on  me  doibt  :  mais  tant  s'en  faull  que  ledit  pagador  y  ait  acquiescé 
quà  contraire,  il  dicl  ne  pouuoir  y  satisfaire,  s'excusant  sur  le  niancque- 
menl  de  moyen  par  où  j'en  soufTre  tresgrande  interest  estant  mes  créditeurs 
rcsoulu  de  vendre  mes  va.iselle  et  liburauces  que  jay  esté  constrainct  leur 
mectre  en  mains  pour  leur  asscurance  passé  pins  d'ung  dcmxj  an.  » 

Ce  dernier  passage  impliquerait-il  aussi  la  vente,  le  cas  échéant,  d'objets 
archéologiques  trouvés  sur  le  sol  du  Luxembourg?  Ces  cris  de  détresse  le 
laisseraient  supposer.  Sans  vouloir  relever  tous  les  passages  qui  attestent  la 
situation  critique  du  gouvereur  du  Luxembourg,  nous  ne  reproduirons  que 
les  suivants  extraits  de  lettres  écrites  en  allemand  au  cardinal  André. 

Luxembourg,  12  mai  1399. 

«  ...  Ich  hab  gelhan  und  wille  noch  thun  ailes  was  in  mir  ist,  aber  der- 
massen  mich  mit  schulden  verthieffet  den  ghebrechen  allerley  geslalt  zù 
vnderbauwen  dass  mir  nichis  mher  vbrigel  und  khummen  solche  und  derg- 
Icichen  dingh  nilt  zu  wegh  gebracht  werden  ohne  werklichen  vnkosl  welche 
ich  vbcr  dreyssigh  Jai-  aussgestanden  ohne  erkenlnus  noch  beizalung  sonder 


—  581  — 

En  dehors  de  toute  conjecture  le  n"  2G2  du  Lttxembur- 
gum  romanum  porte  une  date  certaine.  Elevé  sous  le  con- 
sulat de  Mamertinus  et  Rufus,   il  remonte  à  Tan  182  de 

J.-C.   :    I.    0.    M    II    GENIO.    LO    II    CI.   SECVND    ||    SIMIMILIS.    M    || 
LEG.    XXX    II     DF.  COS.     IV     ||     AMERTIISO.     ET.     RV.     (Jovj     0|)l. 

Max.  et  Genio  loci  Claudius  Secundinus  Similis,  miles 
legionis  tregesimae,  beneficiarius  Consulis  (hoc  saxum 
dedicavil)  consulut  Mamertini  et  Rufi  (i).  Ce  cippe  assure 
à  Arlon  une  date  historique  dont  bien  peu  de  cités  belges 
peuvent  s'applaudir. 

Rien  ne  saurait  mieux  attester  la  haute  antiquité  d'Oro- 
launum  que  le  fait  suivant  rapporté  par  Wiltheim.  Au 
XV^  siècle,  on  trouva  dans  les  fondements  de  la  curia 
{maison-de-ville)  d'Arlon  des  pièces  de  monnaie  qui  da- 


bissher  auffgehallen  und  in  der  verfolgli  grosse  sommen  verzerel  liofTe  aber 
bey  wiederkùnnfft  irerAltesen  des  Erizlierzogen  aile  ergeizungli  zuerlangen.» 
Luxembourg,  21  Mai  1599  (au  cardinal  André). 
a  ...  Ich  hab  zu  vilmlialen  erinnerl  vnd  angezeigt  welcher  gestalt  sich  die 
sachen  alliie  zu  Iragen,  referire  mich  ufl"dasselbigl),  weyss  khein  diener  der 
mirs  (ohne  rhaum)  vorlhue  liait  bey  die  60  Jarn  gewert  das  iclis  niill  den 
wercken  beweyst,  das  gedeehlnus  (Goll  lob)  noch  gutlen  will  mangell  mir 
nichl.  Dise  landschafft  isl  also  beschaffen  bevoral  jelziger  Zeitt  das  man  nilt 
allein  im  land  aucli  bey  allen  benachparten  musse  grosse  unkosten  exlraor- 
dinarii  anwenden.  Ich  hab  bisschero  gelhon  was  ich  hab  kundl  milt  ineinem 
armuth  auch  dernhalben  mir  in  schulden  geworffen  (in  massen  das  mir  wenigh 
gelegenheilt  mher  pleibt  auch  vber  aile  vcrfolgh  nichl  anders  alss  ufl'zugh 
erhallen  unser  her  Golt  wird  mir  die  gnade  geben  das  iclis  dcrgestall  biss 
•ahra  end  volpringe  vnangeschen  welcher  gestall  ich  niicli  befinde.  • 

On  aura  remarqué  la  transition  forcée  par  laquelle  le  comte  Hlansfeld  passe 
de  la  hauteur  des  intérêts  généraux,  aux  idées  d'un  ordre  tout  particulier 
et  privé.  Il  n'est  pas  étonnant  que  le  vandalisme  se  melle  sous  la  tutelle  de 
pareils  esprits.  Voy.  aux  Archives  générales  du  royaume,  corresp.  du  cardinal 
André  avec  des  Electeurs,  etc.,  etc. 

(1)  Luc.  Rom.,  édit.  Neyen,  p.  240  ;  «  Consulalu  Mamcrlini  et  Rufi  hoc  est 
anno  CI.XXXII.  »  Ibid.  :  «  Simileni   Iladriano    Inipcralore   celebrem ,   nihil 

attinet  hic  tara  parvi  modi  titulus.  Similiam exhibet  aller  cippus 

Orolaunensis  et  aller  Blanckenheimianus,  crulus  Dollendorfii,  Bonnà  haud 
procul,  à  Grutero  prolalus.  » 


—  582  — 

talent  des  règnes  de  Néron  et  de  Domitien.  C'est  précisé- 
ment l'endroit  où  celte  trouvaille  fut  faite  qui  élève  celle-ci 
à  la  hauteur  d'un  événement  marquant  dans  l'histoire 
d'Arlon.  Tacite,  en  effet,  raconte  qu'à  la  construction  du 
Capilole,  entreprise  sous  Domitien,  on  jela  ça  et  là  dans 
les  fondements  des  pièces  d'or  et  d'argent  et  les  prémices 
de  métaux  à  l'état  naturel  et  que  nulle  fournaise  n'avait 
domptés  encore  (i).  Cet  usage  a-t-il  prévalu  dans  Orolau- 
num*^  On  peut  au  moins  le  conjecturer,  puisque  les  petites 
localités  de  l'empire  aimaient  à  singer,  comme  de  nos 
jours,  les  grandes  cités  qui  se  prétendaient  à  la  tête  de  la 
société.  D'ailleurs,  comme  le  démontrent  les  inscrip- 
tions, l'élément  romain  devait  être  prépondérant  dans  le 
viens.  D'après  ces  considérations  il  n'y  aurait  pas  grande 
témérité  à  reculer  la  fondation  de  la  ctiria  vers  l'an  87  de 
notre  ère. 

S'il  fallait  en  croire  les  historiens  qui  ont  écrit  l'histoire 
du  Luxembourg  sous  l'action  exclusive  de  leurs  croyances 
religieuses,  au  lieu  de  la  rigueur  historique,  Orolaunum 
aurait  comme  Trêves  salué  au  premier  siècle  de  notre  ère 
les  messagers  de  la  bonne  nouvelle.  «  On  croit,  dit  Bartels 
à  ce  propos,  que  les  Arlonais  se  convertirent  à  la  foi,  par 
un  effet  de  la  Providence  et  de  la  miséricorde  de  Dieu,  à 
l'époque  où  saint  Pierre,  chef  des  apôtres  et  vicaire  de 
Jésus-Christ  sur  terre,  envoya  de  Rome  à  Trêves  trois 
disciples  du  Christ  :  Euchaire,  Valère  et  Materne.  Ceux-ci 
s'acquittant  avec  courage  de  leur  mission,  amenèrent  à  la 
religion  du  Christ,  par  leur  prédication  et  leurs  miracles, 
non  seulement  les  Trévires,  mais  encore  leurs  voisins  à 
beaucoup  de  milles  de  dislance  (3).  » 


(1)Tac.,  Hisl.,  lib.  IV,  53. 

(2)  WiLTUElM,  p.  259. 

(3)  «  Ad  fulera  porro  cliristianam  tune  conversi  fuisse  pulanlur  Arluneiises; 
Deo  iniscricortlilcr  proviiienlc  quando  Divus  Pelrus  Arcliiaposlolus,  suninius 


—  Ô85  — 

Malheureusement    rinlroduclion    du   chrislianisine   en 
Belgique  n'est  pas  d'une  date  aussi  certaine.    Il  est  vrai 
qu'une  pierre  découverte  le  7  septembre  1809,  fournit  le 
prétextée  quelques  arciiéologues  d'eu  faire  un  monument 
chrétien,  qui  daterait  des  années  275  à  303  de  notre  ère, 
ce  qui  permettrait  de  conclure  que  le  christianisme  floris- 
sait  avant  cette  époque  dans  la   Tongrie.  Mais  des  argu- 
ments plus  sérieux  tendraient  à  démontrer  que  cette  pierre 
garde   un   caractère   purement    païen  ,  et   partant    laisse 
dans  la  même  incertitude  la   question  qui  se  rattache  à 
l'époque  où   le  christianisme    s'est    implanté  dans    notre 
pays()).  M.  Schuermans  s'exprime   ainsi  en   parlant  du 
même  sujet  :  «  On  a  essayé  récemment  de  soutenir,  en  argu- 
mentant de  certains  dessins  gravés  à  Jusienville,  autour 
d'une  inscription  romaine  du  premier  siècle  ou  du  second, 
que  le  christianisme  avait  pénétré  dès  cette  époque  en  Bel- 
gique; celte  opinion   que   l'auteur  de  ce   travail  a  com- 
battue, et  qu'il  persiste  à  ne  pas  partager,   n'a  en  aucun 
cas,  comme  corollaire,  une  chrislianisalion   complète  de 
notre  pays,  puisque  au  III^  siècle  au  plus  tôt  auraient  été 
portées  par  les  habitants  de  la  Belgique  des  inlailles  déno- 
tant évidemment  le  paganisme  (2).  » 

Au  XV^  siècle,  Ortelius  et  Jean  Vivianus  s'occupent 
d'Arlon  (1584),  dans  leur  itinéraire.  Ils  en  parlent  à  trois 


Chrisli  in  terra  vicarius  très  Cbrisli  discipulos  :  Eucharium  ,  Valerium  et 
Malernum  ex  iirbe  Roma  Treverini  ablegavit  alque  iidem  sancli  praesules 
commisso  sibi  olBcio  slri-nuè  insistenles  non  modo  Treverenxcs,  sed  et  vicinos 
ad  raulta  miliaria  distantes  Evangelii  Clirisli  praedieatione  miraculorumque 
perpelratione  ex  paganismo  ad  Clirisli  religionem  Iraduxerunt.  Voy.  Rcsp. 
lulzenburgensis  Haniioniae  et  Namurcensis  {anctore  Borlelio,  eplevnacensis 
monaslerii  ahbale).  Coloiiiae,  anno  Doniini  JIDCV;  ibid.,  Amsterdanii,  lG5o. 

(1)  Voy.  Bidlclin  de  l'Institul  archéologique  liégeois,  l.   X,  p.  52,  troisième 
rapport  sur  les  fouilles  de  Jusienville,  par  M.  BonjiAxs. 

(2)  Voy.  Annales  de  l'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  t.  XXIV,  p,  592, 
intaille  en  jaspe,  par  Mr  H.  Schuermans. 


—  584  — 

passages.  Dans  ceux  qui  concernent  noire  sujet,  ils  n'en 
disent  un  mol  que  par  manière  d'incident  el  à  la  faveur 
de  l'accueil  que  leur  fit  le  comte  Ernest  de  Mansfcld,  em- 
pressé, en  ce  moment,  pour  orner  les  jardins  de  Luxem- 
bourg, d'exercer  sur  une  vaste  échelle  le  vandalisme  le 
plus  échevelé  aux  dépens  de  la  province  de  ce  nom  el  sur- 
tout de  l'antique  Orolaunum.  Celui-ci,  à  celte  époque, 
paraissait  être  une  mine  inépuisable,  d'où  il  extrayait  sans 
cesse  de  nouveaux  matériaux  pour  enrichir  ses  galeries,  au 
point  que,  selon  l'expression  aussi  énergique  que  pittores- 
que d'Orlelius,  on  pouvait  se  figurer  qu'il  avait  conduit 
à  Luxembourg  une  colonie  d'antiquités,  tant  on  y  avait 
convoyé  de  slalues  et  de  monuments  épigraphiqucs  (i). 

L'abbé  d'Echlernach  fait  remonter  l'origine  d'Arlon  à 
l'époque  du  patriarche  Abraham,  sans  indiquer  les  raisons 
qui  l'engagèrent  à  adopter  cette  hypothèse  chimérique.  Il 
entre  dans  les  détails  que  d'autres  chroniqueurs  ont  déjà 
fournis  sur  la  conversion  iï Orolaunum  au  nouveau  culte. 
Les  néophytes  de  cette  ville,  pour  dissiper  jusqu'aux  vesti- 


(\)  llinerarium  per  nonnitllas  Galliae  Bdgicae  partes,  Abrahami  Ortelii  et 
JoANNis  ViviANi.  Anlverpiae,  ex  ofiicina  Ch.  Plantini,  1584.  On  lil  p.  33  : 
«  Porlicus  in  primis  arapbs  mirabaniur,  quos,  dum  nos  per  singula  ducit, 
se  ad  id  destinasse  dicebat  (le  comte  de  Mansveld)  ut  in  eis  reponeret  quae- 
cunque  nancisci  posset  anliquilalis  monumenta  quorum  magnam  jam  liabet 
copiam,  ex  diversis  locis,  et  Arlunio  in  primis,  ut  jam  diximus,  pclilani  : 
unde  veluli  anliquilalis  Coloniani  hère  deduxisse  videlur  nec  uilo  alio  in  loco 
Ai'lunium  illam  anliquam  quaerendam  esse.  Sunt  aulem  maxima  ex  parte 
simulacra  deorum  genliiium  el  epilapliia  quae  in  crcpidine  fontis  iliius 
pulcherrimi  ac  clariludinis  eximiae  quo  dilectae  quondam  conjugis  Mariae 
de  Monlmorenci  memoriam  sancte  conservai  crebro  ad  Mariae  fonlem  (sic 
eum  nuncupavil)  adventendo.  «  L'aulre  passage  auquel  Ortelius  fait  allu- 
sion, est  ainsi  conçu  {Ibid.,  Itin.,  p.  52)  :  «  In  oppido  ipso  {Arlon)  niliil  est 
quod  admodum  mirere  praeter  has  ipsas  ruinas,  ad  quorum  fundamenla 
inscripliones  anliquas  plurimas  et  deorum  genliiium  simulacra  quibus  illus- 
Irissimus  Comes  Pelrus  Erneslus  Mansfeldensis  fonlem  suura  Luxeniburgii 
decoravit  erula  narrabant  et  nonnullis  quoque  in  locis  reperla  quoque  anli- 
qua  numismala.  » 


—  Ô85  — 

ges  du  paganisme,  démolirent  le  temple  et  l'autel  de  la 
Lune,  Ils  bâtirent  à  sa  place  une  chapelle  dédiée  à 
saint  Biaise,  mais  laissèrent  le  château  (caslmm)  intact. 
De  mon  temps,  dit  le  même  auteur,  on  a  mis  au  jour  un 
grand  nombre  de  pierres,  extraites  des  anciennes  construc- 
tions de  cette  cité.  Elles  sont  d'une  très-grande  dimension 
et  affectent  presque  toutes  la  forme  quadrangulaire.  Dans 
les  inscriptions  et  leur  allure  sculpturale,  on  devine  une 
haute  antiquité,  d'autant  plus  que  les  noms  des  Aventini, 
des  Secundini,  des  Foelids,  des  Jucimdi,  des  3Iodesli,  des 
Medestii  suggèrent  immédiatement  cette  idée  (t). 

Comme  le  viens  Orolaimum  est  la  localité  de  la  Bel- 
gique qui  a  fourni  le  plus  grand  contingent  d'antiquités 
romaines,  l'ancienneté  de  cette  ville  est  en  quelque  sorte 
acquise  à  la  légende.  Elle  se  relie  à  l'histoire  de  Trêves, 
dont  elle  est  une  dépendance  sous  h  domination  de  Rome. 
Comme  celle  de  Trêves,  le  peuple  flxe  la  fondation 
d'Arlon  bien  avant  Romulus  et  Rémus.  Ces  velléités  popu- 
laires sans  base  historique,  qui  nous  font  sourire,  ont  cepen- 
dant une  haute  signification  morale.  A  toutes  les  étapes  de 
l'histoire,  nous  voyons  l'homme  occupée  jeter  un  lustre  sur 
son  berceau,  en  le  confiant  aux  ténèbres  des  âges  reculés  ; 
de  là  celle  foule  de  nations  qui  se  prétendent  aulochtho- 
nes  et  ne  cessent  d'usurper  ce  genre  d'illustration  (i).  Les 
peuples  elles  individus,  d'une  voix  unanime,  s'écrient  avec 
l'ami  de  Mécènes  :  Non  omnis  moriar.  Les  hommes  ont 
soif  d'immortalité.  Le  peuple  ne  discute  point  la  question 
de  savoir  si  Simon  Pierre  a  jamais  élé  à  Rome,  Il  l'affirme, 
peu  lui  importe  la  rigueur  de  l'histoire.  C'est  en  suite  de 
ce  privilège  qu'il  fait  envoyer  saint  Pierre  lui-même  des 
missionnaires  dans  le  pays  des  Trévires.  Les  délégués  du 

(1)  Hisloria  Luxemburgensis  xcu  Conimenlarius  ,  elc,  à  Rev.  Paire  D. 
JoANNE  Bartelio,  Eptemacensis  Monaslerii  Abbale  concinnala.  Colonia,  1605, 
p.  147  et  suiv. 


—  386  — 

successeur  de  Jésus-Christ  réussissent  dans  leur  mission. 
Les  Arlonais  brisent  leurs  idoles  et  acceptent  la  bonne  nou- 
velle (i).  Tel  est  le  récit  légendaire. 

Les  nouveaux  convertis  ne  se  doutaient  pas,  il  faut  le 
croire,  du  sort  horrible  que  Néron  réservait  à  leurs  co- 
religionnaires de  Rome (2).  Rarement  la  tradition  s'occupe 
de  la  vérité,  elle  s'accomode  si  facilement  de  la  vraisem- 
blance !  Au  moins  rien  ne  s'oppose  à  admettre  l'existence 
d'OroIaunum  dans  ces  temps  malheureux,  où  Rome  rou- 
gissait de  voir  le  chef  de  l'empire  monter  sur  le  théâtre  et 
reculer  devant  le  temple  d'Eleusis,  d'où  la  voix  du  héraut 
écartait  les  impies  et  les  parricides. 

Bien  qu'on  ne  puisse  pas  assigner  de  date  certaine  à 
Vltinéraire  d'Anlonin,  dans  lequel  apparaît  Orolaunum, 
ce  n'est  pas  moins  un  document  de  très-ancienne  date  (s). 


(1)  Voyez  l'ouvrage  cité. 

,'2)  «  Et  pereunlibus  addita  ludibria  ut  ferarum  lergis  conlecli,  lanialu  ca- 
num  inteiMi-cnl  aul  crucibus  affîxi  aut  flamniondi  alque  ubi  defecisset  dies 
in  usum  noclunii  luininis  «rerenlur.  norlos  suos  ei  speclaculo  Nero  obluleral 
et  Circense  ludicrum  edebat,  habelu  aurigae  permixlus  plebi  vel  curriculo 
insistens.  Undi  quamquam  adversus  sonles  et  novissiraa  exempla  merilos, 
miseralio  oriebalur,  tamquam  non  ulilitale  publicà,  sed  in  saeviliam  unius 
absiimerunlur.  C.  Corn.  Taciti,  Ann.,  lib.  XV,  44.  —  «  Les  uns  couverls  de 
M  peaux  de  bêles,  périssaient  dévorés  par  des  chiens;  d'autres  mouraient  sur 
»  des  croix  ou  bien  ils  étaient  enduits  de  matières  inflammables,  et,  quand  le 
«jour  cessait  de  luire,  on  les  brûlait  en  place  de  flambeaux.  Néron  prélait 
»  ses  jardins  pour  ce  spectacle  et  donnait  en  même  temps  des  jeux  au  Cirque, 
»  où  taulôt  il  se  mêlait  au  peuple  en  habit  de  cocher  et  tantôt  conduisait  un 
»  char.  Aussi,  quoique  ces  hommes  fussent  coupables  et  eussent  mérilé  les 
»  dernières  rigueurs,  les  cœurs  s'ouvraient  à  la  compassion,  en  pensant  que 
»  ce  n'était  pas  au  bien  public,  mais  à  la  cruauté  d'un  seul  qu'ils  étaient  ini- 
»  moles.  » 

A  ce  passage  il  faut  ajoujer  celui  de  Suétone  : 

«  Afllieti  su[)pliciis  Christiani  genus  hommum  superstilionis  novae  ac 
maleficae.  »(C.  Suetomii  Ncro,  cap.  XVI),  que  Laharpe  traduit  de  cette  façon  : 
il  sévit  contre  les  chrétiens,  espèces  d'hommes  livrés  aux  superstitions  et 
aux  sortilèges. 

(5)  Voy.  Vêlera  romanorum  ilineraria  sive  Antonini  Augusli  Ilinerarium. 
curante  Petro  Wessellvcio.  Amstelaedami,  MDCCXXXV,  p.  5G6. 


—  387  — 

Qu'il  so'a  de  593  ou  de  435,  il  proclame  la  liaule  aiili- 
quilé  des  localilés  luxembourgeoises,  donl  il  cile  les  noms. 
Berlholel  (t.  I,  Disscrl.,  VI,  \).  405),  a  dit  avec  une  em- 
phase bien  réussie  :  «  Ou  peut  dire  qu'Arlon  a  été  le 
Panthéon  el  le  centre  des  plus  belles  antiques  ;  tant  la 
multitude  des  dieux  qu'on  en  a  tirés  est  grande!  » 

L'Ara  qu'on  découvrit  à  Arlon  dans  les  ruines  de  la 
montagne,  était  un  des  restes  les  plus  remarquables  des 
antiquités  luxembourgeoises.  D'abord  transporté  à  Luxem- 
bourg et  rendu  ensuite  au  magistrat  d'Arion,  cet  autel  fut 
détruit  par  les  révolutionnaires  de  1702.  Il  en  existe  encore 
un  débris  dans  le  mur  de  clôture  d'un  jardin.  Celle  Ara 
donna  lieu,  au  siècle  dernier,  à  une  dispute  vive,  passion- 
née, entre  Bertbolet  et  le  magistrat  de  la  cité  arlonaise.  On 
sait  l'élymologie  traditionnelle  d'Arion,  Ara  lunae,  autel  de 
la  lune  ou  de  Diane.  Le  père  Bertbolet  la  conteste,  le  ma- 
gistrat de  la  ville  et  un  père  capucin  de  Luxembourg  la 


(l)  On  peut  se  dispenser  de  parler  de  la  carie  connue  sous  le  nom  de  Peu- 
linger  (Tabula  Peutingeriaua),  à  laquelle  il  doil  la  plus  grande  partie  de  sa 
célébrité,  bien  qu'il  n'ait  eu  aucune  part  à  sa  publication.  Ce  précieux  mo- 
nument géographique,  exécuté,  suivant  Scheyb,  à  Conslanlinople,  en  393, 
par  l'ordre  de  l'empereur  Théodose,  ou,  suivant  des  critiques  plus  rccenis, 
en  433,  fut  découvert  par  Conrad  Celtes,  dans  une  ancienne  bibliothèque  à 
Spire,  vers  la  fin  du  XV«  siècle.  Celtes  légua  cette  carte  à  Peutinger,  qui 
jugea  que  c'était  celle  de  Vltinéraire  d'Antonùi  et  se  proposa  d'en  faire  jouii* 
les  amateurs  de  l'antiquité;  mais  il  n'eut  pas  le  loisir  de  terminer  son  travail. 
Quarante  ans  après  la  mort  de  Peutinger,  Marc  Vclser  leirouva,  dans  sa  bi- 
bliothèque, quelques  fragments  de*cette  carte  el  les  mil  au  jour  avec  des 
explications.  Plus  heureux  dans  une  nouvelle  recherche,  Velser  renconli-a 
enfin  l'original  qui  avait  appartenu  à  Peutinger  et  que  l'on  croyait  perdu. 
II  en  fit  faire  une  copie  sur  une  échelle  réduite  de  plus  de  moitié,  qu'il 
s'empressa  d'adresser  au  fameux  Ortelius.  Ce  savant  géographe,  alors  ma- 
lade, la  remit  à  Balth.  .Moretus,  célèbre  imprimeur,  son  ami;  el  ce  fut  |)ar 
ses  soins  qu'elle  parut  enfin  en  1598.  L'original  fut  acheté  en  1714  par  un 
libraire  el  passa  entre  les  mains  du  prince  Eugène,  qui  en  fit  présent  à  la 
Bibliothèque  de  Vienne.  Voy.  Biographie  universelle,  arl'idc  Peutinger,  par 
Weiss.  —  Parles  soins  du  gouvernemeul  d'Autriche,  la  pholographie  a  mul- 
tiplié les  exemplaires  de  celte  carie  précieuse. 

il 


—  588  — 

défendent.  En  1654.  le  duc  de  Croy  dTIavré  remit  à  la 
ville  d'Ailon  cet  autel  de  Diane,  qui  alluma  au  siècle  der- 
nier la  guerre  dans  les  esprits. 

Peut-on  trouver,  dit  l'auteur  de  VAncienne  tradition 
cVArlon,  une  élymologie  plus  juste,  plus  vraisemblable  et 
par  conséquent  plus  recevable  {\\v' Araliinum  vient  <\'Ara 
Limae,  comme  Dionantum  (ÏAntrum  Dianae  et  de  tant 
d'autres...  Q^n'Arlunum  vienne  d'Ara  Liinae,  ce  n'est  pas 
une  tradition  populaire,  ni  un  jeu  de  mots,  mais  une 
expression  vive,  qui  conserve  encore  la  mémoire  et  les 
vestiges  du  temple  de  la  Lune  et  des  révolutions  surve- 
nues dans  la  suite  des  temps  (i).  Bertbolel  lui  répond  par 
ces  lignes  satiriques,  qui  durent  produire  une  certaine  émo- 
tion sur  le  public  arlonais  de  son  temps  :  «  Avouez-le 
francbement,  très-révérend  Père,  lorsque  vous  travailliez  à 
votre  réfutation,  n'étiez-vous  pas  perché  en  esprit  sur  les 
hautes  tours  du  château  de  Ravcnsboiirg,  d'où  vous  por- 
tiez la  vue  jusqu'à  des  pays  beaucoup  plus  éloignés  que 
Trêves  et  Metz,  c'est-à-dire  jusqu'à  l'antiquité  la  plus  re- 
culée pour  tâcher  de  trouver  quelques  vestiges  de  votre 
Ara  Liinae?  Mais  vous  n'y  avez  rien  vu  que  dans  une 
similitude  de  mots  et  dans  une  tradition  populaire.  Si 
vous  aviez  placé  ce  temple  de  la  Lune  dans  la  lune  même, 
peut-être  eussiez-vous  réussi,  au  moins  personne  ne  vous 
l'aurait  contesté,  mais  de  le  mettre  à  Arlon,  dans  une  ville 
si  catholique  et  si  dévouée  au  culte  de  la  sainte  Vierge, 
et  de  l'y  faire  subsister  jusque  environ  le  XII^  siècle, 
c'est  une  calomnie  qui  flétrit  trop  la  ville  et  le  magistrat 
pour  que  je  n'aie  pas  cherché  à  les  en  justifier  (2).  »  II  ne 

(1)  Voy.  rAiicienne  tradition  d' Arlon,  injustement  attaquée  par  le  R.  P.  Bcr- 
tliulet,  jésuite,  mais  justement  défendue  par  la  Ville  et  Magistrat  d'Arlon. 
Luxembourg,  1744,  Avanl-Propos,  p.  7. 

(2)  Voy.  Lettre  du  P.  Bcrtliolel,  jésuite,  au  très-révérend  Père  Bonaventure 
de  Luxembourg,  capucin,  en  réponse  à  son  libelle,  intitulé  :  l'Ancienne  tradi- 
tion d'Arlon,  injustement  attaquée,  etc.  Liège,  5  février  1745. 


—  389  — 

ne  parait  pas  que  le  magistrat  ail  été  bien  flallé  des  justifi- 
cations du  P.  lîertholet,  puisqu'il  lui  décoche  cette  verte 
apostrophe  :  Avec  quel  front  ose-t-il  (lîertholel)  donc  dire  : 
qu'il  n'y  a  pas  plus  décent  ans  qu'on  a  donné  cours  à  notre 
tradition;  qu'avant  ce  temps  il  n'y  avait  jamais  eu  aucun 
indice  du  prétendu  temple  ou  autel  de  la  Lune,  et  que 
même  il  n'y  en  a  jamais  pu  avoir.  C'est  beaucoup  dire 
pour  ne  rien  prouver;  mais  nous  avons  fait  preuve  du 
contraire  ci-dessus,  et  la  quantité  de  monuments  qu'on  a 
tirés  du  sein  de  notre  montagne,  lesquels  furent  transportés 
à  Luxembourg,  à  Saint-Ilubert  et  ailleurs,  comme  aussi 
ceux  qui  nous  restent  encore  sur  les  lieux  et  In  décou- 
verte que  firent  les  Révérends  Pères  Carmes  il  y  a  soixante 
et  quelques  années,  lorsque,  travaillant  à  creuser  la  terre 
derrière  leur  église  pour  donner  un  écoulement  aux  eaux 
du  toit,  ils  y  trouvèrent  un  pavement  de  pierre  de  taille 
et  une  statue  de  femme  nue,  tronquée  de  la  léte,  des  bras, 
et  des  jambes,  en  font  une  conviction  sensible  (i).  »  L'ar- 
ticle de  Moreri,  incriminé  par  Berlholet  et  défendu  par 
le  magistrait  d'Arlon,  est  ainsi  conçu  :  «  On  croit  que  le 
nom  de  cette  ville  vient  de  ce  que  du  temps  du  paganisme 
il  y  avait  un  temple  avec  un  autel,  que  les  Tréviriens 
avaient  consacré  à  la  lune.  Ara  Lunae,  d'où  est  venu  par 
corruption  Arlun  ou  Arlon.  Antonin  l'appelle  Orolaunum 
et  d'autres  Arlunum{^). 

L'autel  (ara)  d'Arlon,  qui  a  fait  de  tout  temps  le  plus 
brillant  titre  de  cette  ville  dans  le  domaine  archéologique, 
n'est  pas  le  seul  dans  le  Luxembourg  belge.  On  cite  encore 


(1)  Voy.  Remarques  de  la  part  du  magistrat  de  la  ville  d'Arlon,  sur  la 
lettre  du  R.  P.  Berlliolel,  jésuile,  au  R.  P.  Bonavenlure,  de  Luxembourg, 
capucin,  elc.  Luxembourg,  1745,  p.  39. 

(2)  Voy  Moreri,  le  Grand  Dictionnaire  géoijraphique,  etc.,  1740.  Moreri 
cile  à  l'appui  de  son  article  :  Glichardin,  Descript.  des  Païs-Bas;  Valère- 
André,  Topographia  Belgica,-  Metel  Bouncow,  Gcogr.  Ilist  ;  Audifret,  Gcogr  , 
tome  II. 


—  390  — 

ceux  d'Amberloux  (i),  de  Messaney  (2),  d'Ethe  (3),  de 
Latour(4),  de  ViIfers-sur-Semois(8),  de  Wolkrange  (e). 

Bien  que  Guichardin  ne  soit  pas  une  autorité  dans  la 
matière,  il  est  cependant  intéressant  de  peser  son  opinion 
invoquée  par  VVillheiin.  Voici  les  termes  dont  il  se  sert, 
qui  sont  l'éeho  d'une  tradition  constante.  Nous  les  em- 
pruntons à  une  traduction  de  l'époque  (7)  :  «  Arlon  est  sur 
un  hault  mont,  auquel  anciennement  souloit  auoir  un 
temple  où  l'on  sacrifioit  à  la  Lune  et  ainsi  corrompant  le 
terme  latin  Ara  Lunae,  print  le  nom  d'Arlon,  est  loing  de 
Luxembourg  quatre  lieues  et  six  de  Mommedi  :  iadis  estoil 
bonne  ville,  mais  les  guerres  l'ont  deslruicte,  loutteffois  se 
commence  maintenant  à  refaire.  » 

Les  autels  romains,  surtout  les  autels  votifs,  avaient  des 
formes  plus  ou  moins  architecturales.  Fréquemment  ils 
représentent  la  figure  d'un  petit  temple  ou  d'un  portique. 
De  ce  genre  sont  un  autel  votif  en  pierre  blanche,  de 
30  centimètres  de  hauteur  sur  20  centimètres  de  largeur 
et  50  centimètres  de  profondeur,  et  la  partie  supérieure 
d'un  autre  autel,  découverts  tous  deux  à  l'endroit  appelé 
Marjeroux  près  de  Virton  et  conservés  au  Musée  royal 
d'armures  et  d'antiquités  (s). 

Quoi  qu'il  en  soit,  une  quantité  énorme  de  monuments 
funéraires  et  autres  sont  venus  ainsi  proclamer  la  haute 


(1)  A  Luxembourg  depuis  1850. 

(2)  Lux.  Rom.,  fig.  460,  461,  462  et  464. 

(5)Ibid.,  fig.  471,  472,  473.Elheestà  trois  quarts  de  lieue  N.  E.  deVirlon. 

(4)  Ibid..  fig.  474.  Lalour  est  à  une  demi-lieue  de  Virlon. 

(5)  Sous  l'aulel  de  Téglise  de  celte  localité.  VilIers-sur-Semois  est  à  trois 
quarts  de  lieue  N.  0.  d'Elalle. 

(6)  Cette  pierre  est  mutilée. 

(7;  Voy.  Description  de  Tout  le  Pais-Bas,  autrement  dict  la  Germanie  in- 
férieure  ou  Basse- Allemagne;  par  Messire  LoDOvico  Gi;icciardini,  Palrilio 
Florentino;  en  Anvers,  1568. 

(8)  ScHiYES,  Hist.  de  Carchitect.  en  Belgique,  1853,  t.  l",  p.  63. 


—  591  — 

aiiliquilé  de  la  cité  arlonaise.  Ils  ont  enrichi  l'épigraphie 
d'une  foule  de  noms  romains,  el  nous  pcrmellenl  pour 
ainsi  dire  de  vivre  par  la  pensée  avec  les  liabilanls  de 
l'époque  reculée  dont  nous  nous  occupons. 

L'inscription  qui  frappe  par  la  sonorité  du  nom,  c'est 
celle  qui  transmet  à  la  postérité  le  nom  d'Attilius  Ilegiilus. 
A  la  faveur  de  ce  nom  surgit  un  grand  nombre  de  conjec- 
tures; mais  il  suffit  de  supposer,  pour  expliquer  sa  pré- 
sence dans  Orolaumim,  que  des  membres  de  cette  gens 
illustre  sont  venus  s'établir  dans  la  nouvelle  colonie  fondée 
par  l'épée  de  Rome.  D'ailleurs,  on  connaît  un  Altilhis 
Figulus  el  une  Attilia  Abba,  rendus  à  la  mémoire  par  des 
cippes  découverts  à  Arlon.  Dans  Tacite,  il  y  a  un  Aqui- 
lius  Reguliis,  qu'il  est  curieux  de  mettre  en  parallèle  avec 
l'Attilius  Regulus,  qui  a  habité  Orolaunum.  On  sait  que 
cet  Altilhis  Regulus  fut  accusé  par  Curtius  Montanus 
d'avoir  donné  de  l'argent  à  l'assassin  de  Pison  et  déchiré 
de  ses  dents  sa  tête  sanglante.  Orolaunum  renfermait 
aussi  des  Cneus  Avilis  Boviis,  des  Lallus,  des  Primanius 
Saturninus.  Des  enfants  y  consacrent  un  souvenir  à  leur 
père  Primanio  Primitivo  el  à  Malo,  son  épouse  (2).  Ce 
nom  de  Mato  figure  dans  Juvénal  avec  l'orthographe  ordi- 
naire de  Matho.  Mais  dans  le  satirique,  c'est  positivement 
un  nom  d'homme.  Il  se  présente  dans  la  satire  XI%  sur  le 
luxe  de  la  table  (3).  La  3Iato  d'Arlon  peut  être  considérée 
comme  une  femme  indigène,  qui  s'est  unie  par  le  mariage 
à  un  colon  romain.  A  la  première  satire  du  même  auteur, 

{{}  Hisl.,  Vih.l\,ch.XLU. 

(2)  WiLTHEIM,  p.  245. 

(3)  Dans  ce  passage  :  Avant  de  plaider  une  cause  difficile  el  de  grand  in- 
térêt, tu  dois  te  dire  :  «  Suis-je  vraiment  un  orateur  ou  bien  un  Curtius,  un 
Malhon,  une  machine  à  paroles?  »  —  Cicéron,  Epist.  Franc,  IX,  25,  nous 
parle  aussi  d'un  Matho,  mais  c'est  nareillemenl  on  nom  d  homme  :  «  Malho- 
nem  el  PoUionem  inimicos  habet  Fabius.  »  —  Matho  est  au  reste  un  cogno- 
men  de  getis  Pomponia. 


—  392  — 

Maillon  est  encore  un  avocat;  le  satirique  ne  peut  se  con- 
tenir, en  apercevant  la  litière  de  l'avocat  Mathon,  qu'il 
emplit  de  sa  graisse  ! 

A  Severia  Martia,  sa  fille  Tonnia  Gabra  a  laissé  aussi 
des  souvenirs.  Or,  Gabriis  pourrait  bien  être  un  potier, 
puisque  l'on  a  trouvé  ce  nom  sur  des  produits  cérami- 
ques. La  famille  Pruscia  ou  Priscia  y  vivait  également. 
Elle  portait  leeognomende  Mottus(i).  L'inscription  : 

LVCANIAE 
ADIAIVMAR 

éveille  l'existence  d'un  Trévire  Adiaiumarus,  qui  a  associé 
son  sort  à  une  Liicania,  venue  des  bords  du  Tibre,  et  qui 
lui  consacre  ce  souvenir.  On  peut  hasarder  la  même  con- 
jecture en  ce  qui  concerne  Cosiionhis  {'i)  Acceptiis  et  son 
épouse  Lalina  Donilla.  Cattonhis  Secundinus  et  Sappula, 
son  épouse,  consacrent  aux  dieux  Mânes  un  idîeire.  Cela 
rappelle  les  Secundini  du  monument  d'Jgel.  C'est  donc 
une  famille  patricienne  de  Rome  qui  se  serait  propagée  sur 
le  territoire  du  Luxembourg.  Un  certain  Cidonius  Amre- 
toiitus  s'est  fait  de  son  vivant  ériger  une  pierre  funéraire. 
Qu'est-il,  si  ce  n'est  un  colon  notable  d'Arlon,  ainsi  que 
Boulins  Aldus,  qui  a  eu  la  même  prévoyance  pour  lui  et 
son  frère  Coppiis?  Les  Sollii  ont  aussi  laissé  à  Arlon  des 
traces  de  leur  passage.  On  voit  qu'une  Similia  fait  partie 
de  cette  famille,  dont  le  chef  portait  le  nom  étranger  de 
Vico.  Nous  disons  étranger  à  la  nationalité  romaine ,  car 
César  lui-même  cite  plusieurs  personnages  dont  les  noms 
se  terminent  en  co,  et  qui  n'avaient  rien  de  Romain.  Ver- 
tico  est  le  nom  d'un  Nervien  (3),  et  Vico  n'en  pourrait  bien 


(1)  WlLTHEIM,  p.  246. 

(2)  On  connaît  les  génies  :  Cossonia,  Cossulia,  qui  se  rapprochent  de  Co- 
suonins. 

(5)Caes.,  D.  g.,  V,  45,  49. 


—  393  — 

être  qu'une  alléralion.  Dans  Acco  (i),  le  chef  des  Scno- 
nais  se  rellèle,  pour  ainsi  dire,  le  même  air  de  famille.  On 
trouve  aussi  un  Verliscus,  Rème  d'origine  pciil-èlre  el 
l'un  des  chefs  de  la  cilé  qui  occupaient  dans  l'armée  cer- 
tains grades  difficiles  à  déterminer  (2).  Ei»fin  Vico  rappelle 
Piclo,  peuple  celtique,  répandu  sur  la  rive  gauche  de  la 
Loire,  dans  le  Poitou  (5)  actuel.  D'après  la  loi  de  la  per- 
mutation des  consonnes,  V^ico  est  presque  identique  à  ce 
terme  ethnographique.  Quant  aux  autres,  d'où  il  pourrait 
venir  par  une  plus  grande  altération,  ils  rappellent  les 
noms  saxons  Vortigern,  Vortimcr, 

«  Sous  Alexandre  Sévère,  beaucoup  de  vétérans  reçurent 
des  terres  à  bail  héréditaire.  C'était  une  espèce  de  fief 
militaire,  qui  leur  fut  donné  pour  récompenser  leurs  ser- 
vices, à  la  condition  que  leurs  fils  fussent  soldats.  Ces 
colons  militaires  s'unirent  parfois  à  des  femmes  germaines 
et  gauloises,  résidant  dans  le  pays,  et  leurs  descendants 
en  cette  qualité  prirent  à  la  fois  le  titre  de  citoyens  ro- 
mains et  de  citoyens  de  la  tribu  dont  leur  mère  était  issue; 
circonstance  dont  nous  avons  eu  occasion  de  citer  quel- 
ques exemples,  en  lisant  les  inscriptions  du  Taunus(4).  » 

Une  colonne  funéraire  déterrée  à  Doltendorf,  non  loin 
de  Cologne,  fait  mention  d'un  Claudius  Secundinus  Sitmlls, 
soldat  de  la  trentième  légion,  qui  sous  le  consulat  de 
Mamerlinus  el  de  Rufus  a  dédié  le  monument  dont  il  s'agit 
à  Jupiter  et  à  la  divinité  protectrice  du  lieu.  Au  Similis 
d'Arlon,  on  trouve  ajouté  le  surnom  de  Salia  sur  une 
pierre  sépulcrale  qui  porte  cette  inscription  : 

(1)  Caes.,  B.c., VI,  4  :  Cognilo  ejtis  advenlii  Acco  qui  princepc  ejits  Consitii 
fucrat  jubel  in  oppido  muUiludincm  convcnire;  Ibid.,  44. 

(2)  Ibid,,  B.  G.,lib.  VIII,  12  :  amisso  Vcrlisco,  princips  civilatis,  pracfeclo. 
equittim. 

(ô)/6îrf.,B.  G.,lib.  m,  11;  lib.  VIII,  26,27. 
(4)  Voy.  Ring,  Mémoire,  elc,  p.  265. 


—  594  — 

0.  M. 

PRIMI 

PRISSIONIS 

ET.  PRVSCIAE 

MAIANAE.     VX 

ORI.    VIVA.    VIDV 

CVS.    PILIVS.    FECIT 

ET.     SIMILIAE.     SATIE 

BIMOTTA   NEQVI   GO. 

Qu'esl-ce  que  ce  Prissio?  Le  praenomen  Primus  est 
conslaté.  On  a  :  primi  Pamphili  Secundi  {\),  et  Pr.  Ruli- 
lius  Vilalis.  Il  existe  une  gens  Prisocia,  une  gens  Brinnia, 
mais  que  ces  appellations,  même  en  tenant  compte  pour 
Brinnia  de  la  confusion  des  lettres  très  en  usage  chez  les 
sculpteurs  romains,  jurent  encore  de  se  trouver  à  côté  de 
Prissio.  Nous  avons  déjà  vu  Pruscia.  L'analogie  de  ce 
nom  est  frappant  avec  l'existence  de  la  gens  Pruttia  (2), 
Viduciis  n'a  pas  de  rapport  avec  les  cognomina  romains. 
Il  y  a  bien  un  Vibvs,  mais  il  serait  si  arbitraire  de  l'al- 
térer jusqu'à  en  faire  Viducus.  Cependant,  ne  semble-t-il 
pas  que  c'est  un  cognomen  intermédiaire  entre  Vibvs  et 
Vopiscus.  Il  est  à  remarquer  que  ni  Prissio,  ni  Pruscia,  ni 
VIDUCUS  n'ont  d'agnomen  {adnomen)  ou  de  cognomen.  Il  est 
vrai  que  les  trois  nomina  ne  sont  nécessaires  que  lorsqu'on 
se  propose  d'indiquer  le  nomen  avec  une  exactitude  toute 
diplomatique.  Dans  les  autres  cas,  on  n'avait  recours  qu'à 
deux.  A  la  fin  de  la  république  et  sous  l'empire,  la  forme 
des  nomma  eux-mêmes  subit  une  profonde  altération.  Elle 
ne  régnait  pourtant  pas  universellement.  Juvénal,  qui  vivait 
à  celle  époque  de  la  décadence  romaine,  nous  apprend  que 
c'est  un  indice  de  noblesse  que  de  porter  trois  noms.  Dans 

(I)  Voy.  Orelli,  2716. 

(2}  Voy.  Zei.l,  Antcitung  zur  Kcnniniss  dcr  rocmischen  Insehrifini,  p.  92. 


—  595  — 

ses  Parasites  (Sat.  V,  126),  il  s'exprime  en  effet  ainsi  : 
Surtout  ne  risque  pas  un  seul  mot  comme  si  tu  étais  de 
noblesse  à  porter  trois  noms.  Il  est  donc  permis  de  croire 
que  ceux  dont  les  noms  figurent  sur  la  pierre  funéraire 
d'Orolaunum  n'appartiennent  point  aux  hautes  régions  de 
la  société  romaine.  Toutefois,  sous  les  empereurs  l'usage 
prévalut  de  porter  deux  nomina  gentilicia  et  plus,  comme  : 
Roscîiis  Caelius;  Fiilvus  Aurelius;  Marcus  Messins  Rusti- 
cus;  Aemilius  Papiis  Ariiis;  Proculas  Julius  Celsus.  Si 
ViducHsesl  un  nomen  gentiliciiim,  ce  jugement  est  à  réfor- 
mer. Au  reste,  sans  vouloir  augmenter  nos  perplexités  à 
cet  égard,  il  est  bon  de  se  souvenir  qu'on  omettait  aussi  le 
praenomen  sous  la  domination  impériale.  De  sorte  qu'il 
est  de  la  plus  grande  difficulté  de  mettre  Vidiicus  aussi 
bien  que  Prissio  dans  sa  véritable  lumière. 

Il  existait  à  Rome  une  gens  Sattia  (i).  Mais  que  sont 
Bimotta  et  Nequigo?  Il  y  a  bon  nombre  de  gentes  qui  ont 
la  syllabe  initiale  bi  :  Bibia,  Bicoleia,  Billenia,  Billia, 
Birria,  Bisellia,  Bivollia,  Bivonia.  Bimotta  est  une  appel- 
lation qui  s'est  formée  par  analogie  avec  les  noms  précé- 
dents, à  ce  qu'il  parait,  puisés  dans  l'économie  rurale.  La 
Bimotta  est  une  femme  de  cette  gens  qui  porte  le  surnom 
de  Nequigo.  Ce  dernier  ne  peut  être  qu'un  cognomen.  Il 
n'y  en  a  pas  de  cette  espèce  avec  la  désinence  go.  Sans  la 
lettre  N  au  commencement  du  mot,  il  y  aurait  une  analo- 
gie frappante  avec  virago,  et  equigo  pourrait  emprunter  le 
sens  de  vta:6^a.]xo^ ,  dompteur  de  chevaux  ou  celle  qui  dompte 
les  chevaux,  ce  qui  formerait  le  féminiu  correspondant 
<\'eqniso,  écuyer.  Celle  expression  ne  serait  pas  plus 
extraordinaire  que  Crassipes ,  Bibnlus,  Vilnius,  Verruco- 
sus.  Mais  on  sait  que  les  émigrés  italiens  quittaient  la 
plupart  du  temps  le  ciel  de  la  patrie  pour  aller  faire  for- 

(1)  Zell,  p'.  95. 


—  396  — 

tune  dans  les  colonies,  où  ils  se  livraient  au  commerce,  à 
Tinduslrie  et  ragricullure.  Ils  prenaient  aussi  des  terres  à 
ferme,  et  formaient  par  leur  réunion  une  sorte  de  com- 
mune romaine.  A  côté  de  cet  établissement  romain  restait 
debout  la  communauté  des  indigènes,  qui,  dans  le  principe 
conservaient  des  parcelles  de  terre,  mais  restaient  vis-à- 
vis  des  nouveaux  venus  dans  une  position  d'infériorité 
politique,  qui  tendit  à  s'effacer  graduellement  jusqu'à  la 
fusion  complète  des  deux  éléments  etbnograpbiques.  Les 
inscriptions  d'Orolaunum  semblent  répondre  de  tous  points 
à  ces  considérations  (i). 

On  sait  que  le  nomen  genlîUcium  et  le  cognomen  for- 
maient par  leur  union  le  véritable  signe  permanent  qu' 
distinguait  les  différents  individus  de  la  même  famille.  Ce 
nom  de  Nequigo  devait  être  familier  dans  la  gens  Bimollia 
établie  à  Orolaimum.  Il  reste  à  justifier  la  forme  de  ne- 
quigo. Outre  que  la  consonne  initiale  N  pourrait  être 
justifiée  par  une  méprise  du  sculpteur  ou  de  celui  qui  a 
fait  le  projet  d'inscription,  auquel  cas  on  lirait  :  hequigo 
comme  on  a  :  habitus,  hornamentum,  helephas,  il  est  élé- 
mentaire que  N  s'intercalait  fréquemment  devant  S  :  tlien- 
saiirus,  vincenshnus,  lierens,  et  ce  rôle  lui  pouvait  bien 
être  réservé  comme  épenthèse,  d'autant  plus  que  la  langue 
de  l'épigrapbie  romaine  s'écartait  de  mille  manières  de  l'or- 
tbographe  fixée  par  le  bon  goût  et  la  rigueur  des  auteurs 
classiques.  L'épigrapbie  admet  des  tournures  et  des  formes 
lexicologiques  inconnues  à  la  syntaxe  de  la  langue  litté- 
raire (2). 

(1)  Voy.  Gibbon,  f,  1,  p.  S8.  —  Hoeck's  Rom.  Geschichlc,  I,  2,  p.  228. 

(2)  Voy.  Zell,  chap.  HI,  §  29  :  Von  der  Sprache  der  Inschriflen.  —  Bon 
nombre  de  monuments  épigraphiques  se  rapprochent  bien  plus  du  langage 
populaire  que  les  œuvres  de  la  langue  classique.  Ils  expriment  des  rapports 
de  famille  et  de  société  qu'on  chercherait  en  vain  dans  les  derniers  ouvrages. 
11  va  donc  sans  dire  que  Tidiome  latin,  dont  on  se  servait  pour  les  inscrip- 
tions, abondait  en  mots,  en  expressions,  en  tournures  qui  s'cloigueut  de  ce 
que  nous  appelons  la  bonne  lalinilc. 


—  Ô97  — 

Pruscia  ou  Priscia  Mollo  (Mollus)  sont  des  noms  connus 
dans  la  cilé  romaine  d'Arlon,  Pilitis  esl  connu  par  les 
inscriptions  de  Gruler.  Mais  Vidiiais  et  Bimottia  Nequigo 
sont  probablement  des  noms  étrangers  aux  habitants  du 
viens  romain.  L'inscription  :  moxio.  drappo.  attli.  lall 
lANUs  surprend  également  par  les  noms  de  Moxius  et  de 
Drappus,  qui  ont  certainement  un  air  insolite  et  barbare.  Il 
en  est  de  même  de  celle  où  l'on  voit  que  la  pitié  filiale  de 
SGOANUs  a  élevé  un  momumenl  à  sonEMM  (Sollemnis),  son 
fils,  elà  son  père  snio  (Socius),  ainsi  qu'à  sa  mère  Primia 
TAVSo.  Ce  dernier  nom  n'affecte  non  plus  d'allure  latine (i). 

Pour  compléter  la  nomenclature  des  familles  qui  exis- 
taient à  l'époque  romaine  dans  le  viens  arlonais,  nous 
ferons  mention  des  Telionnii  Cmdni  el  des  Popilii,  ces  der- 
niers dans  le  remarquable  monument  épigrapbique  suivant, 
que  Wiltheim  ne  donne  point  sous  sa  propre  garantie,  ne 
l'ayant  point  vu  lui-même  : 

D.    M. 

TORNIONIIVS 

IMVNNIS.    ET.     COIV 

CI.    IVLI.MA.     POPILIVS. 

Immunis  se  rencontre  sur  une  pierre  découverte  à  Villers- 
la-Tour. 

Les  noms  qui  précèdent  mettent  en  relief,  sans  aucun 
doute,  les  familles  les  plus  notables  de  l'antique  Orolau- 
num.  D'autres  monuments,  mis  au  jour  à  la  même  époque 
(1671),  trahissent  une  couche  plus  infime  de  la  société(2). 
C'était  la  plèbe  du  vicus.  Elle  est  composée  d'ouvriers, 
qui  exercèrent  différents  métiers  ou  furent  employés  à  la 
construction  de  la  voie  consulaire,  comme  voiluriers,  ter- 
rassiers,  muletiers,   palefreniers,  charrons.  On  pourrait 


(l)Voy.  Wiltheim,  p.  247. 
(2)  Wiltheim,  p.  247. 


—  598  — 


aussi,  à  la  rigueur,  les  ranger  dans  la  catégorie  des  inscrip- 
tions militaires.  Mais  ce  serait  contre  toute  probabilité. 
D'abord  il  n'y  a  pas  trace  qu'un  individu  essaie  de  se  glo- 
rifier de  sa  qualité  de  militaire,  tandis  que,  d'un  autre 
côté,  aux  colonnes  mises  au  jour  sur  les  bords  du  Rhin  et 
sur  le  territoire  de  la  Gaule,  ces  souvenirs  guerriers  se 
renouvellent  fréquemment.  Cela  s'explique  du  reste.  Pour 
garder  les  conquêtes,  Rome  avait  été  obligée  d'éparpiller 
dans  les  pays  arrosés  par  le  grand  fleuve  de  la  Germanie 
et  dans  la  Gaule,  toujours  turbulente  et  mobile,  les  meil- 
leures et  les  plus  éprouvées  de  ses  légions.  Orolaunum 
était  alors  assez  éloigné  du  théâtre  où  s'ouvraient  chaque 
jour  des  scènes  de  carnage.  Il  était  en  quelque  sorte  dans 
l'intérieur  de  l'empire.  Il  n'y  avait  pas  de  garnison  per- 
manente ;  toutefois  on  trouve  dans  Orolaunum  trois  pier- 
res sépulcrales,  consacrées  à  la  mémoire  d'anciens  légion- 
naires (i).  Louis  de  Neuveforge  en  fil  transporter  une  à 
Luxembourg  (2).  On  peut  expliquer  la  présence  de  ces 
monuments  à  Arlon,  par  la  considération  que  des  vétérans 
avaient  choisi  cette  localité  paisible  et  tranquille,  loin  des 
frontières,  pour  y  finir  leurs  jours. 

Une  inscription  remarquable,  c'est  celle  qui  se  trouve 
sur  le  cippe  ou  monument  à  la  mémoire  de  Sextus  Jucun- 


(l)Voy.  WiLTHEiM,  p.  249. 

(2)  Louis  de  la  Neuveforge,  que  Wiltheim  cite  comme  un  protecteur  et  ami, 
fut  envoyé  à  la  Dièle  de  Ralisbonne.  L'instruction  à  laquelle  il  devait  se 
conformer,  porte  la  date  du  17  décembre  1672.  On  y  remarque  ce  passage  : 
Instruction  parliculière  pour  vous  Louis  de  la  Neuveforge,  Conseiller  et  garde 
de  Chartres  au  Conseil  provincial  de  Luxembourg,  selon  laquelle  vous  aurez  à 
vous  régler  et  gouverner  en  la  dicHe  présente  du  Si-Empire,  qui  se  tient  en  la 
ville  de  Ralisbonne,  où  nous  vous  envolons,  comme  député  du  cercle  de  Bour- 
gogne, au  nom  et  de  la  pirl  de  Sa  Majesté.  Son  passeport  est  en  date  du 
9  février  1673.  Ces  indications  peuvent  être  utiles  à  tous  ceux  qui  se  propo- 
sent de  parcourir  le  travail  archéologique  de  Wiltheim,  si  intimement  lié  à 
l'arcbéologie  et  à  Tethnographie  du  Luxembourg. 


—  599  — 

dus.  On  croyait  longtemps  que  celle  célèbre  épilaphe  se 
trouvait  à  Trêves,  mais  récemment  (août  Î8G6)  on  la  dé- 
couvrit à  Luxembourg,  où  elle  avait  élé  transportée  d'Arlon 
pour  servir  d'ornement  aux  jardins  créés  par  Mansfeld. 
Sur  la  face  postérieure  du  cippe,  on  lit  celte  inscription  en 
lettres  unciales  : 

AVE.  SEXTI.  IVCVNDE.  VALE.  SEXTI.  IVCVNDE. 

C'est  le  cri  suprême  des  parents  qui  ont  perdu,  peut- 
être  à  la  fleur  de  l'âge,  un  fils  chéri.  D'après  les  sculp- 
tures bien  caractéristiques  qui  ont  frappé  les  archéologues 
à  l'inspection  de  plusieurs  monuments  du  Luxembourg, 
on  serait  autorisé  à  croire  que  Sextius  Jucundus  était  de 
la  famille  d'un  agens  in  rébus ,  attaché  à  un  corps 
d'armée  (j). 

Wiltheim  assure  (2)  que  Mansfeld  avait  conçu  le  projet 
de  faire  transporter  à  Luxembourg  le  célèbre  monument 
d'Igel(5),  consacré  au  souvenir  de  Titus  et  Aventinus 


(1)  Voy.  Vier  wiedergefundenc  Bildsteine  aus  der  Rômerzeit  von  Pn.  Joh. 
Engling.  dans  les  Publications,  etc.,  t.  XXII,  p.  107;  dans  le  Bulletin  des 
commissions  d'Art  et  d'Archéologie,  7*  année,  p.  529;  le  Monument  arlonais 
de  Sexlius  Jucundus,  par  Th.  Juste;  Ibid.,  t.  VIII,  pp.  34  et  suiv.;  Ibid., 
Inscriptions  romaines  trouvées  en  Belgique,  par  M.  ScnuEnMANS,  p.  62,  et  la 
réponse  de  ce  dernier  aux  Horae  Belgicae,  du  docteur  Kraus,  Bulletin,  etc., 
Ile  année  3  et  4-,  p.  75. 

(2)  Wiltheim,  pp.  218  et  222,  où  il  dit  avec  une  certaine  emphase  :  «  El 
haec  de  monumenlo  Secundinorum  quod  provincia  noclra  cuilibel  anliquila- 
tum  jaclatrici  terrae  vel  ostentare  possit.  » 

(3j  Lurent,  l'auteur  de  Caius  Igula,  Luxembourg,  1769,  p.  28,  se  fait  fort 
de  prouver  dans  son  ouvrage  que  «  le  monument  d'Igel  a  été  élevé  l'an  765 
»  de  Rome  ou  12  de  Jésus-Christ,  ère  commune,  â  l'honneur  et  gloire  de  Ger- 
»  raanicus,  fils  de  Drusus  et  de  sa  femme  Agrippine,  par  décret  du  Sénat  de 
»  Rome,  aux  frais  des  Tréviriens,  à  l'occasion  de  la  naissance  de  son  fils  Cajus 
»  Caesar  Caligula,  arrivée  dans  ce  village  le  dernier  août  de  l'année  pré- 
«  cédente.  » 

Depuis  Apien  et  Schwarz,  dit  Scheemans  {das  rom.  Trier,  elc  ),  on  a  si 
souvent  décrit  et  dessiné  le  monument  d'Igel,  depuis  Goethe  il  a  été  célébré 
et  admiré  tant  de  fois  par  les  artistes,  expliqué  de  manières  si  diverses  et  en 


—  400  — 

Secundi.  Celle  famille,  répandue  dans  le  Luxembourg, 
comme  l'alleslent  un  grand  nombre  d'inscriptions,  faisait 
partie  d'une  Schola  agenthim  in  rébus,  dont  Titus  et  Aven- 
tinus  paraissaient  être  des  cbefs.  Celle  administration  avait 
à  la  fois  un  côté  purement  matériel  et  un  côté  politique, 
puisque  dans  les  provinces,  \es  procm^ulores  ou  chefs  de  ce 
conseil,  devaients'altacher  à  maintenir  l'ordre  public  et  en 
temps  de  guerre  à  veiller  aux  approvisionnements  des  ar- 
mées. Les  5ecî»ifZm«  avaient  en  outre  la  mission  de  veiller 
à  la  teinture  de  la  pourpre. 

Une  pierre  colossale,  qui  rappelle  par  ses  dimensions 
le  monument  d'Igel,  fait  jeter  des  cris  d'allégresse  à  Wilt- 
heim.  Il  y  trouve  tous  les  attributs  qui  viennent  lui  révéler 
l'existence,  sous  les  Romains,  de  mines  d'or  et  d'argent 
dans  le  Luxembourg.  C'est,  d'après  lui,  un  monument 
érigé  à  l'honneur  du  chef  des  mines,  dont  la  résidence  de- 
vait être  à  Arlon.  Il  se  pourrait  pourtant  qu'il  y  eût  ter- 
miné ses  jours,  lors  de  son  passage  dans  cette  ville  pour 
aller  porter  le  lingot  d'or  (mussam  auream)  au  comte  des 
largesses  sacrées  {comiti  sacrarum  largitioniim).  En  in- 
terprétant un  autre  monument  sculptural,  l'archéologue 
luxembourgeois  n'est  pas  loin  de  faire  d'Arlon  le  centre 
d'une  messagerie  impériale,  l'entrepôt  public  d'approvi- 
sionnements de  toute  nature,  ainsi  que  de  produits  phar- 
maceutiques. Au  palais  du  gouverneur  à  Luxembourg,  on 
a  transporté  une  autre  pierre,  trouvée  à  Arlon,  et  qui  ne 
laisse  pas  que  d'être  excessivement  curieuse. 

On  y  remarque  un  batelier,  qui  fait  avancer  avec  l'avi- 


partie  par  tant  de  voies  contradictoires,  que  je  puis  nie  dispenser  d'ajouter 
un  mot  à  ce  que  Ton  a  dit,  si  ce  u'esl  que  notre  musée  (le  musée  de  Trêves) 
renferme  deux  pierres  funéraires  des  Secundini,  auxquelles  on  n'a  pas  fait 
attention  jusqu'ici  et  dont  l'une  a  été  trouvée  dans  la  haie  de  Zerf  et  l'autre 
à  Bollendorf,  sur  la  Sure.  Au  dernier  endroit,  on  trouva  également  l'épitaplie 
d'un  Secundini, qui  se  trouve  actuellement  à  Bonn  (Lersch,  Centralm.,  II). 


—  401  — 

ron  un  baleau  chargé  de  (onneaux.  C'est  un  navire  qui 
descend  la  Moselle  pour  le  compte  d'un  habitant  d'Arlon, 
puisque  le  monument  y  a  été  trouvé  avec  une  charge  de 
bières  plutôt  que  de  vin.  De  sorte  qu'il  y  aurait  eu  à 
Arlon  des  brasseries  depuis  les  temps  les  plus  reculés  (»), 
selon  l'observation  de  Willheim. 

Le  même  auteur  (2)  nous  apprend  que  les  pierres  mises 
au  jour  de  son  temps  dans  l'antique  Orolaunum,  attestaient 
par  leurs  débris  nombreux,  pour  la  plupart  du  moins, 
qu'ils  appartenaient  à  des  monuments  analogues  à  celui 
dTgel,  et  même  il  n'est  pas  loin  de  croire  qu'il  devait 
exister  à  Arlon  plusieurs  monuments  de  ce  genre.  Son 
cœur  d'archéologue  frémit  à  la  pensée  que  tant  de  pierres 
funéraires,  dispersées  sur  la  surface  d'Orolaunum,  rap- 
pellent au  souvenir  de  la  postérité  un  si  grand  nombre 
d'hommes  obscurs,  et  que  les  inscriptions,  destinées  à  per- 
pétuer les  noms  de  grands  hommes,  soient  effacées,  dé- 
formées, illisibles,  à  l'exception  de  celles-ci  : 

(1)  WiLTHEiM,  Lucil.  Rom.,  pp.  259,  '260,  261.  —  Pline  appelle  la  bière 
cerivisia,  Strabon  l'appelle  vin  de  Cérés,  boisson  aimée  des  Gaulois  el  faite 
d'orge  el  de  froment. 

S'appuyant  sur  Wiltheira,  Schayes,  Hist.  de  l'archil.  en  Belgique,  1853, 
l.  I",  p.  80,  dit  :  «  On  a  découvert  à  Arlon  et  dans  d'autres  localités  du 
Luxembourg  de  nombreux  débris  de  monuments  sépulcraux  qui  ont  dû  être, 
sinon  aussi  considérables,  au  moins  construits  avec  le  même  luxe  que  celui 
d'Igel;  mais  ces  restes  étaient  trop  incomplets  pour  qu'ils  pussent  donner 
une  idée  assez  exacte  de  la  forme  arcliiteclurale  de  ces  mausolées.  » 

(2)  Lucil.  Rom.,  pp.  264,  265,  266.  Il  reprend  cette  idée  dans  un  autre 
ouvrage  qui  renferme  des  renseignements  archéologiques,  mais  qui,  ne  s'ap- 
pliquent guère  au  Luxembourg  belge.  Voici  comment  il  exprime  son  opinion 
qu'à  Arlon  il  y  aurait  eu  des  monuments  analogues  à  celui  d'Igel  :  «  Secundi- 
norum  monumenla  adhuc  speclare  licet  ad  Aquilas  (hodie  Igcl)  ad  Castra 
Laetorum  Lingonum  (bodie  Luxeraburgum)  olim  eliam  licebat  Arluni  aliisqiie 
ad  viam  publicam  locis  quae  cippos,  metas,  aras  quorum  magna  pars  Luxem- 
burgi  in  palalio  Mansfeldico  visitur,  Secundinorum  nominibus  insignila, 
passim  exeruut  (Voy.  Notae  hisl.  iti  Gregord  Tttronis  narralionem,  de 
S.  VuLFiLAÏco  (lib.  VHI,  c.  15),  dans  le  Comple-rendu  des  séances  de  la  Com- 
mission d'histoire,  l.  Vil,  p.  502. 


—  402  — 

•  •       •       •      IjIVI      •      %      «      ^ 

•  •     •    •    RAN     •    •    •    • 

qu'il  a  vue  sur  un  énorme  fragment  de  pierre,  qui  prove- 
nait probablement  d'un  magnifique  monument  l'unéraire. 
Tout  ce  que  l'on  en  peut  dire,  c'est  que  ran  fait  peut-être 
RANius ,  parce  qu'il  existait  une  gens  rania,  et  que  ce 
RANius  pourrait  bien  élre  l'auteur  du  monument. 

A  l'un  des  angles  de  l'église  paroissiale,  il  y  a  un  autre 
monument,  déjà  décrit  par  Wiltheim.  C'est  une  pierre 
d'environ  un  mètre  carré.  On  y  remarque  deux  fiancés  qui 
se  donnent  la  main  en  signe  d'alliance.  Le  futur  porte  la 
toge,  et  dans  la  main  gauche  il  lient  un  rouleau,  qui  ne 
peut  être  que  le  contrat  de  mariage.  La  fiancée  porte  les 
cheveux  relevés  et  liés  ensemble,  et  entre  les  deux  figures 
se  trouve  une  borne,  le  symbole  de  la  constance.  Au  com- 
mencement du  siècle,  on  a  trouvé  une  énorme  pierre  près 
de  l'ancien  couvent  des  Carmes,  qu'on  a  regardée  comme 
un  débris  d'un  magnifique  mausolée.  Sous  une  tête  de 
femme  on  lit  cette  inscription,  passablement  endommagée  : 

D.  M. 

SECWNDINVS  SECCAL. 

LIN.  ACONT.  SECCAL. 

INAE  ei   VIVOS  S.   F. 

A  un  autre  côté  du  bas-relief,  on  remarque  un  homme 
dans  un  voiture  lancée  à  fond  de  train  :  c'est  ce  qui  est 
visible  à  l'attitude  d'un  homme  et  d'un  cbien,  qui  courent 
à  perte  d'haleine  à  côté  du  véhicule. 

Le  côté  gauche  initie  à  la  vie  intime  des  Romains.  C'est 
la  célébration  de  la  fête  des  pénales.  Un  homme  et  une 
femme  ont  pris  place  dans  des  sièges  vis-à-vis  d'un  aulel, 
sur  lequel  brûlent  des  parfums.  L'homme  appuie  ses  pieds 
sur  un  escabeau.  Derrière  lui  se  tient  un  affranchi,  que 
l'on  reconnaît  à  son  recta.  Une  esclave  apparaît  derrière 


—  403  — 

la  femme.  Ces  deux  personnages  lèvent  un  enfant  qui  tend 
les  bras  vers  l'autel.  Ce  monument  est  une  preuve  que  la 
puissante  famille  des  Secundini  avait  probablement  plu- 
Sieurs  foyers  d'activité  sur  le  territoire  romain  du  Luxem- 
bourg. En  1844,  on  a  mis  à  découvert  plusieurs  pierres,  qui 
ont  peut-être  servi  de  base  à  un  monument  de  forme  co- 
nique, une  sorte  de  rotonde.  On  y  voit  un  homme  sur  un 
char  traîné  par  deux  chevaux.  L'homme  tient  un  fouet  et 
derrière  cette  voilure  courent  deux  chiens,  l'un  derrière 
Tautre  (i). 

Le  14  septembre  1854,  l'antique  Orolaunum  excita  de 
nouveau  la  curiosité  du  monde  savant.  On  venait  d'y  dé- 
couvrir des  vestiges  de  son  antique  origine.  A  la  suite  de 
la  séance  du  5  octobre  1854,  l'Académie  royale  de  Bel- 
gique reçut  une  lettre  de  iM.  le  Ministre  de  l'intérieur, 
avec  un  rapport  de  la  Société  archéologique  d'Arlon,  rela- 
tive à  la  découverte  dans  cette  ville  de  plusieurs  monuments 
romains.  M.  le  Ministre  exprimait  le  désir  que  MM.  Roulez 
et  Schayes  se  rendissent  sur  les  lieux  le  plus  tôt  possible, 
et  qu'ils  fussent  chargés  de  faire  immédiatement  un  rap- 
port pour  l'Académie  qui  le  transmettrait  au  gouverne- 
ment (ï).  Nous  allons  transcrire  les  principaux  passages  du 
remarquable  rapport  que  M.  Roulez  (3)  fit  à  cette  occasion  : 
«  Des  travaux  de  construction,  dit-il,  exécutés  pendant 
l'été  dernier  à  Arlon,  dans  une  maison  particulière,  située 
au  pied  de  l'ancien  rempart  qui  traverse  la  ville  actuelle 
dans  presque  toute  sa  longueur,  nécessitèrent  la  démolition 


(1)  Publications  de  Luxembourg,  l.  IX,  p.  63  :  «  Die  noch  vorhandenen 
Rômersleine  des  Luxetnburger  Landes,  par  Jon-  Engling. 

(2)  Bulletin  de  l'Académie  royale  des  Sciences,  des  Lettres  et  des  ficaux-Arts 
de  Belgique,  t.  XXI,  2«  partie,  p.  fi77.  —  Voir  aussi  :  Rapport  général  de  la 
Société  pendant  l'année  1854-1853,  par  M.  G.  F.  Prat,  secrétaire  de  la  Société, 
pp.  22  et  siiiv. 

(3)  Ibid.,  sur  une  découverte  de  monuments  antiques  de  l'époque  romaine, 

à  Arlon. 

28 


—  404  — 

d'un  pan  de  ce  remparl.  On  aperçut  alors  des  pierres  de 
taille  posées  sans  ciment,  et  dont  l'une  portait  des  carac- 
tères. Instruits  de  ce  fait,  les  membres  du  comité  perma- 
nent de  la  Société  archéologique  de  la  province  de 
Luxembourg  ordonnèrent  des  fouilles,  qui  mirent  au  jour 
plusieurs  pierres  de  l'époque  romaine,  couvertes  de  sculp- 
tures ou  d'inscriptions.  Le  comité,  encouragé  par  cette  dé- 
couverte et  espérant  que  des  fouilles  dans  d'autres  parties 
du  même  rempart  seraient  couronnées  d'un  égal  succès,  a 
sollicité  des  fonds  du  gouvernement,  afin  de  poursuivre  ses 
investigations.  M.  le  Ministre  de  l'intérieur,  ayant  envoyé 
celte  demande  à  l'avis  de  l'Académie,  la  classe  nous  a 
chargés,  M.  Schayes  et  moi,  de  nous  transporter  sur  les 
lieux  pour  examiner  les  monuments  découverts — 

«  VOrolaiimim  des  Romains,  situé  sur  la  grande  voie 
de  Reims  à  Trêves,  porte  encore  le  nom  modeste  de  viens 
dans  les  Itinéraires  d'Antonin,  publiés  vers  le  milieu  du 
IV"=  siècle.  Ce  n'est  que  dans  des  documents  du  IX*  siècle 
que  nous  rencontrons  la  qualification  de  caslellitm  avec  le 
nom  moderne  d'Arlon.  Dans  l'intervalle  de  ces  deux  dates 
ont  dû  être  élevées  les  fortifications  dans  lesquelles,  comme 
nous  allons  le  voir,  on  fit  entrer  des  débris  de  monuments 
romains,  détruits  à  cette  fin  ou  renversés  longtemps  aupa- 
ravant, mais  on  ne  possède  jusqu'ici  aucune  donnée  qui 
permette  de  préciser  l'époque  de  la  construction  de  ces 
remparts,  » 

«  Selon  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  Saint-Hubert,  cité 
par  Wiltheim{i),  l'abbé  de  ce  monastère  étant  à  Arlon  de 
1060  à  1070,  vit  auprès  des  murs  du  château  à  moitié  rui- 
nés, un  grand  nombre  de  grosses  pierres,  débris  de  l'ancien 


(1)  Liixemhurg.  Roman.,  p.  228  :  videtis  ahbas  copiam  magnorutn  lapidutn 
in  fundamenlo  vctcris  quondam  civilalis,  ntinc  autem  pro  caslclli  moenibiis 
abbreviatis,  elc. 


—  405  — 

Orolaiinum.  Il  demanda  el  oblinl  de  la  comtesse  Adélaïde 
raiilorisalion  d'en  l'aire  transporter  à  Sainl-Fïubert  autant 
qu'il  en  aurait  besoin  pour  la  construction  des  cloîtres  et 
de  la  crypte  de  l'abbaye.  Parmi  ces  pierres  se  trouvaient 
des  colonnes  avec  leurs  chapiteaux  et  leurs  bases.  « 

«  Lorsque,  à  la  fin  du  XVI''  siècle,  le  comte  de  Mans- 
feld  construisit  ses  magnifiques  jardins  de  Clausen,  aux 
portes  de  Luxembourg,  il  fit  rechercher  par  toute  la  pro- 
vince des  monuments  antiques  pour  les  orner;  il  en  lira 
un  grand  nombre  d'Arlon,  mais  il  y  avait  incontestable- 
ment de  l'exagération  à  dire  que  l'ancien  Orolaunnm  avait 
passé  dans  ses  jardins  (i).  » 

«  En  1672  fut  décrétée  la  démolition  d'une  partie  des 
fortifications  d'Arlon;  elles  consistaient  alors  en  deux  en- 
ceintes ayant  un  mur  commun  qui,  placé  au  milieu,  for- 
mait en  quelque  sorte  la  corde  de  deux  arcs.  Une  de  ces 
enceintes,  celle  qui  défendait  la  ville  basse,  fut  rasée. 
Quand  on  arriva  aux  fondements,  dit  le  père  Wiltheim  (i), 
témoin  oculaire,  on  rencontra  avec  surprise  d'énormes 
blocs  de  pierre  de  formes  diverses,  tous  couverts  de  sculp- 
tures ou  d'inscriptions,  et  ça  el  là  des  fragments  de  cor- 
niches, de  frises,  d'entablements  de  |)ilastres.  Ces  pierres, 
superposées  les  unes  aux  autres,  et  se  combinant  entre 
elles,  n'étaient  liées  par  aucun  ciment;  elles  avaient  appar- 
tenu toutes  à  des  monuments  funéraires.  » 

a  Les  pierres  ou  fragments  de  pierres  trouvés  à  Arlon, 
et  dont  Wiltheim  donne  le  dessin  dans  son  Liixemburrium 
romanum,  s'élèvent  à  peu  près  à  cent.  Mais  il  ne  paraît 
pas  que  ce  fussent  les  seules  qui  existassent  encore  à  cette 
époque.  Cet  auteur  décrit  beaucoup  de  monuments  anciens 
du  comte  de  iMansfeld,  sans  en  indiquer  la  provenance; 
or,  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  de  la  formation  de 

(I)  Voy.  Wiltheim,  ouv.  cit.,  p.  230. 


—  40G  — 

celle  coIleclioQ,  autorise  à  croire  qu'ils  étaient  en  grande 
partie  d'Arion.  » 

0  Enfin,  dans  ces  dernières  années,  quelques  sculptures 
ont  encore  été  rendues  à  la  lumière.  » 

«  Les  notions  qui  précèdent  convaincront  la  classe  que 
la  découverte  actuelle  n'est  pas  un  fait  isolé.  Les  monu- 
ments retirés  récemment  du  rempart,  qui  autrefois  était 
commun  aux  deux  enceintes,  sont  au  nombre  de  qua- 
torze {t);  ils  sont  tous  de  pierre  calcaire,  provenant  proba- 
blement des  carrières  de  Differdange —  » 

a Toutes  ces  sculptures  ne  se  ressemblent  ni  pour 

le  dessin  ni  pour  l'exécution  ;  elles  appartiennent  déjà  à 
une  époque  de  décadence  ;  nous  pensons  cependant  que 
quelques-unes  d'entre  elles  ne  peuvent  pas  être  placées 
plus  tard  que  le  commencement  du  III*  siècle.  » 

Ayant  essayé  de  jeter,  par  ces  témoins  d'une  époque  loin 
de  nous,  un  regard  incertain  dans  la  vie  civile  et  politique 
qui  animait  alors  Orolaunum,  nous  allons  grouper  tous 
les  monuments  épigraphiques  qui  rappellent  le  séjour  de 
Rome  dans  le  Luxembourg. 

i.    —    SECVNDO    ET     MARTIO  (2). 

2.  —    CYRIA    ARDVENNAE  (3). 

3.  —    D.    M  II  LOL.    ACILIAE  \\  COMPSAE  ||  HERS  (4). 

4.  —  DEOSILVANOSINQV  ||  PATERNIVS  PROSA  ||  LVTE  EMERITI 
FILl  II  SVI  (v)  0.  S.  L,  M.  (b). 

(1)  Nous  ne  faisons  pas  entrer  en  ligne  de  compte  une  douzaine  de  grosses 
pierres  de  taille  qui  ne  portaient  ni  sculptures  ni  inscriptions. 

(2)  HoNDELANGE.  —  Voir  pour  ce  catalogue  épigraphique,  M.  Schuermans, 
t.  VII  du  Bullelin  des  Commissions  royales,  etc.,  p.  57  et  suiv. 

(3)  Amberloux. 

(4)  Il  est  aussi  dans  le  recueil  de  Steiner  :  Codex  InscripUonum  romanarum 
Danubii et  Rheni,  1854,  3e  part.,  p.  109.  Comp.  Gruter  976.9  et  853.17. 

(»)  Voy.  Pubtieal.  de  la  Société  d'Iiist.  de  Lux.,  V,  p.  40.  —  Les  caractères 
de  l'écriture  semblent  trahir  le  IV^  siècle  (Steiner,  III,  p.  120);  c'est-à-dire 


—  407  — 

5.    DEO     SFNQVa(ti)    Il    L.     HONORAT    ||    lUS.     (av)nUS    jj 

V,   S.   L.  M.  (l). 

6.  —    PINDAR  (2). 

Les  inscriptions  suivantes  ont  été  découvertes  à  Ailon  : 

7.  —    D.   M.   Il  MOIVNI.    PESSnA(ci)  ||  ET.    1.  MAVILLO  (3). 

8.  —    D.  M.  IBLIOMAR  ||  lAE.   SACRED  [|  EFVNCTE  GlAM.   ILLIA- 
CIAMILIA  II  FILIA   VIVAFEC(?7)  {4). 

9.    ...)   VIENA.   CONIU    (...    Il   ...)    IVS.  ?.(»). 

10.  —  ATTILIVS.  REGVLVS  j]  PATROISUS.  IDEMQVE  1|  HERES  (c). 

Et  de  l'autre  côté  :  d.  m.  j|  pat  ||  s.  f.  c. 

M.    —    D.    M.    Il    IVNIV    II    S.     IVSTINVS    ||    MATERNVS    \\    VIVS. 
FECIT  (7). 


«  Deo  Silvaiio  Sinquati  Palernius  pro  sainte  Emeriti  filii  sui  volum  solvil 
lubens  merito.  »  —  Schayes,  la  Belgique  el  Ifs  Paya-Bas,  l.  III,  p.  463  et 
475,  où  il  (lil  Hièremonl  près  de  Geronville. 

[{)  Gérémont  (Geronville).  —  Sur  une  tablette  en  bronze  découverte  en 
1849.  —  Voy.  Pub.  de  la  Société  d'hist.  de  Luxembourg,  V.  p.  47;  Steirer, 
Codex,  etc.,  lII,  p.  121,  où  il  lit  :  «  Deo  Sinquati.  Lucius  Honoralius  Jusan- 
nus  voltim  solvil  lubens  merito.  »  Juso  et  Jusus  sont  des  noms  gaulois,  mais 
Avnus  et  Avunus  ont-ils  une  consonnance  qui  trahit  la  Gaule? 

(2)  Dec.  à  Beliefonlaine.  Voy.  Inst.  arch.  du  Lux.,  Ann.,  V,  p.  50. 

(3)  Diis  Manibus.  JUoiuni{o).  Pcssiaico  el  J{unio)  Mavillo.  Au  temps  de 
Wiltheim,  celte  inscription  existait  dans  la  partie  supérieure  d'une  tombe, 
conservée  dans  la  maison  Greisch  {in  domo  Greischiana).  Au  lieu  de  MOIVNI, 
Willheim  lit  Junoni.  Voy.  Lucil.  Rom.,  éd.  Neyen,  p.  238.  Voy.  M.  Schuer- 
MiNS,  t.  VII  du  Bulletin,  etc.,  p.  55. 

(4;  Diis  manibus  Ibliomariae  Sacre  defuncte.  Giamilia  Ciamilia  filia  viva 
fecil  ■\.  —  La  croix  qui  termine  cette  inscription  annonce  l'aurore  de  l'époque 
chrétienne  à  Orolaunum.  Guill.  Wiltheim  l'a  vue  dans  la  maison  d'un  bour- 
geois qu'il  ne  cite  pas.  Voy.  Wiltheim,  éd.  Neyen,  p.  238.  Dans  ce  monu- 
ment épigraphique.  Sacre  doit  être  regardé  comme  un  cognomcn. 

(5)  V/eiio[e]  conju[gi  el  sibi  v]ivus  f[ecii].  Voy.  Wiltheim,  édil.  Neycn , 
p.  238,  fig.  239. 

(6)  ...  Attilius  Regulus,  palronus  idemque  hères. 

Diis  Manibus.  Pal[ermis]  faciundum  curavil. 

(7)  Diis  Manibus.  Junius  Juslimis  Malernus  vivus  fecil.  Voy.  Wiltubim, 
p.  244,  fig.  247. 


~  408  — 

12.    —    (rf)M  |]  RI.   CAPITO  [|  LVCANVS  ||  FEC1T{|). 

15.    —    D.    M.   Il  CN.    AVIO  II  BOVO.    D  ||  SEXTINA.   F.    F.  (2), 

14.  —    D.     M.    Il    DANNI    II    SEXTINA    ||    DESIDERATA    ||    FILIA. 
FAC.  (3). 

15.  —  GENIA.   EIVS.    VERE  ||  CVNDVS.   SISTlll   ET(...)(4). 

16.  —  D.   M.    Il  ATILIAE  ||  ABBAE  (s). 

17.  —  ...)lALLVS  {...   Il  ...)  IVNI  (...  (e). 

18.  —  D.    M.   Il   fr(iim)anio.     aprt(li)   [|   et.     PRIMANIO. 

SATVR    II    NINO.     PRIMANIVS    |i     SXNRNINVS.     V    ||    SIBI.    ET.     SVIS. 
V.    E.  (7). 

19.  —    D.  M.   Il  PRIMANIO.  (pr)  ||  (im)iTIVO.    d(ef)vC  ||  (et). 
(ma)tO.   CONIVG.   Il  FILI.   F.   C.  (s). 

20.    D.     M.   Il    SEVERIAE  MAR  1|    TIAE.    TONNIA.   GAB    |]    RA. 

FILIA.   SVA.    D.   S.   F.  (9). 


(1)  Diis  Manibus...  ri.  Capito  Lucanus  feeit.  Voy.  Wiltheim,  p.  244, 
fig.  248. 

(2)  Diis  Manibus.  Cnaio  Avio  Bovo,  D[ecia]  Sextina  fi[lia]  fccil  Voy. 
Wiltheim,  p.  244,  (îg.  249. 

(3)  Diis  Manibus  Danni  [Dannht.t]  Sexlina  Desiderata  Filia  faeiundum  cu- 
ravit.  Voy.  Wiltheim,  p.  244,  fig.  230. 

(4)  [Pri7ni]  getiia  [uxor]  ejtis,  Verecundus,  Sislii  [fiiiu.s]  cl...  Voy.  Wilt- 
heim, p.  245,  fig.  251. 

(3)  Diis  Manibus  Atiliac  Abbae.  Voy.  Wiltheim,  p.  244,  fig.  24G. 

(6)  Rested'une  inscription  surun  fragmenlde  pierre.  Voy.  Wiltheim,  p. 245. 

(7)  Diis  Manibus.  Primanio  Aprili  el  Primanio  Salurnino  Primanius  Sa- 
lurninus  vivus  sibi  et  suis  vivis  erexit.  Voy.  Wiltheim,  p.  543,  fig.  252; 
M.  ScHUERMA^•s,  Bulletin,  etc.,  t.  VII,  p.  54,  note;  Steiner,  Codex,  etc.,  III, 
p.  117,  n°  16G2;  Institut  arrhéol.,  Monuments  romains  d'Arlon,  par  M.  Prat, 
t.  VII,  1"  cah  ,  1872,  p.  52;  Bertholet.  Hist.  Lux.,  t.  VI,  p.  294. 

(8)  Diis  Manibus  Primanio  Primitivo  defuncto  et  flotta  (datif  grec?)  con- 
jugi  flli  faceundum  curaverunl.  Voy.  Wiltheim,  p  245,  fig.  233;  STEI^ER, 
Codex,  III,  p-  116,  n"  1961,  ses  remarques  et  notre  dissertation  ci-haiil. 

(9)  Diis  Manibus.  Scverinae  Martiae  Tonnia  Gabra  filia  suo  de  suo  fecit. 
Voy.  Wiltheim,  p.  245,  fig.  234;  Bertholet,  /list.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  294, 
lr«  dissert. 


—  409  — 

21.  —  D.   M.  Il  coami.  [|  lio.    pavtoni  ||  (kt)  phvscia. 

MOTTO  II  CONIVGIDVS.  MOTTVS  (l). 

22.  —    LVCANIAE  II  ADIAIMAU  (2). 

23.    D.     M.    Il  DOML  II    LE.     COfiSijV   ||  iU.     COSVONI   ||   .,.) 

ACCEPTVS  (3). 

24.    D.  M.   Il  CATTONIVS.  SE  ||  CVNDINVS.  ET.  SAP.   ||  PVLA. 

XV.  IDIEIRE  II  FACIVNDVM  (4). 

25.  —    D.    M.   Il  CIDIONIVS.   AMR  [|  ETOVTVS.  S.  V.  F,  (;;). 

26.  —    D.    M.    Il    BOVTIVS.     AL    ||    CTVS.    SIBI.    ET   COP    ||    PO 

frat(ri)vivs.  F.  (e). 

27.    D.   M.   Il  SOLLl   II  0.  VICONIS  ||   ET.   SIMILIA  (7). 

28.  —    D.    M.   Il  PRIMI  II  PRISSONIS  ||  ET   PRVSCIAE  ||  MAIANAE. 
VX  (I  ORI.  VIVA.   VIDY  ||  CVS.   PiLlVS.   FECIT    |1   ET.   SIMILIAE.    SATIE 

Il  BIMOTTIA.   NEQVIGO  (s). 

29.  —    MOXIO  11  DRAFPO.    ATTLO  j]  LALLIANVS  ('j). 

(1)  Diis  Manibits.  Corbilio  Pauloni  cl  Pruscia[e]  Mollo  coDjtigilms,  MoUus. 
Voy.  Steitier,  Cadex,  HI,  p.  118,  11°  1967,  remarque;  Wiltheim,  p.  243, 
fig.  255,  et  Bertholet,  Hist.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  295,  où  on  lit  :  Corobillio; 
hislilul  Arch.,  t.  VU,  p.  52. 

(2)  Z-ucajiiae  Adiaci(mar[ns]   Voy.  Wiltheim,  éd.  Neyeii,  p.  245,  11g.  256. 
(5)  Diis  Manibus.  Donellc  conjugi  Cosuoni\iis\  Acceptas  faciundum  curavil. 

Voy.  Wiltheim,  p.  247,  fig.  247. 

(4)  Diis  Manibus.  Caiits  Altoniits  Secundinus  cl  Sappula  uxor  tdieri  fa- 
ciundum [curavil].  Wiltheim,  ihid.,  fig.  258,  et  Steiner,  Codex,  etc.,  III, 
p.  118,  n»  19C4;  Bertholet,  flist.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  295. 

(5)  Diis  Manibus.  Cidonius  Amrcloittus  sibi  vivus  fccil.  Voy.  Wiltheim, 
ïbid.,  fig.  259. 

(G)  Diis  Manibus.  Roulius  Aldus  sibi  cl  Copo  fralri  vivus  feeil.  Voy.  Wilt- 
heim, p.  247,  fig.  247. 

(7)  Diis  Manibus.  Sollio  Viconis  [filio]  cl  Simitiac.  Voy.  Wiltheim,  p.  24r), 
fig.  261. 

(8)  Diis  Manibus.  Primi  Prissonis  et  Prusciae  Marianae  uxori[s]  vivait']. 
Vidicus  filius  fecit  cl  Similac  el  Simileac  SimoUia  Nequigo.  Voy.  Wiltheim, 
p.  246,  fig.  265,  el  comp.  Steiner,  Codex,  etc.,  III,  p.  117. 

(9)  Moxio  Drappo.  Auilit  [/î/jo]  LalUanus  [fecii\.  Voy.  Wiltheim,  p.  247, 
fi".  264. 


—  410  — 

30.  —    D.  M.  II  SOIIANVS.  ET  [|  SO(ll)eMM.  FILIO  ||  ET.  PATRÎ. 
sono  II  ET.    PRIMIA.    TAVSO.    MATRI  (l). 

31.  —    D.  M.   Il  TIILION  II  NO.    CAVL.M  (2). 

32.  —    D.  M.   Il    TORNIONIIVS  II  IMVNNIS.   ET.    COIV  |]  Gr,   IVLI- 
NIA.   POPILIVS  (3). 

33.  —    ....)  CIVI  (....   Il  ....)  RAN  (....)(4). 

34.  —    ACÉTA  il  ILEOR.    ET.  CE  |]  ATERNAE.  I.  F.  (k). 

35.  —    D.    M.  Il    PRIMVLIO  II  PARDO    DF  ||   ET.  SVIS  HER  ||  ENS. 
F.  C.  (c). 

36.    D.     M.    Il  MESSIE    DONATE    |1    MATRI.     IVSTVS    ||   FILIVS 

V.   F.   C.  (7). 

37.    —    D.   M.  Il  GAL.   IVLI.   MAX  |I  MINI.    EMERITI.   LE  ||  GIONIS 

VIII   BNEFI  II  CIARIVS  PROCVRATOR  |1  RIS  ONESTA  MISSIO  ||  NE  MISSUS 
ISTAME  II  M0R1A(mp)R0CVRA  ||  VIT  SIMILIA  PATE  ||  RNA  CONIVX  CO  || 
VIVGl    KRISSIMO    II   MAXIMIVVS.     ICQ   H  VIESQVIT.     AVE    VIA  |I  TOR. 
VALEVIATOR. 

Sur  la  partie  postérieure  de  la  pierre  sont  les  lettres  : 
NCLD  (s). 


(1)  Diis  Manihus.  Soeannus  (d'après  îe  nom  de  son  père  qui  est  Soeius)  et 
Solenni  filio  et  Palri  Soeio  et  Priviac[e]  Tauso  (dalif  grec?)  matri.  Voyez 
WiLTHEiM,  p.  247,  fig.  264;  Steiner,  Codex,  IM,  p.  120. 

(2)  Diis  Manibus.  Telionno,  Caulni  [filio].  Voy.  Wiltheim,  p.  247,  f.  266. 

(3)  Diis  Manibus.  Tornioniiiis[i]  ou  Tornioneus[i]  Immunis  et  Conjugi[s\ 
Juliana[e'\  Popilius...  faciundum  curavil.  Voy.  Wiltheim,  p.  247,  el  Beriuo- 
LLT,  Hist.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  293. 

(4)  Wiltheim,  p.  266. 

(5)  Voy.  ScHUERMANS,  Bulletin,  etc.,  t.  VII,  p.  56,  n"  71. 

(6)  Diis  Manibus.  Primulio  Pardo  Defuncio  et  suis  hereus  [hères]  faciun- 
dum curavil.  Voy.  Bull,  de  l'Acad.  roij.  de  Belg.,  XXI,  2»  part.,  p.  688,  el 
Institut  arch.  d'Arlon,  l.  VII,  p.  89. 

(7)  Diis  Manibus.  Messie  Donale  matri  Juslus  filius  vivus  faciendum  cura- 
vil. Voy.  Bull,  de  l'Acad.  roij.,  t.  XXI,  2^  part.,  1834,  p.  689.  Voy.  Inslit. 
arch.,  t.  VI,  1er  cah..  Monuments  romains  d'Arlon,  par  M.  Prat,  p,  92,  où 
l'auteur  de  ce  travail  remarquable  lit  :  d.  m.  ||  messie  do^ae  ||  materas  vivs  f| 

FILIVS    IVSV  F.    C. 

(8)  Voy.  Rapport  sur  une  découverte  de  monuments  antiques  de  l'époque  ro- 


—  411    - 

38.  —    E.  M.  Il  MARCELLINAE  |1  AFRE.   COMVGI,   DE  ||  FVNCTE. 
GRAT  II  INIVS.  ACCEPTVS  j]  ET.    SIBI.  VIVOS.   FECIT  (l). 

39.  —    (sECV)nDI.MVS.  SECCAL  j]  (li)n  ACO.NT.  SECCAL  11  INA. 
FIL.  VOS.    FEC  11  D.  M.  (2). 

40.  —    D.SEXTIiNO.M.   Il  SECVNDINO.  ||  COMVGI.  DE  ||  FVNCTO. 
ET.    SI  II  VERINIANO.    ET.  |1  SATVRO.    FILIS.  ||  VIVIS.    PRIMVLI  1|  SA- 
TVRNA.    ET.  SI  ||  Bi.   V.  F.  (s). 

41.  —  D.  M.  IVRCINIVS.   D 

INDO.   ET.  CALEN 
AGATILLVS    VXO 

RI.   F.    C.  (4). 

maine,  à  Arlon,  par  M.  Roulez.  BhU.  de  l'Acad.  roy-,  XXI,  2«  pari.  p.  688  : 
«  Ce  G.  Julius  Maximius  k  la  mémoire  duquel  Similinia  Palerna,  son  épouse, 
avait  élevé  ce  monument  épigraphique,  était  un  vétéran  de  la  huilicrae  légion, 
qui,  envoyé  en  Germanie  lors  de  la  révolte  des  Balaves  (Tacit.,  Hist.,  IV,  C8), 
se  trouvait  encore  dans  ces  contrées  sous  Sévère  (Dion.  Cass.,  LV,'23).  Avant 
de  recevoir  son  congé.  Maximinus  avait  été  exempté  des  charges  ordinaires 
du  service  militaires  (bénéficiarius)  et  détaché  auprès  du  procurateur  de  la 
province.  —  Voy.  Découvertes  d' antiquités  romaines  à  Arlon,  dans  le  Messag. 
des  Sciences  hist.,  1853,  p.  91.  Celte  découverte  date  de  l'été  de  1854. 

(1)  GRAThWS  d'après  Steiser,  Codex,  111,  p.  12  :  Diis  Manibiis.  lUarcel- 
linae  Afre,  cotijugi  defuncte  Gralinus  Acceptas  el  sibi  vivos  fecit  (Inscription 
sur  une  pierre  incrustée  dans  le  mur  d'un  jardin,  à  Arlon). 

(2)  Seeundinius  Seccallinus  Acomliat]  Seccalinae  vivos  fecit.  Diis  Slanibus. 
Inscription  trouvée  à  Arlon  où  est  aujourd'hui  l'Athénée,  en  1814.  Entre  D 
et  M,  qui  se  trouvent  moins  souvent  à  la  fin  de  l'inscription,  il  y  a  une  lé(e 
de  femme. 

(3)  Diis  Manibus.  Sextimio  Sectindino,  conjugi  defunelo  et  Severiano  et 
Satiiro  filiis  vivis  Primuli[a]  Saturna  et  sibi  viva  fecit.  —  Wiltueim  dit  que 
cette  inscriptioo  a  été  trouvée  à  Trêves,  p.  166,  éd.  Neyen,  fig.  96.  Voy. 
Gruter.  828,  4;  Brower,  I,  43;  SciiUERMANS,  Bulletin,  etc.,  t.  VII,  p.  60; 
IIoMUEiM,  p.  193,  et  Steiner,  Codsx  Inscript.,  p.  15  :  «  Elle  a  été  trouvée  à 
l'abbaye  de  Sainl-Maximin  et  on  le  revit  plus  tard  aux  jardins  du  comte  de 
Mansfeld,  à  Luxembourg.  »  —  Ortelius  et  Viviamds  la  comprirent  dans  les 
huit  inscriptions  qu'ils  remarquèrent  en  1573  parmi  celles  que  Mansfeld  fit 
venir  d'Arlon,  et  comme  Wiltueim  écrit  cinquante  ans  plus  tard  qu'Orlelius 
et  son  compagnon,  nous  aimons  à  nous  rapporter  «u  témoignage  de  ces  der- 
niers, comme  étant  plus  près  de  la  source  de  la  vérité. 

(4)  Diis  Manibus.  Jurcinius.  Dindo  Calen[ae]  Agalillae  uxori  faeiundum 


—  412  — 
4.2.  —  (m)aternvs.  mari 

(n)vS.    SIBl.    ET.    CENSOR 

(r)inae  favstinae.  co  (t). 

43.  —  D.     PENNAVSIO.    LAGANE     M 

SIDONIE.    IASSE  M0N1MEN 

VM.   F.   ILI.   FACIENDVM    DE 

SVO.  CVRAVERVNT  (2). 

44.  —  D.  M. 

DACVO.  DAG 

SILLVS.   X.  Er{T(HO) 

CATO.    S.    VIVO.    FEC.  (ô). 

45.    DM 

ATTIANI 
MEMMIOLl. 

46.  —  ...RATRI    ET    PATRIDVS  (4). 

47.  —    ...AVE.    SEXTl  II  IVCVNDE  H  VALE.   SEXTI  \\  IVCVNDE. 

curavil.  Voy.  Wiltheih,  éd.  Neyen,  p.  176,  fig.  131;  Steineii,  Codex  inscripi . , 
III,  p.  148,  pense  que  la  copie  de  éette  inscription  est  faulive  et  il  propose 
de  lire  Lureiiiliis,  d'après  Wiltheim.  —  Ortelius  :  d.  m.   iurcimus   d.  j|  kindo 

ET  CàLEiy  II  AGATILLUS  VXo'Jr  F.   C.  Voy.  M.   ScHUERMANS,  /.  C. 

(1)  D'après  Ortelius  :  Ma[le]niius  Mari\\nus  sibi  et  Censorl\iniae  Fauslinae 
co[niugi  dvfunclae].  Wiltheim,  p.  176,  et  Steiner,  Codex,  etc.,  p.  127  :  Ma- 
Icrnus  Mari[an]us  sihi  cl  Censorinae  Fauslinae  co[njiigi  faciundum  euravWl- 
Voy.  Bertholet,  Htsl.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  292. 

(2)  D'après  Ortelius  :  D.  Pemausio  Lagane  M ■{]...  Dom[.]  Assemonime 
A^l  [.]  umfdi  faciendum  de  !|  smo  curaveril.  —  D'après  Gruter  :  D.  Pennausi 
Lagane  M  |{  Sidonieiasse  moniinentlum.  fili.  faciendum  de  ||  suo  curaverunl. 
—  Steiner,  III,  p.  127;  H0NT11EI.M,  I,  p.  196;  Wiltheim,  p.  197.  Le  nom  du 
père  serait  donc  Pennausius  Lagana. 

(3)  Diis  Manihus.  Dacuo  Dagsillus  Eblhocalo  [ei]  s[i7)i]  vivo  fccit.  Voy. 
Wiltheim,  p.  174;  Gruter,  868,  9.  D'après  Ortelius;  il  faudra  lire  :  D.  M. 
Daguo  Dac\\sillus  xeblio  ||  Cato[s]  vivo  fcci. 

(4)  /)(!*  Manihus  Alliani  Memmioli.  Voy.  Schuermans,  Bulletin,  t.  VII, 
p.  61.  Comme  il  se  trouve  des  deux  côtés  des  tôles  de  lion,  Wiltheim  dit  : 
«  Nota  forlitudinis  Atlioni  Memmioli.  » 


—  413  — 

Les  inscriplions  suivantes  peuvent  encore  èlre  complées 
au  nombre  de  celles  d'Arlon  : 

1.     D.     SATTO.MO.     M.    \\    ARTISIO.      DF.F.    j]    PRIMITIVI.     A. 

PRI  II  A.    C.    ET.    S.    V.   F.   (l). 

2.  —    D.    M.  Ij  iM,     MRMMIO  II  COMMENTO   ||   ET     PRIMIAE    VR  || 
RANAE.    FILF.   F.  (i). 

3.  —    (d.)   m   |]  ...LI.    iMICO  II   MIA...    MI    ||   OMS.   VXO   I]   IVE. 
INiNA  II  LIVS.    F.  (5). 

4.  —    MELANA.   SIACTO  ||  OTFVTO.    ET.    CAVD.  ||  ONI.    AVRVSI. 
CONIl  II  EIVS.   ATTIOIVS  (4). 

5.  —    DONMSIO    D(0tali)  Il   MANIA.     MART(ia)    ||   FILIO.    SVO. 
DEF.  (3). 

6.  —    (d.)    m  II   INIO   II   PATRI    II  0.     ET.    CV    ||    EPTA...  ||   VM. 
F.  C,  (e). 

7.    D,     M.  11  VTTALIA  1|  AMMILLO  1|   ILLIVS.    IN    H  TINCIVS.  |1 

ET.   S  11  VIVOS.  FE.  (7). 


(1)  Diis  Manibwt.  Satlonio  Arlisio  defitnclo  Primctero  Prim...  el  suis  viva 
fecil.  Voy.  Inslit.  arch.,  t.  VU,  Monuments  romains  d'Arlon,  par  M.  PnAT, 
p.  29;  GuiLL.  Wiltbeim-Desqiiis,  I.  2,  c.  V;  Steiner,  Codex,  elc,  III,  p.  Iô2, 
no  2006. 

(2j  Diis  Manibus.  Marco  Memmio  Cammento  cl  Primiac  Urbanac  filii  fece- 
rtinl.  Voy.  Steiner,  Codex,  etc.,  III,  p.  130;  Grdter,  69G,  1;  Al.  Wiltueim, 
Litcil.  rom.,  p.  165,  fig.  89. 

(5)  Voy.  Stei;ser,  III,  p.  129;  VViltheim,  p.  169. 

(4)  ...  reste  de  l'iiiscriplion  d'une  tombe.  ...  Mclanasiaelo  OUeulo  et  Cau- 
doni  (noms  gaulois  de  femmes)  Aiirusi  [filiae]  conjuifi  ejiis  Alieolus.  Voy. 
W1ETI1EIM,  p.  171,  fig.  113. 

(5)  D'après  Wiltueim,  Lux.  rom.,  n»  121.  Variantes  dans  BorssARD  et 
Gruter,  680,  12  :  Donissio  Dotali  Mania,  filio  suo  dcfuncto  [cl]  sibi  viva 
[fecil]. 

(6)  Lux.  rom.,  n"  122;  Inslit.  arch.  d'Arlon,  l.  VII,  p.  30. 

(7)  Comp.  Inslit.  arcli.,  ibid.,  p.  30;  Steiner.  Codex,  etc.,  III,  p.  129; 
Gruyer,  893,  8,  et  Bertholet,  Hisl.  de  Lux.,  t.  VI,  n.  288;  Wiltueim,  p.  170. 
—  Diis  Manibus.  Vilalia...  Ammillo  [conjugi  ejus]...  tincius...  tus  el  sibi 
vivos  (pour  vivus)  fecil. 


—  414  — 

8.    D.   M.  Il  ARTO.  DEFVC  |j  LVCEIVS  PATER  \\  F.  C.  (l). 

9.  —    MATERiSVS.  Il  MARI   ||  VS.  SIBI.   ET.  CENSOR  ||  AE.  FAVS- 
TINAE.    CO  (a). 

10.    DERA  11  ECEM  ||  CI  |1  HERES  ||  M.  C.  (à). 

11.    D.    M  !|  (c)OMMlVS.     MA  11  NDVISSA.    SIBI  H  EAM.    MOS- 

savi(t)  (4). 

12.    MAR  II  CAM...  Il  ...IVS  II  ...M  (5). 

13.    D.    M.  Il  ...INC  11  ...VI  11  ICIE  11  IMVE  \\  ...ET  (o). 

14. D.  M.  Il   PRVSCIALLO  I|   SVARCEIO.    ESI  1|  VS  SECVNDI  H 

NVS  VXORI   ET  SI  H  BIVIVOS  FECIT  (7). 

15.  —    D.  M.   Il    EIERIINIAE   ||   COSSVLl   COIV  |1  GI  VIVE  ACAV  |1 
NISSA.    FIE    FECIT  OU  NVSA  (s). 

16.  —    D.  M.  (p)rIMILLA(e)  II  PATER  FECIT  (9). 

Dans  son  Novus  Thésaurus,  Muratori  a  recueilli  une  in- 
scription qui  est  du  plus  haut  intérêt  pour  l'histoire  des 
Trévires.  Julius  Lupercus  et  Claudia  Viclorina  (ex  Belgica) 
et  de  celte  dernière  nation  ont  élevé  en  Italie,  à  M.  Pelro- 
nius,  personnage  considérable,  puisque,  d'après  l'inscrip- 


(1)  Diis  Matitbus.   Arto  defuncto  Luceius  patcr  faciundum  curavil.  Voy. 

WiLTHEIM,  p.    176. 

(2)  Malermis  Mare[an\us  sibi  cl  Censorinae  Fausiinae  co[nugi  fachtndum 
curavil].  Voy.  Wiltheim,  p.  176,  Bet^tuolet,  Hist.  de  Lux.,  t.  VI,  p.  292. 

(5)  Ueres  [facittndu]m  curavil.  Voy.  Insl.  arch.,  t.  Vil,  p.  30. 

(4)  Voy.  Inslil.  arch.  d'Arlon,  t.  Vil,  p.  89.  Pierre  carrée  terminée  par 
un  hémicycle  faisant  saillie,  découverte  maison  Gérard. 

(3)  Ibid.,   p.  90  :  pierre  tombale  carrée,  déc.  ibid, 

(6)  Ibid-,  p.  91,  pierre  tombale,  le  haut  en  retraite,  découverte  dans  les 
murs  de  l'Athénée  royal  d'Arlon. 

(7)  Ibid-,  p.  91.  Pierre  tombale  en  retraite  du  haut,  mêmes  murs.  «  C'est 
la  troisième  tombe  arlonaise  élevée  à  un  membre  de  la  famille  des  Secon- 
dins  (M.  Prat). 

(8)  Ibid.,  p.  91.  Pierre  carrée.  Murs  de  la  cour  de  l'Athénée  (d'Arlon). 

(9)  Pierre  carrée,  surmontée  d'un  hémicycle,  découverte  dans  les  mêmes 
murs. 


—  415  — 

lion,  il  a  rempli  de  Irès-liaules  fondions,  un  vèrilable 
monument  de  reconnaissance.  Celle  qualité  de  ÏREVEni 
et  la  circonstance  ex  Belgica  qui  la  précède,  nous  per- 
mettent de  considérer  Lupereus  et  Claudia  comme  des 
personnages  notables,  aussi  bien  parmi  les  clients  que 
parmi  les  citoyens  de  la  métropole.  A  ce  litre,  celte  in- 
scription doit  figurer  dans  l'épigraphie  luxembourgeoise. 
La  voici  telle  qu'on  la  trouve  dans  Muratori  (i)  : 

M.    PETRONIO.   M.   F. 

QVIR.   HONORATO 

PRAEF.   COU.    I.  RAETORVM 

TRIB.   MILITVM.  LEG.   I. 

MINERVIAE.   P.  F.   PRAEF. 

ALAE.   AVG.   II.  P,   F.  THRAG. 

PROC.   MONETAE.   PROC.   XX. 

HERED.   PROC.   PROVINCIAE 

BELGICAE.   ET.    DVARVM 

GERMAiMARVM.  PROC. 

A.   RATIONIBVS.   AVG. 

IVLIVS.   LVPERCVS.  ET.  CLA. 

VICTORINA.   EX.  BELGICA. 

TREVERI.  AMICO.   OPTIMO. 

ET.  PRAESIDIO.    SVO 

En  terminant  cette  liste,  nous  rappellerons  encore  les 
paroles  d'un  auteur  dont  il  a  déjà  été  parlé  (2).  «  Il  devait 
y  avoir  à  Arlon,  dil-il,  des  œuvres  d'arcbitecture  autres 
que  des  monuments  funéraires.  Comment,  en  effet,  expli- 
quer les  blocs  de  pierre  de  grande  dimension  cbargés  d'or- 
nements, ces  frises,  ces  trigliphes,  ces  chapiteaux,  ces  fùls 
de  colonnes  de  divers  ordres,  ces  corniches  si  simples  avec 
des  dessins  sculptés  pour  être  vus  à  une  grande  hauteur; 
ces  représentations  entre  des  pilastres  cannelés  de  soldats 
triomphant  ou  de  soldats  combattant.  »  L'auteur  en  conclut 


[1)  Novus   Th.   Vcterum  Inscrip.   Miiaii ,    i~iv,    classis   XV,  Tusculi ,   ex 
Donio.  p.  1088. 

(2)  M.  Prat,  dans  YInslil.  arch.  de  la  prov.  de  Lux.,  Annales,  l.  VII,  1872, 
p.  112. 


—  416    - 

avec  raison  qu'il  y  avait  à  Orolaunuin  des  édifices  d'une 
belle  consli'uclion,  temples  ou  bâtiments  destinés  à  des  ser- 
vices publics  et  il  ajoute  :«  I.a  ville  d'Arlon  n'a  conservé 
aucune  ruine  des  bubilations  d'OroIaunum  qui  permette 
d'en  étudier  la  construction  et  la  distribulion  intérieure. 
Celle  ville  a  subi  tant  de  désastres,  tant  de  transforma- 
lions,  qu'elle  n'a  conservé  aucune  Irace  des  édices  romains. 
On  doit  recourir  aux  vestiges  d'habitations  à  la  campagne, 
dont  l'isolement  a  mieux  conservé  les  débris,  bâtiments 
ruraux,  dans  lesquels  on  retrouve  en  partie  la  distribulion 
des  maisons  urbaines.  Je  citerai  les  villas  de  Sommerain, 
de  Wiompont,  de  Hatrival  et  celle  de  Hollange  (i),  plus 
récemment  mise  au  jour,  les  habitations  agglomérées  de 
Heblon,  près  de  Werpin,  celles  de  Majerou,  près  de  Vir- 
lon,  el  plus  rapprochée  d'Arlon,  la  villa  à  la  descente  de 
la  Geichel  et  celle  un  peu  plus  éloignée  qui  occupait  le  pla- 
teau supérieur,  dominant  Lischert.  » 

Le  Luxembourg  n'est  pas  resté  étranger,  on  le  présume, 
à  l'industrie  samienne  qui,  au  rapport  de  Pline,  s'est  ré- 
pandue sur  toute  la  terre  (2).  Les  fragments  de  poterie 
commune,  parsemés  sur  son  sol,  permettent  de  conclure 
à  l'existence  de  cette  industrie,  qui  a  pour  ainsi  dire  pas- 
sionné les  anciens.  Sans  nous  occuper  des  sigles  figulins  (5) 
dont  la  liste  serait  trop  longue,  nous  croyons  plus  utile  de 
transcrire  ici  les  noms  des  artistes  qui  ont  écoulé  leurs  pro- 

{\)lbid.,  p.  H 3.  Voy.  ce  que  le  même  auleur  dil  de  l'iiypocausle  de  celle 
lecalilé,  encore  en  eniier  et  d'une  parfuile  conservation.  Voy.  années  1849 
el  1852  des  Annales  de  riiislil.  ardi.  d'Arlon,  une  notice  sur  les  fouilles  de 
lleblon  et  de  \Ver|)in. 

(2)  Pline,  A'.  H  (XXV,  12,  i'ô-i'S)  :  «  Suni  qui  in  Samo  prinios  omnium 
pl.islicen  invenis.se  Rlioecum  el  Tlicodorura  Iradunl.  »  —  Ihid.,  XXXV,  46  : 
«  Haec  per  maria  Icrrasque  ullro  cilroque  portantur  in  signihus  notae 
ollicinis.  » 

(3)  Voy.  Annales  de  l'Acad.  d'Arelivol.  de  Belgique,  XXII,  S»-'  série,  p.  3: 
Sigles  figulins  (époque  romaine)  :  Élude  par  M.  H.  Schuerjuns.  —  Voy.  Pu- 
blications du  Luxembourg ,  XIV  :  Sur  tine  sépulture  romaine  de  Ilolstum. 


—  417    — 

duits  dans  les  Ardcnnes  cl  qui  paraisscnl  comme  des  intrus 
dans  le  monde  classique.